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«Midas, le roi Midas, a des oreilles d'âne !»
(traduction française)
Ainsi murmuraient les roseaux sous l'effet du vent, du côté de Gordium, selon la
chronique grecque. Le roi Midas né vers 715 avait succédé à Gordias sur le trône de
Phrygie. Il était fabuleusement riche en raison des mines d'or de son pays et étendit
ses conquêtes en Anatolie orientale avec l'appui des cités grecques. Les Cimmériens
eurent finalement raison de son royaume (vers 676).
Ayant reçu de Dionysos le pouvoir de changer tout ce qu'il touchait en or, il allait
mourir de faim lorsque son protecteur l'autorisa à se débarasser de ce don dans la
rivière Pactole qui roula désormais de l'or. Une autre fois, le roi imprudent déclara
préférer le morceau de flûte joué par Pan à celui d'Apollon. Le dieu jaloux l'affubla
dès lors d'oreilles d'âne que le roi cachait sous un bonnet. Seul son barbier l'apprit
qui crut se débarasser de son secret en le confiant à l'eau d'un puits. Par malheur,
l'eau tirée du puits renseigna les roseaux qui trahissaient eux-mêmes sous la caresse du
vent (Gabriel Vital-Durand).
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| Lao-Tseu |
(VIe siècle avant JC) |
«O grand carré qui n’a pas d’angles,
«Grand vase jamais achevé,
«Grande voix qui ne forme pas de paroles,
«Grande apparence sans formes!» (traduction française)
Ce quatrain attribué à Lao-Tseu définit le taoïsme philosophique,
du mot Tao qui signifie voie en mandarin (chinois du nord). Cette doctrine se
fonde sur un ouvrage réputé, le «Livre de la voie et de la vertu». Elle est
largement diffusée dans l'aire de civilisation chinoise.
Lao-Tseu (ou Grand Maître), dont l'existence demeure incertaine, aurait été
contemporain de Bouddha et Confucius.
| Tarpeia |
(vers 550 avant JC) |
«Arx tarpeia Capitoli proxima» (en latin)
«La Roche tarpéienne est proche du Capitole» (traduction française)
Selon la tradition, Tarpeia était vestale (prêtresse de Vesta vouée à la chasteté) à
Rome vers 550 avant JC. Son père était chef de la garde du Capitole. La jeune fille fut
séduite par le roi des Sabins nommé Tatius et lui livra la ville. En guise de
châtiment, elle aurait été enterrée à l'extrémité sud-ouest du Capitole, appelée
depuis Roche tarpéienne.
L'expression ci-dessus rappelle que de là l'on précipitait les condamnés coupables de
trahison, tandis que l'on honorait les magistrats au palais du Capitole. Elle est souvent
employée pour signifier qu'après les honneurs peut venir la chute ou le châtiment (G
V-D).
«Passant, va dire à Sparte que ses
fils sont morts pour obéir à ses lois» (traduction française)
Cette inscription commémorative du poète Simonide de Céos (-556;-467)
figure à l'entrée du défilé des Thermopyles qui commande l'accès
de l'Attique, le long de la mer Egée.
Elle rappelle le sacrifice de 300 Spartiates commandés par Léonidas
ainsi que de 700 soldats des cités de Thèbes et de Thespies, qui
moururent à cet endroit pour retenir l'armée perse du Grand Roi
Xerxès et laisser aux Grecs le temps d'organiser leur défense.
On dit que deux Spartiates survécurent à la bataille. Le premier
se suicida de honte! Le second mourut l'année suivante à la bataille
de Platées.
En définitive, malgré la prise d'Athènes, les Grecs triomphèrent
à Salamine et à Platées et les Perses reconnurent
leur indépendance (G V-D).
| Xénophon |
(430 à 355 avant JC) |
«Il avait raison celui qui a dit que l'agriculture est
la mère et la nourrice des autres arts»(traduction française)
Xénophon, élève de Socrate, est surtout connu pour avoir écrit le
récit de «L'Anabase», épopée gréco-perse. La citation,
ci-dessus, tirée de «L'Economique», est à l'origine d'un
courant de pensée ruraliste, méfiant à l'égard de l'industrie et
encore très vivace.
| Denys l'Ancien |
(431 à 367 avant JC) |
«Oderint, ut metuant!» (en latin)
«Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent!» (traduction française)
Cette formule attribuée au tyran de Syracuse Denys l'Ancien a été tellement galvaudée
qu'il est hasardeux d'en certifier l'origine. Cicéron la mentionne dans De Officis
LXXVIII.
Les Grecs avaient colonisé la Sicile depuis le début du premier millénaire. Syracuse
aurait été fondée par les Corinthiens vers 734 avant JC. La ville fit preuve
d'une prodigieuse vitalité qui l'amena à fonder des colonies à son tour. Gélon lui
donna l'ascendant sur les Carthaginois par sa victoire
d'Himère en 480 avant JC.
Alliée de Sparte pendant la guerre du Péloponnèse, Syracuse fut agressée par Athènes
en 413 mais l'expédition tourna au désastre pour les assaillants.
