|
LIENS VERS D'AUTRES RESUMES DE CONCILE :
I) Concile
de
Nicée
II) Concile
de
Constantinople
III) Concile
IV) Concile
de
Chalcédoine
V) Concile
de
Constantinople II
VI) Concile
de
Nicée II
VII) Concile
de
Constance
VIII) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence
IX) Concile
de
Latran V
X) Concile
de
Trente
XI) Concile
de
Vatican I
|
I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :
1) Introduction :
|
Le chemin pris à l'époque pour traiter de la double nature du
Christ allait être différent de ceux empruntés lors des conciles
précédents.
|
Constantinople III est, comme son
nom l'indique, une suite logique du concile de Constantinople
II, et ce pour la simple raison que ces deux conciles sont
nés de remous issus de la même hérésie, à savoir le monophysisme
(pour un traitement complet de cette hérésie, voir le concile de Chalcédoine).
Ces remous, le concile de Chalcédoine lui-même n'avait pas réussi à les
éradiquer ! En fait, cette doctrine erronée qu'était le monophysisme
empoisonnait la vie de l'Eglise depuis déjà deux conciles, soit 230 ans,
quand la nécessité de convoquer le concile de Constantinople III se fit
sentir ! Cette fois-ci, pourtant, le problème du monophysisme allait être
traité sous un angle différent. Cela n'était guère surprenant ; en effet,
si une hérésie était capable de déchirer l'Eglise pendant une si longue
période, un traitement différent du problème s'imposait après plus de deux
siècles. Mais, comme nous allons le voir, l'angle choisi ne fut pas au
départ le meilleur.
2) Les raisons du concile :
A) un compromis
boiteux : le monothélisme
Face, donc, à l'ampleur de la
division qu'avait causée le monophysisme dans l'empire, l'empereur Héraclius
et le patriarche Sergius -
Serge - désiraient tous deux parvenir à une solution, quelle qu'elle fût,
pour se réconcilier les monophysites, notamment ceux des provinces envahies
par les Perses, où un grand nombre d'entre eux demeurait : l'avenir de
l'empire en dépendait, un avenir bien sombre, il faut le dire, au regard
des menaces que représentaient les envahisseurs barbares, perses, et
bientôt arabes. Autant le dire tout de suite, au vu des très graves périls
qui menaçaient l'empire byzantin
au VIIème siècle, l'unité politique apparaissait d'une nécessité telle, que
les soucis doctrinaux passaient au second plan. Il était en effet vital,
pour atteindre une certaine cohésion politique, de rétablir l'unité
religieuse.
Ainsi, le patriarche Sergius, patriote sincère, tout en maintenant la
distinction des deux natures humaine et divine dans le Christ, proposa une
formule suivant laquelle il n'y avait en lui qu'une seule activité, ou
énergie, divino-humaine. Le monoénergisme était né. Cette hérésie ne tarda
pas à laisser la place au monothélisme (une seule volonté en Jésus Christ),
ultime développement des succédanés du monophysisme. Le patriarche
d'Alexandrie, Cyrus, et
ses évêques adhérèrent à cette formulation de la foi, à ce 'Pacte
/ Edit d'Union' qui rétablissait, le 3 juin 633, l'unité avec
les monophysites d'Egypte.
Mais un vénérable moine d'Alexandrie, Sophronius,
protesta contre cet accord, affirmant que l'on ne pouvait parler que de
deux activités ou volontés dans le Christ. En 634, Sophronius, dès lors
patriarche de Jérusalem, rejetait donc la thèse d'une seule activité ou
volonté dans le Christ.
Le monothélisme :
une présentation
Pour les monophysites, une dualité de nature, et dès lors
une possibilité de contradiction au sein du Verbe incarné, étaient
inconcevables. Face à ces réticences, le monoénergisme, puis le
monothélisme (monos = unique ; thelein = vouloir), semblait
répondre à cette objection en soutenant qu'en Jésus Christ il y avait bien
deux natures non confondues, mais une seule volonté, la volonté divine.
Une image pourrait ici être
utilisée pour mieux comprendre la vision que les monthélites avaient de
Jésus. Pour ces derniers le Christ serait comme un être composé, comme
l'addition de l'humain et du divin, à la manière d'un bus londonien à deux
étages. L'étage divin contiendrait le moteur et la direction et il
entraînerait là où il voudrait l'étage humain. Mais, en l'occurrence, la
nature humaine ne serait plus qu'une personnalité diminuée. En outre, cette
conception prêterait à confusion, puisqu'elle pourrait laisser entendre
qu'en Jésus, ce n'est pas deux natures qu'il y a, mais deux personnes, dont
l'une écraserait complètement l'autre !
