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LIENS VERS D'AUTRES RESUMES DE CONCILE :
I) Concile
de
Nicée
II) Concile
de
Constantinople
III) Concile
IV) Concile
de
Chalcédoine
V) Concile
de
Constantinople II
VI) Concile
de
Constantinople III
VII) Concile
de
Constance
VIII) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence
IX) Concile
de
Latran V
X) Concile
de
Trente
XI) Concile
de
Vatican I
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I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :
1)
Introduction :
Nicée II marque un tournant dans
l'histoire des conciles oecuméniques. En effet, depuis Nicée (I) en 325,
tous les conciles avaient eu pour thème principal 'Dieu', que ce soit par
le biais de la Trinité ou de la double nature divine et humaine de Jésus.
Avec Nicée II, pour la première fois dans l'histoire de l'Eglise, le débat
théologique se déplace vers des questions, disons, 'annexes' par rapport à
Dieu. D'un certain point de vue, cela était un signe de bonne santé pour la
chrétienté. Effectivement, une église qui peut s'offrir le luxe de débattre
de problème 'annexes' n'est plus déchirée sur l'essentiel. Le contraste
entre le thème abordé lors de ce concile et ceux des conciles précédents
est d'autant plus saisissant que l'Église connut, les trois siècles
précédents, de terribles luttes intestines centrées sur une question aussi
cruciale que la nature et la personne du Christ.
Avec Nicée II, une ère nouvelle pouvait s'ouvrir, maintenant que l'Église
du Christ avait clarifié quel Seigneur elle adorait et servait. C'est du
moins ce que l'on pouvait penser...
Et pourtant... le problème qui avait amené la convocation de ce concile,
bien qu'il ne portât plus sur l'identité de Jésus Christ, raison d'être de
l'Eglise, déchaîna des passions tout aussi vives. C'est ainsi que les
chrétiens commencèrent à se déchirer à propos de la question se savoir s'il
était légitime de représenter le Christ ou toute autre créature vivant au
Ciel - Marie, les anges, les saints, etc... En d'autres termes, pouvait-on
continuer de peindre et vénérer les icônes, dont la popularité avait
atteint des sommets en ce VIIIème siècle ?
2)
Les raisons du concile
A) Le développement du culte des images
Durant plus d'un siècle, l'empire
byzantin devait être troublé par la querelle des images (tel est le
nom que l'on donnerait à cette crise des images). Mais, comment en était-on
arrivé là ?
Les deux premiers
siècles
Pendant les deux premiers
siècles, les chrétiens, héritiers de la tradition d'Israël, n'avaient guère
été favorables aux représentations de Dieu en images. Les apologistes,
Justin et Aristide,
y étaient hostiles parce qu'ils avaient horreur des idoles. Irénée à
Lyon, Tertullien
à Carthage, Clément et
Origène à
Alexandrie s'y opposèrent également. La nature de Dieu, explique Clément
d'Alexandrie, est d'être aperigraptos (= non circonscrite).
Les chrétiens refusèrent donc de réaliser des images ou des statues qui ne
leur auraient que trop rappelé le culte des idoles, si répandu dans
l'empire romain.
Le IIIème siècle
Mais le IIIème siècle marqua un
tournant. Les catacombes
et les sarcophages se couvrirent bientôt d'images. On y trouvait,
notamment, la représentation du Bon Pasteur et celle de la Vierge à
l'enfant. Désormais, les chrétiens acceptaient les images, du moment que
celles-ci proposaient un enseignement catéchétique. Mais, ce type
d'enseignement par les images ne faisait pas encore l'unanimité.
Les IVème et Vème
siècles
Les IVème et Vème siècles
suivirent la même tendance que le siècle précédent avec, toutefois, une
diffusion accrue des images. Mais, cette utilisation des images provoquait
toujours les mêmes réticences. D'un côté, Basile de
Césarée reconnaissait une valeur pédagogique et un rôle de stimulant
spirituel à la peinture, de
l'autre Epiphane
de Salamine voulait la suppression de toutes les représentations
du Christ, des apôtres et des prophètes. Paulin de
Nole pensait, pour sa part, que les images étaient utiles à
l'enseignement chrétien. Il connaissait même une figuration picturale de la
Trinité. Mais Augustin
d'Hippone marquait, quant à lui, des réserves, surtout vis-à-vis
des représentations de Dieu, car c'était changer la gloire du Dieu
incorruptible en une ressemblance corruptible.
Les VIème et VIIème
siècles
Le culte des images progressa
considérablement aux VIème et VIIème siècles. Elles remplaçaient parfois
les reliques qui permettaient de garder le contact avec un bienheureux. Les
empereurs byzantins de l'époque, Tibère
II et Maurice
favorisèrent eux-mêmes cette vénération des images.
