RETOUR LES 21 CONCILES OECUMENIQUES

LE CONCILE DE CONSTANTINOPLE III

7 novembre 680 - 16 septembre 681
(Un bref résumé)

Vestiges du palais impérial de Constantinople

PLAN DE L'EXPOSE

I) LE CONTEXTE HISTORIQUE

1) Introduction
2) Les raisons du concile
3) Le déroulement du concile

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE

(+ l'impact du concile)


LIENS VERS D'AUTRES RESUMES DE CONCILE :


I) Concile
de
Nicée






II) Concile
de
Constantinople






III) Concile







IV) Concile
de
Chalcédoine






V) Concile
de
Constantinople II






VI) Concile
de
Nicée II






VII) Concile
de
Constance






VIII) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence






IX) Concile
de
Latran V






X) Concile
de
Trente






XI) Concile
de
Vatican I


I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :

1) Introduction :

Le chemin pris à l'époque pour traiter de la double  nature du
 Christ allait être différent de ceux empruntés lors des conciles précédents.

Constantinople III est, comme son nom l'indique, une suite logique du concile de Constantinople II, et ce pour la simple raison que ces deux conciles sont nés de remous issus de la même hérésie, à savoir le monophysisme (pour un traitement complet de cette hérésie, voir le concile de Chalcédoine). Ces remous, le concile de Chalcédoine lui-même n'avait pas réussi à les éradiquer ! En fait, cette doctrine erronée qu'était le monophysisme empoisonnait la vie de l'Eglise depuis déjà deux conciles, soit 230 ans, quand la nécessité de convoquer le concile de Constantinople III se fit sentir ! Cette fois-ci, pourtant, le problème du monophysisme allait être traité sous un angle différent. Cela n'était guère surprenant ; en effet, si une hérésie était capable de déchirer l'Eglise pendant une si longue période, un traitement différent du problème s'imposait après plus de deux siècles. Mais, comme nous allons le voir, l'angle choisi ne fut pas au départ le meilleur.

2) Les raisons du concile :

A) un compromis boiteux : le monothélisme

l'empereur Héraclius à gaucheFace, donc, à l'ampleur de la division qu'avait causée le monophysisme dans l'empire, l'empereur Héraclius et le patriarche Sergius - Serge - désiraient tous deux parvenir à une solution, quelle qu'elle fût, pour se réconcilier les monophysites, notamment ceux des provinces envahies par les Perses, où un grand nombre d'entre eux demeurait : l'avenir de l'empire en dépendait, un avenir bien sombre, il faut le dire, au regard des menaces que représentaient les envahisseurs barbares, perses, et bientôt arabes. Autant le dire tout de suite, au vu des très graves périls qui menaçaient l'empire byzantin au VIIème siècle, l'unité politique apparaissait d'une nécessité telle, que les soucis doctrinaux passaient au second plan. Il était en effet vital, pour atteindre une certaine cohésion politique, de rétablir l'unité religieuse.
Ainsi, le patriarche Sergius, patriote sincère, tout en maintenant la distinction des deux natures humaine et divine dans le Christ, proposa une formule suivant laquelle il n'y avait en lui qu'une seule activité, ou énergie, divino-humaine. Le monoénergisme était né. Cette hérésie ne tarda pas à laisser la place au monothélisme (une seule volonté en Jésus Christ), ultime développement des succédanés du monophysisme. Le patriarche d'Alexandrie, Cyrus, et ses évêques adhérèrent à cette formulation de la foi, à ce 'Pacte / Edit d'Union' qui rétablissait, le 3 juin 633, l'unité avec les monophysites d'Egypte.

SophroniusMais un vénérable moine d'Alexandrie, Sophronius, protesta contre cet accord, affirmant que l'on ne pouvait parler que de deux activités ou volontés dans le Christ. En 634, Sophronius, dès lors patriarche de Jérusalem, rejetait donc la thèse d'une seule activité ou volonté dans le Christ.

