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Le symbolisme dANS la vie sociale

Résumé

"L'action humaine est sociale parce qu'elle est symbolique", c'est ce qu'affirment les sociologues. Nous vivons dans un monde de symboles. Les relations humaines, la communication, la représentation, la spiritualité, tout se vit sur un mode rituel et symbolique. Le symbole est une nécessité sociale pour la vie des groupes et l'intégration des individus. Il est un facteur de cohésion et un médiateur de communication. C'est un phénomène d'expression indirecte qui n'est signifiante que par l'intermédiaire d'une structure sociale, d'une totalité à quoi l'on participe. L'interprétation des symboles n'est donc possible qu'à travers un système structuré, cohérent et participant à la forme générale. Interpréter un symbole, c'est utiliser l'ensemble des connaissances acquises, l'ensemble de la culture, de l'éducation, des règles d'éthique morale, religieuse et sociale, ainsi que la tradition d'une communauté.

Chez les peuples primitifs, les traditions religieuses ont joué un rôle capital dans la survie des communautés. Par leurs valeurs mythiques et symboliques, elles ont permis à ces communautés de résister intérieurement aux agressions et aux tensions du milieu naturel. La tradition est le contenu du symbolique d'une communauté.

Pour les civilisations de type traditionnel, la communauté se constitue par une projection, sur le monde sensible, des relations spirituelles, mythiques et symboliques. Pour les membres de cette communauté, ces relations réaménagent l’histoire et le temps ou redistribuent les lieux et l’espace par rapport à des signes et à des objets révélateurs du sacré. En tant qu’acte d’une communauté, toute tradition fait corps avec celle-ci et avec sa façon particulière de s’apparaître à elle-même à travers ses valeurs essentielles. La tradition n’est pas seulement une médiation et un facteur d'intégration nécessaires à toute culture. En conservant et en transmettant ce qu’elle sait, une communauté se « re-crée » elle-même et « fait être de nouveau » ce qu’elle a été comme ce qu’elle veut être.

Le symbole social peut être défini comme ce qui permet à l'univers idéal des valeurs de passer dans la réalité en liant les acteurs sociaux entre eux, en recréant sans cesse la participation et l'identification des personnes et des groupes aux collectivités.

Vivre dans la tradition c'est "re-créer" en permanence les valeurs d’une communauté.

Une culture est caractérisée par la cohérence de la vie symbolique d’un groupe social. Pour comprendre une culture, il faut analyser et comprendre la cohérence du contenu de l'univers symbolique du groupe sous le rapport de sa variabilité et de son arbitraire. Ce qui affirme l'idée de relativité totale de toutes les cultures.

Un autre aspect fondamental des rapports sociaux est la communication par la parole, une parole dont la fonction est indéfinissable hors du champ symbolique du langage, lui-même formé des phonèmes propres à une culture, construits et assemblés par elle. Une langue est donc l'expression profonde d'une culture, elle-même structurée par sa tradition. C’est plus que celle de l'autonomie du son par rapport au sens; c’est celle de l’ordre symbolique constitué par le langage où prime le signifiant. Il y a, dans la langue, du discernable et le signifiant en est le nom.

Une question se pose : Quel est le rapport du symbolique social avec la démarche initiatique ?

Le symbolique social reste au niveau de l'humain et n'a rien à voir avec une démarche initiatique qui s’élève, elle, au niveau du sacré. L'ambiguïté réside au niveau des termes car nous appelons "symboles", à défaut d'autre substantif, les "signes" qui constituent le contenu du "symbolique" d'une société et qui ne sont en fait que des conventions ou des modèles appris de comportements. Comme nos symboles, ces signes sont les signifiants qui recouvrent chacun un signifié caché, incompréhensible à celui qui est à l'extérieur de la culture ou du groupe. Mais ici, le signifié ne recouvre qu'une valeur sociale utilitaire, indispensable à la vie et à la cohérence du groupe, riche peut-être en termes de culture mais absolument dépourvue de contenu spéculatif. Ce symbolisme là est donc un symbolisme de nécessité. Il n'est pas spéculatif mais il participe de cette faculté d'abstraction de l'Homme que nous avons su, dans notre démarche initiatique, développer au point d'en faire le support privilégié de notre réflexion.