En se multipliant, le rôle des images se diversifia : elles protégeaient
ceux qui les vénéraient et pouvaient opérer des conversions ; elles
souffraient des outrages qui leur étaient infligés et étaient susceptibles
d'en châtier les auteurs.
A la fin du VIIème siècle, les images étaient acceptées dans le monde
chrétien jusqu'à ce que l'empereur
Léon III vînt tout remettre en question.
B) La querelle des images
Les empereurs Léon III et Constantin V
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Léon III (gauche) / Constantin V (droite)
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L'empereur Léon III (717-741)
avait mis fin à trente ans d'anarchie. Il fonda une dynastie qui allait
rendre à Byzance sa sécurité. Mais il apporta le trouble dans la situation
religieuse de l'Empire en luttant contre les images.
Pour expliquer les origines de l'iconoclasme (= action de briser les
images, du grec eikon - image et klazein - briser), on a
multiplié les hypothèses. On peut y voir la volonté de combattre certaines
pratiques superstitieuses à l'égard des images. Ainsi, la ferveur populaire
a pu conduire à des excès et croire à une présence presque physique des
personnages représentés. Certaines pratiques étaient assez excentriques.
Des prêtres, par exemple, grattaient des icônes pour en faire tomber de la
poussière dans le calice, des fidèles en choisissaient comme parrains pour
leurs enfants !
De plus, le pouvoir impérial a pu prendre ombrage de ces pratiques qui
privaient l'empereur de son rôle d'intermédiaire entre Dieu et les hommes,
citons à cet égard la coutume qui consistait à sortir images et reliques de
Marie, Mère de Dieu, patronne de Constantinople, pour conjurer le malheur,
lorsque des agresseurs menaçaient la ville.
On peut y discerner aussi une influence arabe sur l'épiscopat d'Asie Mineure.
En 721, le calife omeyyade,
Yazid II,
ordonna de détruire toutes les images aussi bien dans les demeures privées
que dans les édifices du culte. Cette mesure eut peut-être des échos
favorables parmi les évêques de Phrygie
dont les populations faiblement hellénisées restaient sur la réserve à
l'égard des représentations en figure. Contre ces évêques qui s'opposaient
aux images, en s'appuyant sur le livre biblique de l'Exode, le
patriarche de Constantinople, Germain
maintint qu'il ne fallait pas troubler le peuple dans ses habitudes et
bouleverser les coutumes des Eglises pour les remplacer par des nouveautés.
Le pape Grégoire
II lui apporta son appui.
Etait-ce l'influence de ces évêques de Phrygie ou celle du programme iconoclaste
de Bagdad qui allait être déterminante ? Toujours est-il que Léon III, qui
n'était pas hostile aux images au début de son règne, le devint vers
724-725. Il vit un effet de la colère divine dans une violente éruption
sous-marine qui provoqua l'apparition d'une île nouvelle au nord-est de la Crète
et, en 727, il fit détruire l'image du Christ qui se trouvait sur la porte
d'airain de son palais et châtia durement l'émeute populaire qui
s'ensuivit.
Pour appuyer sa politique, il déposa le patriarche Germain qui refusait de
signer un édit iconoclaste et le remplaça par Anastase
qui publia un document contre les images.
Mais la résistance commençait à
s'organiser :
- En Palestine, Jean
Damascène écrivit trois Discours sur les images contre
les édits de l'empereur Léon III. Il affirmait avec énergie que l'empereur
n'avait ni autorité, ni compétence en cette matière :
Aux empereurs revient de
gouverner l'Etat avec rectitude ; le gouvernement de l'Eglise revient aux
pasteurs et aux docteurs. Nous t'obéissons, empereur, en ce qui touche les
affaires de ce monde, mais pour les ordonnances ecclésiastiques, nous avons
les pasteurs.
- En Occident, le pape Grégoire
II s'opposa lui aussi à la politique impériale. Il ne se laissa ébranler ni
par les promesses, ni par les menaces. Grégoire
III, qui lui succéda, réunit à Rome un concile local de 93
évêques italiens (novembre 731) qui condamnèrent les iconoclastes.
La politique poursuivie par le
successeur de Léon III, Constantin
V Copronyme (741-775), allait aggraver les déchirements. Après
des années passées à assurer la sécurité des frontières, Constantin V
allait renchérir sur la politique iconoclaste de son père. En janvier 754,
malgré l'opposition du pape
Etienne II, il convoqua au palais de Hiéria, non loin de Chalcédoine,
un concile dont il voulait obtenir la condamnation des images (voir plus
bas le concile de Hiéria). La caution des évêques (mais sans le
soutien du pape, qui n'envoya pas de représentants), pensait-il, ne
pourrait qu'impressionner le peuple.
