glossaire de la Réforme

Les dragonnades


Ces pratiques guerrières pour forcer à la conversion des milliers de Protestants furent d'abord inaugurée par Richelieu en 1636 pour forcer les récalcitrants à payer leurs impôts, après une sédition survenue à Rennes. Louvois en reprit le principe en 1681. Elles se généralisèrent à l'égard des réformés à partir de 1685 où l'ensemble des intendants reçoit mission des pratiquer les dragonnades. Ce témoignage d'un bourgeois de Montauban évoque avec fidélité ce que purent être ces moments cruels et pénibles.

Samuel de Péchels de Montauban témoigne

"Le 20 août 1685 les troupes entrèrent dans Montauban et furent logées par groupe chez les habitants protestants. La volonté de faire le mal était si grande que tous, officiers et soldats, par la permission expresse des autorités, rivalisèrent de violences et de désordres. Tous les habitants de la religion, sans distinction d'âge, ni de sexe, eurent tellement des menaces, des coups et du pillage de leurs biens, que la ville fut aussi maltraitée que si elle eût été une ville rebelle prise d'assaut. Ma maison fut remplie de soldats et de chevaux d'officiers. Ces hommes s'emparèrent de toutes les chambres avec si peu de réserve que je ne pus même pas en garder une seule pour ma famille. Il me fut également impossible de faire entendre à ces misérables que je leur offrais sans résistance tout ce que je possédais. Ils enfoncèrent toutes les portes, brisèrent les coffres et les armoires, préférant saccager mon bien de cette façon brutale que d'accepter les clés que ma femme et moi leur tendions. Ils convertirent en écurie mes granges pleines de blé et de farine qu'ils firent fouler aux pieds de leurs chevaux avec beaucoup de barbarie ; ils en firent autant du pain destiné à la nourriture de mes petits enfants, sans qu'il nous fut possible d'arrêter leur fureur. Je fus mis à la porte avec ma femme qui était sur le point d'accoucher et quatre petits enfants, et nous n'eûmes le droit de rien emporter sauf le berceau et quelques langes pour l'enfant qui allait naître."




Cité dans "Les Malheurs des Temps, histoire des fléaux et des calamités en France" sous la direction de Jean Delumeau et Yves Lequin Larouse 1987.