Du symbolisme social au symbolisme maçonnique
PLAN
RESUME
INTRODUCTION
I - DEFINITIONS ET FONCTIONS DU SYMBOLE
a) Etymologie et définitions
b) Nécessité sociale et fonctions sociologiques du symbole - Interprétation et champ.
II - ESSAI D'ORGANISATION DU SYMBOLISME
1 - SYMBOLISME DE L'ACTION SOCIALE
a) Symbolisme de participation, de représentation et d'appartenance - Symbolisme emblématique
Symboles :
drapeau - insignes - totem - hymnes - attributs - emblèmes - costumes - rites - mode de vie ...
b) Symbolisme de communication :
Symboles :
langages - mimiques - postures - gestes - écriture - idéogrammes ...
c) Symbolisme psychologique
Symboles :
comportements - lapsus - actes manqués - vêtements - style de vie ...
2 - SYMBOLISME DE LA TRADITION
La tradition - L'ésotérisme / exotérisme
Symbolisme universel - Les archétypes
Symbolisme mythique - magique - religieux
Symboles mythiques : légendes - animaux - éléments naturels chargés d'un sens symbolique
Symboles magiques : tabous - fétiches - maléfices - gris-gris - influences - superstitions
Symboles religieux : a) matériels : croix - icônes - architecture
b) Gestuels : signes - attitudes
c) Rituels : prières - cérémonies - sacrements
d) Spirituels : initiation - sacrements
3 - SYMBOLISME MAÇONNIQUE OU INITIATIQUE
Résumé
"L'action humaine est sociale parce qu'elle est symbolique" affirment les sociologues.
Nous vivons dans un monde de symboles. Les relations humaines (déférence, joie, douleur, cordialité, amitié), la communication et la représentation (écriture, emblèmes, allégories, allusion, paraboles, métaphores), la spiritualité (symboles religieux), tout se vit sur un mode rituel et symbolique.
Mais le quotidien banalise et dans notre monde du rationnel et du matériel peu d'entre nous remarquent une telle évidence. Le profane vit ses actes symboliques sans s'en rendre compte, il regarde mais il ne voit pas.
D'une manière générale, on attribue 3 définitions différentes au terme "symbole" :
-
un sens analogique qui est le sens courant (la colombe est symbole de la paix)
-
un sens étymologique qui reconnaît deux parties au symbole, un porteur ou signifiant et un exprimé ou signifié, évocation spirituelle ou mystique. Ce sens seul nous intéresse.
-
enfin, un sens logico-mathématique ou physico-chimique, représentation purement conventionnelle, assimilable à l'écriture.
Le symbole est une nécessité sociale pour la vie des groupes et l'intégration des individus. Il est un facteur de cohésion et un médiateur de communication.
· Il montre et rend sensible ce qui ne l'est pas, les valeurs abstraites, le pouvoir, les communautés.
· Par sa fonction consensuelle, il réunit et signale l'appartenance.
· Enfin, il enjoint au respect des règles admises par convention sociale.
Si l'on devait tenter une organisation du symbolisme, on pourrait la décliner en trois familles :
-
Le symbolisme de l'actionsociale, nécessaire à la vie des communautés.
-
Le symbolisme de la Tradition, symbolisme universel des archétypes et des mythes, symbolisme ésotérique de la magie et des religions.
-
Le symbolisme maçonnique ou, plus généralement, initiatique. Méthode spéculative d'éveil et de progrès qui repose sur la compréhension et l'interprétation des symboles traditionnels.
Le symbole est un phénomène d'expression indirecte qui n'est signifiante que par l'intermédiaire d'une structure sociale, d'une totalité à quoi l'on participe.
L'interprétation des symboles n'est donc possible qu'à travers un système structuré, cohérent et participant à la forme générale. Interpréter un symbole, c'est utiliser l'ensemble des connaissances acquises, l'ensemble de la culture, de l'éducation, des règles d'éthique morale, religieuse et sociale, ainsi que la tradition d'une communauté.
