LES TROIS COUPS DISTINCTS

ou la porte de la plus

ANCIENNE FRANC-MAÇONNERIE

s’ouvrant à tous les hommes

ni nus, ni vêtus, ni pieds nus, ni chaussés etc.

DEPUIS

son origine jusqu’à nos Jours,

telle qu’elle est transmise dans toutes les loges :

Donnant l’exposé exact de toutes leurs opérations dans la réception d’un Frère, avec les Trois Obligations ou serments appartenant aux Premier, Deuxième et Troisième Grades de la Maçonnerie, c’est-à-dire l’Apprenti reçu, le Compagnon du métier et le Maître Maçon ; avec l’obligation de la Chaire, la Griffe et le mot. Ainsi que :

La description complète du dessin sur le sol de la Loge, avec les Trois Degrés, et une Prière utilisé pour la réception d’un Frère ; avec des chansons devant être chantées après les travaux solennels, et l’examen d’un Frère par lequel il peut être admis en Loge sans déroger aux Obligations. Avec,

Les Raisons de l’Auteur d’ouvrir la Porte de la Maçonnerie au Monde entier ; Ainsi que le portrait moral de quelques Maîtres de Loges de ce temps.

Par W--------------O---------------n

Présentement Membre d’une Loge en Angleterre

LONDRES

Imprimé par H. SRJEANT, Hors Temple Bar.

MDCCLX

à

La Très Respectable

COMPAGNIE DES FIDÈLES

MAÎTRES IRLANDAIS

de la n° 1

Et à toute la Fraternité à qui ceci pourrait être de quelque utilité.

Messieurs.

Je suis obligé de dédier mon livre à la Loge n° 1 parce que tous ses membres sont Maîtres et associés. En outre, ils pourraient être mécontents si je ne leur rendais pas cet honneur, parce que ceux qui ne sont pas Maîtres ne peuvent y être admis. Mais ceci pourrait être utile aux Frères plus jeunes, en leur donnant accès aux trucs en usage, auxquels vous ne pouvez accéder à moins de six ou sept ans de présence et sans dépenser beaucoup de Livres (£) Mais ici vous pouvez tout apprendre en un mois et circuler, et faire des conférences aussi bien que le meilleur d’entre eux.

Mais si vous appartenez à quelque Loge, vous devez donner un Shilling par trimestre à la Loge n° 1 pour régaler leurs sacrés boyaux, tandis que votre famille l’attend peut-être à la maison. Mais cette famille de Pluton à l’impudence du Diable’ de dire que si vous n’envoyez pas un Shilling quand ils l’exigent, vous serez exclu quoi qu’il en soit. Et là-dessus ce sont quatre ou cinq Shillings qui partent dans l’année, vous ne savez pas pourquoi ; en plus des autres dépenses qui sont de dix fois autant. Je pourrais vous donner une liste des dépenses pour une seule année qui vous laisserait sidéré ; mais cela n’est rien. Quiconque a été Maçon pendant une demi-année et viendrait à lire ce livre, verrait que ce que je dis est vrai et bien davantage s’il lit cet ouvrage jusqu’au bout, car cela lui ferait découvrir des choses auxquelles il n’avait jamais pensé ; mais après cela il les connaîtra aussi complètement que possible.

Dites-moi mon Frère, quelle importance cela a-t-il si six ou huit ou dix Frères, qui aiment à apprendre la Maçonnerie? ne peuvent se réunir dans la maison d’un Frère quand cela leur plaît et dépenser leurs six pences avec plaisir, puis se quitter en Paix sans dispute ni tromperie les uns envers les autres ; ce qui arrive trop souvent du fait de l’admission de mauvaises gens à qui l’on confie des charges qu’ils ne sont pas assez honnêtes pour les remplir si peu que ce soit. Je pourrais en dire sur deux ou trois qui ont été faits Maîtres à la dernière Saint-Jean et qui en l’espace d’un mois se sont révélés les plus fourbes parjures du monde

Aussi, j’avertis tous les jeunes Frères de se réunir comme susdit ; d’abord chez un Frère, puis chez un autre, ce qui est l’usage général. Pourquoi vous restreindre à une Loge en particulier, quand vous pouvez tenir Loge où et quand cela vous plaît, que vous soyez trois, cinq, sept ou onze, ou bien davantage si vous voulez ; ainsi vous serez utiles les uns envers les autres sans envoyer votre argent à « la grande Numéro 1 », comme on l’appelle, et qui vous raconte que c’est à des fins de charité ; mais si c’est le cas, j’ai bien peur qu’ils ne jouent eux-mêmes le rôle des pauvres. Par conséquent, je vous avertis que vous n’avez rien à faire avec eux qui sont des loups déguisés en moutons.

Il était d’usage chez les Maçons primitifs et aussi chez les Chrétiens primitifs, de se rendre visite les uns aux autres ; de là vient que l’on dit que de même que l’acier aiguise l’acier, un homme en aiguise un autre.

Mais il me semble entendre quelques jeunes Frères dire : « Qui nous instruira ? » Je réponds : « Achetez ce livre, vous aurez assez d’instruction ». Mais peut-être direz-vous : « Comment saurai-je qu’il dit vrai ? » Rencontrez quelque fidèle Irlandais deux ou trois fois et vous verrez bientôt que ce livre est véridique ; car ils comprennent tous la Maçonnerie, même ceux de la plus basse classe, dès l’instant qu’ils y ont été reçus, puisque c’est dès lors leur principale occupation. En hiver ils ne reçoivent qu’un peu d’argent de la caisse de la grande Numéro 1’ pour s’acheter quelques vêtements, aussi vous pouvez en avoir un tous les soirs rien qu’en lui payant à boire et à manger, car ils ne s’offrent jamais quoi que ce soit ; mais s’ils sont libérés de ce souci d’argent, ils acceptent. Aussi je vous recommande de veiller à cela et vous réussirez très bien avec eux en payant leurs dépenses de la soirée. Ou encore vous pouvez obtenir un instructeur qualifié de la Numéro 1 ; le Secrétaire ou son équivalent et un ou deux autres avec lui ; mais ils doivent être libres, car ils ont à faire l’instruction des jeunes Frères. Parfois vous aurez à payer la location d’une voiture, d’un bateau ou de tout autre moyen de transport, selon ce qu’exigera la situation.

Voilà donc la meilleure façon de vous sortir d’affaire avec eux tout en ayant aussi peu d’ennuis que possible. Je souhaite que vous essayiez, et vous verrez par expérience que ce que je dis est vrai.

Je pourrais en dire dix fois plus, mais je ne me soucie pas d’être trop sévère. Je vous donne seulement des indications, par lesquelles, avec un peu d’expérience vous découvrirez tout ; y compris toutes les infamies qui continuent et le fait que les trois-quarts des Francs-Maçons ne connaissent rien à la chose.

Ils prétendent à une telle sainteté, qu’en arrivant en Angleterre je crus d’abord que c’étaient des dieux, mais je découvris bientôt que ce sont des démons. Je m’aperçus d’abord que toute leur prétendue Fraternité n’avait rien de réel, mais ils en sont tellement imbus que j’en fus écœuré ; et je voudrais dire à quelques-uns d’entre vous mes Frères, qui ont été écœurés par cette prétendue sincérité, que je l’ai été tout autant.

Mais, malgré toute leur astuce, ils n’ont jamais été capables de me démasquer, moi qui n’ai jamais été reçu Maçon et qui n’ai prêté aucune des obligations. Cependant j’ai été membre de plusieurs Loges tant d`Anciens que de Modernes, et de l`Arche Royale ; j’ai été aussi Maître de quelques Loges en Angleterre. Je vais vous dire maintenant comment j’y suis arrivé sans être reçu Maçon.

