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LIENS VERS
D'AUTRES RÉSUMES DE CONCILE :
I) Concile
de
Nicée
II) Concile
de
Constantinople
III) Concile
IV) Concile
de
Constantinople II
V) Concile
de
Constantinople III
VI) Concile
de
Nicée II
VII) Concile
de
Constance
VIII) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence
IX) Concile
de
Latran V
X) Concile
de
Trente
XI) Concile
de
Vatican I
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I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :
1) Introduction :
Ce concile peut à juste titre être
considéré comme la suite des 2 conciles précédents. En quelque sorte, le
concile de Chalcédoine est "l'enfant" des conciles de Constantinople
et d'Éphèse. Et ce pour deux raisons :
·
tout d'abord, le concile de Chalcédoine est le prolongement, comme
nous le verrons, du concile d'Éphèse. Il est en effet l'autre grand concile
à s'être attaqué à la double nature du Christ (nature divine et nature
humaine).
·
ensuite, ce concile a précisé la pensée et la logique du concile de
Constantinople par rapport aux prétentions de Constantinople à devenir
l'égal de Rome.
En fait, Chalcédoine est avant
tout un concile de clarification des 2 points qui viennent d'être
mentionnés, mais, attention, ce serait une grave erreur de penser pour
autant que ce concile ne revêt pas la même importance que d'autres
conciles, précisément parce qu'il clarifie plus qu'il n'innove. Comme nous
allons le constater, son rôle a été fondamental dans le développement de la
pensée chrétienne.
2)
Les raisons du concile
A) Le monophysisme : une définition
Cette hérésie, prévisible au
demeurant, est très certainement l'élément qui justifia la convocation de
ce concile et lui donna par la même occasion sa caractéristique principale
de clarification, comme il a été dit plus haut.
Mais quand est-il au juste ?
La nature humaine
absorbée par la nature divine, à la manière d'un océan absorbant une
goutte d'eau
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D'une certaine manière, le
monophysisme tire son origine du nestorianisme,
hérésie condamnée au concile d'Éphèse. En effet, le nestorianisme avait
suscité et suscitait encore bien des réactions hostiles, à un point tel que
ses adversaires les plus virulents tombèrent dans l'hérésie inverse !
Soucieux de concilier la nature divine et la nature humaine du Christ, ils
en vinrent à soutenir qu'il y avait en Jésus Christ une nature (physis)
unique (monos) : le monophysisme était né...Il suffit d'une formule
poétique pour embraser les esprits : des monophysites commencèrent à
prétendre que la nature divine du Christ avait absorbé sa nature humaine comme
une goutte de miel se dilue dans la mer.
La crise monophysite fut donc
bien un contrecoup de la crise nestorienne ; réagissant en sens opposé à la
théorie de Nestorius
qui voyait deux natures complètement distinctes et séparées dans le Christ,
le monophysisme, par son propagateur le plus zélé Eutychès,
soutint que les deux natures du Christ étaient au contraire si unies que sa
nature humaine s'était fondue dans sa nature divine, d'où la formule
poétique du miel qui se dilue dans la mer. En fait, cette nouvelle hérésie
pouvait aussi être vue comme une exagération de la tendance théologique qui
s'était toujours manifestée à l'Ecole d'Alexandrie, tout comme d'ailleurs
le Nestorianisme avait été une déformation extrémiste de la pensée
théologique de l'Ecole d'Antioche.
Enfin, on pourrait dire que par
sa négation, de fait, de l'humanité de Jésus Christ, le monophysisme est
non seulement l'hérésie opposée du nestorianisme, mais aussi de l'arianisme,
qui, elle, niait la divinité de Jésus.
B) Les événements historiques : les turbulences pré-conciliaires
Sous l'impulsion d'Eutychès,
l'hérésie gagne du terrain, d'autant que Dioscore,
évêque d'Alexandrie (cf. Ecole d'Alexandrie) s'est engagé sans réserve aux
côtés d'Eutychès. Fort de ce soutien, ce dernier n'hésite pas à se montrer
intransigeant face à toute tentative de conciliation de l'évêque de
Constantinople, Flavien,
qui se voit donc contraint de l'excommunier en 448 lors d'un synode de l'église de
Constantinople. Malgré cette condamnation de 448, Eutychès ne désarme pas,
bien au contraire, il entretient une agitation constante et fait appel à
l'empereur d'Orient, Théodose
II, et au pape Léon 1er.