Les rites et les symboles des primitifs survivent aujourd'hui dans les religions et les sectes mystiques. Mais, dépouillées de la plupart de leurs valeurs ésotériques traditionnelles, les doctrines initiales ont été érigées en dogmes et les liens qui les unissaient à la Tradition primordiale ont été peu à peu rompus.
Là est le but de la démarche initiatique, celui de renouer avec la Tradition, à la recherche de la "parole perdue". Le Maçon, homme éveillé, progresse sur la voie initiatique, en s'aidant des outils symboliques, pour atteindre enfin ce point sublime qu'occupe l'homme véritable. De ce point, l'homme vrai survole la matière, il a accès au sens caché des choses, il connaît les lois universelles qui gouvernent l'univers dans une harmonie parfaite. Et, s'il n'est pas seul, un jour viendra où tous les hommes parleront la même langue. Un jour viendra où tous les hommes s'entendront.
Mais l'initiation ne fait que "mettre sur le chemin", elle ne confère pas le titre d'initié et le Maçon sait, même quand il est devenu Compagnon ou Maître, qu'il reste encore, et restera toujours, un Apprenti et qu'il devra vivre sa "Légende personnelle" pour pénétrer et comprendre "L'Ame du monde".
INTRODUCTION
" Si quelquefois, par une nuit sereine, fixant les yeux sur les beautés inexprimables des astres, tu as pensé à l'Auteur de l'Univers en te demandant qui de ces fleurs a brodé le firmament et comment toutefois, dans le monde visible, l'agrément cède le pas à la nécessité. Si au contraire, tu as pendant le jour considéré d'un esprit réfléchi les merveilles du jour, tu viens en auditeur préparé... Viens donc ! "
Avant d'initier son lecteur aux grands secrets cachés dans le livre de la création, St Basile commence par lui demander s'il a déjà contemplé effectivement la nature. Il le situe ainsi dans la ligne d'une expérience vieille comme l'humanité car c'est d'abord en observant la nature puis en essayant de la comprendre que l'homme s'est distingué de son environnement. Son sens métaphysique est né de son besoin de comprendre et peut être son intelligence est-elle née de cette faculté d'abstraction.
Faculté d'abstraction... C'est à dire, isoler dans un objet une qualité que l'on considère indépendamment des autres qualités et de l'objet lui-même. Qu'est-ce que cette faculté sinon le fondement même de ce que nous convenons d'appeler le symbolisme ? Ces abstractions sont les produits d'une structure intellectuelle ou spirituelle spécifique à un individu ou à un groupe d'individus ayant une même culture ou des groupes ayant une source culturelle commune. Mais là encore, des divergences apparaissent d'un groupe à l'autre, d'un individu à l'autre car le symbolisme n'est point de l'ordre du rationnel et qu'à le présenter de façon conceptuelle on le fausse inévitablement. Il ne peut s'agir de représentations ou de similitudes objectives mais plutôt de suggestions, d'associations d'images. Images n'étant pas pris ici dans le sens d'imagination, c'est à dire de la fiction, de l'illusion, de l'arbitraire ou de la fantaisie mais dans le sens de réflexion. Telle l'image renvoyée par un miroir possédant tout un stock d'équivalences symboliques.
Les plus fondamentales de ces images intérieures, par exemple celle de la verticale ou celle de la lumière ou celle du mouvement circulaire cyclique, éveillent en n'importe quel homme, en tant qu'homme, des réactions identiques. Ces réactions fondent le dynamisme interne du symbolisme et son universalisme. L'universalité de l'expression symbolique, prise au sens large "d'expression", avant le concept.
Dans son acception sociale, le symbole exprime et montre, il réunit et il prescrit. Vu ainsi, le monde des symboles est cohérent, il relève d'une façon de voir et de sentir les choses, d'un esprit ou plutôt d'une culture.
Dans son acception initiatique, le symbolisme permet d'envisager les choses dans l'unité de leur principe même et à les unir ainsi. Par exemple, le point, plus petite représentation physique est aussi symbole d'espace et d'infini car il est l'intersection des six directions fondamentales de l'univers : Orient / Occident - Septentrion / Midi - Zénith / Nadir. Ce symbole lie ainsi l'espace dans son unité, de l'infiniment petit à l'infiniment grand.