Je suis un Allemand né près de Berlin ; et ayant fait la connaissance d’une famille anglaise qui possédait beaucoup de livres, puis étant devenu intime des enfants, j’ai appris un peu d’anglais et pris un grand plaisir à la lecture de livres en anglais que je pouvais avoir autant que je le voulais. Vers l’année 1740, (j’allais sur mes vingt ans) alors que je fouillais dans la bibliothèque de mon voisin, je découvris un pamphlet en anglais intitulé La Maçonnerie Disséquée. Je le lus avec grande attention car j’avais entendu parler de la Maçonnerie comme d’une très mauvaise chose. Je portai donc un vif intérêt à ce livre et je le sus bientôt par cœur ou peu s’en faut. Je conclus que j’avais là tous les renseignements sur le sujet, ce qui n’était d’ailleurs pas le cas, mais j’en savais assez pour me faire admettre dans une Loge.

Là-dessus, deux ou trois ans plus tard, je vins à Paris. Là je n’eus pas à attendre longtemps avant de travailler avec un homme qui était Maçon et appartenait à une Loge de Paris. Nous vînmes à parler de Maçonnerie (j’avais appris auparavant qu’il en faisait partie) et je lui demandai s’il était Maçon. Il me dit : « Je le suis » et me demanda où j’avais été reçu. Je répondis : « A Berlin ». Il me posa quelques questions auxquelles je répondis selon ce que j’avais lu dans le livre, qui se trouva exact. Alors il me prit par la main et m’appela « Frère », puis m’amena à sa Loge dont je devins membre. Je le restai tant que je vécus à Paris, c’est-à-dire deux ou trois ans. Ce fut alors que mon travail m’appela en Angleterre. Quand je partis ils me donnèrent un certificat et se montrèrent très attristés de devoir se séparer de moi, mais ils voulurent que je les rappelle au bon souvenir de tous leurs Frères en Angleterre, ce à quoi je ne manquai pas.

Je me rendis dans une Loge « Moderne » comme disent les Irlandais, dont la Grande Loge se tient à la Taverne du Diable, mais je ne me soucie pas de nommer cette Loge. Ils ne discutèrent pas quand je présentai mon certificat, car ils étaient très curieux de savoir comment font les Maçons des autres pays, c’est-à-dire exactement comme ici, sauf en ce qui concerne un détail du grade de Maître dont je parlerai au chapitre de ce grade. Je fus ensuite invité dans une Loge irlandaise, dont les membres s’appellent eux-mêmes « les plus anciens Maçons » qui tient sa Grande Loge à la Taverne des Cinq Cloches dans le Strand. C’est là tout le sujet de cet ouvrage. Je ne m’occupe pas ici des autres, car il existe ce livre précédemment publié, intitulé La Maçonnerie Disséquée, publié en 1730 et dont je pense qu’il décrit toute la Maçonnerie en vigueur à l’époque ; mais il ne représente même plus la moitié de la Maçonnerie actuelle, bien que ce soit le plus complet des livres jamais écrits sur la question avant le présent ouvrage.

Quoique l’on ait écrit de nombreux livres sur la Maçonnerie, la plupart détourneraient plutôt l’esprit des lecteurs de l’ouvrage susdit : J’ai lu tous ceux qui ont été publiés ces vingt dernières années et je n’ai jamais trouvé de Maçonnerie que dans ce livre. On en a publié un l’autre jour, intitulé Un Passe-Partout de la Franc-Maçonnerie, mais ce n’est pas cela, bien qu’il contienne quelques détails sur la matière, mais si peu que ce n’est pas la peine d’en parler. Il n’y a rien de vrai, sauf sur les mots’ mais ils ne sont pas à leurs vraies places.

Je m’étonne que n’importe qui prétende écrire un livre sur un sujet dont il ne sait rien’ sauf en grappillant un peu ici et là. Car personne n’est qualifié pour parler ou écrire sur ce secret tant qu’il n’a pas fréquenté les Loges pendant quelques années. Celui-ci parle de dessiner au plafond avec un crayon, ce qui prouve qu’il n’y connaît rien, pour remplir les plafonds de marques et de graffiti qui seraient bientôt connus du monde entier. Tous ceux qui ont vu quelque chose de la Maçonnerie savent que les dessins se font sur le sol, (c’est pourquoi ils ont une éponge et un seau) mais quiconque lira mon livre avec attention le trouvera exact selon son propre jugement. C’est pourquoi je veux vous assurer qu’on n’a jamais publié un compte-rendu aussi exact que celui-ci qui, je l’espère’ donnera entière satisfaction aux amoureux de la Vérité ; ainsi je demeure votre très obéissant et très humble serviteur.

W--------O--------V--------n

N.B. : Le style de cette justification et de celles qui suivent n’est peut-être pas aussi bon qu’il le devrait, mais j’espère que le lecteur m’excusera au titre de ce que je ne suis pas anglais, toutefois je vous assure que mon intention est la Vérité et la Justice et j’espère être compris,

EXPLICATION DE LA FIGURE SUIVANTE

qui est tout le dessin dont on se sert dans cette sorte de Maçonnerie appelée la plus ANCIENNE par les Irlandais.

Elle est généralement dessinée à la craie ou au charbon sur le sol. C’est la raison pour laquelle ils ont à chaque fois une éponge et un sceau : après que quelqu’un a été reçu Maçon, ils effacent tout. Mais des gens s’en sont aperçu et se sont amusés de l’éponge et du seau ; c’est pourquoi certaines Loges utilisent du ruban et de petits clous pour faire le même dessin et laisser le monde ignorant de ce sujet.

Nota : Ce plan est dessiné sur le sol d’Est en Ouest : le Maître se tient à l’Est, avec l’équerre pendue à son cou et la Bible devant lui. Il la prend et marche vers l’Ouest jusqu’au premier degré du carré long ; là il s’agenouille afin que celui qui s’est déjà agenouillé prenne l’obligation solennelle avec le genou gauche dénudé posé sur le premier degré, son pied droit formant une équerre, avec sa main droite dénudée sur la Sainte Bible, etc. Et de même pour les deuxième et troisième grades de la Maçonnerie comme indiqué sur les degrés.

Et de même pour le deuxième et troisième grades de la Maçonnerie comme indiqué sur les degrés.

  NOTE

Tout le dessin est effacé avec une éponge, comme susdit, dès que 1’obligation a été prêtée.

Alors une table est dressée à la place où était le dessin et tous s’assoient autour, mais chacun s’assied à la place correspondant à celle qu’il occupait avant qu’on efface le dessin : le Maître à l`Est, le premier Surveillant à l’Ouest, etc.

Chacun a un verre devant lui et un grand bol de punch ou de ce qu’ils désirent est posé au milieu de la table : le premier Diacre charge (comme ils disent) au Nord et à l’Est et le second Diacre au Sud et à l’Ouest, car c’est là leur devoir, de remplir tous les verres.

Alors le Maître lève son verre et porte un toast au Roi et au Métier par trois fois au grade d’Apprenti. Tous font de même et boivent tous ensemble au signal du Maître. Ils font aussi comme lui avec le verre vide, c’est-à-dire qu’il le tire trois fois en travers de sa gorge (c’est le châtiment de l`obligation que d’avoir la gorge tranchée) et fait trois fois la proposition de le reposer. À la troisième tous posent leurs verres, ce qu’ils appellent faire feu. Alors ils portent la main gauche à hauteur de la poitrine et applaudissent neuf fois de la droite, leur pied frappant en même temps. Quand cela est fait, tous s’assoient.

LES TROIS COUPS DISTINCTS

ou la porte de la plus

ANCIENNE FRANC-MAÇONNERIE

ouverte à tous les hommes, etc.

Comment ouvrir la Loge pour mettre les hommes au travail.

Le Maître au second Diacre : Quel est le premier soin d’un Maçon ?

Réponse : De voir si la Loge est couverte.

Maître : Veuillez faire votre devoir.

N.B. : Le deuxième Diacre va donner trois coups à la porte et s’il n’y a personne à proximité, le Tuileur à l’extérieur répond par trois coups. Le second Diacre dit au Maître : « Vénérable Maître la Loge est couverte ».

