1er novembre de l'an 82 avant JC

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Ce jour-là...

 

Sylla seul maître à Rome

Les grandes actions de César et Auguste:

La république romaine dans la tourmente

12/07/-100: naissance de Jules César

01/11/-82: Sylla seul maître à Rome

11/01/-49: Jules César franchit le Rubicon

15/03/-44: assassinat de Jules César

11/11/-43: deuxième triumvirat

02/09/-31: victoire d'Octave à Actium

15/08/-30: suicide de Cléopâtre

16/01/-27: Octave reçoit le titre d'Auguste
  

Le 1er novembre de l'an 82 avant JC, deux armées romaines s'affrontent sous les murs de Rome, près de la porte Colline.

Le vainqueur est un général de 56 ans, Lucius Cornelius Sulla, plus connu sous le nom de Sylla.

Sa victoire met un terme à la première guerre civile qui déchire la république romaine à son agonie.

Lui-même va porter un coup fatal à cette république en croyant la restaurer. Ses réformes vont ouvrir la voie à Jules César et à l'empire.

Un dilettante de génie

Sylla (buste romain)Sylla est l'un des personnages les plus méconnus et les plus fascinants de l'Histoire romaine.

Issu d'une famille pauvre de l'aristocratie, il dissipe sa jeunesse dans l'étude et la fréquentation des prostituées et des gens de mauvaise vie.

A 31 ans, en 107 avant JC, il est néanmoins élu questeur et rejoint l'armée du consul Marius en Afrique. Son habileté lui permet de mettre la main sur Jugurtha, l'ennemi juré de Rome. Il participe ensuite aux côtés de Marius à la guerre contre les Cimbres et les Teutons, des Germains qui ont envahi la Gaule et menacent Rome.

Indifférent à sa popularité naissante, il retourne à sa vie de débauche et ne revient qu'en 93 avant JC à la vie publique avec les fonctions de préteur puis propréteur en Cilicie.

Il conclut un premier traité avec les Parthes et s'enrichit au passage. à son retour à Rome, il divorce de sa troisième femme et se remarie avec Caecilia Metella, fille du chef du Sénat.

Cette union lui vaut d'être désormais regardé par les sénateurs et l'aristocratie comme une possible alternative face au parti populaire qu'anime... Marius..

La guerre sociale amène Sylla à reprendre du service dans l'armée,... toujours sous les ordres de Marius. Son talent tactique et son habileté font une nouvelle fois leurs preuves. Sylla s'empare de Stabies et réduit les derniers îlots de résistance du Samnium en 89 avant JC.

Ce nouveau succès lui vaut d'être nommé consul l'année suivante et de recevoir du Sénat le soin de mener la guerre contre le roi du Pont, Mithridate IV, coupable d'avoir repris les hostilités et massacré des milliers de Romains et d'Italiens en Orient.

Cette décision contrarie Marius (69 ans), représentant du parti populaire, qui comptait sur cette guerre pour redresser son prestige.

Première guerre civile

Marius manigance avec un tribun de la plèbe, P. Sulpicius Rufus, un arrangement qui lui confie le commandement de la campagne du Pont.

Sylla, qui avait pris le chemin du départ, ne l'entend pas de cette oreille. Avec son armée, il revient à Rome en violation de toutes les règles et fait mettre Marius et ses partisans hors la loi.

Il fait exposer sur les rostres la tête du tribun félon tandis que Marius préfère s'enfuir en Afrique.

Là-dessus, Sylla s'en va combattre Mithridate qui a profité des troubles pour occuper la Grèce. Le général romain occupe Athènes après un long siège avant de poursuivre Mithridate sur ses terres.

Mithridate IV est bientôt battu. Sylla, pressé d'en finir, lui accorde un traité favorable, qui lui conserve son royaume en échange d'un tribut de 2000 talents... et de 80 navires pour le retour de l'armée romaine en Italie.

Avant de s'en retourner, Sylla tire encore 20.000 talents de la province d'Asie.

A Rome, profitant de son absence, un consul, Cinna, s'est révolté contre le Sénat et Marius est revenu illico d'Afrique où il s'était réfugié. Il fait mettre à mort de nombreux sénateurs et se fait réélire consul une septième fois.

Il meurt l'année suivante, en 86 avant JC, mais ses partisans, les marianistes, restent au pouvoir avec Cinna.

