Renseignements recueillis sur l’oreiller « par l’adroite
Demoiselle CARTON »
RECEPTION D’UN FREY=MAÇON
Ce texte, est la première divulgation française, elle est généralement datée de 1737.
Dans la revue de l ’ « IDERN »,N° 41, 2e semestre 1988, page 74, A. L. Guy Tamain, (La clé géométrique du premier alphabet maçonnique –1745-) écrit au sujet de cette divulgation : par le Lieutenant Général de police (René Hérault. Paris 10 janvier 1738.[divulgation célèbre pour les renseignements recueillis sur l’oreiller « par l’adroite Demoiselle CARTON* », fille d’Opéra, auprès d’un Franc-Maçon anglais au nom incertain...].
Le même auteur, page 54, nous précise qu’en 1737 :
« 16 mars : premier rapport d’une « mouche » (= indicateur de police) sur l’établissement, à Paris, du nouvel Ordre des Francs-Maçons, « qui vient d’Angleterre... ordre qui est à peu près comme l’Ordre des Templiers »...
« 17-31 mars : le cardinal André-Hercule de Fleury (1653 - 743), évêque de Fréjus, ministre (1726 – 1743) de Louis XV, interdit les assemblées maçonniques propices aux réfugiés jacobites et charge le chevalier René Hérault, seigneur de Fontaine-Labbé et de Vaucresson, conseiller d’Etat, Lieutenant Général de Police de la Ville et Vicomté de Paris, d’exécuter cette décision....
La publication de ce texte (10 pages 16,5 X 9,5 cm) est avec le dépôt le 20 mars de la lettre de Ramsay au sujet de son discours, la descente de police, le 28 mars chez le traiteur Chapelot, une conséquence de ce qui précède.
Le texte est typique des livres de colportage, publiés sans autorisation et, de ce fait, sans indication d’auteur et d’imprimeur, publications souvent légères, parfois séditieuses, vendues sous le manteau.
L’utilisation de ce procédé par la Police indique que l’ « intoxe » n’est pas une invention récente et que la « police douce » est efficace.
Ce texte, de toute évidence publié tel quel, d’après le récit, nous donne quelques indications précieuses en particulier sur l’existence (page 1), d’ « une des chambres de la Loge où il n’y a pas de lumière » et sur le dépouillement des métaux.
Cet opuscule, très rare, n’était connu de la Loge des « Quatuor Coronati », que par la Gazette de Hollande (20 janvier 1738). Une photocopie de mon exemplaire leur fut adressée ensuite par Jean Baylot .
L’attribution de ces révélations à un anglais non identifié est peut-être une simple marque de chauvinisme et le succès de la Carton est sans doute dû, plus à son expérience, qu’à la fraîcheur de ses charmes*.
*Carton (Marie-Armande) 1685-1765, (Ligou, dic. PUF, 1998)
C. G., le 16/04/99
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RECEPTION D' UN FREY=MAÇON.
Il faut d'abord être proposé à la Loge comme un bon Sujet, par un des Frères, sur sa réponse, l'on est admis à se présenter, le récipiendaire est conduit par le Proposant, qui devient son Parain, dans une des Chambres de la Loge, où il n'y a pas de lumière, & où on lui demande
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s'il à la vocation d'être reçu, il répond qu'oui, ensuite, on lui demande son nom, sur-nom, & qualité, on le dépouille de tous les Métaux & Joyaux qu'il peut avoir Sur lui, comme Boucles, Boutons, Bagues, Boîtes, &c. On lui découvre à nu le genou droit, on lui fait mettre son Soulier gauche en Pantoufle, on lui bande les yeux, & on le garde en cet état pendant environ une heure livré à Ses réflexions, après quoi le Parain va frapper trois fois à la porte de la Chambre de Réception, où est le Vénérable Grand-Maître de la Loge, qui répond du dedans par trois autres coups, & fait ouvrir la Porte.
Alors le Parain dit qu'il Se présente un Gentilhomme, nommé tel, qui de-
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mande à être reçu : (Nota, qu'il y a en dehors & en dedans de cette Chambre, des Frères Surveillans, l'Epée nue à la main, pour en écarter les profanes.)