Le Maître au second Diacre : Quelle est la place du second Diacre dans la Loge ?

Réponse du Diacre : Derrière le second Surveillant ou à droite, s’il le permet.

Maître : Votre devoir ?

Réponse du Diacre : De porter les messages du premier au second Surveillant, afin qu’ils soient transmis autour de la Loge.

Le Maître au premier Diacre : Quelle est la place du premier Diacre dans la Loge ?

Premier Diacre . Derrière le Maître ou à sa droite s’il le permet.

Maire . Votre devoir à cette place ?

Premier Diacre : Porter les messages du Maître au premier Surveillant.

Maître . Quelle est la place du second Surveillant dans la Loge ?

Diacre  : Au Sud.

Le Maître au second Surveillant . Votre devoir à cette place ?

Second Surveillant : Observer de mon mieux le Soleil à sa méridienne (1), appeler les ouvriers du travail au repos et voir s’ils reviennent à l’heure afin que le Maître puisse en avoir joie et profit.

Maître . Quelle est la place du premier Surveillant dans la Loge ?

Second Surveillant .’ à l’Ouest.

Maître au premier Surveillant . Votre devoir à cette place ?

Premier Surveillant . Comme le Soleil se couche à l’Ouest pour clore le jour, le premier Surveillant se tient à l’Ouest pour fermer la Loge, verser leurs salaires aux ouvriers et leur donner la permission de quitter leur travail.

Maître . Quelle est la place du Maître dans la Loge ?

Premier Surveillant : A l’Est.

Maître : Son devoir à cette place ?

Premier Surveillant : Comme le Soleil se lève à l’Est pour ouvrir le jour, le Maître se tient à l’Est pour ouvrir la Loge et mettre les ouvriers au travail.

N.B. : Alors le Maître enlève son chapeau qu’il porte toujours sauf à ce moment et le remet dès que la Loge est ouverte mais tous les autres restent tête nue et il déclare la Loge ouverte comme suit :

Maître : Cette Loge est ouverte au nom de Dieu et de Saint-Jean (2) : sont interdits tous jurons, malédictions et murmures et tout discours profane de quelque sorte que ce soit, sous les peines que la majorité jugera bon, qui ne seront pas inférieures à un penny chaque fois, ni supérieures à six pences.

N B. Alors il frappe trois coups sur la table avec un maillet de bois et remet son chapeau. Tous s’assoient et on commence l’instruction comme suit.

INSTRUCTION des APPRENTIS-REÇUS

Maître : Mon Frère’ y a-t-il quelque chose entre vous et moi ?

Réponse : Oui Vénérable.

Maître : Qu’est-ce donc mon Frère ?

Réponse : Un secret.

Maître : Quel est ce secret mon Frère ?

Réponse . La Maçonnerie.

Maître : Je présume donc que vous êtes Maçon ?

Réponse . Je suis reconnu et accepté comme tel par mes Frères et Compagnons.

Maître : Quelle sorte d’homme un Maçon doit-il être, je vous prie ?

Réponse : Un homme né d’une femme libre.

Maître : fûtes-vous d’abord préparé pour être reçu Maçon ?

Réponse : Dans mon cœur.

Maître . fûtes-vous préparé ensuite ?

Réponse : Dans une chambre contiguë à la Loge.

Maître : Comment fûtes-vous préparé mon Frère ?

Réponse : Je n’étais ni nu ni vêtu, ni pieds nus ni chaussé, privé de tous métaux, les yeux bandés, avec une corde au cou, je fus ainsi conduit à la porte de la Loge dans une attitude de mouvement hésitant, par la main d’un ami que plus tard je découvris être un Frère.

Maître : Comment connûtes-vous que vous étiez à la porte, puisque vous aviez les yeux bandés ?

Réponse : En rencontrant un obstacle, puis une entrée ou un accès.

Maître : Comment fûtes-vous admis ?

Réponse : Par trois coups distincts.

Maître : Que vous dit-on alors ?

Réponse : Qui va là ?

Maître : Votre réponse mon Frère ?

Réponse : Quelqu’un qui demande à participer aux bienfaits de cette très respectable Loge dédiée à Saint-Jean, comme nombre de Frères et Compagnons l’on fait avant moi.

Maître : Comment espériez-vous l’obtenir ?

Réponse : En étant né libre et de bonne réputation.

Martre . Que vous dit-on alors ?

Réponse : D’entrer.

Maître : Comment entrâtes-vous et avec quoi ?

Réponse . Avec la pointe d’une épée, d’une lance ou tout autre arme guerrière présentée à mon sein gauche dénudé.

Maître : Que vous dit-on alors ?

Réponse . On me demanda si je sentais quelque chose.

Maître . Quelle fut votre réponse ?

Réponse : Que je sentais, mais ne pouvais rien voir.

Maître . Vous m’avez dit comment on vous reçut. Veuillez me dire qui vous reçut ?

Réponse . Le second Surveillant.

Maître . Comment disposa-t-il de vous ?

Réponse . Il me livra au Maître qui m’ordonna de me mettre à genoux pour recevoir le bienfait d’une prière.

MES FRÈRES, PRIONS.

O Seigneur Dieu, Grand et Universel Maçon du Monde, et pre­mier constructeur de l’Homme comme s’il était un temple ; sois avec nous, O Seigneur. comme tu as promis que quand deux ou trois seraient réunis en ton Nom, tu serais au milieu d’eux ; sois avec nous O Seigneur, et bénis toutes nos entreprises et accorde à celui qui est notre ami, de devenir un Frère fidèle. Fais que ta Grâce et ta Paix se propagent en lui à travers la Connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ et accorde-lui, O Seigneur, comme il mettra sa main sur ta Parole Sainte, de ne plus la mettre dorénavant qu’au service d’un Frère, et non pour le blesser lui ou sa famille ; Que par cela nous soit donnée la grande et précieuse Promesse d’être admis à participer à ta Divine Nature’ en échappant à la corruption de ce monde de convoitise.

O Seigneur Dieu, ajoute à notre Foi la Vertu, à la Vertu la Connaissance, à la Connaissance la Tempérance, à la Tempérance la Prudence, à la Prudence la Patience, à la Patience la Piété, à la Piété l’Amour Fraternel et à l’Amour Fraternel la Charité ; et permets, O Seigneur, que la Maçonnerie soit bénie à travers le Monde, et que ta Paix soit sur nous ; et accorde nous d’être unis en notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne à tout jamais

Amen.

Maître : Que vous dit-on après que vous ayez reçu cette Prière ?

Réponse : On me demanda en qui je mettais ma confiance

Maître : Votre réponse mon Frère ?

Réponse : En Dieu

Maître : Que vous dit-on ensuite ?

Réponse : On me prit par la main droite et on me dit : « Levez-vous, suivez votre guide et ne craignez nul danger ».

Maître : Après tout cela comment disposa-t-on de vous ?

Réponse : On me fit faire trois fois le tour de la Loge.

Maître : Où rencontrâtes-vous la première opposition ?

Réponse : Derrière le second Surveillant, au Sud, où je frappai les mêmes trois coups qu’à la porte.

Maître : Quelle réponse vous fit-il ?

Réponse : Il dit : « qui va là ? ».

Maître : Quelle fut votre réponse ?

Réponse : La même qu’à la porte : « quelqu’un qui demande à participer aux bienfaits de cette respectable Loge, etc. ».

Maître : Où rencontrâtes-vous la seconde opposition ?

Réponse : Derrière le premier Surveillant, à l’Ouest, où je fis de même qu’à la porte. Il dit : « qui va là ? ». « Quelqu’un qui demande à participer etc. ».

Maître : Où rencontrâtes-vous la troisième opposition ?

Réponse : Derrière le Maître, à l’Est, où je répétai comme précédemment.

Maître : Que fit de vous le Maître ?

Réponse : Il me fit conduire au premier Surveillant, à l’Ouest, pour recevoir des instructions.