Avant d'aborder et pour mieux comprendre le cheminement de la démarche initiatique et plus particulièrement celui de la méthode Maçonnique, nous devons identifier, recenser et classer tout ce qui, dans notre vie courante (et tant pis pour l'ambiguïté du mot), relève du symbolisme, c'est à dire pratiquement tout. Lorsque ce symbolisme banal et nécessaire dans lequel nous baignons sera reconnu, nous pourrons accéder à notre univers, à notre démarche initiatique de Maçons qui est notre lien avec la Tradition primordiale. Autrement dit, reconnaître ce que j'appellerai, faute de mieux, les trois états du symbolisme : Le symbolisme social, le symbolisme universel et le symbolisme culturel.
Car la méthode Maçonnique est le produit historique d'une culture achevée et très ancienne qui repose sur la compréhension et l'utilisation des symboles traditionnels, propres à cette culture. C'est à partir de cette culture, sur elle, avec ses schémas, ses structures de pensée, sa morale, ses règles, modèles et codes sociaux qu'a été créée et que peu à peu s'est façonnée la franc-maçonnerie.
I - DEFINITIONS ET FONCTIONS
a) Etymologie - Sens et définitions de symbole et symbolisme
Le terme "symbole" recouvre un ensemble de trois significations nettement distinctes :
1 Le sens courant qui attribue à la notion de symbole un sens analogique : Par exemple, la colombe est le symbole de la paix.
2 Un sens étymologique, du grec "sumbolon", dérivé du verbe "joindre", qui définit un objet partagé en deux. La possession de chacune des deux parties par deux individus leur permet de se rejoindre et de se reconnaître. Ce sens s'applique, par extension, à tout "dispositif lié" permettant de se reconnaître, tel un mot de passe ou une formule dont la possession et la locution permettent aux membres d'une même communauté de s'identifier comme tels. Le Credo par exemple, symbole des apôtres a eu ce rôle dans le christianisme.
3 Enfin, le sens "logico-mathématique" et "physico-chimique" par lequel on entend tous signes graphiques indiquant une grandeur ou prescrivant une opération précise sur ces grandeurs, ou bien indiquant un corps, un état, un sens etc...
On remarque une grande divergence entre le premier et le troisième sens. En effet, le premier est caractérisé par son pouvoir de concrétisation, sa "figurabilité", alors que le troisième est caractérisé par son abstraction totale, quoique arbitraire et conventionnelle. Cette extension de sens se prolonge par une grande dissémination du terme dans les divers registres des phénomènes naturels, esthétiques, sociologiques, psychiques et dans toutes les sciences humaines. Il parait donc difficile de suivre une démarche cohérente en partant de définitions opposées de manière aussi absolue que sont le contenu analogique d'une part et le contenu arbitraire d'autre part de la notion de symbole.
C'est en définitive sur le deuxième sens cité que nous nous arrêterons, car ce sens reconnaît deux parties au symbole :
D'une part, le porteur ou signifiant, image matérielle et, d'autre part, l'exprimé, le signifié, évocation spirituelle ou mystique.
Je ne saurai trouver de meilleure définition du symbole que celle de Luc Benoît :
" En lançant un pont entre le corps et l'esprit les symboles permettent de rendre sensible tout concept intelligible. Ils relèvent, comme médiateurs, du domaine psychique et possèdent par conséquent un caractère dual qui les rend capables de comporter un double sens et même des interprétations multiples et cohérentes, également vraies à différents points de vue. Ils impliquent un ensemble d'idées en mode total et non analytique. Chacun peut les interpréter à n'importe quel niveau, au gré de sa capacité (...). Ils offrent des motifs d'évocation indéfinis, jusqu'à permettre des traductions en valeurs opposées".
