11 janvier de l'an 49 avant JC

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Le prophète Ezechiel, miniature médiévale)
Ce jour-là...

 

Jules César franchit le Rubicon

Les grandes actions de César et Auguste:

12/07/-100: naissance de Jules César

11/01/-49: Jules César franchit le Rubicon

15/03/-44: assassinat de Jules César

11/11/-43: deuxième triumvirat

02/09/-31: victoire d'Octave à Actium

15/08/-30: suicide de Cléopâtre

16/01/-27: Octave reçoit le titre d'Auguste
  

Jules César traverse le Rubicon le 11 janvier de l'an 49 avant JC.

En franchissant ce petit fleuve côtier d'Italie centrale avec son armée, le conquérant des Gaules entre sur le territoire administré en direct par les magistrats romains. Il viole la loi de Rome.

«Anerrifthô Kubos» (Que soit jeté le dé!), aurait-il alors lancé... en grec, la langue des élites romaines de l'époque. La traduction latine de cette formule nous a été léguée par l'historien Suétone: «Iacta esto alea», ou, selon l'opinion commune, «Alea jacta est» (Le dé est jeté).

La traversée du Rubicon avec une armée constitue une déclaration de guerre à la République sénatoriale.

Une réforme impossible

Quand Jules César traverse le Rubicon, la République romaine agonise depuis déjà plusieurs décennies.

En l'an 146 avant JC, après leur victoire sur Carthage, les légions de Rome conquièrent Corinthe et la Grèce... Celle-ci se venge à sa manière en transmettant à Rome une part de sa culture, selon le mot du poète Horace: «Graecia capta ferum victorem cepit» (La Grèce a soumis son vainqueur).

Mais les 600 sénateurs qui siègent à la Curie, sur le Forum, se montrent incapables de gérer un État qui s'étend désormais tout autour de la Méditerranée.

En 133 avant JC, un tribun du peuple, Tiberius Sempronius Gracchus, tente de soulager le sort des citoyens sans ressources en leur allouant les terres communes et une dotation en capital puisée dans le trésor de Pergame (selon un processus constant à Rome, les conquêtes sont mises à profit pour améliorer le sort des citoyens).

Tibère est assassiné en 129 et son frère Caïus tente à son tour, six ans plus tard, de relancer les réformes agraires et d'élargir la citoyenneté aux habitants de l'Italie. Il inaugure surtout la distribution mensuelle de blé à bas prix, voire gratuit, aux citoyens de Rome.

En conflit avec le Sénat, Caïus est sur l'Aventin en 121 avant JC avec 3.000 partisans.

Lois frumentaires

Le Sénat se montrera impuissant à abolir les lois des Gracques, du fait de l'intérêt que leur porte la plèbe (les citoyens pauvres). Au fil des ans, les distributions gratuites de blé aux citoyens de Rome (à l'exclusion des étrangers et des esclaves) vont au contraire s'amplifier jusqu'à concerner plus de 600.000 personnes sur une population d'un million d'habitants; "l'un des effets les plus pernicieux du système était d'inciter les patrons à émanciper leurs esclaves, non pour des raisons morales ou sociales, mais par pur calcul économique: se décharger sur l'État du fardeau de leur entretien" (1).
  

En l'an 106 avant JC survient Marius, un patricien proche du parti démocratique qui s'est illustré dans la conquête de l'Afrique.

Il commence de réformer les institutions en créant une armée de métier pour épargner les astreintes du service militaire aux plébéiens de Rome et aux paysans des campagnes italiennes. 

En 82 avant JC, Sylla, qui fut l'adjoint de Marius dans la guerre contre les Numides de Jugurtha, avant de s'opposer à lui, devient dictateur.

Jusqu'à sa mort, trois ans plus tard, il pourchasse les partisans de Marius. Le jeune Caius Julius Caesar, né en 100 et neveu par alliance de Marius, figure parmi les proscrits et doit s'enfuir de Rome.

 < buste de Pompée jeune > L'homme fort de Rome est désormais Pompée le Grand (Cnaius Pompeius Magnus).