Maître : Quelles sont les instructions qu’il vous donna ?

Réponse : Il m’apprit à faire un pas sur le premier degré d’un carré long (3), avec mon genou gauche dénudé, mon corps droit, la jambe droite formant une équerre (4), ma main droite dénudée sur la Sainte Bible, l’Équerre et le Compas, ma main gauche supportant le même (5). Là je pris l’obligation solennelle des Maçons.

Maître : Mon Frère, pouvez-vous répéter cette obligation ?

Réponse : Je ferai de mon mieux avec votre aide, Vénérable.

Maître : Levez-vous et commencez.

Réponse : Moi, W------V------,

De ma libre volonté et de mon libre consentement, et en présence de Dieu Tout-Puissant et de cette respectable Loge dédiée à Saint-Jean, par ceci et sur ceci. je jure très solennellement et sincèrement, que je garderai cacherai et jamais ne révélerai quoi que ce soit des secrets Mystères de la Franc-Maçonnerie qui vont m’être révélés maintenant ou plus tard, sauf à un vrai et légitime Frère ou dans une juste et régulière Loge de Frères et Compagnons, après que je l’aurai ou les aurai trouvés tels par une épreuve exacte et un juste examen.

Je promets en outre, de ne les imprimer, tailler peindre ou colorier, marquer, teindre ou graver. ou faire exécuter de ces différentes manières sur quoi que ce soit de mobile ou immobile sous la voûte des cieux, par quoi ils pourraient devenir lisibles ou intelligibles, ou tracer le plus petit commencement de lettre par lequel l’art secret pourrait être obtenu de façon illégitime. Tout cela, je jure avec une ferme et constante résolution de l’accomplir sans aucune hésitation réserve ou évasion mentale de quelque sorte que ce soit, sous une peine qui ne serait pas moindre que d’avoir la gorge tranchée, la langue arrachée à la racine, et d’être enterré dans les sables de la mer à une encablure du rivage, là où la marée monte et descend deux fois par vingt-quatre heures.

Ainsi, que Dieu me soit en aide et me garde constant en mon obligation d’Apprenti reçu.

(Il baise le Livre)

Funde merum Genio

(Construis le vrai de toi-même) (N.D.T.).

N.B. : A près cette obligation ils portent un toast au cœur qui garde et à la langue qui jamais ne révèle.

Le Maître de sa chaire porte le toast et tous le répètent, puis passent le verre en travers de leur gorge comme précédemment.

Maître : Mon Frère, après que vous eûtes prêté cette obligation, que vous dit-on en premier lieu ?

Réponse : On me demanda ce que je désirais le plus.

Maître : Quelle fut votre réponse ?

Réponse : D’être conduit à la Lumière.

Maître : Qui vous conduisit à la Lumière ?

Réponse : Le Maître et tous les Frères.

Maître : Après qu’on vous eût ainsi conduit à la Lumière, quelle fut la première chose que vous vites ?

Réponse : La Bible, l’Équerre et le Compas.

Maître : Que vous dit-on qu’ils signifiaient ?

Réponse : Trois grandes lumières dans la Maçonnerie.

Maître : Expliquez-les moi, mon Frère.

Réponse : La Bible pour diriger et gouverner notre foi ; I’équerre pour mettre nos actions d’équerre (6) ; le Compas pour nous maintenir dans de justes bornes envers tous les hommes, particulièrement envers un Frère.

Maître : Quelles choses vous montra-t-on ensuite ?

Réponse : Trois bougies, dont on me dit qu’elles étaient trois petites Lumières en Maçonnerie.

Maître : Que représentent-elles ?

Réponse : Le Soleil, la Lune et le Maître-Macon.

Maître : Pourquoi cela mon Frère ?

Réponse : Le Soleil est là pour gouverner le jour, la Lune la nuit, et le Maitre-Maçon sa Loge, ou du moins devrait-il le faire.

Maître : Que fit-on de vous ensuite ?

Réponse : Le Maître me prit par la main droite, et me donna l’attouchement et le mot d’Apprenti reçu, et dit : Levez-vous Frère Boaz.

N.B. : Parfois ils vous montrent le signe avant de vous donner l’attouchement et le mot qui est BOAZ : c’est le mot d’Apprenti reçu, et l’attouchement qui va avec est de presser de l’ongle de votre pouce droit la première jointure de la main droite de votre Frère.

Maître : Avez-vous reçu cet attouchement et ce mot, mon Frère ?

Réponse : Oui, Vénérable.

Maître : Donnez-les à votre Frère le plus proche.

N.B. : Alors il prend la main de son Frère le plus proche à qui il donne l’attouchement et le mot comme décrit précédemment, et qui dit au Vénérable « C’est juste », d’après l’épreuve suivante :

Le Ier Frère donne l'attouchement à l’autre.

Le 2e Frère dit : « Qu’est-cela ? ».

Le Ier Frère : L’attouchement d’Apprenti reçu.

2e Frère : A-t-il un nom ?

Le Ier Frère : Oui.

2é Frère : Voulez-vous me le donner ?

Le Ier Frère : Je l’épellerai ou le dirai par moitiés avec vous.

2é Frère : Je le dirai par moitiés avec vous.

Le Ier Frère : Commencez.

Frère : Non, vous commencez.

Le IerFrère : B O.

2e Frère : A Z.

Le Ier Frère : B O A Z.

Le Ier Frère : Il est juste Vénérable Maître (7).

Maître : Que vous montra-t-on ensuite ?

Réponse : L’ordre ou signe d’Apprenti reçu.

N.B. : L’ordre ou signe (8), comme ils 1’appellent, consiste à tirer votre main droite en travers de votre gorge ; cela pour vous rappeler le châtiment de votre obligation selon laquelle vous auriez la gorge tranchée plutôt que de révéler les secrets de la Maçonnerie. J’appelle cela un pur et simple non-sens et toute cette lecture dira la même chose, alors qu’ils sont convaincus que tout est là ; ce qu’on découvrira bientôt, rien qu’en parlant d’après ce livre à quelques Maçons que l’on connaît comme tels, mais sans leur faire savoir que vous l’avez lu : vous pouvez leur dire que vous avez été reçu dans quelque Loge de province et leur montrer alors les signes et attouchements et leur dire les mots qui vont avec. Tout cela est entièrement décrit dans ce livre. Alors ils vous prendront pour quelqu’un de la Fraternité et vous emmèneront dans leur Loge ainsi qu’ils l’ont fait pour moi.

Maître : Avez-vous reçu l’ordre ou signe d’Apprenti reçu ?

N.B. : On tire sa main droite en travers de sa gorge (comme dit ci-dessus) pour montrer au Maître qu’on l’a reçu.

Maître : Après cela, que vous dit-on ?

Réponse : On ordonna que je sois reconduit et revêtu de ce dont j’avais été dépouillé, puis que je sois ramené pour répondre aux remerciements (9) et recevoir le bénéfice d’une conférence si l’heure le permettait.

Maître : Après que vous ayez été revêtu de ce dont vous aviez été dépouillé, que vous fit-on ?

Réponse : Je fus ramené au coin Nord-Ouest de la Loge afin de répondre aux remerciements.

Maître : Comment avez-vous répondu aux remerciements ?

Réponse : Je me tins debout dans le coin Nord-Ouest de la Loge et suivant les instructions d’un Frère je dis : « Maître, premier et second Surveillants, premier et second Diacres, et autres Frères de cette Loge, je vous adresse mes remerciements pour l’honneur que vous m’avez fait en me faisant Maçon et en m’admettant comme membre de cette honorable société ».

Maître : Que vous dit-on alors ?

Réponse : Le Maître me fit monter au coin Nord-Est de la Loge, soit à sa droite.

Maître : Vous fit-il présent de quelque chose ?