D'une manière plus générale, le symbolisme comporte quatre éléments :
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Un signifiant : L'objet qui tient la place d'un autre
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Un signifié : La chose dont le signifiant tient lieu
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La signification : Le rapport entre le signifiant et le signifié
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Un code : Appris et connu par ceux à qui s'adressent les symboles et qui définit le rapport, car entre le signifiant et le signifié, il n'y a pas en général de rapport naturel.
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Particulièrement en maçonnerie, ce code peut être d'une incroyable complexité, voire suivre des règles spécifiques à la pensée d'un seul individu qui s'exprime (on dira "spécule") en fonction de son degré d'éveil, de la maturité de sa réflexion (on dira de son degré d'initiation). Dans tous les cas ce code, même s'il est à un niveau spéculatif élevé, ressortira toujours d'une méthode de pensée fondée sur une culture commune et sera ainsi compris, voire réutilisé, par ceux qui partagent cette culture.
b) Nécessité sociale et fonctions sociologiques des symboles - Interprétation et champ
Socialement, le symbolisme est incontournable pour la vie des groupes. De façon inconsciente mais acquise par l'éducation, les comportements sociaux s'expriment et se vivent sur le mode symbolique car toute société pour fonctionner a besoin d'un code compris et librement accepté par tous les individus qui la composent.
Bien entendu ce symbolisme là est un symbolisme de nécessité. Il n'est pas spéculatif mais il participe de cette faculté d'abstraction de l'Homme que nous avons su, dans notre démarche, développer au point d'en faire le support privilégié de notre réflexion. Il est donc utile ce soir, pour notre compréhension, que nous l'abordions. D'autant plus que nous sommes nous aussi, par nécessité, assujettis à ce symbolisme là.
La société, en intégrant les individus leur donne le moyen de communiquer par un ensemble de conventions : gestes, rites, langage, écriture etc... chargées d'un sens symbolique purement conventionnel et compris par tous de la même façon. Il faut que chacun puisse reconnaître le symbole comme tel, qu'il n'y ait pas de contestation quant à son contenu et à son sens. On voit par là qu'il a une valeur pour le groupe, pour la communauté, pour la société. Qu'il a pouvoir de consensus et de rassemblement.
En d'autres termes, le symbole est social et peut être défini ici comme ce qui permet à l'univers idéal des valeurs de passer dans la réalité en liant les acteurs sociaux entre eux, en recréant sans cesse la participation et l'identification des personnes et des groupes aux collectivités.
Dans sa dimension sociale, le symbole a trois fonctions :
Il montre, réunit et enjoint
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Il montre d'abord, il rend sensible ce qui ne l'est pas : valeurs abstraites, pouvoirs, vices, vertus, communautés.
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Ensuite, il réunit. Outre sa fonction consensuelle, il signale l'appartenance, il "inclut et il exclut". C'est la fonction du symbolisme emblématique des partis politiques de marquer les limites à l'intérieur de la communauté. C'est la fonction de nos signes de reconnaissance, de notre langage, de nos emblèmes symboliques (nous devrions dire de nos symboles emblématiques qui marquent généralement notre appartenance tels pour nous le compas et l'équerre).
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Le symbole enfin enjoint et prescrit. La fonction d'injonction peut être plus ou moins explicite, le sceptre et la couronne ne se contentent pas de signaler le pouvoir, ils invitent à le respecter. L'équerre symétrique, l'épée flamboyante et le maillet, attributs du vénérable maître en loge qui indiquent l'équité, la pensée active et l'autorité, nous invitent au respect des règles et des statuts de l'Ordre.
Ortigues comprend bien cette fonction sociologique du symbole lorsqu'il écrit :
"Dans le langage, le symbole est un phénomène d'expression indirecte qui n'est signifiante que par l'intermédiaire d'une structure sociale, d'une totalité à quoi l'on participe et qui a toujours la forme générale d'un pacte, d'un serment, d'un interdit, d'une foi jurée, d'une fidélité, d'une tradition, d'un lieu d'appartenance spirituelle qui fonde les possibilités allocutives de la parole."