A y regarder de plus près, les théologiens tenants de cette nouvelle
doctrine reposaient, en fait, la même question qui avait déjà été soulevée
par le biais du monophysisme : Jésus était-il vraiment homme ? N'était-il
pas une marionnette mue intérieurement par sa volonté divine ?
Sergius, à la suite des
protestations de Sophronius, commença à redouter que Rome n'en fût bientôt
alertée et décida d'entreprendre d'expliquer lui-même la question au pape Honorius.
Il lui adressa une lettre très habile. Il attribua à Héraclius l'initiative
de la doctrine de la volonté unique du Christ et expliqua qu'elle suscitait
l'opposition de certains, comme Sophronius. Il ajouta, par ailleurs, que la
doctrine des deux activités-volontés ne pouvait être érigée en règle de foi
parce qu'on ne la rencontrait pas chez les Pères de l'Eglise ; de plus,
selon lui, cette doctrine des deux volontés en Jésus Christ, si elle était
acceptée comme vérité de foi, reviendrait à admettre la possibilité dans le
Christ d'une opposition possible des deux volontés. Sergius proposa donc au
pape de s'abstenir de parler d'une ou deux volontés : le silence sur cette
question était préférable...
Le pape dans sa réponse, félicita Sergius de vouloir supprimer de vaines
querelles de mots. Il approuva sa politique de silence sur la question de
savoir s'il fallait admettre une ou deux volontés dans le Christ. Mais en
s'expliquant, dans un sens peut-être admissible car cela venait au terme de
tout un raisonnement, il n'en laissa pas moins passer une phrase
regrettable : 'Nous professons aussi la volonté unique du Seigneur
Jésus-Christ.' Et à Sophronius qui lui avait écrit, le pape
recommanda aussi le silence.
Cette ligne de conduite du pape
Honorius eut des répercussions bien au-delà de la simple anecdote, d'autant
que, comme nous le verrons plus loin, il subit l'anathème
du concile au même titre que les autres hérétiques. Mais pourquoi donc
cette prudence d'Honorius et sa petite phrase malencontreuse
eurent-elles des conséquences
telles que 1190 ans plus tard, elles furent source de controverses au
concile Vatican I ? Tout simplement parce qu'elles entraînèrent la
condamnation d'un pape comme hérétique, et ce lors d'un concile œcuménique
- le concile de Constantinople III. Cela évidemment ne manqua pas de poser
problème au concile de Vatican I à propos justement du dogme de
l'infaillibilité pontificale.
A ces objections sur l'infaillibilité du pape en rapport
avec Honorius, on peut toutefois répondre que, comme il vient d'être dit,
Honorius fut bien loin de comprendre tous les tenants et les aboutissants
d'une affaire qu'il ne lui fut exposée que bien partiellement et
partialement. On peut également objecter que ce dernier ne se prononça pas
officiellement pour le monothélisme, tout au plus refusa-t-il de soutenir
ouvertement la position qui allait être adoptée par le concile de
Constantinople III. On est donc très loin de la déclaration ex cathedra qui définit
l'infaillibilité papale
(Si vous désirez avoir plus de précisions sur ce dogme de
l'infaillibilité du pape, notamment par rapport à l'affaire Honorius, cliquez sur
ce lien vers Vatican I et lisez seulement le point intitulé : 'Une
ultime remarque').
C) Déchirements
entre l'Orient et l'Occident
La prudence d'Honorius loin
d'apaiser le climat enhardit Constantinople qui recherchait plus que jamais
l'unité devant les périls extérieurs. En 638, Héraclius lança un édit
religieux, l'Ecthèse (exposé de la foi élaboré par le patriarche
Sergius). La substance de l'Edit d'Union de 633 y fut incorporée et
adaptée de manière à inclure la phrase du pape Honorius confessant une
seule volonté de Jésus-Christ. L'épiscopat oriental souscrit à ce texte
sans difficulté, comme Sergius qui en fut l'inspirateur et le rédacteur,
comme Pyrrhus, son successeur.
En octobre 638, le pape Honorius
mourait. Séverin,
élu en mai 640 après une longue vacance du siège romain, envoya ses apocrisaires
à Constantinople pour faire approuver, suivant la coutume, son élection par
l'empereur. Les apocrisaires, de retour à Rome, allaient faire connaître l'Ecthèse
à l'Occident. Séverin, bien qu'étant mort trois mois seulement après son
élection, eut tout de même le temps de condamner ce document, désavouant
par là ses envoyés qui avaient finalement accepté de le ratifier en échange
de l'approbation que l'empereur donnerait à l'élection de Séverin.