Réponse : Il me fit présent d’un tablier dont il me revêtit. Il me dit que c’était l’insigne de l’innocence, plus ancien que la Toison d’Or ou l’Aigle Romaine ; plus honorable que l’Étoile (10) et la Jarretière ou que tout autre Ordre sous le Soleil, qui pourrait m’être conféré à cet instant ou plus tard.

Maître : Quelles choses vous montra-t-on ensuite ?

Réponse : J’étais assis à main droite du Maître et il me montra les outils de l’Apprenti reçu.

Maître : Quels sont-ils ?

Réponse : La jauge de 24 Pouces, I’équerre et le marteau ordinaire ou maillet (11).

Maître : Quels sont leurs usages ?

Réponse : L’équerre pour mettre d’équerre mon travail, la jauge de 24 pouces pour le mesurer, le marteau ordinaire (12) pour en retirer toutes les parties superflues, afin que l’équerre se pose facilement et exactement.

Maître : Mon Frère, comme nous ne sommes pas tous des Maçons de métier, nous les appliquons à nos mœurs, ce que nous appelons nous spiritualiser. Expliquez-moi cela.

Réponse : La jauge de 24 pouces représente les 24 heures du jour.

Maître : Comment les passez-vous, mon Frère ?

Réponse : Six heures pour travailler, six heures pour servir Dieu, et six pour servir un ami ou un Frère pour autant que cela soit en mon pouvoir et sans que cela soit préjudiciable à moi-même ou à ma famille.

N.B. : C’est là toute l’instruction des Apprentis reçus qui donne la description complète de leur réception et il suffit qu’un Apprenti la retienne pour être admis en Loge ; mais il y a certaines raisons ridicules pour lesquelles un homme devrait être traité comme on vient de le voir, et je vais maintenant vous les dire. Il me semble avoir entendu dire par certains : « je suis surpris que des messieurs de bon sens et de raison veuillent souffrir qu’on les traitât ainsi : être volés de tout leur argent et de toutes sortes de métaux, et mis presque nus, aveuglés, avec une corde au cou ! » Je dis comme eux. Mais la raison est qu’aucun homme n’a jamais été reçu Maçon à moins d’avoir quelques amis qui l’étaient déjà, peut-être sous quelque obligation, et qui diront : « Nous avons été traités de la sorte et n’en avons point été effrayés, mais quand vous apprendrez la raison de tout cela, vous serez convaincu et direz que notre intention est bonne ». Moi-même j’en ai vu plusieurs qui n’en seraient pas passés par là, jusqu’à ce que leurs amis leur aient prêché la doctrine susdite. J’en connais plusieurs qui ont reçu le premier degré (13) et ne voulaient pas aller plus loin ; ainsi un certain Mr T------ s, un ecclésiastique, de Southwark, si mécontent et surpris qu’il eût été heureux de s’évader de chez eux si cela avait été en son pouvoir, mais ils ne le lui auraient pas permis avant qu’il ait prêté l’obligation des Apprentis, ce qu’ils appellent la première pilule, selon laquelle vous ne dévoilerez pas ce que vous avez vu. Mais quand il fut parti, il ne revint jamais parmi eux et s’estima traité de façon malhonnête. Deux ou trois autres furent surpris de cette façon dans la même Loge, c’est-à-dire la numéro 2, tenue à T----- s, à l’enseigne de La Mitre sur la Muraille à Christ-Church dans le Surrey, de même que dans plusieurs autres Loges dont j’ai seulement entendu parler, mais je sais que c’est un fait. Également, les Maîtres d’une Loge qui avaient fait beaucoup de dupes en leur soutirant à chacun une Livre et cinq Shillings : il y avait eu la moitié de l’argent de dépensé et l’autre moitié de conservée dans la caisse pour des usages charitables ; mais ils en eurent un montant élevé en Livres, le Vénérable en chaire qui avait juré fort malicieusement de ne pas voler la Loge, mais de la servir, le fit en emportant tout, disant qu’il demandait la charité et que par conséquent il garderait tout, qu’ils pouvaient toujours essayer [de l’en empêcher] et qu’ils aillent au diable. Et bien d’autres encore dont j’ai su qu’ils se livraient à de telles supercheries, mais je ne me soucie pas de donner leurs noms, en ayant dit assez pour être compris. Je pense que celle dont j’ai donné le numéro ci-dessus confirme leur caractère qui est qu’avant de servir un Frère, ils le volent ou détruisent sa réputation, à la suite de quoi il peut perdre son emploi. Je pourrais vous en dire long sur les mauvais coups qu’ils se sont faits les uns les autres bien qu’ils aient juré si rigoureusement le contraire ; mais j’augmenterai mon pamphlet jusqu’aux dimensions d’un fort volume. Par conséquent, je vais en venir aux raisons des Apprentis comme promis ; mais il est une vilaine affaire que je ne peux omettre, qu’un Frère fit à un autre.

Un Frère dans la détresse, ayant quelques dettes, fut obligé de s’enfuir de chez lui jusqu’à ce que ses affaires soient rétablies. Il em­prunta à un Frère treize ou quatorze shillings ; pas davantage, je l’affirme. Celui-ci vint chez ce Frère qui était dans la misère et en son absence, avec les officiers publics nécessaires pour saisir ses effets, ce qui effraya grandement sa femme et ses enfants, car l’autre disait qu’il voulait tout leur prendre. L’épouse du Frère absent dit : « quoi pour quatorze shillings ? » et elle déclara que s’il voulait bien attendre jusqu’au dimanche, son mari serait de retour au foyer et qu’elle espérait qu’il rapporterait quelqu’argent avec lui ; mais que si cela n’était pas, la dette serait payée le dimanche suivant par un moyen ou un autre. Mais l’autre dit qu’il ne voulait pas attendre ; elle lui demanda d’attendre, ne fût-ce que pour deux ou trois jours, mais cela ne servit à rien ; il en prit pour la valeur de trois Livres au lieu de quatorze shillings et emporta le tout. Voilà un exemple de Maçonnerie ! Alors que le Monde la prend pour une chose charitable et bonne.

Mais remarquez quel scélérat parjure il devait être, ainsi que vous le découvrirez en examinant toutes leurs obligations ou serments : quatorze shillings ne pouvaient le léser lui ou sa famille, car il en possédait des centaines !

Je n’en dirai pas davantage, car je ne voudrais pas être trop sévère ; bien que j’en aie dit assez pour démontrer leur scélératesse, ce qui, je l’espère, servira d’avertissement à tout un chacun.

Maintenant je vais continuer par les

RAISONS

de l’Apprenti reçu

Maître : Pourquoi étiez-vous ni nu ni vêtu, ni pied nu ni chaussé, avec une corde au cou ?

Réponse : Parce que si je m’étais rétracté et si j’étais sorti en courant dans la rue, les gens auraient dit que j’étais fou ; alors que si un Frère m’avait vu, il m’aurait ramené et m’aurait fait justice par ce moyen.

N.B. : Quelle raison ridicule est-ce là, dont des hommes d’entendement discutent !

Maître : Pourquoi aviez-vous les yeux bandés ?

Réponse : Pour que mon cœur puisse cacher avant que mes yeux ne découvrent.

Maître : La seconde raison mon Frère ?

Réponse : Comme j’étais dans les ténèbres à ce moment, je devais garder le monde entier dans les ténèbres.

Maître : Pourquoi étiez-vous dépouillé de tous métaux ?

Réponse : Parce que je ne devais rien apporter d’offensif ou de défensif en Loge.

Maître : Donnez-moi la seconde raison mon Frère.

Réponse : Comme j’étais pauvre et sans le sou quand je fus fait Maçon, cela m’apprit que je devais assister tous les Frères pauvres et sans le sou pour autant que cela soit en mon pouvoir.

Maître : Mon Frère, vous m’avez dit que vous aviez frappé trois coups distincts à la porte. Que signifient-ils, je vous prie ?

Réponse : Un certain passage de l’Écriture.

Maître : Quel est ce passage mon Frère ?

Réponse : Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira.