Quand Sylla débarque à Brindes, à la pointe de la péninsule, avec une armée aguerrie, il est résolu à en finir avec ses opposants.

Pour lui faire face, les marianistes lèvent pas moins de six armées, essentiellement composées d'alliés italiens. Sylla les bat l'une après l'autre.

La dernière armée, composée de Samnites, est écrasée à la porte Colline. Impitoyable, Sylla fait massacrer les prisonniers (7000!) ainsi que treize généraux marianistes.

Il se fait élire par les comices «dictateur chargé de faire les lois et d'organiser la république» pour une durée indéfinie! C'est la lex Valeria de 82 avant JC, qui consacre de fait la ruine de la république sénatoriale.

Comme ses soldats commencent à tuer sans discrimination tous ceux qu'ils suspectent d'être des opposants, Sylla fait publier (autrement dit, proscrire) la liste de ceux qui peuvent être tués par quiconque.

Les délateurs et les tueurs s'en donnent à cœur joie car une prime récompense leur geste. On évalue à 5000 le nombre de leurs victimes.

Beaucoup de partisans de Sylla - comme le futur triumvir Marcus Licianus Crassus - s'enrichissent inconsidérément en s'appropriant la fortune des proscrits.

Le jeune Caius Julius Caesar, né en 100 et neveu par alliance de Marius, figure parmi les proscrits et doit s'enfuir de Rome.

Assuré de son pouvoir, Sylla, qui se soucie peu d'ambition personnelle, tente aussitôt de restaurer le Sénat dans son ancienne puissance.

Il porte de 300 à 600 le nombre de sénateurs. Il restitue à ceux-ci le droit exclusif de siéger dans les jurys criminels.

Il enlève aux tribuns de la plèbe le droit de proposer une loi aux comices et de briguer un deuxième mandat, réservant aux sénateurs l'initiative des lois.

Il abolit la censure et confère aux magistrats sortant de charge la dignité de sénateur, limite les droits des consuls et des préteurs à des fonctions civiles en Italie et leur permet en sortie de charge de devenir proconsul ou propréteur en province sur désignation du Sénat,...

Il distribue des terres à 100.000 vétérans et supprime les distributions gratuites de blé aux citoyens pauvres dans l'espoir de mettre fin à l'exode rural!

Honoré du surnom de «Felix» (heureux) et jugeant son travail accompli, Sylla démissionne de toutes ses fonctions en 79 avant JC.

Il se retire dans sa maison de Cumes où il file le parfait amour avec une jeune femme de 25 ans, Valeria, dont il fait sa cinquième épouse. Sa félicité sera de courte durée... Il meurt l'année suivante!

Les Romains confèrent à sa dépouille le privilège d'une inhumation sur le Champ de Mars, lieu de sépulture des anciens rois.

Contrairement à ce que Sylla a pu croire, ses réformes n'ont en rien réglé les tensions au sein de Rome... mais elles ont inspiré à nombre d'ambitieux le désir d'exercer à leur tour la dictature.

Le premier triumvirat

 < buste de Pompée jeune > Après la mort de Sylla, les troubles reprennent et le Sénat fait appel à Pompée pour y mettre un terme.

Né en 106 avant JC, cet ancien lieutenant de Sylla a combattu Marius, puis participé à la victoire sur le roi du Pont.

Pompée met fin en Espagne à l'insurrection de Sertorius et Perpenna, deux anciens partisans de Marius.

Pendant que Pompée rétabli la souveraineté de Rome en Espagne, les choses se gâtent en Italie avec la révolte des esclaves à l'appel d'un gladiateur charismatique originaire de Thrace, Spartacus.

Celui-ci réunit plusieurs dizaines de milliers d'esclaves, de gladiateurs et de déshérités autour de lui. Ses troupes écrasent la légion du consul Gellius et plusieurs centaines de prisonniers sont condamnés à s'entretuer deux à deux sous les yeux ravis des ex-gladiateurs!

Enivrés par leurs succès, les esclaves pillent l'Italie au grand dam de leur chef qui eut préféré les conduire vers les Alpes, hors d'atteinte de Rome. Ses meilleures légions étant en Espagne, le Sénat affolé confie au préteur Marcus Lucinius Crassus le soin de mettre fin à la jacquerie.