Et nous avons toutes raisons d'espérer car, malgré son rationalisme apparent, l'homme moderne n'a pu se détacher des symboles refoulés dans son inconscient. Sa quête se poursuit à travers des sociétés comme la F\M\ dans lesquelles des hommes de bonne volonté tentent, au-delà du temps, de renouer avec la tradition.


Le symbolisme dANS la vie sociale

Introduction

Pour cette  réflexion sur le symbolisme, j'ai résolument décidé de traiter le sujet sur le registre de l'ethnologue et, un peu, de celle du sociologue. Et cela vous apparaîtra sans doute très indigeste. Pour moi, les lectures obligées que j'ai dû entreprendre pour faire ce travail m'ont beaucoup appris en ce sens qu'elles m'ont permis d'entrevoir, et à un niveau plus général que celui de mes précédentes approches, les mécanismes qui animent, unissent et rendent cohérents les groupes sociaux. Mais, et c'est sans doute le plus important, j'ai pu aussi répondre sans ambiguïté à une question que j'avais à peine abordée lors de mes précédentes réflexions : "le symbolisme dont nous nous nourrissons a-t-il quelque chose en commun avec le symbolisme social ?". Ma réponse est "non", et vous pourrez comprendre pourquoi dans la suite du tracé.

L'ethnologie est une science, science humaine bien sur mais qui, en cela justement, reste au niveau de l'humain et  n'a rien à voir avec une démarche initiatique qui s'élève, elle, au niveau du sacré. Les ethnologues nomment "symboles" les "signes", que René Alleau nomme des "synthèmes". Ces synthèmes constituent le contenu du "symbolique" d'une société et ne sont en fait que des conventions ou des modèles appris de comportements. Comme nos symboles, ces signes sont les "signifiants" qui recouvrent chacun un "signifié" caché, incompréhensible à celui qui est à l'extérieur de la culture ou du groupe considéré (on pourrait dire, incompréhensible au non-initié). Mais là s'arrête l'analogie car le signifié ne recouvre qu'une valeur sociale utilitaire, indispensable à la vie et à la cohérence du groupe, riche peut-être en termes de culture mais absolument dépourvue de contenu spéculatif.

Toutefois, et là réside toute l'ambiguïté entre le "symbolisme initiatique" et le "symbolique social", les approches dans la reconnaissance et dans l'étude de la cohérence de ces "univers symboliques" sont semblables. Mais l'une reste une quête perpétuelle alors que l'autre aboutit à un univers expliqué, fini et clôt.

Alors, pourquoi sachant cela avoir tout de même entrepris ce travail ? Et bien, vous dirais-je que c'est pour le plaisir ? Pourquoi ne pas vous faire partager ce que j'ai aimé découvrir ? Mais, attention à l'ambiguïté des termes...


Je ne traiterai donc que du "symbolique social", le symbolique qui lie les membres d'une même communauté partageant la même culture. J'en abstrais d'emblée les signes de l'écrit et les symboles physico-mathématiques, qui, bien que faisant partie du champ du symbolique social (voir Lacan et Cassirer), ressortissent d'une logique conventionnelle purement artificielle parce que construite à des fins utilitaires, immédiates et simples, de communication.

Alors que le signe est arbitraire, inventé, unilatéral et sans vie, épuisé dans sa définition, clair et défini dans sa signification, le symbole est plus qu’un signe quelconque. C’est initialement un signe de reconnaissance, l’étymologie du terme renvoyant à une communauté et à une réciprocité d’échange ou de mise en commun et d’évaluation, portant sur un objet ponctuant la rencontre de ce qui cependant demeure séparé, coupé en deux, comme l’objet primitif auquel se réfère l’étymologie et dont chacun des deux hôtes par-devers soi gardait une moitié, ce partage constituant ainsi "sacralement" un pacte *.