Maître : Comment appliquez-vous ce texte en Maçonnerie ?

Réponse : Je cherchai dans mon esprit, je demandai à mes amis, je frappai à la porte de la Maçonnerie qui s’ouvrit à moi.

Maître : Pourquoi aviez-vous une épée, une lance ou tout autre arme guerrière, appuyée sur votre sein gauche dénudé ?

Réponse : Parce que le sein gauche étant le plus près du cœur, cela pouvait être un aiguillon pour ma conscience comme c’était un aiguillon pour ma chair à cet instant.

Maître : Pourquoi vous fit-on faire trois fois le tour de la Loge ?

Réponse : Pour que tous les Frères puissent voir que j’étais régulièrement préparé.

Maître : Quand vous fûtes reçu Apprenti, pourquoi aviez-vous le genou gauche dénudé ?

Réponse : Parce que le genou gauche est la partie la plus faible de mon corps, et qu’un Apprenti reçu est la partie la plus faible de la Maçonnerie, où j’entrais alors.

N.B.  :11 existe quelques autres raisons, mais elles sont si ridicules qu’elles ne valent pas la peine qu’on les mentionne ; aussi vais-je continuer avec la configuration de la Loge, comme suit.

Maître : Mon Frère, nous avons longuement parlé de la Loge ; qu’est-ce qui compose une Loge, je vous prie ?

Réponse : Un certain nombre de Mâcons assemblés pour travailler.

Maître : Combien font une Loge, je vous prie ?

Réponse : Trois, cinq, sept ou onze.

Maître : Pourquoi trois font-ils une Loge, mon Frère ?

Réponse : Parce qu’il y eut trois grands Maçons employés à la construction du Monde et aussi à ce noble ouvrage d’architecture qu’est l’Homme ; ces œuvres sont si achevées dans leurs proportions, que les Anciens fondèrent leur architecture sur les mêmes règles.

Maître : La seconde raison mon Frère ?

Réponse : Il y eut trois grands Maçons employés à la construction du Temple de Salomon.

Maître : Pourquoi cinq font-ils une Loge ?

Réponse : Parce que chaque homme est doué de cinq sens.

Maître : Quels sont les cinq sens ?

Réponse : L’ouïe, la vue, l’odorat, le goût et le toucher.

Maître : De quel usage ces cinq sens vous sont-ils dans la Maçonnerie ?

Réponse : Trois me sont d’un grand usage, ce sont l’ouïe, la vue et le toucher.

Maître : De quel usage sont-ils mon Frère ?

Réponse : L’ouïe pour entendre le mot ; la vue pour voir le signe, le toucher pour sentir l’attouchement, afin que je puisse reconnaître un Frère, aussi bien dans les ténèbres qu’à la lumière.

Maître : Pourquoi sept font-ils une Loge ?

Réponse : Parce qu’il y a sept sciences libérales.

Maître : Voulez-vous les nommer mon Frère ?

Réponse : La grammaire, la rhétorique, la logique, I’arithmétique, la géométrie, la musique et l’astronomie.

Maître : Mon Frère, que vous enseignent ces sciences ?

Réponse : La grammaire nous enseigne l’art d’écrire et de parler la langue, grâce à laquelle j’apprends l’harmonie selon les première, deuxième et troisième.

Maître : Que vous enseigne la rhétorique ?

Réponse : L’art de parler et de discourir sur quelque sujet que ce soit.

Maître : Que vous enseigne la logique ?

Réponse : L’art de raisonner, par quoi vous pouvez distinguer le vrai du faux.

Maître : Que vous enseigne l’arithmétique ?

Réponse : La vertu des nombres.

Maître : Que vous enseigne la géométrie ?

Réponse : L’art de mesurer, par lequel les Égyptiens retrouvaient chacun leur terrain, ou la même quantité qu’ils avaient avant les débordements du Nil, lequel submergeait fréquemment leur pays ; temps pendant lequel ils fuyaient dans les montagnes jusqu’à la décrue du fleuve, ce qui faisait qu’ils avaient de continuelles disputes à propos de leurs terrains, car chacun pensait qu’il était volé et ne retrouvait pas tout son bien ; jusqu’à ce qu’Euclide inventât la géométrie, mesurât à chacun son du et donnât les plans de son terrain à chaque individu avec la juste quantité appartenant à chacun ; alors ils furent satisfaits et la même règle fut continuée dans toutes les nations jusqu’à ce jour.

Maître : Que vous enseigne la musique mon Frère ?

Réponse : La vertu des sons.

Maître : Que vous enseigne l’astronomie ?

Réponse : La connaissance des corps célestes.

N.B. : Consultez les tables astronomiques de Brandt et vous aurez une description complète de cette dernière science. Mais je crois que vous pouvez vous contenter de n’importe quel autre auteur sur ce chapitre, car je vais là-dessus aussi loin que n’importe quel Franc-Maçon dans ses lectures, et même plus loin, ce gui fait que je me dois de faire en sorte d’être clair, afin de pouvoir être compris par des gens de la plus faible capacité. Ce qui ne fait pas partie de l’instruction est marqué par : N.B.

Maître : Pourquoi onze devraient-ils faire une Loge, mon Frère ?

Réponse : Il y étaient onze Patriarches après que Joseph eût été vendu en Égypte et qu’on l’ait cru perdu (14).

Maître : La seconde raison mon Frère ?

Réponse : Ils n’étaient plus que onze Apôtres après que Judas eût trahi le Christ.

Maître : Quelle forme a votre Loge ?

Réponse : Un carré long.

Maître : De quelle longueur, mon Frère ?

Réponse : De l’Est à l’Ouest.

Maître : De quelle largeur, mon Frère

Réponse : Entre le Nord et le Sud (15)

Maître : De quelle hauteur, mon Frère

Réponse : De la Terre aux Cieux.

Maître : De quelle profondeur, mon Frère ?

Réponse : De la surface de la Terre au centre.

Maître : Pourquoi dit-on que votre Loge va de la surface au centre de la Terre ?

Réponse : Parce que la Maçonnerie est universelle.

Maître : Pourquoi votre Loge est-elle disposée d’Est en Ouest ?

Réponse : Parce que toutes les églises et chapelles le sont ou devraient l’être.

s’étendit de

Maître : Pourquoi cela, mon Frère ?

Réponse : Parce que l’Évangile fut prêché d’abord dans l’Est et, lui-même vers l’Ouest.

Maître : Qu’est-ce qui soutient votre Loge ?

Réponse : Trois grands piliers.

Maître : Quels sont leurs noms ?

Réponse : Sagesse, Force et Beauté.

Maître : Qui représente le pilier de la Sagesse ?

Réponse : Le Maître à l’Est.

Maître : Qui représente le pilier de la Force ?

Réponse : Le premier Surveillant à l’Ouest.

Maître : Qui représente le pilier de la Beauté ?

Réponse : Le second Surveillant au Sud.

Maître : Pourquoi le Maître représenterait-il le pilier de la Sagesse ?

Réponse : Parce qu’il donne les instructions aux ouvriers pour con­duire leur travail de manière appropriée, en bonne harmonie.

Maître : Pourquoi le premier Surveillant représenterait-il le pilier de la Force ?

Réponse : Comme le Soleil se couche pour clore le jour, de même le premier Surveillant se tient à l’Ouest pour payer aux ouvriers (16) leurs gages, qui sont la force et le soutien de leur métier.

Maître : Pourquoi le second Surveillant représenterait-il le pilier de la Beauté ?

Réponse : Parce qu’il se tient au Sud, à midi plein, qui est la beauté du jour, pour appeler les hommes du travail au repos et pour voir s’il reprennent à l’heure, afin que le Maître puisse en avoir joie et profit.

Maître : Pourquoi dit-on que votre Loge est soutenue par ces trois grands piliers, Sagesse, Force et Beauté ?

Réponse : Parce que la Sagesse, la Force et la Beauté sont l’achève­ment de tous travaux, et rien ne peut durer sans elles.