Le monothélisme : une présentation

Pour les monophysites, une dualité de nature, et dès lors une possibilité de contradiction au sein du Verbe incarné, étaient inconcevables. Face à ces réticences, le monoénergisme, puis le monothélisme (monos = unique ; thelein = vouloir), semblait répondre à cette objection en soutenant qu'en Jésus Christ il y avait bien deux natures non confondues, mais une seule volonté, la volonté divine.
bus londonien à deux étagesUne image pourrait ici être utilisée pour mieux comprendre la vision que les monthélites avaient de Jésus. Pour ces derniers le Christ serait comme un être composé, comme l'addition de l'humain et du divin, à la manière d'un bus londonien à deux étages. L'étage divin contiendrait le moteur et la direction et il entraînerait là où il voudrait l'étage humain. Mais, en l'occurrence, la nature humaine ne serait plus qu'une personnalité diminuée. En outre, cette conception prêterait à confusion, puisqu'elle pourrait laisser entendre qu'en Jésus, ce n'est pas deux natures qu'il y a, mais deux personnes, dont l'une écraserait complètement l'autre !
A y regarder de plus près, les théologiens tenants de cette nouvelle doctrine reposaient, en fait, la même question qui avait déjà été soulevée par le biais du monophysisme : Jésus était-il vraiment homme ? N'était-il pas une marionnette mue intérieurement par sa volonté divine ?

B) L'affaire Honorius

HONORIUS

Sergius, à la suite des protestations de Sophronius, commença à redouter que Rome n'en fût bientôt alertée et décida d'entreprendre d'expliquer lui-même la question au pape Honorius. Il lui adressa une lettre très habile. Il attribua à Héraclius l'initiative de la doctrine de la volonté unique du Christ et expliqua qu'elle suscitait l'opposition de certains, comme Sophronius. Il ajouta, par ailleurs, que la doctrine des deux activités-volontés ne pouvait être érigée en règle de foi parce qu'on ne la rencontrait pas chez les Pères de l'Eglise ; de plus, selon lui, cette doctrine des deux volontés en Jésus Christ, si elle était acceptée comme vérité de foi, reviendrait à admettre la possibilité dans le Christ d'une opposition possible des deux volontés. Sergius proposa donc au pape de s'abstenir de parler d'une ou deux volontés : le silence sur cette question était préférable...
Le pape dans sa réponse, félicita Sergius de vouloir supprimer de vaines querelles de mots. Il approuva sa politique de silence sur la question de savoir s'il fallait admettre une ou deux volontés dans le Christ. Mais en s'expliquant, dans un sens peut-être admissible car cela venait au terme de tout un raisonnement, il n'en laissa pas moins passer une phrase regrettable : 'Nous professons aussi la volonté unique du Seigneur Jésus-Christ.' Et à Sophronius qui lui avait écrit, le pape recommanda aussi le silence.

Cette ligne de conduite du pape Honorius eut des répercussions bien au-delà de la simple anecdote, d'autant que, comme nous le verrons plus loin, il subit l'anathème du concile au même titre que les autres hérétiques. Mais pourquoi donc cette prudence d'Honorius et sa petite phrase malencontreuse

LE CONCILE VATICAN I

eurent-elles des conséquences telles que 1190 ans plus tard, elles furent source de controverses au concile Vatican I ? Tout simplement parce qu'elles entraînèrent la condamnation d'un pape comme hérétique, et ce lors d'un concile œcuménique - le concile de Constantinople III. Cela évidemment ne manqua pas de poser problème au concile de Vatican I à propos justement du dogme de l'infaillibilité pontificale.

A ces objections sur l'infaillibilité du pape en rapport avec Honorius, on peut toutefois répondre que, comme il vient d'être dit, Honorius fut bien loin de comprendre tous les tenants et les aboutissants d'une affaire qu'il ne lui fut exposée que bien partiellement et partialement. On peut également objecter que ce dernier ne se prononça pas officiellement pour le monothélisme, tout au plus refusa-t-il de soutenir ouvertement la position qui allait être adoptée par le concile de Constantinople III. On est donc très loin de la déclaration ex cathedra qui définit l'infaillibilité papale
 (Si vous désirez avoir plus de précisions sur ce dogme de l'infaillibilité du pape, notamment par rapport à l'affaire Honorius, cliquez sur ce lien vers Vatican I et lisez seulement le point intitulé : 'Une ultime remarque').

C) Déchirements entre l'Orient et l'Occident

La prudence d'Honorius loin d'apaiser le climat enhardit Constantinople qui recherchait plus que jamais l'unité devant les périls extérieurs. En 638, Héraclius lança un édit religieux, l'Ecthèse (exposé de la foi élaboré par le patriarche Sergius). La substance de l'Edit d'Union de 633 y fut incorporée et adaptée de manière à inclure la phrase du pape Honorius confessant une seule volonté de Jésus-Christ. L'épiscopat oriental souscrit à ce texte sans difficulté, comme Sergius qui en fut l'inspirateur et le rédacteur, comme Pyrrhus, son successeur.