* symbole = du grec "sumbolon", dérivé du verbe "joindre", qui définit un objet partagé en deux. La possession de chacune des deux parties par deux individus leur permet de se rejoindre et de se reconnaître

Toutefois, un traitement particulier doit être réservé à l'écriture, non pas dans ses signes mais dans ce qu'elle est la traduction du langage, principal champ du symbolique social.

Il est bien évidemment impossible de traiter ici de façon exhaustive un sujet aussi difficile et complexe, maintes fois exploré et jamais épuisé par des philosophes, penseurs, essayistes, sociologues et ethnologues aux noms illustres comme Lacan, Jung, Alleau, Durkheim, Guénon, Touraine, Weber, Crozier, Lévi-Strauss, Cassirer, Tylor, pour ne citer que les plus connus. Il serait présomptueux de vouloir les égaler, tout juste peut-on les citer et, au mieux, les comparer, voire les opposer car le social, pour ne pas dire la sociologie, n'est pas encore une science totalement exacte. Elle reste, pour la plus grande part, du domaine de l'intuitif et de la recherche intellectuelle. Le reste étant ce que l'on connaît des analyses d'enquêtes, sondages et statistiques de toutes sortes, à partir desquels les sociologues induisent des hypothèses de comportements sociaux de masse, utilisables par la publicité à des fins de consommation et par les politiciens à des fins électorales. Au mieux, ces analyses sont utilisées par les collectivités locales ou territoriales pour l'amélioration des conditions de vie des populations concernées. Bien souvent les résultats de ces enquêtes restent lettres mortes car la mise en application des nécessaires réformes qu'ils induisent bousculent trop les habitudes et surtout risquent de priver de leurs privilèges les minorités nanties.                       Première question, y a-t-il une...

Nécessité du symbole dans la vie sociale ?

"L'action humaine est sociale parce qu'elle est symbolique." C'est ce qu'affirment les sociologues.

Nous vivons dans un monde de symboles :

·      Les relations humaines (déférence, joie, douleur, cordialité, amitié),

·      La communication (langage, écriture, allusion, paraboles, métaphores),

·      La représentation (emblèmes, allégories, hymnes, rites d'appartenance)

·      La spiritualité (images, rites et architecture religieux),

tout se vit sur un mode rituel et symbolique.

Le symbole est une nécessité sociale pour la vie des groupes et l'intégration des individus. Il est un facteur de cohésion et un médiateur de communication.

Le symbole social est un phénomène d'expression indirecte qui n'est signifiante que par l'intermédiaire d'une structure sociale, d'une totalité à quoi l'on participe.

L'interprétation des symboles n'est donc possible qu'à travers un système structuré, cohérent et participant à la forme générale. Interpréter un symbole, c'est utiliser l'ensemble des connaissances acquises, l'ensemble de la culture, de l'éducation, des règles d'éthique morale, religieuse et sociale, ainsi que la tradition d'une communauté.

Dans son acception sociale, le symbole exprime et montre, il réunit et il prescrit. Vu ainsi, le monde des symboles est cohérent, il relève d'une façon de voir et de sentir les choses, d'un esprit ou plutôt d'une culture.

Le premier symbolique social se vit donc dans une communauté de tradition et de culture. Le second, produit d'une communication internationale de plus en plus performante, transcende les cultures. Il emprunte à toutes les traditions et, la notion de territoire allant s'élargissant, on assiste à la naissance d'une culture "humaine" de plus en plus prégnante.

En outre, précédant l'histoire et au-dessus des communautés et des cultures, existe le symbolique universel, présent dans toutes les traditions, fond commun des mythologies, légendes et rites magiques ou religieux, produit de l'inconscient collectif et gouverné par les archétypes : ciel - soleil - lune - terre - mère - eaux - pierres sacrées - végétation etc... Et, comme il est de règle en matière de symbolique, c'est d'emblée, dès les temps préhistoriques que ces multiples relations se concrétisent.

