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La république romaine dans la tourmente

 < buste de Jules César >

Les grandes actions de César et Auguste:

La république romaine dans la tourmente

12/07/-100: naissance de Jules César

01/11/-82: Sylla seul maître à Rome

11/01/-49: Jules César franchit le Rubicon

15/03/-44: assassinat de Jules César

11/11/-43: deuxième triumvirat

02/09/-31: victoire d'Octave à Actium

15/08/-30: suicide de Cléopâtre

16/01/-27: Octave reçoit le titre d'Auguste
    

En l'an 146 avant JC, le consul Scipion Emilien, petit-fils de Scipion l'Africain, s'empare de Carthage et la détruit jusqu'aux fondations. L'Afrique est transformée en province romaine, de même que la péninsule ibérique.

La même année, la Macédoine devient province romaine et les légions s'emparent de Corinthe.

L'ensemble de la Grèce se soumet... Elle se venge à sa manière en transmettant à Rome une part de sa culture, selon le mot du poète Horace (né en 65 avant JC, mort en 8 de notre ère): «Graecia capta ferum victorem cepit» (La Grèce a soumis son vainqueur).

Rome domine désormais les péninsules italienne et ibérique, l'Afrique (l'actuelle Tunisie), la mer Egée et la mer Adriatique.

Malgré sa toute nouvelle puissance, la république romaine continue d'être gouvernée comme aux premiers temps de son existence.

A l'image des autres cités antiques, le pouvoir y est confié à une assemblée des anciens, ou Sénat (d'après le mot latin senes, qui signifie vieux).

Ni empire, ni État au sens moderne du terme, la République se définit par la soumission au Sénat qui représente le «peuple romain», en fait les vieilles familles fondatrices de la cité.

En fait foi la devise omniprésente: SPQR, pour Senatus Populusque Romanus (Le Sénat et le peuple romain).

Mais les conquêtes du IIe siècle avant JC modifient profondément les rapports sociaux à Rome même.

À la noblesse issue des anciennes familles patriciennes de Rome, qui accapare le pouvoir, s'oppose désormais la masse misérable des plébéiens, issus de paysans chassés de leur terre ou d'esclaves affranchis.

Entre les deux figurent les chevaliers. Ce sont des hommes d'affaires enrichis dans le gouvernement des provinces ou l'affermage des impôts. Leur rêve est d'accéder à la prestigieuse fonction sénatoriale. Mais l'accès à celle-ci est sévèrement limité aux membres de la noblesse.

Au 1er siècle avant notre ère, Cicéron, avocat très doué, est l'un des très rares sénateurs qui fasse exception à la règle.

Les 600 sénateurs qui siègent à la Curie, sur le Forum, se montrent incapables de gérer un ensemble territorial qui domine désormais la Méditerranée.

Plusieurs hommes d'exception vont réformer avec plus ou moins de succès les institutions romaines: les Gracques, Marius, Sylla, Pompée et pour finir César.

Une réforme impossible

En 133 avant JC, Tiberius Sempronius Gracchus, élu tribun de la plèbe, tente de soulager le sort des citoyens sans ressources en leur allouant une partie du domaine public, l'ager publicus, constitué de terres enlevées aux peuples vaincus, voire aux alliés italiens! C'est la lex Sempronia.

Une dotation en capital puisée dans le trésor de Pergame est destinée à faciliter l'établissement de ces nouveaux paysans (selon un processus constant à Rome, les conquêtes sont mises à profit pour améliorer le sort des citoyens).

Les nantis, qui tirent d'énormes profits de l'exploitation de l'ager publicus par des esclaves, s'opposent à la loi agraire de Tiberius cependant que les Romains pauvres se soucient assez peu de reprendre le chemin des champs.

Tiberius passe outre à l'opposition des nantis et fait passer sa loi au prix d'une entorse à la légalité. Cela lui vaut d'être assassiné en 129 avant JC.

Avec plus d'habileté, son frère Caïus tente à son tour, six ans plus tard, de relancer la réforme agraire.

Élu tribun, il fait d'abord passer une loi judiciaire qui substitue les chevaliers aux sénateurs dans les jurys des tribunaux criminels.

Assuré du soutien des chevaliers, il inaugure par une loi frumentaire la distribution mensuelle de blé à bas prix, voire gratuit, aux citoyens pauvres de Rome.

Il reprend enfin la loi agraire de son frère en organisant la création de colonies agricoles dans les territoires récemment soumis, notamment sur le site de Carthage.

Caïus entre en conflit avec le Sénat lorsqu'il projette d'élargir la citoyenneté romaine à l'ensemble des habitants du Latium, la province de Rome.

Un autre tribun, Livius Drusus, complice du Sénat, propose des réformes encore plus démagogiques. Le peuple se laisse prendre à son jeu. Il se détourne de Caïus et celui-ci échoue à se faire réélire pour un troisième tribunat.

Il ne reste plus qu'à abroger ses réformes. Le consul Opimius en fait la proposition et comme les partisans de Caïus se révoltent, Opimius obtient du Sénat des pouvoirs dictatoriaux et marche contre eux.

3.000 partisans de Caïus Gracchus sont acculés sur l'Aventin et tués en 121 avant JC. Lui-même, à bout de course, n'a d'autre recours que de demander la mort à un esclave.

