7 janvier 1957

Voir le jour précédentavant aprèsVoir le jour suivant
Pour Vava, par Marc Chagall (1955)
Ce jour-là...

Début de la bataille d'Alger

Les heures noires de la guerre d'Algérie:

De la conquête romaine à la conquête française

10 février 1943: Ferhat Abbas veut l'autonomie

8 mai 1945: massacres de Sétif

1er novembre 1954: insurrection du FLN

7 janvier 1957: bataille d'Alger et torture

13 mai 1958: vrai-faux coup d'État

17 octobre 1961: nuit tragique à Paris

19 mars 1962: le cessez-le-feu et ses séquelles
 

Le 7 janvier 1957, le gouvernement français confie les pleins pouvoirs de police sur le Grand Alger (800.000 habitants) au général Jacques Massu, qui commande les 6.000 hommes de la dixième division parachutiste.

Deux ans plus tôt, les indépendantistes algériens ont déclenché une insurrection violente.

Massacrant les modérés musulmans et déposant des bombes dans les lieux publics, ils entraînent le gouvernement français dans la voie d'une répression non moins violente.

Après les massacres de colons à Philippeville, le 20 octobre 1955, beaucoup de militaires oublient le code de l'honneur et retournent contre l'ennemi les armes qu'ils lui reprochent avec raison d'utiliser: exécutions arbitraires de suspects, liquidations de prisonniers et de blessés, viols,...

   < Arrestation de suspects à Alger en 1957 >

Le 5 février 1956, Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO (Section française de l'Internationale socialiste), prend la tête du gouvernement français. Le portefeuille de la Justice est confié à François Mitterrand (39 ans).

Le nouveau gouvernement entreprend une opération militaire aéroportée au-dessus du canal de Suez avec les Britanniques, pour punir le président égyptien, Gamal Nasser, d'apporter son soutien au FNL. 

En Algérie même, il se heurte à la montée du terrorisme aveugle et des attentats. Il décide de mettre tout en œuvre pour en finir avec ceux-ci et fait appel aux hommes du général Massu.

Dans un entretien postérieur avec le journaliste Jean Lacouture, François Mitterrand reconnaîtra avoir pour le moins fauté en permettant que les indépendantistes algériens soient jugés par des tribunaux militaires et non pas civils.

Torture et déshonneur

Disposant des pleins pouvoirs de police, les parachutistes du général Massu traquent les terroristes dans toute l'agglomération algéroise.

Sans s'embarrasser de scrupules ni de juridisme, ils pratiquent la torture pour faire parler les personnes suspectes d'avoir déposé des bombes.

Ces hommes, qui pour beaucoup ont précédemment combattu les Allemands et dénoncé la barbarie nazie, se justifient de leurs actes au nom de la nécessité.

Les débordements deviennent la règle: tortures indignes, exécutions sommaires de suspects, jugements expéditifs par la justice militaire.

La presse ne tarit pas de témoignages qui dénoncent la banalisation de la torture. L'opinion publique, en métropole comme en Algérie, en est largement informée.

Une commission d'enquête rend un rapport accablant le 21 juillet 1957. Le quotidien Le Monde le publie, ce qui lui vaut d'être saisi.

Peu désireux d'ajouter une guerre civile à la guerre contre le FLN, les responsables politiques et la majorité des citoyens, tant à droite qu'à gauche, préfèrent se taire devant les excès des militaires.

Exceptions à la règle, un héros de la Libération, le général Jacques Pâris de Bollardière, demande publiquement le 7 mars 1957 à être relevé de son commandement pour ne pas cautionner la torture et le crime d'État.

Et le 12 septembre 1957, Paul Teitgen, secrétaire général de la police algéroise, démissionne avec éclat. L'un et l'autre sont mus par de solides convictions chrétiennes.

C'est aussi le cas d'Edmond Michelet, garde des sceaux dans le gouvernement du général de Gaulle de 1959 à 1961. Il n'a de cesse de lutter contre la perpétuation de la pratique de la torture en Algérie.

Amère victoire

Quelques mois après avoir obtenu les pleins pouvoirs du gouvernement du socialiste Guy Mollet, le général Massu peut se flatter d'avoir gagné la «bataille d'Alger» au prix d'environ 3.000 disparitions de suspects.

La «bleuite»

L'intoxication et la guerre secrète ont été utilisées avec profit par les Français dans leur offensive contre le FLN.

Le principal épisode est la bleuite, du surnom de l'uniforme donné aux agents du renseignement français.

En 1957, le capitaine Paul-Alain Léger infiltre la willaya III de Amirouche (l'armée insurgée des environs d'Alger) avec des prisonniers qu'il a retournés sous la contrainte et libérés.

En usant de faux messages, il permet à ses protégés d'accéder à des postes de responsabilité dans le groupe armé FLN.

Ses protégés sont bientôt en situation de faire suspendre les actions terroristes dans la région algéroise, à la surprise de la direction générale du FLN.

Lorsque son stratagème est sur le point d'être découvert, le capitaine Léger sème le trouble chez l'ennemi en répandant de fausses accusations.

Amirouche torture ses propres hommes qui livrent des noms au hasard dans l'espoir vain d'être épargnés. Cette sauvage purge fait 2000 suppliciés dans les rangs de la willaya.
 

Le FLN est exsangue et guère plus en état de poursuivre ses opérations terroristes. Il se déchire qui plus est dans des querelles internes, à coup de liquidations et d'assassinats.

Abane Ramdane, l'un des fondateurs du mouvement, à l'origine des attentats aveugles, est étranglé par ses rivaux au Maroc le 27 décembre 1957.

Pour les successeurs de Guy Mollet à la tête du gouvernement, le moment paraît favorable à une négociation avec les éléments les plus modérés du camp ennemi.

C'est alors que les Français d'Algérie et certains officiers vont faire appel au général de Gaulle dans l'espoir de prévenir le lâchage de l'Algérie.

 

Mise à jour le 24 février 2003