En définitive, les successeurs de Séverin, continuant sur la lancée de ce
dernier, devaient condamner l'Ecthèse avec une remarquable
constance. Ainsi, Jean IV
exprima sa réprobation avant même la mort de l'empereur Héraclius. Il
écrivit ensuite à Constantin III
pour se plaindre du patriarche Pyrrhus
et soutint à l'occasion une interprétation orthodoxe de la phrase
malencontreuse d'Honorius. Le pape Théodore 1er
poursuivit la même ligne d'action. La papauté réussit même à organiser un
mouvement d'opposition à la doctrine impériale, surtout grâce à la
résistance des moines, en particulier celle de Maxime
de Chrysopolis, disciple et ami de Sophronius.
Devant ces vigoureuses oppositions, le patriarche Paul persuada le
petit-fils d'Héraclius, Constant II, de renoncer à l'Ecthèse et
d'imposer le silence sur toute discussion concernant l'activité ou la
volonté dans le Christ. En 648, Constant
II annula donc l'Ecthèse et publia le Type qui
interdisait de parler d'une ou de deux volontés.
Le martyre du pape
Martin 1er
A la mort du pape Théodore, le
diacre Martin, qui
avait été apocrisaire à Constantinople, se vit élire. Il convoqua alors
sans tarder un synode au Latran (649). Ce concile provincial rassemblait
surtout les évêques venus du territoire métropolitain de Rome, environ une
centaine. Peu d'évêques arrivèrent de plus loin, en dehors de Deusdedit de
Cagliari et de Maxime d'Aquilée. Les Actes du concile ont d'ailleurs
été conservés en latin et en grec. La ligne théologique de ce concile
provincial fut, il faut le signaler, l'oeuvre des moines grecs, véritable
foyer de résistance en Orient - en particulier du moine Maxime de
Chrysopolis. Cette remarque n'est pas sans importance dans la mesure où
elle met en évidence que ce concile, quoique provincial, représentait bien
plus que la simple opinion d'un groupe d'évêque des alentours de Rome.
Ce concile anathématisa le monothélisme et le Type. Il condamna les
patriarches byzantins, Sergius, Pyrrhus et Paul, ainsi que Cyrus,
patriarche d'Alexandrie.
Evidemment, ce concile provincial ou synode ne pouvait que déplaire à
l'empereur Constant II. Le pape fut bientôt arrêté par l'exarque
de Ravenne, en juin 653, dans la basilique du Latran. Transféré à
Constantinople, Martin fut accusé de haute trahison et condamné à l'exil en
Chersonèse.
Il y mena une existence misérable jusqu'à sa mort, en septembre 655.
En même temps, Maxime de
Chrysopolis était placé sous surveillance. Son procès commença en mai 655
et se poursuivit l'année suivante. Accusé d'avoir jeté l'anathème sur le Type,
Maxime déclara que ce document était étranger à la foi de l'Eglise. Accusé
d'avoir rejeté l'Ecthèse approuvée en synode sous Sergius et
Pyrrhus, Maxime objecta la vraie doctrine affirmée au synode du Latran.
Au bout de six ans, on jugea bon
de mettre fin à la résistance de Maxime. Il fut rappelé à Constantinople au
printemps 662. Un synode à la solde des monothélistes le condamna à la
mutilation de la main droite et de la langue et l'envoya en exil sur les
pentes du Caucase. Maxime "le Confesseur" finit par mourir, le 13
août 662, au poste militaire de Schémaris.
Après toutes ces querelles
assassines, force est de constater que la question du monothélisme avait eu
des conséquences beaucoup trop graves, en terme de persécutions, notamment,
pour ne pas amener à la quasi rupture entre Constantinople et Rome. Cet
état de fait devait durer de 640 à 681, c'est à dire jusqu'à la conclusion
du troisième concile de Constantinople.
Pendant quarante et un ans, la plupart des patriarches de Constantinople
avaient rejeté les positions romaines...
3) Le déroulement du concile :
L'empereur Constant II s'était
installé en Occident, à Syracus en 663. Il était devenu très impopulaire en
raison de ses brutalités, et mourut assassiné dans son bain.
Sujet loyal, le pape Vitalien
resta cependant fidèle à la dynastie héraclide, fondée par Héraclius, à
laquelle appartenait Constant II. Constantin
IV, fils de Constant II, âgé alors de seize ans, en sera reconnaissant
plus tard envers la papauté. En 678, il écrivit au pape Donus
dans le but de faire cesser la querelle entre Rome et Constantinople. Ce
fut son successeur, le pape Agathon,
qui reçut la lettre impériale.