L'interprétation des symboles n'est donc possible qu'à travers un système structuré, cohérent, participant à la forme générale. En d'autres termes, interpréter un symbole, c'est utiliser l'ensemble des connaissances acquises, l'ensemble de la culture, de l'éducation, des règles d'éthique morale, religieuse et sociale, ainsi que la tradition d'une communauté.
Le champ d'utilisation du symbole est illimité et il existe peu de pratiques sociales ou de conduites culturelles qui n'en soient imprégnées. La mode, l'architecture, la publicité, l'urbanisme, la conduite sociale, le discours politique même sont tous porteurs de symboles.
II - ESSAI D'ORGANISATION DU SYMBOLISME
1 - SYMBOLISME DE L'ACTION SOCIALE
Les sociologues nous disent que :
"L'action humaine est sociale parce qu'elle est symbolique. La conformité extérieure de la conduite aux modèles de comportement symbolise l'adhésion intérieure de l'individu à un certain ordre de valeurs. L'adhésion aux valeurs symbolise à son tour l'appartenance à une société ou à une collectivité".
Pour qu'il y ait solidarité à des collectivités vastes, complexes et difficilement perceptibles et pour qu'il y ait rapport entre les groupes, il faut qu'intervienne le symbolisme qui permet l'identification et la participation d'une part et la communication d'autre part. D'où la distinction entre un symbolisme de participation et un symbolisme de communication.
a) Symbolisme de participation, d'identification, d'appartenance et de représentation
Le symbolisme de participation favorise ou appelle le sentiment d'appartenance à des groupes ou à des collectivités de tailles différentes : nation, région, tribu, clan, parti, ligue, syndicat, famille, fratrie etc...qui doivent se rappeler à leurs membres, se les attacher, cultiver leur loyauté et se différencier des autres. A ces fins, elles utilisent des symboles emblématiques ou d'appartenance : drapeau, hymne, costume, insigne, caricature, slogan, jargon, rite, repas etc...
Tout ce symbolisme doit être significatif et vivant pour les membres afin de développer chez eux le sentiment d'appartenance. Ce symbolisme d'appartenance est à la fois un symbolisme de différence entre groupes et d'appartenance dans le groupe. Il exclut et il inclut.
On peut prendre l'exemple de la hiérarchie sociale qui bien qu'ayant ses fondements dans les rôles productifs (je veux dire par là qu'elle n'est pas symbolique), s'exprime et se vit sur le mode symbolique à travers des symboles comme la voiture, l'habitat, le vêtement, le quartier, l'école...A travers ces éléments, chaque groupe signifie son statut dans la société, affirme sa particularité et la renforce. Dans un système d'organisation bureaucratique, la grandeur du bureau, la couleur du téléphone, la présence ou non d'une secrétaire sont des éléments symbolisant le statut de l'individu. Il y a tout un code de conventions à connaître pour déchiffrer ce statut.
b) Symbolisme de communication
Le symbolisme de communication sert à la transmission de messages entre individus. On peut le définir selon deux niveaux :
1. Le niveau où il y a émission et réception de message. On trouve à ce niveau ce qui entre dans toutes formes d'interactions sociales : gestes, mimiques, postures, langage parlé ou écrit.
2. Vient ensuite le niveau des concepts qui expriment une réalité par une représentation mentale et tiennent lieu de cette réalité. Les concepts s'expriment à travers les mots et ceux-ci donnent naissance et accès aux concepts.
On trouve à ce niveau : la rhétorique, la métaphore, la parabole, l'allégorie, l'allusion, l'apologue etc...
c) Symbolisme psychologique
Un autre aspect du symbolisme de l'action sociale est le symbolisme psychologique ou du comportement.
Ces comportements particuliers d'êtres marginaux ou mal intégrés socialement sont forcément observés par comparaison aux comportements que l'on dits normaux ou tout au moins aux comportements normalement admis dans une société donnée.
Ces comportements se distinguent par tout un arsenal symbolique des plus bénins : actes manqués, lapsus, attitude particulière, posture, mimique, aux mieux structurés : vêtements, style de vie...