SEVERIN

En octobre 638, le pape Honorius mourait. Séverin, élu en mai 640 après une longue vacance du siège romain, envoya ses apocrisaires à Constantinople pour faire approuver, suivant la coutume, son élection par l'empereur. Les apocrisaires, de retour à Rome, allaient faire connaître l'Ecthèse à l'Occident. Séverin, bien qu'étant mort trois mois seulement après son élection, eut tout de même le temps de condamner ce document, désavouant par là ses envoyés qui avaient finalement accepté de le ratifier en échange de l'approbation que l'empereur donnerait à l'élection de Séverin.
En définitive, les successeurs de Séverin, continuant sur la lancée de ce dernier, devaient condamner l'Ecthèse avec une remarquable constance. Ainsi, Jean IV exprima sa réprobation avant même la mort de l'empereur Héraclius. Il écrivit ensuite à Constantin III pour se plaindre du patriarche Pyrrhus et soutint à l'occasion une interprétation orthodoxe de la phrase malencontreuse d'Honorius. Le pape Théodore 1er poursuivit la même ligne d'action. La papauté réussit même à organiser un mouvement d'opposition à la doctrine impériale, surtout grâce à la résistance des moines, en particulier celle de Maxime de Chrysopolis, disciple et ami de Sophronius.
Devant ces vigoureuses oppositions, le patriarche Paul persuada le petit-fils d'Héraclius, Constant II, de renoncer à l'Ecthèse et d'imposer le silence sur toute discussion concernant l'activité ou la volonté dans le Christ. En 648, Constant II annula donc l'Ecthèse et publia le Type qui interdisait de parler d'une ou de deux volontés.

Le martyre du pape Martin 1er

le pape St Martin 1erA la mort du pape Théodore, le diacre Martin, qui avait été apocrisaire à Constantinople, se vit élire. Il convoqua alors sans tarder un synode au Latran (649). Ce concile provincial rassemblait surtout les évêques venus du territoire métropolitain de Rome, environ une centaine. Peu d'évêques arrivèrent de plus loin, en dehors de Deusdedit de Cagliari et de Maxime d'Aquilée. Les Actes du concile ont d'ailleurs été conservés en latin et en grec. La ligne théologique de ce concile provincial fut, il faut le signaler, l'oeuvre des moines grecs, véritable foyer de résistance en Orient - en particulier du moine Maxime de Chrysopolis. Cette remarque n'est pas sans importance dans la mesure où elle met en évidence que ce concile, quoique provincial, représentait bien plus que la simple opinion d'un groupe d'évêque des alentours de Rome.
Ce concile anathématisa le monothélisme et le Type. Il condamna les patriarches byzantins, Sergius, Pyrrhus et Paul, ainsi que Cyrus, patriarche d'Alexandrie.
Evidemment, ce concile provincial ou synode ne pouvait que déplaire à l'empereur Constant II. Le pape fut bientôt arrêté par l'exarque de Ravenne, en juin 653, dans la basilique du Latran. Transféré à Constantinople, Martin fut accusé de haute trahison et condamné à l'exil en Chersonèse. Il y mena une existence misérable jusqu'à sa mort, en septembre 655.

En même temps, Maxime de Chrysopolis était placé sous surveillance. Son procès commença en mai 655 et se poursuivit l'année suivante. Accusé d'avoir jeté l'anathème sur le Type, Maxime déclara que ce document était étranger à la foi de l'Eglise. Accusé d'avoir rejeté l'Ecthèse approuvée en synode sous Sergius et Pyrrhus, Maxime objecta la vraie doctrine affirmée au synode du Latran.

St Maxime le confesseurAu bout de six ans, on jugea bon de mettre fin à la résistance de Maxime. Il fut rappelé à Constantinople au printemps 662. Un synode à la solde des monothélistes le condamna à la mutilation de la main droite et de la langue et l'envoya en exil sur les pentes du Caucase. Maxime "le Confesseur" finit par mourir, le 13 août 662, au poste militaire de Schémaris.

Après toutes ces querelles assassines, force est de constater que la question du monothélisme avait eu des conséquences beaucoup trop graves, en terme de persécutions, notamment, pour ne pas amener à la quasi rupture entre Constantinople et Rome. Cet état de fait devait durer de 640 à 681, c'est à dire jusqu'à la conclusion du troisième concile de Constantinople.
Pendant quarante et un ans, la plupart des patriarches de Constantinople avaient rejeté les positions romaines...

3) Le déroulement du concile :

L'empereur Constant II s'était installé en Occident, à Syracus en 663. Il était devenu très impopulaire en raison de ses brutalités, et mourut assassiné dans son bain.

