5 décembre 1360

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Le Christ bénissant, par Duccio di Buoninsegna (Italie 1255-1318), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Naissance du franc

Du franc à l'euro:

Brève histoire de la monnaie

05/12/1360: naissance du franc

18/01/1800: création de la Banque de France

23/12/1865: naissance de l'Union latine

Jean Monnet, initiateur de l'Union européenne

25/03/1957: traité de Rome

01/01/2002: l'euro pour 304 millions d'Européens

L'Europe en attente de symboles
 

 Portrait de Jean  II  le Bon (musée du Louvre)Le 5 décembre 1360, à Compiègne, le roi Jean II crée une nouvelle monnaie, le «franc», de même valeur que la monnaie existante, la livre tournois.

Jean II le Bon (c'est-à-dire le Brave) a été fait prisonnier à la bataille de Poitiers. Il a subi une longue captivité en Angleterre et son geôlier, le roi anglais Edouard III, lui a réclamé une énorme rançon, environ trois millions de livres tournois, soit 12,5 tonnes d'or. 

Le royaume est ruiné et pour obtenir une partie de la rançon, Jean accepte une mésalliance avec le riche duc de Milan, Galéas Visconti. A ce marchand de médiocre extraction, il «vend»  sa fille Isabelle contre 600.000 livres.

Edouard III accepte de libérer son prisonnier après un premier versement de 400.000 livres. Mais le roi de France doit s'engager à verser le reste et pour cela n'hésite pas à endetter son pays.

C'est ainsi que, sur le chemin du retour, à Compiègne, il prend trois ordonnances. Il institue en premier lieu de nouvelles taxes dont un impôt sur le sel, la gabelle. 

En l'absence de réfrigérateur, le sel est au Moyen Âge indispensable à la conservation des viandes (les salaisons). La gabelle deviendra de ce fait pratiquement obligatoire et très impopulaire.

Le roi crée en second lieu le «franc». La nouvelle pièce commémore sa libération comme l'indique son appellation (franc et affranchissement sont synonymes de libre et libération). «Nous avons été délivré à plein de prison et sommes franc et délivré à toujours», rappelle le roi dans son ordonnance.

Cette pièce de monnaie vient en complément de l'écu d'or qu'a introduit Saint Louis au siècle précédent, et de la livre tournois en argent. Elle vaut une livre ou vingt sous tournois.

Jean II le Bon et son fils, le futur Charles V, s'inspirent en matière monétaire de leur conseiller Nicolas Oresme. Dans son «Traité des Monnaies» (1370), ce clerc prône une monnaie stable, garante de la puissance du souverain.

Les pièces de monnaie tirent leur valeur de leur poids en métal précieux et non, comme aujourd'hui, de la seule fiabilité de l'émetteur (Etat ou banque). La France, du Moyen Âge à la fin du XIXe siècle, se montre attachée au bimétallisme: pièces principales en or et subdivisions en argent.

Les pièces de différents pays peuvent circuler côte à côte, leur attrait dépendant de la confiance que le public accorde à l'émetteur, lequel peut tricher sur la quantité de métal précieux ou laisser faire les faux-monnayeurs.

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Le franc de 1360 est en or fin de 3,88 grammes. La pièce représente le roi à cheval avec la légende «Johannes Dei Gratia Francorum Rex».
Une version ultérieure, en 1365, représentera le roi à pied (le «franc à pied»).


Une rançon pour rien

Tandis que la France doit payer au roi anglais la rançon pour la libération de son souverain, celui-ci revient en Angleterre comme prisonnier volontaire pour laver l'honneur d'un otage français qui s'était enfui sous prétexte d'un pèlerinage, son propre fils, Louis d'Anjou.

«Vous avez blêmi l'honneur de votre lignage», lance le roi à son trop malin rejeton. C'est en prison que mourra Jean II le Bon, le 8 avril 1364, tandis que son pays continuera de payer la rançon liée à sa première libération!

Vicissitudes du franc

Le franc poursuivra une carrière à éclipses. La pièce de Jean II le Bon et de Charles V sera frappée jusqu'en 1385. Une pièce du même nom mais en argent reparaîtra brièvement en 1576 sous le règne du roi Henri III.

A partir de Louis XIII, le franc ne sera plus qu'une unité de compte et disparaîtra au profit de la livre, elle-même divisée en 20 sous ou 240 deniers. Mais dans le langage courant, on continuera de parler de franc plutôt que de livre.

Au XVIIIe siècle, on tentera à deux reprises d'introduire des billets en sus des pièces, les billets étant gagés sur des richesses réelles ou à venir.

Ce sont les ressources de la colonie de Louisiane dans le premier cas (c'est l'expérience de John Law, sous la Régence, en 1716-1720). Ce sont les biens enlevés au clergé et aux émigrés dans le second cas (c'est la création des assignats par l'Assemblée Nationale, au début de la Révolution, en décembre 1789). 

 < Un assignat de la Révolution >Dans l'un et l'autre cas, les pouvoirs publics ne résisteront pas à la tentation d'imprimer plus de billets qu'ils n'ont de richesses en gage. Ces billets sans contrepartie seront très vite rejetées par le public et l'on en reviendra à chaque fois aux pièces d'or ou d'argent.

Les pièces en franc seront remises à l'honneur par la Convention, sous la Révolution.  
 
Une loi du 7 avril 1795, confirmée le 15 août 1795, fera du franc l'unité monétaire de la France, en remplacement de la livre. La nouvelle unité monétaire, très simple d'emploi avec ses décimes, ses centimes et ses millimes, sera immédiatement adoptée.

Le Premier consul Napoléon Bonaparte lui donnera une base stable par la loi du 7 Germinal an XI (27 mars 1803) qui définira la nouvelle pièce de 1 Franc par «5 grammes d'argent au titre de neuf dixièmes de fin». Une  pièce en or de 20 francs sera également créée sous le nom de Napoléon.

Bonaparte instituera également une Banque de France pour soutenir la nouvelle monnaie et développer la monnaie scripturale.

Le «franc germinal» traversera avec succès le XIXe siècle, ses changements de régime et même la défaite de 1870. Respectueux de la monnaie nationale, les insurgés de la Commune épargneront le stock d'or de la Monnaie.

Sa stabilité vaudra au franc germinal d'être adopté comme référence commune par de nombreux pays au sein de l'Union latine.

Dévalué après la Grande Guerre de 1914-1918, le franc germinal sera remplacé par un franc au rabais, le «franc Poincaré», en 1928.

Le franc perdurera comme monnaie de référence de la France jusqu'au 31 décembre 1998, dernier jour avant l'euro.

Bibliographie

On peut lire l'excellent ouvrage de vulgarisation, très complet, de Georges Valance: «Histoire du franc, 1360-2002» (Flammarion, 1996).

 

Mise à jour le 22 février 2003