Cette initiative obtient même le soutien de Dioscore, qui va jusqu'à demander
à l'empereur la convocation d'un concile. Théodose II, qui
était favorable à Eutychès, n'hésitera pas longtemps pour agréer cette
demande. Dans ces conditions, il était évident que le but de ce concile
serait d'entériner la doctrine monophysite.
Le brigandage
d'Éphèse
La convocation de ce concile fut
fixée à l'année 449, il se tiendrait à Éphèse. C'est précisément à ce
moment que se situe un événement important, soulignant le rôle de l'évêque
de Rome : le pape alerté par l'évêque de Constantinople Flavien, ne se
contenta pas de désigner comme à l'ordinaire des légats chargés de le
représenter au concile ; il prit position sur le fond de l'affaire dans une
lettre restée célèbre sous le nom de Tome à Flavien. Il y réfutait
Eutychès par cette formule clé : L'union ne supprime nullement la
différence des natures; au contraire, celles-ci restent sauves et se
rencontrent en une seule personne, ou hypostase.
Ce second concile d'Ephèse fut
conduit par Dioscore, avec l'appui de l'empereur Théodose II, dans des
conditions telles qu'il est encore désigné par l'expression 'brigandage
d'Éphèse' pour le différencier notamment du concile oecuménique d'Ephèse de
431, qui lui est reconnu par l'Eglise. C'est à au pape Léon 1er que l'on
doit l'utilisation de cette expression lorsqu'il écrivit à l'impératrice Pulchérie.
Brigandage en effet quand on sait
que l'opposition au monophysisme ne put s'y faire entendre. Le vieux
Flavien fut molesté, et déposé, les légats pontificaux furent empêchés de
lire la lettre de Léon 1er (cf.Tome à Flavien). Finalement,
l'objectif de ce pseudo concile fut atteint puisque Eutychès se retrouva
réhabilité et son rival Flavien déposé de son siège d'évêque de
Constantinople.
3) Le déroulement du concile :
A la mort de l'empereur Théodose
II, qui avait rejeté toutes les protestations et en particulier celles du
pape Léon 1er, le contexte redevint nettement plus favorable au
rétablissement de l'orthodoxie. C'est ainsi que le pape obtint du nouvel
empereur Marcien la
convocation d'un nouveau concile, régulier cette fois-ci ; ce concile se
tiendrait en l'église Sainte-Euphémie à Chalcédoine
en Asie Mineure
en 451, cela devait être le 4ème concile oecuménique.
Le concile fut présidé tantôt par les légats pontificaux, tantôt par les
commissaires impériaux, tantôt par Marcien lui-même. 350 évêques environ y
participèrent, dont 5 occidentaux (les légats pontificaux).
II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU
CONCILE
Le monophysisme
Le concile condamne sans
ambiguïté le monophysisme. Dioscore d'Alexandrie est déposé, Eutychès et
Nestorius sont à nouveau condamnés. Le concile adopte la définition
formulée par le pape dans le 'Tome à Flavien', cette définition
devient même la référence doctrinale :
un seul et même Christ, Fils,
Seigneur, Monogame (ou Monogène), sans confusion, sans
mutation, sans division, sans séparation, la différence des natures n'étant
nullement supprimée par l'union, mais plutôt les propriétés de chacune
étant sauvegardées et réunies en une seule personne et une seule hypostase.
Il y a donc bien deux natures
dans le Christ et leur union n'a pas supprimé leur différence. Personne
unique, le Christ est doué d'une double nature, humaine et divine. Il est
par là affirmé que le Christ est complet quant à la divinité et
complet quant à l'humanité, donc consubstantiel (= de même nature)
au Père aux hommes.