Crassus est un ancien lieutenant de Sylla, outrageusement enrichi à la faveur des proscriptions. Il arme douze légions, combat avec succès les esclaves et en finit avec Spartacus lui-même. Les vaincus survivants sont crucifiés par milliers le long de la voie Appienne qui mène de Capoue à Rome.

Là-dessus, Pompée revient en hâte d'Espagne et croise sur son passage une poignée d'esclaves qui ont échappé à la sauvage répression de Crassus. Il les extermine sans faire de détail avant de faire sa rentrée à Rome.

C'est ainsi qu'il obtient le triomphe pour son expédition d'Espagne et s'attribue qui plus est la victoire sur les gladiateurs révoltés. Crassus doit se contenter d'une ovation.

Malgré cette indélicatesse, Pompée et Crassus s'entendent pour obtenir l'un et l'autre le consulat en l'an 70 avant JC. Issus tous les deux de la mouvance de Sylla, ils gagnent la confiance du parti populaire en annulant les réformes de l'ancien dictateur favorables au parti aristocratique.

Ils sont aidés en cela par les exactions de Verrès, ancien gouverneur de la Sicile, qui jettent le discrédit sur la noblesse et affaiblissent le parti aristocratique.

Soucieux d'accroître sa popularité, Pompée obtient du Sénat un commandement pour le pourtour de la Méditerranée, en vue de débarrasser celle-ci des pirates qui l'infectent. C'est chose faite en trois mois, en l'an 67 avant JC.

Voilà qu'en Orient, Mithridate IV, roi du Pont et de Bithynie, se fait à nouveau menaçant.

Le général Lucullus réduit la rébellion de Mithridate et de son beau-père, le roi d'Arménie Tigrane. A Rome, cependant, Pompée obtient un nouveau commandement en Asie. Il n'a que le temps d'intervenir pour cueillir la reddition de Tigrane et constater la mort de Mithridate.

En l'an 63 avant JC, le Pont, la Bithynie et la Syrie séleucide deviennent provinces romaines.

Fort de ses succès en Orient, Pompée le Grand (Cnaius Pompeius Magnus) apparaît désormais comme l'homme fort de Rome.

Illusion. Pendant que Pompée se bat contre Mithridate, Catilina, un noble ruiné, fomente une conjuration à Rome et brigue le consulat.

C'est en définitive l'orateur Cicéron qui emporte l'élection. Dans une séance fameuse au Sénat, il dénonce la conjuration et oblige Catilina à s'enfuir. Cicéron reçoit le titre de «Père de la Patrie».

La république sénatoriale paraît sauvée. Elle est en fait à la merci d'un général ambitieux. Sera-ce Pompée?

Ayant imprudemment licencié ses légions, Pompée est mis sur la touche par le Sénat. Il se rapproche du richissime Crassus et de... César.

Crassus,consul aux côtés de Pompée en 70 avant JC, s'était illustré en massacrant Spartacus et sa bande d'esclaves révoltés.

César, quant à lui, revient d'Espagne où il mené des campagnes de pacification en qualité de propréteur. Il est connu pour sa vie dissipée et ses frasques de dandy. Il a donné sa fille Julia en mariage à Pompée.

Les trois compères forment un premier triumvirat (ou gouvernement à trois, d'après l'expression latine tres viri reipublicae constituendae) en -60. Mais leur entente n'est que de façade. Chacun aspire à prendre le pas sur les autres et le meilleur moyen d'y parvenir est la gloire militaire.

Tandis que Crassus obtient le gouvernement de la Syrie et s'en va combattre les Parthes en Orient, Pompée reçoit le gouvernement de l'Espagne et César celui de la Gaule cisalpine ainsi que la charge de consul.

En butte à l'hostilité du Sénat, le nouveau consul n'hésite pas à en appeler au peuple et cultive avec soin sa popularité. Il use de sa fortune acquise en Espagne pour organiser des jeux mémorables. Il obtient par ailleurs des terres pour les vétérans de Pompée.

Sollicité par Ptolémée XI Neos Dionysos, roi d'Égypte, il le fait confirmer sur son trône moyennant une grosse indemnité.

La guerre des Gaules

En -58, le Sénat donne à César les pouvoirs militaires (imperium) en Gaules cisalpine, transalpine et Illyrie avec quatre légions, dans l'espoir de l'éloigner pour longtemps.