Né en 106 avant JC, cet ancien lieutenant de Sylla s'est acquis une immense popularité en combattant Marius, puis en nettoyant la Méditerranée infestée par les pirates et en conquérant l'Orient grec par une victoire sur le roi Mithridate du Pont.

Mais le héros, fort de ses succès en Orient, n'ose pas réformer l'Etat, qui se remet avec peine d'une conjuration conduite par un factieux, Catilina, et dénoncée par Cicéron.

Ayant imprudemment licencié ses légions, Pompée est mis sur la touche par le Sénat. Il se rapproche alors du riche Crassus et de... César, formant avec eux en l'an 59 un gouvernement à trois.

Crassus s'est illustré en massacrant Spartacus et sa bande d'esclaves révoltés. César, quant à lui, est surtout connu pour sa vie dissipée et ses frasques de dandy. Il a donné sa fille Julia en mariage à Pompée.

On invente pour l'occasion l'appellation de triumvirat. L'entente entre les trois hommes n'est que de façade. Chacun aspire à prendre le pas sur les autres et le meilleur moyen d'y parvenir est la gloire militaire.

Tandis que Crassus trouve la mort en allant combattre les Parthes du Moyen-Orient, Pompée reçoit le gouvernement de l'Espagne et César celui de la Gaule Cisalpine.

Au bout de huit longues années passées à éteindre les révoltes des tribus gauloises les unes après les autres, César, couvert de gloire et de richesses, prend la route de Rome où Pompée l'a devancé.

La mort de Julia, fille de César et épouse de Pompée, précipite la brouille entre les deux hommes.

Coup d'État

Pompée, qui a obtenu le titre de consul, bénéficie du soutien des sénateurs (parmi lesquels l'orateur Cicéron). Il se fait couramment appeler «princeps», ce qui signifie le premier des citoyens (d'où nous vient le mot prince). Mais il n'ose pas intervenir avec ses troupes à l'intérieur de Rome pour imposer ses volontés au Sénat et mettre fin aux luttes de factions.

En 50 avant JC, il convainc le Sénat de lancer un sénatus-consulte contre César, enjoignant à celui-ci de prendre congé de son armée!

C'est le retour des guerres civiles!

César, ayant franchi le Rubicon avec la XIIIe Légion, entre dans la Ville éternelle, en chasse Pompée et soumet en neuf semaines l'Italie entière. Il met le siège devant Massilia (Marseille) qui a pris parti pour son rival.

L'année suivante, il poursuit Pompée en Épire et écrase son armée à Pharsale. Pompée, en fuite, se réfugie en Égypte où il est assassiné sur ordre du jeune pharaon Ptolémée XII Philopator (13 ans).

César arrive à son tour en Égypte, réprime une révolte à Alexandrie et se rend bientôt aux charmes de la jeune reine Cléopâtre, issue d'une série de mariages incestueux des Ptolémées.

Là-dessus, iI soumet Pharnace, roi du Pont (l'actuel détroit du Bosphore) à Zéla en -47. C'est l'occasion d'un communiqué expéditif: «Veni, vidi, vici!» (Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu!).

S'arrêtant à peine en Italie, il passe en Afrique et écrase une armée de partisans de Pompée à Thapsus, puis une autre en Andalousie en -45.

Outre ses quatre triomphes, il obtient l'inviolabilité tribunicienne et la dictature à vie. Il a désormais partie gagnée contre ses adversaires et devrait pouvoir se reposer sur ses lauriers... Toujours généreux, César n'oublie pas de distribuer toutes sortes de prébendes pour s'assurer ce que l'on appelle ouvertement une clientèle.

Il entreprend aussi des réformes civiles pour étendre le bénéfice de la citoyenneté à de nouvelles catégories et limiter l'accès aux distributions de subsides publiques. Il s'essaye enfin à une politique de réconciliation nationale après cinquante ans de guerre civile.

Sans rien changer à la forme des institutions, César met ainsi en place une monarchie inavouée pendant les cinq années qui lui restent à vivre jusqu'à son assassinat.

(1) Philippe Simonnot, Vingt et un siècles d'économie, Les Belles Lettres, 2002, page 46 [retour]

 

Mise à jour le 24 février 2003