Le Grand-Maître qui a un cordon bleu taillé en triangle, au col, dit, demandés-lui s'il à la vocation, ce que le Parain va exécuter, le Récipiendaire ayant répondu qu'oui, le Grand-Maître ordonne de le faire entrer, alors il est introduit, & on lui fait faire trois tours dans la Chambre, au tour d'un espace d'écrit sur le Plancher, où l'on a crayonné une espèce de représentation, Sur deux colonnes des débris du Temple de Salomon ; aux deux côtes de cette espace on a aussi figuré avec le crayon un grand J. & un grand B. dont on ne donne
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l'explication qu'après la Réception ; & dans le milieu il y à trois Flambeaux allumés posés en triangle, Sur lesquels on jette à l'arrivée du Novice, où de la Poudre, où de la Poix-raisine, pour l'effrayer, par l'effet que cela produit : Les trois tours faits le Récipiendaire est amené au milieu de l'espace d'écrit, comme il est marqué ci-dessus, en trois temps, vis-à-vis le Grand- Maître, qui est au bout d'en haut, derrière un Fauteuil, sur le quel on à mis le Livre de l'Evangile, Selon Saint Jean ; Il lui demande, vous Sentez-vous la vocation ; Sur Sa réponse, que oui, le Grand-Maître dit, faites lui voir le jour, il a assez longtems qu'il en est privé ; dans cet instant on lui débande les yeux, tous les Frères assemblés
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en cercle mettent l'Epée à la main, on fait avancer le Récipiendaire en trois temps jusqu'à un Tabouret, qui est au pied du Fauteuil ; le Frère Orateur lui dit, vous allez embrasser un Ordre respectable, qui est plus Sérieux que vous ne pensez ; Il n'y a rien contre la Loy, contre la Religion, contre le Roy, ni contre les Mœurs, le Vénérable Grand- Maître vous dira le reste ; en même temps, on le fait agenouiller du genou droit, qui est découvert, Sur le Tabouret, & tenir le pied gauche levé en l'air, le Grand-Maître lui dit alors, vous promettez de ne jamais tracer, écrire, ni révéler les Secrets des Frey-Maçons, & de la Frey-Maçonnerie, qu'a un Frère en Loge, & en
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présence du Vénérable Grand-Maître, ensuite on lui découvre la gorge, pour voir s'il n'est point du Sexe, & on lui met Sur la mamelle gauche un compas qu'il tient lui-même, il pose la main droite Sur l'Evangile, & prononce ainsi son Serment ; Je permets que ma langue soit arrachée, mon cœur déchiré, mon corps brûlé & réduit en cendre, pour être jetée au vent, afin qu'il n'en soit plus parlé parmi les hommes ; Dieu soit en aide
Après quoi on lui fait baiser l'Evangile ; Le Grand-Maître alors le fait passer a côté de lui, on lui donne le Tablier de Frey-Maçon, qui est d'une Peau blanche, une paire de Gants d'hommes pour lui, & une autre de Gants de femme pour celle qu'il estime le plus,
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& on lui donne l'explication de l'J. et du B. écrits dans le cercle, qui Sont le Symbole de leur Signes pour Se reconnaître, l'J. Signifie Jackhin, & le B. Boaier, * qui Sont deux mots Anglois, qu'il représentent dans leurs Signes entr'eux, en portant la main droite à la gauche du menton, & la retirant Sur la même ligne du côté droit, & frappent ensuite Sur la basque de l'habit, aussi du côté droit, après quoi on Se tend la main, en posant le pouce droit Sur la première & grosse jointure de l'index de la main de son camarade, en prononçant le mot de Jackhin, après quoi on Se frappe l'un & l'autre de la main
*Ce mot ce prononce, s’il était écrit Boësse, le nom de Monsieur Haisse, Anglois, s’écrit Hayes.
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droite sur la poitrine, puis on Se reprend la main, en Se touchant réciproquement du pouce droit Sur la grosse jointure du doigt medicus, en prononçant le mot de Boaies, ou de Boeffe ; cette cérémonie faite, & cette explication donnée, le Récipiendaire est nommé Frère, & on Se met à Table, où l'on boit, avec la permission du Vénérable Grand-Maître, à la Santé du nouveau Frère ; chacun a Sa bouteille devant Soi, quand on veut boire, on dit, donnée de la Poudre, chacun Se lève, le Grand-Maître dit, chargez, on met la Poudre, qui est le Vin dans le verre ; le Grand Maître dit, mettez la main Sur vos armes, & on boit à la Santé du Frère, en portant le verre à la bouche en trois temps ; après quoi, &
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avant de remettre son verre Sur la Table, on le porte Sur la mamelle gauche, puis Sur la droite, & ensuite en avant, le tout par trois fois, & en trois autres temps, on le remet perpendiculairement Sur la Table, on Se frappe dans les mains par trois fois, & on crie par trois fois chacun Vivat. On observe d'avoir Sur la Table trois Flambeaux en triangle. Si par hasard on apparcevoit ou Soupçonnoit que quelqu'un de suspect Se fut introduit, on le déclare en disant, il Pleut, ce qui Signifie qu'il ne faut rien dire.
Comme il pourrait arriver que quelque profane eut découvert les Signes qui dénotent les termes de Jackhin & de Boaies, pour éviter toute Surprise, on dit en Se prenant la main comme
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il est marqué ci-devant J. à quoi l'autre doit répondre A. le premier K. le Second réplique H. l'autre J & le dernier N. ce qui compose le mot de Jakhin Il est de même de celui de Boaies, en prononçant alternativement & Successivement toutes les lettres de ce mot, & c'est là le vrai coin auquel Se reconnaissent les vrais Frères.
FIN
Fac-Similé de la première page