Chez les peuples primitifs, les traditions religieuses ont joué un rôle capital dans la survie des communautés. Par leurs valeurs mythiques et symboliques, elles ont permis à celles-ci de résister intérieurement aux agressions et aux tensions du milieu naturel.

On peut dire que la tradition est le contenu du symbolique d'une communauté.

la tradition, contenu du symbolique d'une communauté

Le préhistorien contemporain V.G. Childe a montré que la notion "d'équipement spirituel" joue un rôle déterminant dans l’évolution de l’humanité. « Les sociétés, dit-il, ont à réagir autant à leur milieu spirituel qu’à leur milieu matériel, et c’est pourquoi elles se sont donné un équipement spirituel sans se borner à un matériel d’armes et d’outils. »

Désignant nécessairement une démarche interpersonnelle, la tradition est une notion sociologique, relative à un groupe familial, à une classe sociale, à un ensemble professionnel, à une aire géographique. La tradition est une notion historique; elle est l’appel que le présent adresse au passé, ou l’héritage par lequel le passé se survit dans le présent.

Le mot "tradition" (en latin traditio, « acte de transmettre ») vient du verbe tradere, « faire passer à un autre, livrer, remettre ». Transmission de faits historiques, de doctrines religieuses et de légendes, d’âge en âge par voie orale et sans preuve authentique et écrite. « tout ce que l’on sait ou pratique par tradition, c’est-à-dire par une transmission de génération en génération à l’aide de la parole ou de l’exemple » (Dictionnaire de la langue française ).

« Transmettre » signifie « faire être ce qui a existé déjà », et « Conserver », « garder ce qui a été transmis ». Ces deux aspects, actif et passif, ne doivent pas être confondus dans l’analyse de la fonction universelle de la tradition, principalement quand il s’agit de ses rapports avec la vie d’une communauté, dans le maintien de ses structures et pour sa pérennité.

En tant qu’acte d’une communauté, toute tradition fait corps avec celle-ci et avec sa façon particulière de s’apparaître à elle-même à travers ses valeurs essentielles. La tradition n’est pas seulement une médiation et un facteur d'intégration nécessaires à toute culture. En conservant et en transmettant ce qu’elle sait, une communauté se « re-crée » elle-même et « fait être de nouveau » ce qu’elle a été comme ce qu’elle veut être. (Universalis - extrait)

Pour les civilisations de type traditionnel, la communauté se constitue par une projection, sur le monde sensible, des relations spirituelles, mythiques et symboliques. Pour les membres de cette communauté, ces relations réaménagent l’histoire et le temps ou redistribuent les lieux et l’espace par rapport à des signes et à des objets révélateurs du sacré (les mythes fondateurs de l'histoire d'une nation - Les sites sacrés, séjours des dieux - Le ciel, demeure de Dieu et résidence des saints).

À la différence des civilisations modernes, les communautés traditionnelles ne comptent que des acteurs; elles excluent le spectateur et le recul de la réflexion critique car on ne peut sans mensonge à la fois regarder ceux qui jouent et participer vraiment au jeu. En cela, l’expression spontanée de la communauté traditionnelle est la fête, origine des cérémonies par lesquelles, chacun étant accordé à tous, la même unité intemporelle opère tout en chacun et réconcilie la nature et les dieux avec l’homme.

Aussi ne doit-on pas limiter les moyens de la tradition à ses communications par la parole ou par l’écriture. Les attitudes et les comportements des membres d’une communauté traditionnelle, dans leur vie quotidienne matérielle, autant que dans leur vie morale et spirituelle, témoignent de leur capacité de recréer, à chaque moment et en maintes circonstances, le sens mythique et symbolique d’une conduite ou de gestes particuliers. Ce ne sont pas des répétitions machinales d’actes stéréotypés, car ils expriment une correspondance profonde entre ce qui est cru et ce qui est ainsi re-créé (Il y a une manière islamique de manger, de boire et de dormir; la préparation du thé par un adepte du bouddhisme zen n’est pas moins riche de signification traditionnelle qu’un long discours). C’est par l’acte rituel et par la liturgie que s’accomplissent le plus parfaitement la commémoration et la transmission du "faire" et de "l'être" qu’exige toute tradition véritable de l’expérience du sacré.

