Exposé sur le Concile d'Ephèse


RETOUR LES 21 CONCILES OECUMENIQUES

LE CONCILE D'ÉPHÈSE

juin-septembre 431
(Un bref résumé)

Ruines d'Éphèse

PLAN DE L'EXPOSE

I) LE CONTEXTE HISTORIQUE

1) Introduction
2) Les raisons du concile
3) Le déroulement du concile

II) LES DÉCISIONS IMPORTANTES DU CONCILE

(+ l'impact du concile)


LIENS VERS D'AUTRES RESUMES DE CONCILE :


I) Concile
de
Nicée






II) Concile
de
Constantinople






III) Concile
de
Chalcédoine






IV) Concile
de
Constantinople II






V) Concile
de
Constantinople III






VI) Concile
de
Nicée II






VII) Concile
de
Constance






VIII) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence






IX) Concile
de
Latran V






X) Concile
de
Trente






XI) Concile
de
Vatican I


I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :

1) Introduction :Jésus Christ

Avec ce concile, un tournant s'opère. En effet, alors que les débats théologiques à l'origine des conciles du IVème siècle portèrent essentiellement sur l'unicité de Dieu (Trinité, divinité du Christ et du Saint-Esprit, notamment), les questions des théologiens au siècle suivant se focalisèrent plutôt sur la nature du Christ. Le concile d'Ephèse sera un vivant exemple de cette nouvelle tendance.

2) Les raisons du concile

A.             Le nestorianisme :

la question christologique qui commençait à poindre à cette époque était finalement la conséquence logique des traditions qui s'affrontaient alors par l'intermédiaire des deux grandes écoles de théologie d'Antioche et d'Alexandrie. Ainsi, les deux natures du Christ, divine et humaine, sont-elles strictement séparées (thèse de l'école d'Antioche) ? Ou alors le divin absorbe-t-il l'humain en lui (thèse de l'école d'Alexandrie), auquel cas il y a unité complète des deux natures ? Pour couronner le tout, signalons que plusieurs courants existaient entre ces deux pôles ! Mais jusque là cette différence de tradition n'avait jamais conduit à une rupture parce qu'aucune des deux tendances n'avait été poussée à son extrême.

Marie Mère de Dieu

C'est ici qu'intervient Nestorius. Devenu patriarche de Constantinople à partir de 428, il reprend les thèses de la christologie d'Antioche, mais, il pousse la tendance antiochienne jusqu'à ses limites, en niant l'unité de personne dans le Christ, ce qui tout naturellement le conduit à dénoncer le titre de 'Mère de Dieu' (= Théotokos en grec). Elle n'est que 'Mère du Christ' (= Christotokos en grec), selon lui. En d'autres termes, affirme Nestorius, Marie est la mère d'un homme dans lequel le Verbe s'est incarné. La nature humaine et la nature divine de Jésus n'ont d'union que morale. Cette négation fit l'effet d'une bombe, car le culte de Marie était déjà répandu en Orient, ces déclarations ne pouvaient donc que choquer la piété populaire.

St Cyrille d'AlexandrieL'Eglise d'Antioche ne pouvait approuver cette thèse radicale, mais, dans le même temps, il lui répugnait de donner raison au grand rival de l'Eglise d'Antioche, le champion des thèses avancées par l'Eglise d'Alexandrie, à savoir : Cyrille d'Alexandrie. L'atmosphère, une fois de plus, s'alourdit.

Le pape Célestin 1er  De son côté, Cyrille d'Alexandrie contre-attaqua, en affirmant avec force l'unité absolue du Verbe incarné ; il en appela même au pape Célestin 1er, qui appuya Cyrille. Le pape alla jusqu'à sommer Nestorius de renoncer à ses positions, sous peine d'être déposé (430). En outre, Cyrille obtint de l'empereur Théodose la convocation d'un concile. Ce serait le concile d'Éphèse en 431.

B.             Le pélagianisme :

St AugustinUne autre hérésie devait occuper les débats de ce concile, il s'agit du pélagianisme. Certes, cette doctrine ne constitua pas l'essentiel des discussions à Ephèse, ce fut bien le nestorianisme, mais, il n'en reste pas moins que cette hérésie représentait un réel danger pour l'Eglise, la preuve en est qu'avant même ce concile, cette doctrine fut condamnée à plusieurs reprises : par le concile de Carthage, pour l'Afrique proconsulaire (411 ou 412), et par le concile de Milève, pour la Numidie (416) ; elle fut ensuite condamnée par un synode de Jérusalem (415), un concile de Diospolis (Lydda, 415), un concile de Carthage (416), un concile de Milève (416) et enfin le seizième concile de Carthage (pour l'Afrique proconsulaire et la Numidie, 418) ! St Augustin lui-même n'épargna pas ses efforts pour combattre cette doctrine.
Cette hérésie trouve son origine chez le moine anglais Pélage (360-422). En réaction contre le fatalisme et l'immoralisme du manichéisme, ce religieux exalta l'excellence de la création, la libre responsabilité de l'homme et la puissance de sa volonté pour atteindre le bien ; selon sa doctrine, chacun a en lui-même, de par la nature humaine, la force nécessaire pour y parvenir. Dans cette valorisation de la volonté, Pélage minimise en fait la portée du péché originel et le rôle de la grâce donnée par Dieu. Celle-ci se trouve en quelque sorte ramenée au niveau d'auxiliaire de la volonté.