Le pape veilla avec grand soin aux documents à envoyer à Byzance
et il se fit représenter au concile par une délégation comprenant les
prêtres Théodore et Georges, le diacre Jean (futur pape : Jean V)
et le sous-diacre Constantin
(futur pape : Constantin Ier).
Le sixième concile œcuménique
réunit 174 participants, dont 3 occidentaux seulement - en dehors des
représentants du pape qui vienne d'être cités. Ce concile se tint, du 7
novembre 680 au 16 septembre 681, dans la salle du dôme, au palais
impérial. Il fut, comme il était de coutume à l'époque, convoqué par
l'empereur Constantin IV, et, tout comme au concile de Nicée, ce concile-là
fut présidé par l'empereur lui-même, ce qui, rappelons-le, ne surprenait
personne à l'époque
(pour savoir pourquoi l'empereur convoque les conciles à la place du pape,
voir le Concile de Nicée).
Il est à noter que depuis le
premier concile œcuménique (le concile de Nicée), ce sixième concile est de
loin celui qui a duré le plus longtemps, près d'un an. Cette durée,
inhabituelle jusque là, en dit long sur l'âpreté des querelles religieuses
et la réalité des menaces extérieures qui pesaient alors sur l'empire
II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU
CONCILE
|

Jésus, Dieu le Fils, à
la droite du Père
|
Contrairement aux conciles
précédents, celui-ci, après des mois de discussion, ne prit qu'une seule
décision significative : la condamnation du monothélisme, suivant ainsi
la doctrine soutenue par Rome. En Jésus-Christ, il y a donc bien deux
activités et deux volontés distinctes, l'une divine, l'autre humaine,
celle-ci subordonnée à la première, unies inséparablement mais sans
confusion et concourant ensemble au salut du genre humain.
|

Jésus portant librement
en son humanité la souffrance rédemptrice
|
Soit dit en passant, la définition
des deux volontés du Christ distinctes, mais unies, sans confusion,
ressemble fort aux définitions élaborées lors des conciles d'Ephèse et de
Chalcédoine, conciles eux aussi centrés sur les deux natures du Christ.
Comme il avait déjà été souligné dans l'introduction plus haut, cette
ressemblance confirme, si besoin est, le lien qu'il existe entre ce concile
et les conciles précédents, notamment ceux qui avaient débattu de la nature
du Christ (cf. Ephèse, Chalcédoine et Constantinople II).
Autre condamnation, dont les
conséquences, nous l'avons vu plus haut dans le résumé, auront des
répercussions très loin dans le futur : la condamnation de tous ceux qui
avaient soutenu l'hérésie monothélite, à savoir les patriarches Sergius de
Constantinople et Cyrus d'Alexandrie, ainsi que les successeurs de Sergius
(Pyrrhus, Paul et Pierre). Le pape Honorius n'échappa pas à la réprobation
parce que les Pères conciliaires avaient "trouvé dans les lettres
écrites par lui à Sergius qu'il avait suivi toutes les opinions de cet
homme et qu'il en avait confirmé les enseignements impies". Cette
réprobation allait faire effectivement couler beaucoup d'encre, d'autant
que le pape Léon II, ayant succédé au pape Agathon, mort en janvier 681,
approuva les décrets du concile, y compris l'anathème contre Honorius "qui
n'avait pas essayé de purifier cette Eglise apostolique en enseignant la
tradition apostolique, mais qui, par une trahison profane, laissa souiller
ce qui était sans tache".
- L'impact du
concile
·
L'impact de ce concile suivit la logique de ses décisions, puisqu'il
ne concerna, au niveau religieux, tout au moins, que le
monothélisme, auquel il porta à n'en pas douter le coup de grâce.
L'objectif fut donc atteint, contrairement aux conciles de Chalcédoine et
de Constantinople II, qui, eux, ne purent complètement débarrasser la
chrétienté du monophysisme.
·
Sur le plan politique, les conséquences ne furent pas négligeables non plus,
car, après quarante-trois ans de rupture, l'unité entre Constantinople et
Rome était encore une fois rétablie.
·
N'oublions pas non plus l'impact le plus durable que ce concile ait
eu : la condamnation du pape Honorius
comme hérétique, condamnation qui devait engendrer d'interminables
querelles chaque fois que l'on débattrait de l'infaillibilité pontificale.
|