Ainsi se trouvait complété et développé, par rapport à la personne du
Christ, le symbole (ou credo) de Nicée-Constantinople.
affirmation du rôle du pape
comme garant de la foi
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Enfin, il est utile, ici encore,
d'insister sur l'importance qu'a revêtu l'intervention papale. Cette
intervention fut doublement importante : sur le fond, d'abord, par sa
contribution décisive à la formulation du contenu de la foi catholique
concernant la personne du Christ ; sur le principe ensuite, en ce qu'elle
manifesta avec éclat le rôle de l'évêque de Rome en tant que garant de
l'unité et de la fidélité de la foi de l'Eglise. Or les papes, jusqu'à ce
concile, n'avaient pas joué de rôle majeur dans les grands conciles
oecuméniques, tous convoqués par l'empereur (Nicée 325,
Constantinople 381, Ephèse 431 et le pseudo concile d'Ephèse de 449)
Le 28ème canon
§ Paradoxalement, après avoir
accordé tant de poids à l'intervention du pape, ce même concile de
Chalcédoine, mais cette fois-ci sans l'accord des légats du pape, accorde
au siège épiscopal de Constantinople, par son 28ème canon, une situation
équivalente à celle du siège épiscopal de Rome. La raison invoquée est que
Constantinople devait être considérée comme la 'Nouvelle Rome', de par son
statut de capitale impériale. Ce canon en réalité place sur un pied
d'égalité Rome et Constantinople, ce faisant il complète et explicite
finalement ce que le
concile de Constantinople de 381 avait déjà suggéré plus ou
moins ouvertement dans son 3ème canon. De plus, le patriarcat d'Antioche se
vit amputé d'une partie de ses diocèses, attribués à Constantinople et à un
nouveau patriarcat érigé à Jérusalem ; le patriarcat d'Alexandrie était enfin
humilié par la déposition de Dioscore, déposition qui dans les faits
privait Alexandrie de son prestige de championne de l'orthodoxie.
Ces dispositions, il faut bien le dire, visaient, en fin de compte, à
accroître le pouvoir de Constantinople au détriment de ses rivales.
Inutile de dire que Léon 1er refusa d'approuver ce 28ème canon. Il
entendait par là défendre les droits des patriarcats d'Alexandrie et
d'Antioche, frustrés de leur ancienne dignité, en même temps qu'il
préservait les droits de Rome.
Quelles sont donc les raisons profondes de cette décision ?
L'explication réside dans le texte du 28ème canon lui-même, écoutons plutôt
:
§ Les Pères, en effet, ont accordé
justement au siège de l'ancienne Rome ses privilèges, parce que cette ville
est la ville impériale. Pour le même motif, les cent-cinquante très pieux
évêques ont accordé des privilèges égaux au très saint siège de la nouvelle
Rome, jugeant avec raison que la ville qui est honorée de la
présence de l'empereur et du sénat, et qui jouit, des mêmes privilèges que
l'ancienne ville impériale, Rome, est grande aussi comme elle dans les
affaires ecclésiastiques, étant la seconde après elle.
§ Il est évident, à la lecture du
texte ci-dessus (voir notamment les expressions en gras), que le canon de
Chalcédoine liait les privilèges de Rome ou de Constantinople à la
prééminence politique de ces deux cités impériales. La raison première de
ce canon est par conséquent éminemment politique. Constantinople tirait en
effet sa fierté d'être non seulement une ville chrétienne, mais une ville
qui ne concevait pas l'Eglise sans l'Empire.
L'élévation progressive de Constantinople résulte donc de l'union étroite
de l'Empire et de l'Eglise, du rôle politique éminent de la ville choisie
par Constantin comme capitale et de la survie de l'Empire romain d'Orient
(= l'Empire Byzantin), alors que l'Occident s'effondrait sous les coups des
Barbares. De plus, l'autorité particulière de Constantinople peut
s'expliquer par le fait que les conciles reconnus comme oecuméniques pendant
le premier millénaire se sont tous tenus sur le territoire oriental de
l'Empire, à Constantinople même ou dans son voisinage immédiat : Nicée,
Éphèse, Chalcédoine. Cela signifie qu'une part importante de l'épiscopat
oriental siégeait à ces conciles et que ses décisions ont été acceptées par
l'Église universelle ou bien approuvées par les papes, sinon en totalité,
au moins pour l'essentiel de leurs canons disciplinaires, et surtout en ce
qui concerne les définitions doctrinales. Il n'est pas étonnant qu'au vu de
ces circonstances politiques et religieuses, les évêques orientaux du
concile de Chalcédoine aient opté pour l'égalité entre Rome et
Constantinople.