Affaiblis, les démocrates abandonnèrent la réalité du pouvoir à un «tyran»,
Denys l'Ancien. Celui-ci rétablit la grandeur de la cité, assura son hégémonie
sur la Sicile et la Calabre (la Grande Grèce) et promut les constructions et les
arts.
Comme l'un de ses serviteurs, Damoclès, n'en finissait pas de chanter ses louanges,
Denys le fit habiller de façon royale et l'invita à un somptueux festin. Là-dessus, il
lui demanda de lever les yeux et Damoclès vit avec effroi une lourde épée suspendue
au-dessus de sa tête par un crin de cheval. Il mesura la fragilité du bonheur et de la
gloire. C'est du moins ce que rapporte Cicéron.
Pendant la deuxième guerre punique, Syracuse prit le parti de Carthage
contre Rome. Remarquablement fortifiée, elle soutint un siège
de trois ans au terme duquel elle perdit son indépendance. (G V-D).
| Philippe II de Macédoine |
(382 à 336 avant JC) |
«Aucune ville ne résiste à un mulet chargé d'or»
(traduction française)
Ces mots sont de Philippe II,
roi de Macédoine et père d'Alexandre le Grand. Monté sur le trône
en 360, il a soumis les cités grecques situées au sud de son petit
royaume en utilisant ses redoutables phalanges de fantassins et,
plus volontiers encore, la ruse, la trahison et la corruption.
| Alexandre le Grand |
(356 à 323 avant JC) |
- J'accepterais si j'étais Alexandre
- Moi aussi,... si j'étais Parménion
Après sa victoire à Issos sur le
roi des Perses, Alexandre, fils de Philippe II de Macédoine, reçoit
de son ennemi des propositions de paix. Son vieux général Parménion
lui fait valoir l'avantage de la paix mais le succès donne des ailes
au conquérant. Alexandre ne veut plus rien d'autre que l'élimination
du puissant empire perse. Il commence à prendre la mesure de son
prodigieux destin. D'où cet étonnant dialogue entre le général et
le Conquérant.
| Sun Tzu |
(Ve siècle avant JC) |
«La vitesse est l'âme de la guerre» (traduction
française)
Sun Tzu, officier chinois contemporain de Xénophon, a participé aux épopées
guerrières qui caractérisèrent la période féodale connue sous le nom de Royaumes
combattants («Zhanguo», de 453 à 221 avant JC).
Son traité de stratégie intitulé «L'art de la guerre» met en avant pour la
première fois les impératifs de logistique et de poursuite de l'efficacité aux dépens
de l'idéal de chevalerie qui inspirait les guerriers jusque-là. L'ouvrage rassemble des
éléments de philosophie, de stratégie, de tactique et même d'espionage. Il met en
relief le rôle du hasard, l'importance de la ruse et de la surprise, les relations
étroites entre la politique et la guerre et aussi le coût exorbitant des opérations
militaires. Le caractère illusoire des solutions extrêmes ou précipitées aussi bien
que l'ambiguité des circonstances de la victoire sont des thèmes récurrents de
l'auteur. On s'accorde à penser que des contributions philosophiques sont venues
s'intégrer à cette somme par la suite.
Le traité a exercé une influence durable sur les stratèges chinois,
coréens, japonais et vietnamiens jusqu'à nos jours. Mao
Zédong en a fait son profit et le monde des affaires en tire
des leçons toujours actuelles. La plus belle des victoires, selon
Sun Tzu, est celle que l'on obtient avant avant même d'avoir dû
combattre.
| Diogène le Cynique |
(410 à 323 avant JC) |
«Je cherche un homme!» (traduction française)
Réponse de Diogène le Cynique à un passant qui s'étonnait de le voir parcourir les
rues d'Athènes une lanterne à la main en plein jour.
Le philosophe élève d'Antisthène professait le mépris des richesses et des
conventions, la vie conforme à la nature, et cultivait la provocation. Platon le
qualifiait de «Socrate en délire». Alexandre le Grand désira rencontrer ce
grand esprit et le voyant à demi-nu dans un tonneau qui lui servait d'abri, lui offrit le
cadeau de son choix. Diogène répondit sans sourciller «Otes-toi de mon soleil!».
A quoi le conquérant aurait répondu: «Si je n'étais Alexandre, j'aurais voulu
être Diogène».
Voyant un jour un enfant boire à une fontaine dans le creux de sa
main, il s'écria: «Cet enfant m'apprend que je conserve encore
le superflu» et il brisa son écuelle. Assistant à une leçon
de Zénon d'Élée pour qui le mouvement n'existait pas, Diogène se
leva et pour toute réponse se mit à marcher. Ce grand misanthrope
se qualifiait pourtant il y a plus de 2000 ans de «citoyen du
monde» (G V-D).
| Pyrrhus |
(319 à 272 avant JC) |
«Encore une victoire comme celle-ci et je suis perdu!»
(traduction française)
Réflexion amère du roi Pyrrhus après la bataille d'Héraclée en Lucanie (Italie), en
280 avant JC, d'où nous vient l'expression de «victoire à la Pyrrhus» pour
désigner un vain succès.