Vivre dans la tradition c'est "re-créer" en permanence les valeurs d’une communauté.

Mais, bien que la plupart des ethnologues s'accordent pour parler du "contenu symbolique" d'une tradition, s'agit-il vraiment du sens que nous reconnaissons, nous f\ maçons au terme de symboles.

Selon René Alleau, "une tradition culturelle profane est incapable de transmettre d’autres signes que ceux qu'il nomme des synthèmes. Seule, une tradition initiatique ou religieuse peut transmettre des symboles. Les synthèmes évoquent des liens mutuels de nature sociale ou des rapports fondés sur des signes conventionnels constituant un ensemble logique ou un système de langage qui, par son origine, son évolution et son usage, est toujours conçu et créé par l’homme et n’a de sens que pour l’homme (la lettre O, par exemple, n’est pas le symbole de l’oxygène mais un synthème de type abréviatif qui n’a d’autre signification que celle d’appartenir, par convention, à un ensemble logique cohérent en une certaine époque de l’histoire des sciences chimiques). Cette différence est aisément compréhensible par le caractère toujours non humain de l’expérience du « tout autre » auquel l’unanimité des traditions initiatiques et religieuses rapporte la révélation et l’institution des symboles, nom qui doit être réservé aux signes du sacré."

Le philosophe René Guénon, auquel on doit principalement le renouveau des études traditionnelles à l’époque contemporaine, n’a cessé de rappeler cette vérité fondamentale : « Toutes les déformations de la notion de tradition ont pour caractère commun de faire descendre l’idée de tradition à un niveau purement humain, alors que, tout au contraire, il n’y a et ne peut y avoir de véritablement traditionnel que ce qui implique un élément d’ordre suprahumain. C’est là, en effet, le point essentiel, celui qui constitue en quelque sorte la définition même de la tradition et de tout ce qui s’y rattache. »

Il convient en outre de distinguer les aspects « synthématiques » de l’« acte de transmettre », lesquels se rapportent finalement à la pédagogie d’une culture et de ses aspects symboliques, comme apprentissage du "devant faire" et du "comment faire".

L’expérience humaine de l’irruption dans le monde psycho-empirique de quelque chose qui n’appartient pas à ce monde, du « tout autre », incompréhensible et insaisissable, correspond à l’expérience fondamentale du sacré. Dès que se manifeste ce contact avec l’inconnu par excellence, l’homme qui désire témoigner de l’existence d’une réalité qu’il ne peut nier, mais dont il n’est capable de rien affirmer de contingent, la voile nécessairement en la révélant par des symboles qui, à leur tour, couvrent autant qu’ils découvrent ce qu’ils doivent transmettre, car le propre du symbole est précisément de mettre le conscient en contact avec ce qui est « inconnu et à jamais inconnaissable ».(Universalis - extraits)

Un autre aspect fondamental des rapports sociaux est la communication par la parole, une parole dont la fonction est indéfinissable hors du champ symbolique du langage.

le langage

Pour appartenir à une communauté et revendiquer une culture, il convient d'en connaître la tradition. Or, la tradition se transmet par la parole, le langage (et aujourd'hui par l'écrit, qui n'est qu'une représentation conventionnelle du langage), lui-même formé des phonèmes propres à cette culture, construits et assemblés par elle. Une langue est donc l'expression profonde d'une culture, elle-même structurée par sa tradition.

Selon Jacques Lacan : "le symbolique est le champ du langage", il détache le signifiant de tout rapport direct au signifié et affirme son autonomie. C’est plus que celle du son par rapport au sens; c’est celle de l’ordre symbolique constitué par le langage où prime le signifiant. Il y a, dans la langue, du discernable et le signifiant en est le nom.