L'anticonformisme est une attitude sociale symbolique de la non-adhésion de l'individu aux valeurs admises.
Examinons à présent le symbolisme hérité de la Tradition.
2 - SYMBOLISME DE LA TRADITION
Mais qu'est-ce que la Tradition ? Ecoutons encore Luc Benoît :
"La Tradition est la transmission d'un ensemble de moyens consacrés qui facilitent la prise de conscience de principes immanents d'ordre universel (...).
L'idée la plus proche, la plus capable d'évoquer ce que ce mot signifie serait celle d'une filiation spirituelle de maître à disciple, d'une influence formatrice analogue à la vocation ou à l'inspiration.
Il s'agit là d'une connaissance intérieure (...) et en même temps d'une conscience supérieure reconnue comme telle. (...).
Grâce à cette tradition antérieure à l'histoire, la connaissance des principes a été, dès l'origine, un bien commun à l'humanité (...). Mais une déchéance naturelle, génératrice de spécialisation et d'obscuration, a creusé un hiatus croissant entre le message, ceux qui le transmettent et ceux qui le reçoivent. Une explication devint de plus en plus nécessaire, une polarité apparut entre l'aspect extérieur, rituel, littéral et le sens originel, devenu intérieur, c'est à dire obscur et incompris (...).
Destinée à la foule des fidèles, la doctrine s'est scindée en trois éléments : un dogme pour l'intelligence, une morale pour l'âme et des rites pour le corps. Pendant ce temps, et à l'opposé, le sens profond devenu ésotérique se résorbait dans des aspects de plus en plus obscurs (...)."
Ainsi, la Tradition serait un ensemble cohérent, bien structuré, formant un édifice imposant de vérités fondamentales, s'offrant à une découverte par ceux qui en sont dignes. Atteindre la connaissance ésotérique, c'est accéder à l'aspect intérieur, caché des doctrines et des rites traditionnels. C'est la recherche de la parole perdue, la "queste" de ce qui a été perdu ou caché, c'est le symbolisme de la quête du Graal.
Il existe un symbolisme universel, présent dans toutes les traditions, fond commun des mythologies, légendes et rites magiques ou religieux, produit de l'inconscient collectif et gouverné par les archétypes : ciel - soleil - lune - terre - mère - eaux - pierres sacrées - végétation etc...
Comme il est de règle en matière de symbolique, c'est d'emblée, dès les temps préhistoriques que ces multiples relations se concrétisent. Il y a fort longtemps que la notion des phases de la lune est bien connue ainsi que sa valeur "magique".
Les cycles ou répétitions observés depuis des temps immémoriaux ont pris une importance capitale dans notre héritage traditionnel :
Cycle solaire - cycle lunaire lié aux marées, c'est à dire à l'eau, facteur essentiel de renaissance et de fertilité - cycle lunaire lié aussi au cycle menstruel de la femme par lequel se répète, se reproduit le genre humain. La plante, par l'intermédiaire de l'eau fécondante, renaît périodiquement à la vie.
On retrouve ces archétypes dans le cercle, la spirale et les rites de fertilisation. De nos jours encore, le paysan règle certains travaux sur les phases lunaires, le rite chrétien sollicite l'attention du Créateur dans la fête des Rogations. Le culte de la femme-mère, assimilé à la Terre, symbole de fertilité, de fécondité existe dans toutes les religions, mythologies, traditions ou rites magiques. Qu'elle prenne le nom de Gaia, Demeter, Isis ou Marie et sous quelque forme qu'on la représente, c'est toujours l'essence féminine qu'on invoque comme source primordiale et comme réserve inépuisable de fécondité.
Dans son besoin de transcendance, de dépassement et de mysticisme, l'homme a transposé ces symboles de nature à l'échelle cosmique. Ses outils même deviennent des symboles. Le soc de la charrue devient symbole phallique de la fécondation du sillon qu'il ouvre, lui même matrice de la Terre.
