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C'est autour de la mer Égée, dans les cités grecques, qu'est née vers 650
avant JC l'idée de frapper des pièces en métal précieux pour faciliter les échanges
commerciaux.
C'est le développement du commerce qui a suscité leur besoin. «Il fallait bien
qu'Athènes elle-même exporte notamment ses céramiques décorées pour payer le blé
qu'elle importait en grande quantité pour se nourrir. Au IVe siècle, ces importations
représentaient régulièrement la moitié du grain consommé dans la cité» (1).
Les premières pièces étaient frappées à l'effigie des cités (par exemple la chouette
pour Athènes) afin de rassurer les utilisateurs sur leur valeur.
En 269 avant JC, les Romains installent leur atelier de frappe des
sesterces dans le temple de la déesse Junon, protectrice du foyer et pour cette raison
surnommée «Moneta» (du latin monere, conseiller). De là découle
l'appellation donnée aux pièces, dont nous avons fait monnaie (money
en anglais, moneda en castillan,...).
Auguste réorganise le système monétaire romain sur le
principe du trimétallisme. L'aureus pèse environ 8g d'or; sa parité avec le
denier d'argent est fixée à 1/25. Le denier lui-même équivaut à 4 sesterces
de bronze.
Mais la raréfaction progressive de l'argent entraîne une rupture des parités et une
perte de confiance dans la valeur respective des pièces.
Au début du IIIe siècle après JC, l'empereur Constantin
impose le monométallisme avec une pièce en or, le solidus (massif, en latin),
d'où nous viennent les mots sou mais aussi solde et soldat.
Les premiers solidus sont frappés à Trèves en Rhénanie en 310. Leur
circulation va perdurer en Europe pendant un demi-millénaire!...
Après les troubles du haut Moyen Âge, Charlemagne, faute d'approvisionnement suffisant
en or, doit se résigner à mettre en circulation une nouvelle monnaie de référence, le
denier d'argent (de 1,36g à 1,80g d'argent).
Le nouveau monométallisme entre si bien dans les mœurs qu'on utilise aujourd'hui
encore le nom du métal en question, l'argent, comme synonyme de monnaie
ou numéraire.
Dans la grande période d'expansion économique du Moyen Âge réapparaissent aussi les
pièces d'or.
La première est le florin de Florence en 1252. Vient ensuite le ducat de Venise.
Saint Louis, pour faire bonne mesure, crée le tournois d'argent et l'écu, d'une valeur
de 10 sous tournois.
La première monnaie internationale des temps modernes nous vient de Vienne. En 1750, pour
renouer avec le succès du Reichsthaler de l'empereur Ferdinand 1er (1559),
l'impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg fait frapper
un thaler en or à son effigie (Marie-Thérèse, impératrice romaine, reine
de Hongrie et de Bohème, archiduchesse d’Autriche, duchesse de Bourgogne, comtesse
du Tyrol). L’or vient des Monts Métallifères de Bohème.
Le Maria Theresien Thaler (MTT) va très vite devenir une monnaie internationale
très prisée dans les colonies espagnoles et anglaises d’Amérique, et jusqu’en
Afrique orientale. Après la mort de la souveraine, en 1780, elle continuera d’être
frappée avec la date de 1780. En 1935, Mussolini réclamera à Vienne le monopole de la
frappe jusqu’en 1960!
Le mot dollar est lui-même une déformation du mot thaler, la monnaie
de Marie-Thérèse ayant été la première utilisée par les planteurs d’Amérique
du nord.
L'actuel dollar américain en est l'actuel et véritable continuateur. On peut se demander
si l'euro acquerra un jour autant de prestige?

(1) Philippe
Simonnot, Vingt et un siècles
d'économie, Les Belles Lettres, 2002, page 22 [retour]
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