3) Le déroulement du concile

Se prévalant de directives reçues du Siège apostolique, Cyrille le préside. Il en décide l'ouverture le 22 juin 431, sans attendre l'arrivée des légats pontificaux, retardés. Il se sait porté par les faveurs du peuple et de nombreux évêques (voir plus haut la piété populaire pour la Vierge Marie). Nestorius, lui, fait preuve de maladresse. Son argumentation est confuse et il refuse de comparaître. L'empereur d'Orient intervient en personne dans les discussions, ce qui ajoute à la confusion, d'autant qu'il décide d'emprisonner les deux rivaux Cyrille et Nestorius !
Enfin, et comble de confusion, le concile se scinde en deux, les deux partis se réunissant séparément. D'un côté, Jean d'Antioche, chef de file de l'Église d'Antioche, proche de Nestorius, dépose avec ses alliés Cyrille, lors d'un synode. De l'autre, Cyrille et la majorité des évêques excommunient Jean d'Antioche et ses 34 derniers partisans. Ce n'est qu'au bout de 2 deux ans que Jean et Cyrille parviennent à se concilier par la suite, en faisant un pas vers l'autre, pour restaurer la paix au sein de l'Église d'Orient
(voir plus bas le symbole d'Ephèse).

II) LES DÉCISIONS IMPORTANTES DU CONCILE

§     Le concile condamne le nestorianisme, et proclame la maternité divine de Marie (du fait de l'unicité de personne en Jésus Christ, Fils de Dieu). Nestorius est déposé de son patriarcat de Constantinople.

§     Le pélagianisme, pour la première fois, se voit officiellement condamné par un concile oecuménique.

L'impact du concile

a.               par rapport au Nestorianisme :

Jésus Dieu
marchant sur les eaux

comme il avait été signalé plus haut dans le chapitre consacré aux raisons du concile, l'unité religieuse ne s'est pas faite autour de la condamnation du nestorianisme, loin s'en faut. En fait, le progrès accompli à Ephèse lors du concile dans la clarification de la théologie concernant la personne du Christ ne devait pleinement apparaître que deux ans plus tard, dans le texte signé conjointement par Cyrille d'Alexandrie et l'évêque d'Antioche Jean. Dans ce texte, parfois appelé "Symbole d'Ephèse", on

Jésus Homme :
la couronne d'épines

voit les deux grands courants alexandrin et antiochien de la théologie se rencontrer dans une vision commune : dans la personne du Christ, il y a lieu tout à la fois de distinguer les deux natures, divine et humaine, et de considérer leur union sans confusion. Ce symbole représente le dogme des Eglises chrétiennes dites non nestoriennes dont les principales églises font partie (Eglise catholique, Eglises orthodoxes et mouvements protestants).

Malgré cette claire prise de position, et malgré la condamnation de Nestorius, le problème du nestorianisme n'était pas pour autant complètement résolu ; sa doctrine, en effet, continua à faire des adeptes. C'est ainsi que l'empire perse s'y rallia, plus pour des raisons politiques que pour des raisons de foi, il faut bien le dire, l'hostilité entre l'empire perse sassanique et l'empire romain étant plus vive que jamais.
Tablettes nestoriennes chinoises, 781 ap.JCPar l'église perse, la doctrine nestorienne s'étendit à l'Asie Centrale, l'Inde et enfin la Chine. Dans ces régions, le nestorianisme connut son apogée au XIIème siècle. Aujourd'hui encore, il subsiste au Moyen Orient (Iran, Irak) et en Inde des communautés issues du courant nestorien !

b.              par rapport au Pélagianisme :

Là aussi, le concile d'Ephèse n'a pas suffit pour résoudre le problème durablement. Aux Vème et VIème siècles, la pensée de Pélage nourrira dans les milieux monastiques gaulois (Cassien, l'abbaye de Vérins...) un courant anti-augustinien appelé plus tard semi-pélagianisme, ce courant ne prendra fin qu'avec la condamnation portée par le concile d'Orange en 529, soit près d'un siècle après Ephèse.