Pour le primitif, tout acte est en soi-même religieux ou mystique. Les fresques de Lascau, marquées par les pointes de flèches ou de javelot, ritualisent la chasse à venir et rendent le sort ou les Dieux favorables à l'homme si faible devant la nature. Tous les tabous, fétiches, gris gris du primitif sont des symboles, des clés qui permettent à l'homme de vivre en harmonie avec son environnement vivant; plantes, animaux, éléments et à lui rendre les forces obscures "les Dieux" favorables.
Les mythes, les légendes ou plutôt le fond mythique des légendes sont chargés d'un symbolisme lié aux éléments naturels et montrent que l'homme primitif vivait en symbiose naturelle et spirituelle avec son environnement.
A la suite des primitifs, les anciennes civilisations ont pris le relais, sans rompre avec les sources. Elles ont su peu à peu harmoniser les lois profondes de l'inconscient et celles de la raison.
Mais que sont elles devenues les connaissances et les sciences des anciens ?
Où ! l'enseignement des prêtres Egyptiens ? Quoi ! des connaissances de la culture Celte étouffée par le christianisme ? De celles des astronomes des civilisations précolombiennes ? De l'astrologie des Chaldéens ? Des alchimistes, des médecins et des anciennes communautés mystiques ?
...Primitifs vraiment ? Il est vrai que mesurées à l'aune du dogme religieux, du cartésianisme ou plus simplement du profit, ces sciences et ces connaissances, dépouillées de leur conscience par ces prédateurs de tout poil, ont été qualifiées d'irrationnelles parce qu'incomprises ou jugées inutiles.
Pourtant, elles étaient bien réelles ces sciences puisque, même dénaturées et dépouillées de leur sens profond, l'homme a tenté de s'en servir pour libérer et diriger les forces obscures. Les rites de magie, les rites vaudou, les statuettes percées d'épingles, les jeteurs de sorts, les pratiques de sorcellerie et les superstitions sont une survivance dévoyée et dénaturée de connaissances anciennes.
Mais l'homme a tenté aussi, cette fois avec le résultat que l'on connaît, de les détourner au profit d'un dogme religieux.
Les sectes mystiques et les religions sont les plus purs produits de civilisations qui ont su canaliser toutes les aspirations de l'homme à la transcendance.
Renan disait : "La forme obligée de toute religion est le symbolisme".
On y retrouve tous les grands principes du symbolisme universel :
les cycles, la fécondité, les bipolarités ou alternances bien / mal, lumières / ténèbres, paradis / enfer et les rites initiatiques aux mystères.
On y retrouve aussi les nécessaires symboles sociaux :
· les symboles matériels : croix, icônes, architecture
· les symboles gestuels : signes, attitudes (de prière par exemple), danse
· les symboles rituels : cérémonies, prières
· les symboles spirituels : adoubement, initiation, mystères, sacrements
Mais, les sectes mystiques et les religions ont ceci de statique et de pernicieux qu'elles érigent leurs doctrines initiales en dogmes et qu'elles rompent peu à peu le lien qui les unit à la Tradition primordiale pour ne conserver que l'aspect extérieur des rites et des symboles qui prennent alors une valeur double :
· exotérique pour les masses,
· ésotérique pour les initiés.
Il va sans dire, mais Jean During le dit :
" que la Tradition(...) va à l'encontre du processus de dégradation dont il nous reste à absorber les phases ultimes; car tout ce mouvement historique qui définit l'idée d'un progrès est fondé sur le privilège de la matérialité dont les effets ne peuvent que rétrécir davantage nos limites et entraîner l'humanité vers un conditionnement d'insectes stupides. Ce même mouvement a déjà conduit à traduire "unité" par uniformité, "infini" par indéfini, "qualité" par quantité, "libération spirituelle" par liberté de penser, "non-individualisme" par dépersonnalisation, "doctrine" par dogme, "certitude" par sécurité."
Mais, malgré son rationalisme apparent, l'homme moderne n'a pu se détacher des symboles refoulés dans son inconscient. Sa quête se poursuit à travers des sociétés comme la nôtre dans lesquelles des hommes de bonne volonté tentent, au-delà du temps, de renouer avec la Tradition.