Le langage porte la parole dans sa dimension constituante du sujet. C’est le concept de l’Autre, de l’altérité dans ses multiples sens : Autre scène du rêve, Autre sexe, Autre inconscient – « l’inconscient, c’est le discours de l’Autre ».

Claude Lévi-Strauss définit toute culture « comme un ensemble de systèmes symboliques au premier rang desquels se placent le langage, les règles matrimoniales, les rapports économiques, l’art, la science, la religion ».

Ernst Cassirer a le premier attiré l’attention sur les formes symboliques; il désignait, par cette expression, de grandes catégories : langage, mythe, art, connaissance. En fait, ce qui s’impose comme système de signes privilégié, c’est le langage

Par la nécessité de considérer la représentation comme la mise en scène d’une idée dans une image, Cassirer voit, dans les différentes langues humaines, une interprétation du monde liée à chacune d’elles selon sa forme interne. Une langue est structurellement caractérisée par ses moyens propres à exprimer les relations spatiales, temporelles et numériques. Chaque langue comporte dans ces domaines différents un style et un système propres. L’intuition des objets dépend donc du langage, qui fournit la base nécessaire à l’édification, par exemple, d’un système numérique, le développement des concepts scientifiques étant solidaire des ressorts schématiques d’une langue. Les points de vue spatial, temporel et numérique de l’intuition des objets sont permis par la constitution de la langue.

Ainsi la langue fonde-t-elle, à partir de ses éléments, l'ensemble structuré de la représentation du monde (substruction).

Cassirer a aussi souligné l’importance de l’émergence symbolique chez l’enfant lorsqu’il découvre que toute chose a un nom : il découvre alors que le nom est une maîtrise et que la norme linguistique est exemplaire de la norme en général.

Avant Lacan, Cassirer a montré comment la désignation symbolique est l’acte de la médiation spirituelle et la reconnaissance de la Loi. Le symbolique a la suprématie sur le réel et sur l’imaginaire; il est la Loi et la condition sine qua non de l’humanité.

C'est à partir de la cohérence de son équipement symbolique que l'on commence l'étude ethnologique d'une société. Pour comprendre une culture, il faut analyser et comprendre la cohérence de son contenu symbolique.

le symbolique et la culture

Deux types de définitions sont généralement retenus dans l'utilisation du terme « culture » :

·      Une première définition est utilisée pour décrire l’organisation symbolique d’un groupe, de la transmission de cette organisation et de l’ensemble des valeurs étayant la représentation que le groupe se fait de lui-même, de ses rapports avec les autres groupes et de ses rapports avec l’univers naturel.

·      Une seconde définition, plus large – mais qui n’est pas contradictoire avec la première – utilise le terme de culture, aussi bien pour décrire les coutumes, les croyances, la langue, les idées, les goûts esthétiques et la connaissance technique que l’organisation de l’environnement total de l’homme, c’est-à-dire la culture matérielle, les outils, l’habitat et plus généralement tout l’ensemble technologique transmissible régulant les rapports et les comportements d’un groupe social avec l’environnement.

S’interroger sur le symbolique est donc une des entrées possibles dans l'étude de la sociologie de la culture. Le symbolique, ensemble des relations de sens socialement constatables, indique qu’il existe des relations sociales dans lesquelles et par lesquelles le sens circule à travers une société. En tant que tel, il peut être envisagé à partir de deux lectures du terme en des sens différents.

·      Il y a d'une part l'idéologie marxiste qui indexe le symbolique aux rapports et à la différence entre classes sociales dont s’acquittent les processus culturels. Elle interroge ainsi le symbolique sous l’angle de ses fonctions de confirmation, d’épanouissement, de différence valorisante ou dévalorisante dans la lutte des classes, des rapports entre classe dominées et classe dominante.

