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L'Algérie est
née dans la douleur avec la conquête française.
A la différence de ses voisins, le Maroc et la Tunisie,
dont l'existence en tant qu'État remonte à plus d'un millénaire, l'Algérie était
avant 1830 un territoire sans État.
Les Français l'ont soumise village après village, par des méthodes brutales, tandis
qu'il leur a suffi d'un accord d'État à État pour imposer un protectorat au Maroc et à
la Tunisie.
De la même façon, ces deux pays ont recouvré leur indépendance presque sans douleur
tandis que les Algériens ont du en passer par une guerre effroyable où des musulmans
indépendantistes se sont affrontés à des coreligionnaires qui ne voyaient pas bien la
signification d'une Algérie indépendante, de même que se sont battus entre eux des
Français.
La lente descente aux enfers de l'Algérie «socialiste» et la guerre civile
actuelle témoignent de la difficulté du pays à trouver son identité autrement que dans
la religion.
Les angoisses identitaires facilitent le pillage des richesses naturelles par la clique
dirigeante et ne laissent d'autre espoir aux pauvres que dans l'émigration.
Antiquités algériennes
L'Algérie apparaît dans l'Histoire avec Massinissa, chef
des tribus numides établies à l'est de Constantine, à cheval sur l'Algérie et la
Tunisie actuelles.
Massinissa est élevé à Carthage, prospère colonie
phénicienne implantée au nord de Tunis. Il met sa cavalerie au service des Carthaginois
et combat avec eux son rival Syphax puis les Romains.
Puis Massinissa change de camp et rejoint le Romain Scipion. Les Carthaginois, qui
devaient lui donner en mariage la princesse Sophonisbe, fiancent celle-ci à Syphax.
Qu'à cela ne tienne. Massinissa capture Syphax et récupère sa promise. Scipion proteste
car il veut exhiber Sophonisbe lors de son prochain triomphe, à Rome. Plutôt que de
livrer la malheureuse, Massinissa lui donne du poison la nuit même de ses noces. «Moi,
je ne perds que la vie [mais je sauve mon honneur]» aurait-elle alors dit.
Pour Massinissa, la vie continue. Sa cavalerie, alliée aux légions romaines, défait les
Carthaginois sous les murs de Zama, sa capitale,
en 202 avant JC.
La lune de miel entre Rome et le royaume numide dure jusqu'à l'avènement de Jugurtha,
petit-fils de Massinissa.
Brutal et cynique, Jugurtha massacre ses rivaux pour réunir la Numidie sous son autorité
et s'en prend aussi aux marchands romains. Il tente pendant un temps d'éteindre la
colère de Rome en stipendiant sénateurs et consuls.
Rome envoie le général Metellus et son adjoint Marius
combattre les Numides. Après l'éviction de Metellus, Marius
prend la tête des opérations avec le titre de consul. Jugurtha
résiste aux Romains en pratiquant la guérilla.
Mais le questeur de Marius, Sylla, soudoie le beau-père de Jugurtha, Bocchus, qui règne
sur la Maurétanie, à savoir la plus grande partie de l'Algérie et le Maroc actuel.
Le roi des Maures attire son gendre dans un guet-apens et le livre en 105 avant JC aux
Romains. C'est la fin des guerres numides (l'historien Salluste en a écrit le récit).
Bocchus devient le nouvel ami des Romains cependant que Jugurtha est exhibé au triomphe
de Marius puis étranglé dans la prison du Tullianum, comme plus tard un autre
héros national... le Gaulois Vercingétorix.
Jugurtha est revendiqué par les Tunisiens modernes comme le premier symbole de la
résistance nationale à l'oppression. Habib Bourguiba, fondateur de la Tunisie moderne,
se présentait volontiers comme son héritier.
En 46 avant JC, Jules César annexe le royaume de Maurétanie et le transforme en une
province romaine. Les Romains fondent des villes prospères dont subsistent de glorieux
vestiges: Tipasa, à l'ouest d'Alger, Cherchell, Lambésis, Hippone,...
La plus célèbre est Timgad, construite par l'empereur Trajan vers l'an 100
pour défendre la plaine orientale de l'Algérie contre les montagnards des Aurès.
Mais pas plus que les envahisseurs qui leur succèderont, les Romains n'arrivent à
soumettre les populations indigènes des montagnes: pasteurs semi-nomades héritiers des
Numides, que l'on appelle Berbères ou bien Kabyles.
Dans l'empire devenu chrétien se lève une personnalité hors pair, Augustin.
Né à Tagaste en 354, non loin de la Tunisie, il devient évêque d'Hippone (aujourd'hui
Bône ou Anaba) et combat avec éloquence les rudes hérésies qui affligent la
chrétienté d'Afrique du nord (donatisme, manichéisme, arianisme,...).
Il meurt en 430 tandis que l'arrivée des Vandales, envahisseurs venus d'Outre-Rhin,
ruine pour très longtemps l'Afrique du nord.
En 534, le général Bélisaire reconquiert le littoral et les plaines pour le compte de
l'empereur romain d'Orient, Constantin. Les Byzantins vont se maintenir pendant près de
deux siècles sur place, jusqu'à l'irruption des armées de l'islam sous la
conduite du célèbre Oqba, compagnon du Prophète, en 680.
Pénétration musulmane
La conquête arabe, à partir de la base de Kairouan, en Tunisie centrale, se révèle
ardue du fait de la résistance opiniâtre des Kabyles. Ceux-ci perpétuent le
souvenir d'une héroïne, la Kahina, qui combattit avec succès les troupes du
général Oqba.
D'après les récits tardifs du grand historien musulman Ibn Khaldoun, la Kahina
était une Berbère d'origine juive. Nombreux en effet étaient en Afrique du nord les
Berbères convertis au judaïsme depuis le début de notre ère.
Par réaction contre les exactions des gouverneurs arabes, les Berbères d'Algérie
se rallient au kharidjisme, une secte
musulmane qui évoque le protestantisme chrétien par son puritanisme et son rejet de la
hiérarchie (et les sectes contre lesquelles combattit saint Augustin).
L'Afrique du nord est brièvement unifiée au XIe siècle par les Almohades venus du Maroc
qui s'emparent du royaume berbère de Bougie et écrasent les Arabes de la
tribu des Banu Hilal, venus d'Egypte un siècle plus tôt.
La décomposition rapide de l'empire almohade entraîne à nouveau le fractionnement de
l'actuelle Algérie en royaumes rivaux (Tlemcen, Bougie,...).
Les Espagnols en profitent au début du XVIe siècle pour prendre pied dans les
ports: Mers el-Kébir, Oran, Bougie, Le Penon (en face d'Alger). Menacé, le roi d'Alger
appelle à son secours des corsaires, les frères Barberousse.
En 1516, ces musulmans d'origine albanaise s'installent à Alger. Ils évincent le roi et,
quatre ans plus tard, instituent la Régence et se placent sous la protection
virtuelle du sultan turc d'Istanbul.
Ils s'allient à l'occasion avec François 1er pour combattre l'empereur Charles Quint et
favoriser les desseins du roi de France en Italie.
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