3 - SYMBOLISME MAÇONNIQUE OU INITIATIQUE
La méthode Maçonnique repose sur la compréhension et l'utilisation des symboles traditionnels.
La voie initiatique, l' ART ROYAL, sont les plus surs moyens qui permettent à l'homme de se transcender, d'atteindre à la connaissance. Les degrés initiatiques ou symboliques dont nous découvrons la signification à mesure que nous les franchissons sont autant d'échelons vers l'unité de la connaissance ésotérique. Ils sont assimilables, par analogie, aux différentes phases du grand-oeuvre alchimique dont l'achèvement est la transformation d'une matière vile et inerte en une matière noble et vivante, la "pierre du philosophe" capable de transmuer par son contact.
L'initiation permet le passage des ténèbres à la lumière, elle a pour principe de faire descendre l'homme en lui-même afin qu'il découvre les dimensions de sa vie intérieure, sa place dans le cosmos et le sens de son destin. Ici, nous sommes nos propres alchimistes, nous descendons à l'intérieur de nous-mêmes, dans nos ténèbres, pour y découvrir la pierre cachée.
Le profane vit ses actes symboliques sans même s'en rendre compte. Il est, si je puis dire, "l'animal social" constamment sollicité par tout un faisceau d'obligations, d'attentes, de stimuli et d'images qui tissent pour lui la trame de la vie. S'il passe près d'un de nos symboles sans être préparé, il ne le voit pas. Il est l'homme endormi.
L'éveil commence lorsque la première question est posée, quand l'homme encore assoupi ressent la curiosité de savoir ce que cachent les choses, lorsqu'il veut enfin ouvrir le livre de la connaissance.
Lorsque naît cette curiosité intellectuelle, cette spéculation de l'âme, ce besoin de se situer dans l'harmonie de l'homme avec le cosmos. Il remplit alors la condition primordiale. Pour peu que le terrain soit fertile, il atteindra à ce que Oswald Wirth appelle :
"La vocation initiatique qui ne se rencontre que parmi ces vagabonds spirituels qui errent dans la nuit après avoir déserté leur Ecole ou leur Eglise, faute d'y trouver la vraie lumière."
Cette vocation, assortie d'une foi quasi religieuse dans l'homme et sa perfectibilité, et notre homme, à demi éveillé, est prêt à parcourir le long chemin initiatique qui le conduira, peut-être, à l'éveil total.
Peu importe la voie choisie, elle peut être tout autre que la nôtre, mais elle passera à coup sûr par la connaissance ésotérique, l'enseignement caché, la voie symbolique.
L'alchimiste atteindra la connaissance et la sagesse par le grand-oeuvre transcendantal à travers le symbolisme attaché à la matière et à la nature.
Le religieux, par le mysticisme, étudiera les mystères, les paraboles et les actes.
Le maçon progressera sur la voie initiatique en s'aidant des outils symboliques, de la géométrie, des nombres et de l'art de tracer et de bâtir que lui ont légué les anciens bâtisseurs.
Toutes ces méthodes sont une même quête et se rejoignent, toutes symboliques confondues, en un point sublime qu'occupe l'homme véritable. De ce point, l'homme vrai survole la matière, il a accès au sens caché des choses, il connaît les lois universelles qui gouvernent l'univers dans une harmonie parfaite.
Cet homme enfin, s'il n'est pas seul, si comme lui beaucoup d'autres parviennent à la connaissance, accomplira la prophétie de Claude Bernard :
"Persuadé qu'un jour viendra où le physiologiste, le poète et le philosophe parleront la même langue et s'entendront tous".
Mais l'initiation ne fait que "mettre sur le chemin", elle ne confère pas le titre d'initié et le Maçon sait, même quand il est devenu Compagnon ou Maître qu'il reste encore et restera toujours un Apprenti et qu'il devra vivre sa "Légende personnelle" * pour pénétrer et comprendre "L'Ame du monde".*
* Paulo Cohelo "L'Alchimiste" (Editions Anne Carrière)
JCP