·      Ensuite, l’anthropologie qui interroge la culture, non par rapport aux inégalités et aux contradictions, mais par rapport à la cohérence de la vie symbolique d’un groupe social. Les différences et les contradictions sont ainsi minimisées, puisqu’il s’agit de comprendre l'univers symbolique du groupe sous le rapport de sa variabilité et de son arbitraire. Ce qui affirme l'idée de relativité totale de toutes les cultures.

Dans l'étude du symbolique social, la question se pose donc en termes de différence, non de hiérarchie, le symbolique étant rapporté à la constatation de la variabilité d’organisation des structures; ce qui revient, pour l'ethnologue, à se mettre en quête de la cohérence systématique d’une société, qu’il s’agisse de la manière d’associer les symboles, de celle de penser les rapports entre masculin et féminin ou bien les rapports entre la domination et l’obéissance. Or le fait d’entendre par culture un système symbolique qui peut être constaté et étudié et qui est véhiculé par tout groupe humain, même le plus primitif, constitue une des premières approches des sciences humaines.

Tylor notamment reconnaît la co-extensivité (l'un et l'autre extensifs) du symbolique et de la culture. Il donne une définition énumérative, ouverte à l’infini, de ce qui peut être circonscrit sous le terme de culture : c'est un ensemble d’éléments propres à tout groupe humain, comprenant aussi bien la religion que les mœurs sexuelles, le droit, les pratiques culinaires, les habitudes esthétiques, etc. (l’essentiel de cette définition énumérative étant le « etc. » placé en fin de phrase). En effet, tout ce qui peut être saisi comme une organisation, comme une régulation symbolique de la vie sociale, appartient à la culture, celle-ci étant la manière dont s’agencent dans un même tout des éléments aussi divers que le rapport à l’art, à l’architecture, le rapport aux postures dans les pratiques de l’accouchement, de la miction, de la défécation, du mariage, de la mort, de l’écriture ou du tir à l’arc. Tous ces traits culturels forment un ensemble de modèles organisant la vie sociale différemment, ou même, selon les groupes étudiés, à l’intérieur d’une même société. Toutes les fois que des aspects, des segments de la vie sociale peuvent être discernés et compris à partir d’une cohérence symbolique, il s’agit de culture.

La cohérence d'une culture est liée indissolublement à la cohérence de son univers symbolique.

Conclusion

En conclusion, je reprendrai ce que j'écrivais ailleurs à propos de la nécessité du symbole social :

Le symbole est incontournable pour la vie des groupes. De façon inconsciente mais acquise par l'éducation, les comportements sociaux s'expriment et se vivent sur le mode symbolique car toute société pour fonctionner a besoin d'un code compris et librement accepté par tous les individus qui la composent.

Bien entendu ce symbolisme là est un symbolisme de nécessité. Il n'est pas spéculatif mais il participe de cette faculté d'abstraction de l'Homme que nous avons su, dans notre démarche, développer au point d'en faire le support privilégié de notre réflexion.

La société, en intégrant les individus leur donne le moyen de communiquer par un ensemble de conventions : gestes, rites, langage, écriture etc... chargées d'un sens symbolique purement conventionnel et compris par tous de la même façon. Il faut que chacun puisse reconnaître le symbole comme tel, qu'il n'y ait pas de contestation quant à son contenu et à son sens. On voit par là qu'il a une valeur pour le groupe, pour la communauté, pour la société. Qu'il a pouvoir de consensus et de rassemblement.

En d'autres termes, le symbole social  peut être défini comme ce qui permet à l'univers idéal des valeurs de passer dans la réalité en liant les acteurs sociaux entre eux, en recréant sans cesse la participation et l'identification des personnes et des groupes aux collectivités.

Mais, malgré son rationalisme apparent, l'homme moderne n'a pu se détacher des symboles refoulés dans son inconscient. Sa quête se poursuit à travers des sociétés comme la franc-maçonnerie dans lesquelles des hommes de bonne volonté tentent, au-delà du temps, de renouer avec la Tradition.