Le Château Castel-Blanc (Safitha)

Chevalier Templier
Jean
de Brienne, alors roi, voulut construire un château sur les marches de
son royaume. L'entreprise fut décidée, tandis que le Maître du Temple
et le Conseil de l'Ordre acceptaient de fortifier le promontoire d'Athlit,
le futur Château-Pèlerin, l'une des forteresses les plus imposantes de
l'Ordre du Temple.
La deuxième grande forteresse templière en Palestine est Tortose,
acquise en 1169. Immenses et protégés par deux enceintes, les bâtiments
abritaient les mêmes charges que la maison centrale de Jérusalem :
magasins importants situés à l'opposé des bâtiments conventuels,
chapelle rectangulaire, etc. Ayant le même type de défense que Château-Pèlerin,
Tortose s'ouvrait sur la mer par un immense donjon dont il ne reste,
actuellement, que les ruines des fondations. Deux autres constructions du
Temple sont à signaler. Elles présentent les mêmes caractéristiques de
défense.
Chastel-Blanc, perdu dans les montagnes, et situé entre Tortose et Tripoli. Là encore, deux enceintes protègent les bâtiments, parmi lesquels le donjon-chapelle, permettant de soutenir un siège. Au sommet, une plate-forme crénelée, d'où l'on découvre le pays alentour, permettait à la garnison d'échanger des signaux avec le Crac des Chevaliers et Areymeh, plus connu sous le nom de Château-Rouge.
Le donjon-chapelle
Non loin de leur grande citadelle de Tortose, les Templiers reçurent la garde du Chastel Blanc (Safitha) et, plus au Sud, celle d'Arima (Areimé). Le Chastel Blanc est situé entre Tortose et le Crac des Chevaliers à 15 km à vol d'oiseau de ce dernier. On peut s'étonner qu'on ait jugé nécessaire de construire si près du Crac une autre forteresse, mais celle-ci était sans doute destinée à protéger le comté contre ses redoutables voisins du Nord, enfermés dans le massif du Djebel Ansarieh, les Assassins, dont l'un des châteaux Khaa abi n'était distant que d'une vingtaine de kilomètres. Le Chastel Blanc couronne une éminence qui s'élève à 380 mètres au-dessus de la plaine. Le donjon occupe le point culminant. Deux enceintes s'étagent sur les pentes de la colline; la première constitue un ovale presque régulier. Elle s'étend sur 175 m de long et, dans sa plus grande largeur, sur une centaine de mètres. Une photographie aérienne montre que la petite ville actuelle de Safitha s'est bâtie sur le plan de l'ancienne forteresse. Le donjon qui paraît dater de la fin du XIIe siècle est assurément l'œuvre des Templiers, car seul un Ordre à la fois religieux et militaire pouvait le concevoir. En effet c'est une église fortifiée. Détail émouvant alors que tant d'églises construites par les croisés sont devenues des mosquées ou ont été laissées à l'abandon, celle-ci est encore consacrée au culte chrétien, car la majorité de la population de Safitha, de plus de 3000 habitants, pratique le rite grec orthodoxe. Ce donjon est un magnifique ouvrage rectangulaire de 31 mètres de long sur 18 de large, haut de 28 m, composé de deux étages et surmonté d'une terrasse crénelée. La salle basse servait de chapelle aux Templiers. La nef voûtée en berceau brisé comporte trois travées séparées par des doubleaux. Un cordon mouluré passant sous la fenêtre occidentale fait tout le tour de l'édifice. Les murs latéraux sont percés d'archères; le cul-de-four de l'abside est ménagé dans un chevet plat que traverse une profonde archère. A droite et à gauche s'ouvrent deux sacristies carrées munies d'archères; ces sacristies sont emboîtées dans le chevet plat.
Intérieur du donjon chapelle
La salle haute, à laquelle on accède par un escalier ménagé dans la muraille. Elle est divisée en deux nefs par une file de trois piliers et défendue par dix archères dont le bas est en étrier pour un tir plongeant. Dans l'angle Sud-Ouest un escalier apparent conduit à la terrasse. Celle-ci avait gardé jusqu'à nos jours son crénelage. Un tremblement de terre, en 1925, en a détruit une partie. Il n'y a pas, comme dans d'autres châteaux des croisés, deux étages de défenses à la terrasse; ici les créneaux alternent avec les archères qui sont percées dans le bas des merlons. De cette terrasse on aperçoit le Crac des Chevaliers, Arima, d'autres tours. La nuit on pouvait communiquer avec ces forts par des signaux à feu. Maintes fois des expéditions contre les musulmans partirent en même temps du Crac et du Chastel Blanc. Maintes fois ces deux châteaux furent: attaqués au cours d'une même campagne. Beibars s'empara du Chastel Blanc en février 1271, juste avant d'entreprendre le siège du Crac. Aucun texte ne dit à quelle date cette forteresse fut confiée à la garde des Templiers, mais on peut la fixer avec vraisemblance car on sait que les forteresses de Chastel Blanc et d'Arima furent fort éprouvées coup sur coup en 1170 et 117I. En 1170 un violent tremblement de terre ébranla leurs murailles et l'année suivante, au cours d'une campagne Saladin s'en empara momentanément et y fit des dommages. Il fallait relever ces ruines. On peut penser que le roi Amaury qui, à la suite du séisme de 1170, avait donné à l'Hôpital pour les réparer les châteaux d'Akkar et d'Archas, agit de même avec le Temple pour Chastel Blanc et Arima. Les caractères de l'architecture de l'église-donjon de Chastel Blanc indiquent bien un monument de la fin du XIIe siècle. Dans les textes il est toujours question en même temps de Chastel Blanc et d'Arima. Le petit château d'Arima est situé sur un éperon entre deux cours d'eau, affluents du Nahr Abrash. En 1149 il appartenait à un, seigneur toulousain, Bertrand fils du comte Alphonse-Jourdain et petit fils de Raymond de Saint-Gilles. Bertrand fut enlevé par surprise à Arima et emmené en captivité ainsi que sa sueur. L'émir Nour ed Din aurait fait de celle-ci sa femme et elle en aurait eu un fils.

Chevalier Templier

