Ce jour-là...
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Le 1er janvier
2002, c'est avec un plaisir manifeste que les habitants de 12 pays de l'Union européenne
ont accueilli les pièces et les billets de leur nouvelle monnaie, l'euro.
Cette monnaie a dans les faits remplacé les anciennes monnaies nationales trois ans
auparavant, avec la fixation autoritaire du taux de change entre celles-ci et
l'euro.
Mais le changement n'a véritablement pris sa dimension symbolique qu'avec
l'apparition de la monnaie fiduciaire (pièces et billets), que l'on peut voir et toucher.
L'idée d'une monnaie unique était en germe dans le traité
de Rome du 25 mars 1957 qui avait fondé une Communauté européenne à six pays.
Le président français Valéry Giscard d'Estaing et son ami, le chancelier allemand
Helmut Schmidt, accomplissent le premier pas dans sa direction en instituant le Système
Monétaire Européen (SME) le 13 mars 1979.
Il s'agit d'une convention par laquelle les pays de la Communauté s'engageaient à
maintenir le taux de change de leur monnaie dans une fourchette étroite (2,25% autour de
leur cours pivot).
Mais les secousses politiques et sociales des années 1980 ont failli être fatales au
SME. C'est en définitive l'effondrement du mur de Berlin,
le 9 novembre 1989, et la prévisible réunification de l'Allemagne qui ont relancé le
processus.
Relance difficile de l'union
monétaire
Inquiet d'une Allemagne de 80 millions d'habitants qui pèse désormais le 1/3 de la
richesse économique de la Communauté, le président français François Mitterrand veut lui lier les mains par la monnaie.
En décembre 1989, il déclare au conseil européen de Strasbourg: «Le nouvel
équilibre auquel les Allemands aspirent doit être partie intégrante d'un équilibre
européen. C'est pourquoi un renforcement de la Communauté s'impose».
Le 10 décembre 1991, à Maastricht, les douze pays qui composent désormais la
Communauté signent un traité portant création d'une Union européenne (en remplacement
de la Communauté) avec un engagement ferme à créer une monnaie unique.
Le traité met des conditions drastiques à l'entrée d'un pays dans l'union monétaire:
limitation du déficit public à 3% (pourquoi 3% et pas 2 ou 4? Mystère); dette publique
limitée à 60% du PNB,...
Une Banque Centrale Européenne (BCE), dont le siège sera plus tard fixé à Francfort,
sera chargé de la discipline. Les instituts d'émission nationaux comme la Banque de
France en seront les simples succursales.
La future monnaie est d'abord appelée écu puis changé pour euro en
raison d'une traduction malheureuse de l'écu en allemand.
Le projet d'union monétaire n'a pas la cote auprès des spéculateurs. Ceux-ci doutent de
sa viabilité, notamment après que les Danois eussent provisoirement rejeté le traité
de Maastricht par référendum en juin 1992.
En France, c'est d'extrême justesse que le traité de Maastricht est entériné par
référendum en septembre 1992, au terme d'un débat public intense et d'une très haute
qualité intellectuelle.
Avant l'été (et le référendum danois), les sondages avaient laissé croire à une
approbation massive du traité mais beaucoup de Français avaient changé d'opinion en
déplorant 1) que l'on s'occupe de la future monnaie tandis qu'à Vukovar et Sarajevo renaissait l'hydre de la guerre; 2) que l'on
privilégie l'Europe des marchands et des financiers au détriment de l'Europe politique,
culturelle et sociale.
Les promoteurs du traité mettent en avant le volet politique du texte et notamment son
article 3 sur la «subsidiarité». Par ce mot emprunté au vocabulaire d'Eglise,
ils assurent que les instances européennes n'interviendront désormais que dans les
domaines où les instances de rang inférieur (États, collectivités territoriales) se
jugeront incompétentes.
Dans les faits, c'est en sens inverse que jouera la «subsidiarité», la
Commission de Bruxelles et le Parlement de Strasbourg prenant l'habitude de traiter des
domaines les plus incongrus (oiseaux migrateurs, teneur du plomb dans l'eau potable,
définition du chocolat, diamètre de la banane,...) pour camoufler leur impuissance
à aborder les aspects véritablement régaliens: diplomatie, défense, droit social,
sécurité, citoyenneté,...
Sous les coups de la spéculation, la livre britannique et la lire italienne sont
obligées de sortir du SME. La peseta espagnole et le franc français sont violemment
secoués.
L'année 1993 débute le 1er janvier avec la mise en oeuvre du Grand Marché unique dont
le président de la Commission européenne, Jacques Delors, annonçait monts et
merveilles. Elle se concluera par la première récession économique depuis la fin de la
deuxième guerre mondiale!
Peu importe. Le processus est lancé. Le 26 octobre 1995, dans un discours
télévisé célèbre, le nouveau président français, Jacques Chirac, se convertit
résolument aux exigences de rigueur imposées par l'unification monétaire.
Au bout du compte, le 1er janvier 1999, un groupe de onze pays («L'Euroland»:
Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg,
Pays-Bas, Portugal) voient leurs monnaies fixées à l'euro par une parité fixe. La
Grèce, au prix d'un gros effort de rigueur, rejoint peu après ce groupe.
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