10 février 1943

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Les baladins, par Pablo Picasso (Espagne et France 1881-1973), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Ferhat Abbas réclame une Algérie autonome

Les heures noires de la guerre d'Algérie:

De la conquête romaine à la conquête française

10 février 1943: Ferhat Abbas veut l'autonomie

8 mai 1945: massacres de Sétif

1er novembre 1954: insurrection du FLN

7 janvier 1957: bataille d'Alger et torture

13 mai 1958: vrai-faux coup d'État

17 octobre 1961: nuit tragique à Paris

19 mars 1962: le cessez-le-feu et ses séquelles
 

Le 10 février 1943, un Algérien musulman, Ferhat Abbas, publie le Manifeste du peuple algérien, avec la signature de 28 élus musulmans.

Cette initiative consacre l'échec de la politique conduite en Algérie par les gouvernements de la IIIe République.

Elle inaugure un processus tragique qui va mener en moins de vingt ans à la naissance de la nation algérienne.

Echec de l'intégration républicaine

Après la difficile soumission du pays et l'échec du projet de Napoléon III de constituer en Algérie un «royaume arabe» associé à la France, les dirigeants de la IIIe République organisent un régime franchement discriminatoire. Ils accordent la citoyenneté française aux habitants israélites.

De leur côté, les musulmans conservent le droit de demander la citoyenneté française, conformément à une loi du Second Empire.

Mais ils doivent pour cela renoncer à titre individuel au statut coranique, jugé incompatible avec la Déclaration des Droits de l'Homme (inégalité statutaire de l'homme et de la femme).

La citoyenneté interdit aux musulmans qui l'ont demandée de faire appel aux arbitrages du juge coutumier, le «cadi», ainsi que de pratiquer la polygamie, le droit de répudiation,...

Très peu s'y résolvent, à l'exception notable d'une minorité de Kabyles qui, non seulement renonce au statut coranique, mais aussi se convertit à la religion chrétienne.

Les autres sont soumis à partir de 1881 au régime de l'indigénat, avec l'obligation d'un permis de circulation. Bien que non-citoyens, ils n'en sont pas moins astreints au paiement de l'impôt et au service militaire!

La IIIe République constitue la même année, en 1881, l'Algérie sous la forme de trois départements: Oran, Alger et Constantine. Elle francise par la même occasion les noms de localités!

En 1898, un statut spécial place les trois départements algériens sous l'autorité d'un gouverneur général dépendant du ministère de l'Intérieur, avec une Assemblée algérienne élue de 69 membres dont 48 Européens et assimilés.

Relance de la colonisation

La IIIe République relance par ailleurs la colonisation européenne. Les premiers bénéficiaires sont 10.000 ressortissants de l'Alsace-Lorraine qui ont quitté leur terre natale suite à son annexion en 1871 par l'empire allemand. 

En 1900, pas moins d'un million d'hectares de terres sont cultivés par des Européens, essentiellement en vigne et en blé.

Au milieu du XXe siècle, les habitants d'origine européenne et les citoyens assimilés d'origine juive représentent un peu plus de 10% de la population totale.

Ils forment une communauté soudée, repliée sur elle-même, méfiante à l'égard des musulmans autant que des Français de la métropole. La plupart vivent modestement, au regard du niveau de vie dans les villes de la métropole.

Une minorité de grands propriétaires terriens domine la vie publique et se montre très efficace pour enterrer tous les projets de réforme.

Naissance d'une identité musulmane

Chez les musulmans, des revendications politiques contradictoires se font jour dans les années 1930. Le Parti Populaire Algérien de Messali Hadj demande l'indépendance tandis que la Fédération des élus indigènes réclame une complète assimilation.

En 1936, le président du Conseil Léon Blum et le gouverneur Viollette proposent de donner la citoyenneté française à 25.000 musulmans (environ 10% du corps électoral) . Mais les élus d'Algérie s'y opposent violemment et le projet Blum-Viollette, malgré sa timidité, n'est même pas voté.

Pendant la seconde guerre mondiale, l'Algérie est occupée par les Anglo-Saxons. Robert Murphy, représentant du président Roosevelt, ne se fait pas faute de dénoncer alors le colonialisme.

Les Algériens musulmans découvrent l'inanité de leur statut d'indigène et demandent que des droits politiques leur soient enfin reconnus (1).

C'est ainsi que Ferhat Abbas rompt avec les partisans de l'assimilation.

Ce fils de fonctionnaire de 44 ans avait milité dès 1938 pour l'accès des musulmans algériens à la citoyenneté française.

Prenant acte de l'opposition irréductible des colons d'origine européenne à toute réforme d'envergure, il publie le Manifeste du peuple algérien.

Dans ce document essentiel, quoique modéré, il revendique une pleine autonomie pour l'Algérie, avec une égale participation de tous les habitants aux affaires politiques, une Constitution propre, une réforme agraire et la reconnaissance de la langue arabe au côté du français.

Il fonde par ailleurs l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) tandis que Messali Hadj fonde le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).

La réticence des gouvernants français à toute réforme d'envergure va entraîner les militants vers la lutte armée.

(1) Paul Marie de la Gorce, De Gaulle, Perrin, 1999 [retour]

 

Mise à jour le 23 février 2003