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La tension entre
policiers français et indépendantistes algériens culmine avec la manifestation
meurtrière du mardi 17 octobre 1961.
Au cours des mois précédents, 22 policiers sont tombés en France métropolitaine sous
les balles des commandos du FLN (Front de Libération Nationale), l'un des mouvements qui
revendique l'indépendance des trois départements algériens.
Les syndicats de policiers réclament davantage de fermeté de la part du préfet de
police de Paris, Maurice Papon.
Le 5 octobre, celui-ci demande aux travailleurs algériens de ne plus circuler de nuit
dans la capitale. Il autorise aussi l'interpellation de jour comme de nuit de tout
musulman.
La Fédération de France du FLN appelle les Algériens de la région parisienne à
manifester pacifiquement, avec femmes et enfants, le 17 octobre, à 20h30, sur les
Champs-Élysées, pour protester contre ce couvre-feu discriminatoire.
Une manifestation nocturne à deux pas du palais de l'Élysée et de l'Assemblée
nationale!
Le général de Gaulle, président de la République, y voit une pression inadmissible sur
les négociateurs français et indépendantistes qui traitent à Évian du futur statut de l'Algérie.
Le FLN veut aussi user de cette provocation pour prendre le dessus sur le mouvement
rival du MNA.
Le président de la République donne carte blanche à Maurice Papon pour interdire la
manifestation et la disperser par tous les moyens. Le préfet peut dire à ses hommes: «Désormais,
vous êtes couverts!»
Les policiers ne se le font pas dire deux fois. Tandis que les Algériens tentent de
converger vers le centre de la capitale, souvent poussés de force par les militants du
FLN, les forces de l'ordre les affrontent sans ménagement et les embarquent vers les
commissariats pour les rouer de coups plus à leur aise.
Des dizaines de manifestants sont jetés dans la Seine. On évalue à 200 le nombre de
victimes.
La presse, d'abord abasourdie, se réveille dans les jours qui suivent, comme le rappelle
l'historien Pierre Vidal-Naquet. Le Figaro lui-même, proche du pouvoir
gaulliste, dénonce des atteintes inadmissibles aux droits de l'homme. Mais l'opinion
publique, les syndicats et les partis, y compris de gauche, restent sans voix.
Le souvenir de la nuit tragique du 17 octobre a été enfoui dans l'inconscient national.
Il s'inscrit dans la longue suite de drames dont sont tissées les relations entre
l'Algérie et la France depuis la conquête.
Attentats et répressions n'empêchent pas les négociations de se poursuivre à Évian.
Elles aboutissent au cessez-le-feu du 19 mars 1962 et à
l'indépendance de l'Algérie, le 3 juillet de la même année.
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