Maître : Pourquoi, mon Frère ?

Réponse : Parce que la Sagesse est là pour inventer, la Force pour soutenir et la Beauté pour orner.

Maître : Avez-vous quelque couverture à votre Loge ?

Réponse : Oui, une voûte nuageuse de diverses couleurs (17).

Maître : Comment soufflent les vents pour un Maçon, mon Frère (18) ?

Réponse : Régulièrement d’Est en Ouest.

Maître : Quelle heure est-il mon Frère ?

Réponse : Midi plein.

Maître : Appelez les hommes du travail au repos et voyez s’ils reprennent à l’heure.

(Fin de l’instruction d’Apprenti reçu).

Chant de l’Apprenti reçu, qui est chanté après qu’un travail sérieux ait été fait ou après l’initiation d’un Frère (19).

I

Venez, préparons-nous

Nous qui sommes Frères,

Assemblés pour la meilleure cause ;Buvons, rions et chantons ;

Notre vin a jailli

à la santé d’un Maçon accepté.

II

Le Monde est en peine

D’acquérir nos secrets

Et toujours les voudrait et les scrute :

Ils ne pourront jamais deviner

Le mot ou le signe D’un Maçon franc et accepté.

III

C’est ceci et c’est cela,

Ils ne peuvent dire quoi,

Pourquoi tant de grands hommes de la Nation

Doivent porter des tabliers,

Pour ne plus faire qu’un Avec un Maçon franc et accepté.

IV

Grands rois, ducs et seigneurs,

Ont déposé leurs épées,

Pour embrasser nos mystères de bonne grâce,

Et jamais ne sont confus

De s’entendre appeler

Des Maçons francs et acceptés.

V

La fleur de l’Antiquité Est à nos côtés,

Qui avec équité met les hommes à leur rang :

Il n’est rien de bon

Qui ne soit compris

Par un Maçon franc et accepté.

VI

Nous sommes fidèles et sincères,

Impartiaux envers le beau sexe,

Qui se fie à nous en toute occasion ;

Aucun mortel ne peut davantage

Adorer les dames,

Qu’un Maçon franc et accepté.

VII

Joignons-nous main en main

Tenons-nous ferme ensemble (20)

Réjouissons-nous et montrons le meilleur visage

Aucun mortel ne peut se vanter

De porter une si noble santé

Qu’un Maçon franc et accepté.

VIII

Nous sommes fidèles et sincères,

Impartiaux envers le beau sexe,

Qui se fie à nous en toute occasion ;

Aucun mortel ne peut davantage

Adorer les dames,

Qu’un Maçon franc et accepté.

N.B. : Quand ils chantent cette chanson, ils se tiennent autour d’une grande table, et joignent leurs mains croisées, c’est-à-dire que votre main droite passe par-dessus votre main gauche et tient la main gauche de votre voisin de gauche ; tandis que votre voisin de gauche de sa main droite tient de même la main gauche de son voisin de gauche, et ainsi de suite tout autour de la table. Mais quand ils disent le dernier vers, ils sautent tous ensemble pour frapper le sol ; j’ai été moi-même à l’étage inférieur d’un endroit ou se tenait une Loge et fait entendu les gens dire « Sang Dieu ! ». Que faisaient-ils ? Ils allaient tout ébranler, et je ne restai pas davantage dans la place. Ils appellent ça « I’enfoncement des pieux », pour amuser le monde ; mais ils ne s’amuseront plus quand chacun saura ce qu’il en est et quelles explications ridicules ils donnent à la chose.

Comment on appelle les hommes du travail au repos :

Le Maître murmure au premier Diacre qui est à sa droite : « C’est ma volonté et mon plaisir que cette Loge soit rappelée du travail au repos le temps qu’il me plaira ». Alors le premier Diacre transmet cela au premier Surveillant en lui murmurant les mêmes paroles à l’oreille et celui-ci les murmure à l’oreille du second Diacre qui est à sa droite et qui les transmet au second Surveillant en murmurant de même. Ce dernier dit à voix haute : « C’est la volonté et le plaisir de notre Maître que cette Loge soit rappelée du travail au repos, le temps qu’il lui plaira ». Alors, il redresse sa colonne et le premier Surveillant couche la sienne (21), la responsabilité de la Loge reposant entre les mains du second Surveillant pendant qu’on est au repos.

N.B. . Les premier et second Surveillants ont chacun une colonne d’environ vingt pouces de long à la main. qui représentent les deux colonnes du Temple de Salomon, BOAZ et JACHIN (I-Rois, chap. Vll),

Celle du premier est BOAZ, ou la Force.

Celle du second est JACHIN, ou « établir ».

Comment rappeler les Frères au travail :

On fait de même que pour appeler du travail au repos, à la seule différence que l’on dit : « C’est la volonté et le plaisir de notre Maître que cette Loge soit rappelée du repos au travail ». Alors le second Surveillant couche sa colonne et le premier Surveillant redresse la sienne ; puis ils continuent par une instruction qu’ils appellent le travail (22).

N.B. : Si l’heure ne permet pas que l’on fasse l’instruction de Compagnon, comme cela arrive très rarement, alors ils ferment la Loge, ce qui se fait pratiquement comme I’ouverture, à la seule différence que le premier Surveillant dit : « C’est la volonté et le plaisir de notre Maître que cette Loge close jusqu’au premier ou troisième Mercredi du mois prochain (ou selon les soirs où leur Loge se tient), sauf en cas de tenue d’urgence qui vous serait notifiée en temps utile ».

Alors, ils enlèvent leurs bijoux et ils se saoulent comme des Francs-Maçons ; ils chantent et s’enivrent, c’est tout, etc.

 

NOTES DE LA TRADUCTION

(1) Depuis quelques cent quatre vingts ans les second Surveillants du R.E.A.A. sont censés « observer le Soleil à son méridien ».[Note C. G. : je n’ai jamais pour ma part considéré qu’il était question du méridien du soleil, mais de celui du lieu où est situé le surveillant, de ce fait la phrase ne m’a jamais choqué]

Cette formule, inventée par le premier traducteur qui reprenait les bonnes pages de The Three Distinct Knocks pour étoffer le rituel des premières Loges bleues du R.E.A.A., n’a en elle-même aucune signification en langue française. Comment, en effet, observer le Soleil a à son méridien ”, quand on sait qu’un méridien est une ligne reliant les deux pôles d’une sphère en passant par sa surface et que le Soleil, comme toute sphère, possède une infinité de méridiens d’où qu’on l’observe ? Imagine-t-on un observateur situé, sur la Lune par exemple, et observant la Terre « à son méridien » ? Que cette formule ait été recopiée jusqu’à nos jours par tous les auteurs de remises « au goût du jour » du rituel, prouve à tout le moins leur indifférence quant à l’authenticité de leur travail.

La formule provient de cette réplique de The Three Distinc’ Knochs dans laquelle est défini le rôle du second Surveillant :

« The better to observe the Sun, at high meridian to call the Men off from work to refreshment ». « Méridian » comme substantif ne comporte pas d’indication de genre d’après son orthographe. C’est d’ailleurs fréquent en anglais et « méridian » peut être traduit par « méridien » ou... « méridienne ». La traduction prend alors du sens : le second Surveillant doit observer le Soleil à sa méridienne.

Les amateurs de navigation astronomique savent ce qu’est une méridienne : c’est la hauteur d’un astre lors de sa culmination au-dessus du méridien du lieu où l’on se trouve. Le Soleil, par exemple, est à la méridienne ou culmination lorsqu’il passe à la verticale du méridien du lieu où se tient l’observateur — méridien terrestre et non solaire par conséquent. Cette méridienne ou culmination du Soleil correspond donc au midi solaire du lieu où l’on se trouve. C’est le moment de la pause, le moment où le second Surveillant appelle les ouvriers au « refreshment », ce que l’on peut traduire par « rafraîchissement » ou « repos » selon le dictionnaire Harrap’s.

note JCP : le traducteur a-t-il pensé que « observer le Soleil à son méridien » peut aussi prendre le sens "d'observer le soleil sur son (celui de l'oservateur) méridien ?  