Ses projets de colonies agricoles tombent rapidement en quenouille et au lieu que l'exode rural ne se ralentisse, il est au contraire accéléré par les distributions de blé gratuites instaurées à Rome par Caïus Gracchus!
 

Les lois frumentaires

Le Sénat se montre impuissant à abolir la loi frumentaire (de froment ou blé) de Caïus Gracchus, du fait de l'intérêt que lui porte la plèbe (les citoyens pauvres). Au fil des ans, les distributions gratuites de blé aux citoyens de Rome (à l'exclusion des étrangers et des esclaves) s'amplifient jusqu'à concerner plus de 600.000 personnes sur une population d'un million d'habitants; "l'un des effets les plus pernicieux du système était d'inciter les patrons à émanciper leurs esclaves, non pour des raisons morales ou sociales, mais par pur calcul économique: se décharger sur l'État du fardeau de leur entretien (1).
 

En l'an 106 avant JC survient Marius, un patricien de 51 ans proche du parti populaire (ou démocratique) qui s'est illustré dans la conquête de l'Afrique.

A l'occasion de la guerre contre les Numides, il élargit le recrutement de légionnaires à l'ensemble des citoyens romains, y compris ceux qui ne possèdent rien.

Cette réforme permet aux paysans des campagnes italiennes et aux citadins aisés de Rome d'échapper aux astreintes du service militaire.

Mais elle débouche aussi sur une armée de métier, avec des soldats non plus dévoués à la République mais au général capable de leur assurer solde, butin, gloire et promotion!

Pendant le séjour de Marius en Afrique, Rome est affectée par une menace nouvelle autant qu'inattendue: deux peuplades venues de Germanie, les Cimbres et les Teutons, ravagent la Gaule romaine (la Provincia, actuelle Provence).

Fort heureusement, les Germains se retirent en Espagne pendant trois ans plutôt que de se diriger de suite vers Rome. Ce répit inespéré permet à Marius de préparer la contre-offensive.

Réélu consul plusieurs années de suite en dépit des usages, Marius écrase les Teutons près d'Aix en 102 avant JC et l'année suivante les Cimbres dans la plaine de Verceil, sur les bords du Pô.

Immensément populaire, Marius est qualifié de «troisième fondateur de Rome» (après Rémus et Romulus!) et réélu une sixième fois consul en l'an 100 avant JC.

Marius s'allie aux chefs du parti populaire, dont le tribun de la plèbe Saturninus. Mais celui-ci se rend coupable de menées factieuses et sème la terreur à Rome. Le général doit se retourner contre lui et le tuer.

Désireux de faire oublier après ce faux-pas, Marius part en mission en Asie. Il projette secrètement de susciter une guerre contre le roi du Pont, Mithridate, pour s'offrir de nouvelles victoires et retrouver sa popularité d'antan...

Guerre sociale

Cependant, en Italie, les alliés de Rome, au premier rang desquels les Samnites, réclament un statut d'égalité avec les citoyens romains.

Les habitants de ces cités italiennes ne tolèrent plus d'être soumis aux mêmes obligations que les Romains en matière militaire et de ne pas bénéficier des mêmes avantages, en matière de droits civils (droit de se marier selon la loi, droit de passer des actes commerciaux) et de droits civiques (droit de vote, droit de se faire élire, exemption d'impôts).

Ils se plaignent d'être assujettis à des obligations variables en fonction des traités conclus par Rome avec chaque cité.

Ils s'inquiètent surtout des projets agraires comme celui de Tiberius Gracchus, qui promettent aux citoyens romains des terres prélevées sur les domaines des... alliés!

Le tribun Livius Drusus tente bien de convaincre le Sénat d'accorder la citoyenneté aux alliés en 92 avant JC mais il est assassiné.

Faute d'être entendues, les cités italiennes préparent en secret un soulèvement. Elles échangent des otages les unes avec les autres pour consolider leur alliance; elles se donnent un gouvernement et des institutions communes calquées sur celles de Rome et même une capitale, Italica (ex-Corfinium)!

Le soulèvement éclate en 90 avant JC. Pris de court, le Sénat engage la guerre contre ses alliés (en latin, socii) et rappelle Marius mais celui-ci s'engage mollement dans cette guerre dite sociale.

Après quelques premiers succès, les alliés, cantonnés dans les montagnes des Apennins, éprouvent de plus en plus de mal à coordonner leurs opérations.

Mais les Étrusques, les Grecs du sud et même les Latins, jusque-là restés à l'écart, menacent de se joindre à la révolte. Celle-ci prend un caractère impitoyable: exactions etmassacres se multiplient dans les deux camps; la péninsule est dévastée...

Le Sénat se résout à accorder le droit de cité aux alliés restés fidèles puis aux insurgés sous réserve qu'ils se fassent enregistrer à Rome dans les soixante jours.

L'honneur de la victoire revient en définitive à Sylla en 89 avant JC . Aussitôt après, c'est à lui que le Sénat confie le soin de mener la guerre contre le roi du Pont.

Cette décision contrarie Marius (69 ans), représentant du parti populaire. Elle va entraîner Rome dans sa première guerre civile.

(1) Philippe Simonot [retour]

 



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