A ces raisons, on peut objecter
que la prééminence de Rome sur les autres églises, à commencer par Constantinople,
ne vient pas d'abord de sa qualité de ville impériale. Les principaux
arguments en faveur d'une primauté romaine ont bien été résumés par le pape
Damase 1er
à l'issue du concile de Constantinople, quand, dans son opposition au 3ème
canon, il affirmait que la prééminence romaine ne reposait pas sur des
raisons politiques, mais bien sur des raisons spirituelles : l'Eglise de
Rome, contrairement à Constantinople, était d'origine apostolique,
puisqu'elle tirait son origine des deux plus grands apôtres : Pierre et
Paul. Toute capitale d'Empire qu'elle était, Constantinople, la nouvelle
Rome, ne pouvait donc prétendre égaler Rome, d'autant que l'Eglise de
Constantinople n'avait été fondée par aucun apôtre.
L'impact du concile
a.
par rapport au monophysisme :
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Évêques jacobites

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Malgré la condamnation sans
ambiguïté de cette hérésie par le concile de Chalcédoine, cette doctrine
continuera de se propager, de nouveaux rebondissements attendent l'Eglise
d'Orient. En effet, à la manière de ce qui s'est passé pour l'arianisme
et pour le nestorianisme, le monophysisme aura 'la dent dure'.
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prêtres arméniens

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b.
Le succès de cette hérésie tire son origine pour une
grande part de la maladresse politique et religieuse dont le concile fit
preuve par rapport au patriarcat d'Alexandrie, qui voyant son patriarche
déposé et déporté, se sentit humilié. Par réaction, plus que par conviction
théologique profonde, ce patriarcat préféra faire sécession en restant
fidèle à la doctrine monophysite ; c'est d'ailleurs là l'origine de l'Église copte
égyptienne, qui existe toujours aujourd'hui. Quant à l'Église de Syrie,
suite à l'amputation d'une partie des diocèses du patriarcat d'Antioche
(voir plus haut 'le 28ème canon'), elle fit, elle aussi, partiellement
sécession pour devenir bientôt l'Église appelée jacobite.
L'une et l'autre seront imitées plus tard par l'Église
d'Arménie. Toutes ces scissions issues du monophysisme ont
perduré jusqu'à nos jours. Il est à noter qu'à l'époque actuelle ces
églises sont plus attachées à leur autonomie qu'à une stricte conception
monophysite de la foi, ce qui confirme l'idée que ces séparations
s'opérèrent plus pour des raisons de fierté ou de politique que pour des
convictions théologique profondes. En outre, chacune de ces 5 églises a vu,
au cours de son histoire, une fraction plus ou moins importante des ses
fidèles rejoindre l'unité romaine (cf. catholiques coptes, syriens, syromalankars,
arméniens).
c.
Les empereurs de Byzance chercheront bien, avec l'énergie
du désespoir, à reconstituer l'unité religieuse de l'empire ainsi brisée.
Ils en viendront même pour cela à deux reprises à des compromis
théologiques, simples faux-fuyants ; il en résultera chaque fois une
rupture entre l'Église d'Orient et le siège romain qui, pour temporaire
qu'elle fût, n'en aggravera pas moins des relations déjà difficiles par
ailleurs.
d.
par rapport au 28ème canon :
L'opposition du pape à ce canon ne produisit pas de résultat. Loin de
revenir en arrière, dès la deuxième moitié du Vème siècle, le patriarche de
Constantinople se fait appelé couramment archevêque de
Constantinople, la nouvelle Rome, et patriarche œcuménique.
La chute de l'Empire romain d'Occident sous les coups des Barbares en 476
ne fit que conforter Constantinople dans son opinion que Rome n'était plus
désormais qu'une sorte de capitale honoraire du monde chrétien. Ces
prétentions de Constantinople à devenir la nouvelle Rome ne pouvaient bien
sûr qu'engendrer un profond malaise dans les relations entre l'Orient et
l'Occident. Ainsi, les rapports entre Rome et Byzance (=
Constantinople) allaient être de plus en plus caractérisés par la
crispation : crispation du pape, parfois trop jaloux de son autorité qu'il
veut universelle, et, crispation des orientaux qui s'accrochent à une
autonomie parfois forcenée. Ces crispations aboutiront finalement au fameux
schisme de 1054, toujours en vigueur, malgré les efforts entrepris depuis
en vue d'une réconciliation entre Orientaux orthodoxes et Occidentaux
catholiques (voir ci-contre le concile de Bâle, Ferrare, Florence, Rome).
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