 

(2) < Holy Saint John  :~.

 

(3) « He taught me to take one step upon the first step of a right angle oblong square. »

ll s’agit de la marche des Anciens qu’il y aura lieu de comparer à celle des " Écossais ". Le passage décrivant cette marche posa bien des problèmes au traducteur qui vers 1805 fournissait du texte au R.E.A.A. Il traduisait par : « Il m’apprit à faire le premier pas dans 1’angle d’un carré-long ». Nous verrons que la difficulté ne fit que croître avec les marches du deuxième puis du troisième grade. La difficulté provient essentiellement du mot « step » qui signifie à la fois « pas » et « degré » (ou marche d’escalier) ainsi que de l’anglais approximatif de l’auteur. Renseignement pris auprès du R.F. Peter Stevens, il s’agit de faire un pas sur le premier degré d’un carré long (right oblong square). On comprendra mieux le texte en comparant avec le schéma qui fait suite à l’introduction.

 

(4) En comparant cette réponse aux indications du dessin, on comprend que le candidat est agenouillé sur le genou gauche dénudé et que dans ce cas l’articulation du genou droit restant mi-pliée, la jambe droite forme naturellement un angle droit.

 

(5) « The same ». « Le même », c’est-à-dire un second compas appuyé sur la poitrine. C’est du moins ce que permet de penser l’obligation des autres grades.

 

(6) « The Square, to square our actions ». L’Oxiord English Diclionnary rappelle quelques synonymes figuratifs du verbe to square : mettre d’équerre, régler, ajuster, harmoniser.

 

(7) On sait maintenant que la formule « Je ne sais ni lire ni écrire » en usage en France est une innovation assez tardive du R.E.A.A. Dans l’état actuel de nos connaissances, elle n’apparaît pas avant 1825-1830 et constitue une déviation à prétentions scolaires, moralisantes et sociales comme la Maçonnerie allait se mettre à en véhiculer dans la suite du XIXe siècle. La question n’était pas de savoir ou de ne pas savoir lire ou écrire, mais que conformément au serment on ne DEVAIT pas écrire et que par conséquent on ne DEVAIT pas avoir à lire les « secrets » des Maçons. La formule du Rite Français, « Je ne dois ni lire ni écrire » est en cela conforme aux sources rituelles du XVIIIe siècle et à la logique, même si on usait d’aide-mémoire écrits.

En 1812, un des premiers manuscrits du R.E.A.A., le premier en tout cas à nous fournir une formule introductive du mot d’Apprenti, reprenait implicitement cette notion de devoir. à celui qui demandait le mot, I’interrogé répondait : « Je ne l’ai pas appris ainsi. Dites-moi la première lettre, je vous dirai la seconde » (Ms B.N., FM 4-72). Tout cela révèle à chaque fois un piège : il ne suffisait pas de connaître les mots, encore fallait-il les donner selon la manière en rapport avec le serment et ses interdits.

 

(8) On appréciera le « ou » La confusion semble involontaire.

 

(9) « To return thanks ». Le Guide des Maçons Ecossais (1814-1821) dit : « répondre » aux applaudissements. Cette réponse du néophyte constitue les remerciements à proprement parler, que le V.M. fait ensuite « couvrir ».

 

(10) « The star ». Il s’agit sans doute de l’Ordre du Bain.

 

(11) « The 24 inch gauge, the Square and common gavel, or setting maul ». Nous avons déjà rencontré la jauge dans « La Confession d’un Maçon » (1727) dont la traduction a été publiée dans le n° 9 de la présente revue. Cette jauge se présente comme une règle au moyen de laquelle on vérifie qu’une plumée est bien plane, sans gras ni maigre qui laisse passer la lumière lorsqu’on pose la jauge là où est passé le ciseau. La longueur de la jauge donne une idée du coup d’œil et du coup de main de celui qui l’utilise : plus la jauge est longue et plus la plumée à contrôler l’est aussi. Cela suppose une remarquable régularité dans le travail de la massette et du ciseau. Mais ce sont là des réminiscences opératives. Notre texte appartient à la Maçonnerie spéculative comme le prouve la réplique selon laquelle la jauge sert à « mesurer ».

« Setting Maul » vient directement de La Maçonnerie Disséquée (1730) que notre auteur dit avoir lue. On pourrait traduire par « maillet de pause » : cela nous renvoie à la réalité opérative dans laquelle existaient les « hewers » (tailleurs de pierre) et « settlers » (poseurs de pierres). Etant donné les outils qu’il mentionne, I’Apprenti était bien supposé recevoir une formation complète d’ouvriers bâtisseurs à la fois « hewer » et « settler ». Cela renvoie à La Maçonnerie Disséquée (V. de H. n° 8), mais aussi aux textes de la tradition opérative comme le Ms. Wilkinson (1727) et La Confession d’un Maçon (1727). (Voir V. de H. n° 9).

 

(12) Le fait qu’on ne mentionne pas ici de ciseau donne à penser que le marteau ordinaire pourrait être une laie (bush-hammer). La représentation de cet outil sur les tapis de Loge français du temps (dont l’auteur a nécessairement eu connaissance lors de son séjour à Paris) est peut-être à l’origine de ce détail plus ou moins bien rapporté par un Allemand écrivant dans une langue anglaise approximative. Il est vrai que « bushhammer » semble difficile à confondre avec « gavel » ou « setting-maul ».

 

(13) « I know several that have receiv’d the first step « . Cette fois le vocable « step » s’étend des degrés de l’escalier (ou échelle), représenté sur le dessin, aux grades mêmes qui y correspondent. Dans les deux cas « degree » et « step » sont synonymes et peuvent être traduits par « degré » en français. Nous n’employons le mot « grade que lorsque le jeu de mots entre degré d’un escalier et degré hiérarchique ne s’impose pas.

 

(14) Jacob avait eu douze fils dont Joseph. Ces douze fils devaient plus tard former les douze tribus d’Israël et donc en être les patriarches selon le dessein de Jacob. Mais auparavant les frères de Joseph, ayant vendu ce dernier, se retrouvèrent onze patriarches, ou, pour mieux dire, futurs patriarches. Les Compagnons de l’Arche Royale consulteront dans la Bible, la profération de Jacob (Gen. 49, V. 1 à 28), en se souvenant que leur grade fut fondé par les Anciens.

 

(15) Ce passage est un de ceux, nombreux, qui ont été repris par une traduction bâclée dans le Guide des Maçons Ecossais (c. 1814-1821). Que ce dernier texte propose (p. 33) un carré long dont la longueur est du Nord au Sud et la largeur d’Est en Ouest en dit long sur la hâte avec laquelle on travailla alors.

 

(16) Notre germanique auteur, maniant assez mal la langue anglaise, dit ici « Hirelings », ce qui se traduirait par « laquais ».

 

(17) De même l’auteur dit ici : « Yes, a cloudy canopy, of divers colours, or the clouds ». Le traducteur doit opter entre « la voûte nuageuse » (cloudy canopy) ou « les nuages » de diverses couleurs.

 

(18) De même encore on nous pardonnera de ne pas avoir pris l’auteur « aux mots » lorsqu’il écrit « How blows a Mason’s wind, Brother ? ... ».

 

(19) La traduction que nous donnons de cette chanson est aussi fidèle que possible sur le fond, mais nous n’avons pu en respecter la versification.

 

(20) Ces deux vers « collent » par leur traduction à un passage de la chanson des Apprentis de Naudot (1737).

 

(21) Ces colonnes sont celles dont il est fait mention sur le plan de la Loge.

 

(22) Le « N.B » qui suit donne à penser que cette instruction est celle de Compagnon.

Traduction de Gilles Pasquier

Villard de Honnecourt, N° 13, 2ème série – Paris 1986