LES -- GRANDS -- TEXTES -- MAÇONNIQUES

Poésie publiée en 1737 : " Les Franc-Maçons, songe "

De la Maçonnerie d'Adoption.

 

" Beau sexe, nous avons pour vous
Et du respect et de l'estime ;
Mais aussi nous vous craignons tous,
Et notre crainte est légitime.
.....................................
Si le sexe est banni, qu'il n'en ait point d'alarmes,
Ce n'est point un outrage à sa fidélité ;
Mais on craint que l'amour entrant avec ses charmes
Ne produise l'oubli de la fraternité.
Noms de frère et d'ami seraient de faibles armes,
Pour garantir les cœurs de la rivalité. "

LES FEMMES ET LA MAÇONNERIE D'ADOPTION



Du dix-huitième au dix-neuvième siècles, la maçonnerie d'adoption fut l'objet, en France, des plus grandes réserves et la galanterie, bien qu'élégante, dont certains surent faire preuve, n'en masqua pas moins la défense expresse d'admettre le beau sexe dans une société maçonnique où, par le simple respect des usages traditionnels et corporatifs ( les Devoirs des anciennes corporations des tailleurs de pierre leur interdisait l'entrée du chantier couvert où travaillaient les Compagnons du mestier ), elles n'y avaient guère de place du fait aussi de leur absence de " statut social ". En Angleterre, le Livre des Constitutions cataloguait les femmes parmi les profanes définitivement éliminés de l'accès à l'initiation. Il allait même jusqu'à les considérer au même niveau que les esclaves, les idolâtres, les débauchés. Aussi trouve-ton naturellement dans les catéchismes de ce temps des formules décrivant l'atelier ou la loge comme un havre de paix où " jamais coq ne chanta ni femme caqueta ".

En France, le statut de la femme ne fut guère meilleur puisqu'elle ne figurait pas dans la classe des " gens libres ". En effet, de par son état, elle se trouvait placée sous la tutelle du père puis celle de son époux. Elle était socialement " mineure ". Certains, comme le Chevalier Michel de Ramsay, reprochaient aux femmes les pires excès et débauches en arguant du fait que par leur faute les grands Mystères antiques avaient dégénéré puis disparu. Il disait : " C'est pour prévenir de semblables abus que les femmes sont exclues de notre Ordre. Ce n'est pas que nous soyons assez injustes pour regarder le sexe comme incapable de secret, mais c'est parce que sa présence pourrait altérer insensiblement la pureté de nos maximes et de nos cœurs. "

Quels pauvres hommes fragiles et si peu vertueux pouvaient-ils être ceux qui se sentaient troublés par une présence féminine ? S'avérant aussi fragiles, manifestant une attitude tellement profane, seraient-ils vraiment des maçons ? Auraient-ils réellement reçu la lumière, ces hommes titillés par la libido ou le plaisir ? Aussi des Frères, assurés dans la force de leurs principes fraternels et par leur constance à " élever des temples à la Vertu ", réagirent. En 1773, le Grand Orateur du Grand Orient, s'adressant au Grand Maître, s'exclamait : " Les prêtres d'Isis et d'Osiris ont admis leurs femmes et leurs filles aux mystères impénétrables et terribles de l'initiation. Les Grecs ont eu leurs Sybilles, les Romains leurs Vestales ; dans tous les ordres de la vie civile l'Europe entière a produit des héroïnes ; eh ! pourquoi les Maçons de France qui sont pères, époux, fils, frères, ne les admettraient-ils pas parmi eux ? " Ce fut ainsi que le Grand Orient, séduit et convaincu, reconnut en sa délibération du 10 juin 1774 les Loges d'Adoption.