Pyrrhus (de Pyrrhos, le Roux) naquit en Illyrie du roi d'Epire Eacidas, lui-même
détrôné par Cassandre, fils d'Antipatros, un des généraux d'Alexandre le Grand. Ces
derniers se déchiraient comme à la bataille d'Ipsos (301) où le parti de Pyrrhus fut
vaincu par les alliés Séleucos, Ptolémée, Cassandre et Lysimaque.
Le jeune prince fut déporté en Egypte où il s'attira les bonnes grâces du pharaon
Ptolémée Ier Sôter qui lui accorda la main de sa fille et l'appui nécessaire pour
reconquérir son royaume d'Epire (297). En 281, les Tarentais réclamèrent son appui
contre Rome. Il s'embarqua avec 25.000 hommes et 20 éléphants et remporta les batailles
d'Héraclée (280) et d'Ausculum (279), mais au prix de lourdes pertes.
Passant en Sicile, il triompha des Carthaginois mais suscita les
intrigues de Grecs et quitta finalement la péninsule pour retourner
en Grèce (274). Il reconquit encore l'Epire et la Macédoine, et
rétablit Cléonymos sur le trône de Sparte. La mort l'attendait dans
les rues d'Argos, où il fut tué par une tuile lancée d'un toit par
une vieille femme. (G V-D).
| Archimède |
(287 à 212 avant JC) |
«Donnez-moi un point d'appui... et je soulèverai le
monde» (traduction française)
Archimède, illustre ingénieur de l'Antiquité, est né à Syracuse,
l'une des principales villes grecques de Sicile. Il se forme auprès d'Euclide, au Musée
d'Alexandrie, et entrtiendra toute sa vie des
relations épistolaires avec plusieurs savants de l'école d'Alexandrie, dont
Eratosthène, le premier savant qui ait réussi à mesurer la circonférence de la Terre.
De retour dans sa ville natale, Archimède entre au service du tyran élu, Hiéron II, son
ami, voire son parent. C'est à Syracuse qu'il réalisera l'essentiel de ses découvertes
- souvent fondamentales -. On lui attribue des progrès décisifs en arithmétique,
géométrie (lemme), astronomie, optique, mécanique, hydraulique... C'est ainsi
que la «vis d'Archimède» est encore employée comme pompe dans tout le sud méditerranéen. Son
utilisation judicieuse du principe du levier est mise en valeur par l'aphorisme ci-dessus.

«Eurèka,
Eurèka!» (en grec)
«J'ai trouvé, j'ai trouvé!» (traduction française)
Le tyran Hiéron aurait demandé à Archimède de vérifier si une couronne d'or ne
contenait pas aussi du cuivre. C'est en prenant son bain que le savant aurait eu la clé
de l'énigme en découvrant la loi de déplacement des corps plongés dans un liquide et
en en déduisant la possibilité de calculer la densité d'un corps (or, cuivre,
alliage,...) d'après son poids apparent dans l'eau.
Selon la légende, tout heureux de sa découverte - et distrait comme tout savant qui se
respecte -, il aurait alors sauté hors de sa baignoire et couru dans la rue, nu comme un
ver, en criant: «Eurèka, Eurèka!».
En 209, la flotte romaine avait mis le blocus devant la ville sous le commandement du
consul Claudius Marcellus. Le vieil Archimède
contribue de façon spectaculaire à la défense de la cité en concevant des machines de
bombardement, et des jeux de miroirs capables de concentrer la lumière du soleil sur les
voiles ennemies et de les enflammer... Ses inventions permettent à la ville de résister
trois ans. Avant l'assaut final, Marcellus donne l'ordre exprès d'épargner le vieux
savant (75 ans). Il a l'espoir de mettre son génie au service de la lutte contre le
carthaginois Hannibal, mais un légionnaire borné n'en a cure et tue ce dernier d'un coup
d'épée (G V-D).
| Caton l'Ancien |
(234 à 149 avant JC) |
«Delenda est Carthago» (en latin)
«Il faut détruire Carthage» (traduction française)
Conclusion immuable des interventions de Caton l'Ancien au Sénat, sur quelque sujet que
ce soit (selon Florus - Hist. rom. II,15). S'emploie aujourd'hui pour évoquer une idée
fixe.
Marcus Porcius Cato, dit Caton l'Ancien ou le Censeur, participa à la deuxième Guerre punique contre Carthage et se lança dans le cursus
honorum (questeur, édile, préteur, consul, censeur) non sans accumuler au passage
une jolie fortune.
Son attitude réactionnaire vis-à-vis des idées nouvelles et des habitudes venues de
Grèce était légendaire. Elle l'opposa à la famille Scipion en pleine ascension et dont
le raffinement oriental lui paraissait décadent. Caton s'attira aussi par ses lois
somptuaires l'hostilité du parti des femmes qui exerçait à ses yeux une influence
pernicieuse sur les affaires publiques.
Inquiet enfin de la renaissance de Carthage, il convainquit le Sénat d'en finir avec la
ville punique mais ne vit pas le couronnement de ses efforts. Il se serait mis à
apprendre le grec sur ses vieux jours (G V-D).
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