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Le 10 février
1943, un Algérien musulman, Ferhat Abbas, publie le Manifeste du
peuple algérien, avec la signature de 28 élus musulmans.
Cette initiative consacre l'échec de la politique conduite en Algérie par les
gouvernements de la IIIe République.
Elle inaugure un processus tragique qui va mener en moins de vingt ans à la naissance de
la nation algérienne.
Echec de l'intégration
républicaine
Après la difficile soumission du pays et l'échec du
projet de Napoléon III de constituer en Algérie un «royaume arabe»
associé à la France, les dirigeants de la IIIe République organisent un régime
franchement discriminatoire. Ils accordent la citoyenneté française aux habitants israélites.
De leur côté, les musulmans conservent le droit de demander la citoyenneté française,
conformément à une loi du Second Empire.
Mais ils doivent pour cela renoncer à titre individuel au statut coranique, jugé
incompatible avec la Déclaration des Droits de l'Homme (inégalité statutaire de l'homme
et de la femme).
La citoyenneté interdit aux musulmans qui l'ont demandée de faire appel aux arbitrages
du juge coutumier, le «cadi», ainsi que de pratiquer la polygamie, le droit de
répudiation,...
Très peu s'y résolvent, à l'exception notable d'une minorité de Kabyles qui, non
seulement renonce au statut coranique, mais aussi se convertit à la religion chrétienne.
Les autres sont soumis à partir de 1881 au régime de l'indigénat, avec
l'obligation d'un permis de circulation. Bien que non-citoyens, ils n'en sont pas moins
astreints au paiement de l'impôt et au service militaire!
La IIIe République constitue la même année, en 1881, l'Algérie sous la forme de
trois départements: Oran, Alger et Constantine. Elle francise par la même occasion les
noms de localités!
En 1898, un statut spécial place les trois départements algériens sous l'autorité d'un
gouverneur général dépendant du ministère de l'Intérieur, avec une Assemblée
algérienne élue de 69 membres dont 48 Européens et assimilés.
Relance de la colonisation
La IIIe République relance par ailleurs la colonisation européenne. Les premiers
bénéficiaires sont 10.000 ressortissants de l'Alsace-Lorraine qui ont quitté leur
terre natale suite à son annexion en 1871 par l'empire allemand.
En 1900, pas moins d'un million d'hectares de terres sont cultivés par des Européens,
essentiellement en vigne et en blé.
Au milieu du XXe siècle, les habitants d'origine européenne et les citoyens assimilés
d'origine juive représentent un peu plus de 10% de la population totale.
Ils forment une communauté soudée, repliée sur elle-même, méfiante à l'égard des
musulmans autant que des Français de la métropole. La plupart vivent modestement,
au regard du niveau de vie dans les villes de la métropole.
Une minorité de grands propriétaires terriens domine la vie publique et se montre très
efficace pour enterrer tous les projets de réforme.
Naissance d'une identité
musulmane
Chez les musulmans, des revendications politiques contradictoires se font jour dans les
années 1930. Le Parti Populaire Algérien de Messali Hadj
demande l'indépendance tandis que la Fédération des élus indigènes réclame une
complète assimilation.
En 1936, le président du Conseil Léon Blum et le gouverneur Viollette
proposent de donner la citoyenneté française à 25.000 musulmans (environ 10% du corps
électoral) . Mais les élus d'Algérie s'y opposent violemment et le projet
Blum-Viollette, malgré sa timidité, n'est même pas voté.
Pendant la seconde guerre mondiale, l'Algérie est occupée par les
Anglo-Saxons. Robert Murphy, représentant du président Roosevelt, ne se fait pas faute
de dénoncer alors le colonialisme.
Les Algériens musulmans découvrent l'inanité de leur statut d'indigène et
demandent que des droits politiques leur soient enfin reconnus (1).
C'est ainsi que Ferhat Abbas rompt avec les partisans de l'assimilation.
Ce fils de fonctionnaire de 44 ans avait milité dès 1938 pour l'accès des
musulmans algériens à la citoyenneté française.
Prenant acte de l'opposition irréductible des colons d'origine européenne à toute
réforme d'envergure, il publie le Manifeste du peuple algérien.
Dans ce document essentiel, quoique modéré, il revendique une pleine autonomie pour
l'Algérie, avec une égale participation de tous les habitants aux affaires politiques,
une Constitution propre, une réforme agraire et la reconnaissance de la langue arabe au
côté du français.
Il fonde par ailleurs l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) tandis que
Messali Hadj fonde le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).
La réticence des gouvernants français à toute réforme d'envergure va entraîner les
militants vers la lutte armée.
(1) Paul Marie de la
Gorce, De Gaulle, Perrin, 1999 [retour]
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