Pour l'ambitieux politicien, c'est l'occasion d'obtenir la gloire militaire indispensable à son ascension.

Aussitôt arrivé en Gaule Narbonnaise, vieille province romaine, César est sollicité par les Arvernes, une tribu de la «Gaule chevelue», d'intervenir contre les Helvètes, d'autres Gaulois (ou Celtes) qui ont entrepris une migration vers la Saintonge.

Il refoule les Helvètes et, dans la foulée, écrase les Germains d'Arioviste qui ont pénétré en Bourgogne.

L'année suivante, en 57 avant JC, César mène une deuxième campagne pour soumettre les peuples de Belgique, au nord de la seine: les Suessiones (de Soissons), les Bellovaques (de Beauvais), les Ambiens (d'Amiens), les Nerviens (du Hainaut) et les Éburons (de Liège).

En -56, César lance une flotte contre les Vénètes, dans le golfe du Morbihan, puis il traverse le Rhin sur un pont de bateaux dans la région de Cologne afin de soumettre les Germains.

La même année, son lieutenant Crassus, fils du triumvir, soumet les peuples aquitains. La plus grande partie de la Gaule chevelue fait désormais allégeance à César.

Le général repousse une tentative d'invasion de deux peuples germains et traverse lui-même le Rhin pour dévaster la Germanie et dissuader ses peuples de s'en prendre à la Gaule.

Enfin, il débarque en Bretagne (l'actuelle Angleterre) pour battre l'armée de Cassivellaunus (55-54).

Après quatre ans de campagne, César peut croire la Gaule soumise. Il n'en est rien. Un petit village gaulois résiste à l'occupant... Son chef ne s'appelle pas Abraracourcix... mais Ambiorix. Chef des Éburons, en Belgique, il s'associe à Induciomar, chef des Trévires.

En plein hiver, il détruit une légion et assiège le camp de Quintus Cicéron, lieutenant de César et frère de l'orateur. César secourt ce dernier et saccage le pays des Éburons.

Dans le courant de l'année -53, un jeune chef arverne, Vercingétorix (20 ans), fomente une coalition secrète de tous les peuples de la Gaule.

César, surpris en Italie, accourt à travers les Alpes et chasse l'ennemi vers le nord. Vercingétorix détruit tout sur son passage pour affamer les Romains mais il commet l'erreur d'épargner la ville d'Avaricum (Bourges).

César s'en empare et y trouve les approvisionnements indispensables. Au printemps, il poursuit l'armée de Vercingétorix jusqu'en Auvergne mais n'arrive pas à la déloger de Gergovie, une place fortifiée proche de Clermont-Ferrand.

Comme le chef gaulois projette d'attaquer la Province (la Gaule narbonnaise), César se met en route pour défendre celle-ci.

Des cavaliers gaulois lancent une attaque contre l'armée romaine. Ils sont repoussés et leur fuite désordonnée conduit l'armée gauloise à se réfugier à Alésia, un oppidum bien fortifié en Bourgogne (aujourd'hui Alise-Sainte-Reine).

César saute sur l'occasion d'en finir et organise un siège méthodique. Les sapeurs romains construisent une double ligne de fortifications pour empêcher toute sortie des assiégés et repousser l'armée gauloise venue à leur secours.

Vercingétorix est contraint de se rendre et emmené en captivité. L'année suivante, en 51 avant JC, César soumet quelques ultimes révoltes, dont celle d'Uxellodunum (Cahors). Il fait couper les mains de tous les défenseurs de cette ville.

La Gaule toute entière fait soumission.

César a magnifié ses opérations militaires dans le plus bel écrit de propagande qui soit: Commentaires sur la guerre des Gaules.

Ce chef-d'œuvre de littérature et de stratégie demeure essentiel pour la connaissance des lointaines origines de la France.

Après dix ans, il ne reste plus rien du premier triumvirat. Crassus a trouvé la mort ainsi que toute son armée en combattant les Parthes en 53 avant JC tandis que Pompée, resté à Rome, a reçu du Sénat les pleins pouvoirs pour mettre fin aux désordres causés par les factions de Clodius et Milon.

La mort de Julia, fille de César et épouse de Pompée, précipite la brouille entre les deux hommes...

 



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