AGATHON

Sujet loyal, le pape Vitalien resta cependant fidèle à la dynastie héraclide, fondée par Héraclius, à laquelle appartenait Constant II. Constantin IV, fils de Constant II, âgé alors de seize ans, en sera reconnaissant plus tard envers la papauté. En 678, il écrivit au pape Donus dans le but de faire cesser la querelle entre Rome et Constantinople. Ce fut son successeur, le pape Agathon, qui reçut la lettre impériale.
Le pape veilla avec grand soin aux documents à envoyer à Byzance et il se fit représenter au concile par une délégation comprenant les prêtres Théodore et Georges, le diacre Jean (futur pape : Jean V) et le sous-diacre Constantin (futur pape : Constantin Ier).

l'empereur Constantin IVLe sixième concile œcuménique réunit 174 participants, dont 3 occidentaux seulement - en dehors des représentants du pape qui vienne d'être cités. Ce concile se tint, du 7 novembre 680 au 16 septembre 681, dans la salle du dôme, au palais impérial. Il fut, comme il était de coutume à l'époque, convoqué par l'empereur Constantin IV, et, tout comme au concile de Nicée, ce concile-là fut présidé par l'empereur lui-même, ce qui, rappelons-le, ne surprenait personne à l'époque 
(pour savoir pourquoi l'empereur convoque les conciles à la place du pape, voir le Concile de Nicée).

Il est à noter que depuis le premier concile œcuménique (le concile de Nicée), ce sixième concile est de loin celui qui a duré le plus longtemps, près d'un an. Cette durée, inhabituelle jusque là, en dit long sur l'âpreté des querelles religieuses et la réalité des menaces extérieures qui pesaient alors sur l'empire

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE

Jésus, Dieu le Fils, à la droite du Père

Contrairement aux conciles précédents, celui-ci, après des mois de discussion, ne prit qu'une seule décision significative : la condamnation du monothélisme, suivant ainsi la doctrine soutenue par Rome. En Jésus-Christ, il y a donc bien deux activités et deux volontés distinctes, l'une divine, l'autre humaine, celle-ci subordonnée à la première, unies inséparablement mais sans confusion et concourant ensemble au salut du genre humain.

Jésus portant librement en son humanité la souffrance rédemptrice

Soit dit en passant, la définition des deux volontés du Christ distinctes, mais unies, sans confusion, ressemble fort aux définitions élaborées lors des conciles d'Ephèse et de Chalcédoine, conciles eux aussi centrés sur les deux natures du Christ. Comme il avait déjà été souligné dans l'introduction plus haut, cette ressemblance confirme, si besoin est, le lien qu'il existe entre ce concile et les conciles précédents, notamment ceux qui avaient débattu de la nature du Christ (cf. Ephèse, Chalcédoine et Constantinople II).

Autre condamnation, dont les conséquences, nous l'avons vu plus haut dans le résumé, auront des répercussions très loin dans le futur : la condamnation de tous ceux qui avaient soutenu l'hérésie monothélite, à savoir les patriarches Sergius de Constantinople et Cyrus d'Alexandrie, ainsi que les successeurs de Sergius (Pyrrhus, Paul et Pierre). Le pape Honorius n'échappa pas à la réprobation parce que les Pères conciliaires avaient "trouvé dans les lettres écrites par lui à Sergius qu'il avait suivi toutes les opinions de cet homme et qu'il en avait confirmé les enseignements impies". Cette réprobation allait faire effectivement couler beaucoup d'encre, d'autant que le pape Léon II, ayant succédé au pape Agathon, mort en janvier 681, approuva les décrets du concile, y compris l'anathème contre Honorius "qui n'avait pas essayé de purifier cette Eglise apostolique en enseignant la tradition apostolique, mais qui, par une trahison profane, laissa souiller ce qui était sans tache".

- L'impact du concile

·                  L'impact de ce concile suivit la logique de ses décisions, puisqu'il ne concerna, au niveau religieux, tout au moins, que le monothélisme, auquel il porta à n'en pas douter le coup de grâce. L'objectif fut donc atteint, contrairement aux conciles de Chalcédoine et de Constantinople II, qui, eux, ne purent complètement débarrasser la chrétienté du monophysisme.

·                  Sur le plan politique, les conséquences ne furent pas négligeables non plus, car, après quarante-trois ans de rupture, l'unité entre Constantinople et Rome était encore une fois rétablie.

·                  N'oublions pas non plus l'impact le plus durable que ce concile ait eu : la condamnation du pape Honorius comme hérétique, condamnation qui devait engendrer d'interminables querelles chaque fois que l'on débattrait de l'infaillibilité pontificale.