Sur le plan
théologique,
on peut dire que deux conceptions
s'affrontaient. Selon la première, les images étaient nécessairement
hérétiques puisque, de nature matérielle, elles séparaient ou confondaient
les deux natures humaine et divine du Sauveur (voir le développement à
ce sujet plus bas - le concile de Hiéria). Inutile de dire que cette
position théologique était celle défendue par les iconoclastes. L'autre
conception, dont saint Jean Damascène fut le grand théologien, affirmait au
contraire que les icônes étaient des signes visibles de la sanctification
de la matière rendue possible par l'Incarnation du Christ.
Le concile de
Hiéria (10 février - 8 août 754)
Le concile rassembla donc 338
évêques, sous la présidence de l'archevêque d'Ephèse, Théodore. Le
patriarche Anastase était mort peu auparavant et ni les autres patriarches
ni le pape n'y furent représentés. L'influence de Constantin V ne pouvait
être contrecarrée.
La conclusion du concile fut la condamnation de'l'art criminel de la
peinture'. Peindre l'image du Christ, cela revenait à retomber dans
l'hérésie de Nestorius ou d'Arius, car on ne peignait que l'image de la
chair seule et on divisait le Christ unique (= nestorianisme).
La peinture séparait la chair de la divinité : elle constituait donc un
blasphème !
Si l'on prétendait représenter intégralement la personne du Christ dans
l'unité de ses deux natures, on enfermait sa divinité dans des limitations
matérielles (= arianisme,
dans le sens où enfermer la divinité du Christ revenait à la diminuer),
et c'était encore blasphémer !
Comme on dirait en langage
familier : 'Il fallait y penser !'. Comment arriver à des
raisonnements d'une subtilité si déconcertante ? Si l'on y regarde de plus
près, il n'est pas si surprenant de trouver de tels arguments, il suffit
pour cela de se remémorer les âpres querelles qui se firent jour autour
d'hérésies comme l'arianisme, le nestorianisme, le monophysisme
et le monothélisme.
Que l'on se souvienne des conciles oecuméniques qui s'étaient déroulés
depuis 325ap JC, ils avaient précisément eu pour sujets principaux ces
hérésies. Finalement, les raisonnements 'tirés par les cheveux' que les
iconoclastes opposèrent au culte des images étaient la conséquence
prévisible de toutes ces disputes théologiques qui déchirèrent la
chrétienté pendant 4 siècles.
Représentation du Christ et
des saints
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De plus, ce concile ne condamna
pas seulement les représentations du Christ, il proscrivit également la
représentation des saints, ceux-ci vivant en Dieu. Les figurer, c'était
aussi les mutiler en détruisant l'espérance de la résurrection.
A signaler que le concile porta
pas moins de vingt anathèmes
contre ceux qui osaient faire des images, contre ceux qui les adoraient ou
qui les plaçaient dans une église ou dans leur demeure. L'anathème fut
lancé personnellement contre le patriarche Germain et Jean Damascène.
Le développement
des persécutions iconoclastes
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dessins géométriques
iconoclastes
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Il fallut attendre une dizaine
d'années après le concile de Hiéria pour voir la persécution iconoclaste
battre son plein - dix ans de répit relatif que l'on devait à la menace
bulgare. Mais une fois la menace éloignée, Constantin V se tourna de
nouveau vers ce problème des images, ce qui ne manqua pas de renforcer la
persécution. Cette persécution atteignit d'ailleurs des sommets entre 764
et 767.
Dans les églises on détruisit les images et on les remplaça par des dessins
géométriques, des paysages, des épisodes de chasse, etc...
La persécution toucha surtout les moines byzantins, qui s'étaient révélés
les défenseurs les plus acharnés du culte des icônes, persécution d'autant
plus violente que le monachisme représentait une force très importante dans
l'Empire d'Orient, avec le caractère démocratique de son recrutement qui
lui assurait le soutien de l'opinion populaire.
Constantin V les considérait alors comme ses principaux adversaires. Il
interdit aux monastères de recruter des novices, il obligea les moines à
rompre leurs voeux et les emprisonna. Dans ces circonstances, il ne fut pas
étonnant de voir de nombreux moines grecs se réfugier à Rome, où le pape Paul
1er
(757-767) les accueillit avec bienveillance. L'incompréhension entre
l'Orient, du moins sa classe dirigeante, et l'Occident s'avérait plus vive
que jamais ; d'autant qu'au grand dépit de l'empereur byzantin, Rome
s'était encore davantage émancipée du pouvoir politique de Constantinople,
et ce dès 754, en se jetant dans les bras du roi des Francs pour se
protéger des Lombards, que la faiblesse militaire de Byzance était
désormais bien incapable de repousser.
Pour conclure ce chapitre sur les
persécutions, il serait bon également de donner quelques exemples en vue de
cerner leur intensité, en voici deux :
·
tout d'abord, une énumération qui fut donnée au deuxième concile de
Nicée des maux endurés par les défenseurs des images, et spécialement par les
moines :
Comment pourrions-nous décrire
les maux qui fondirent sur la terre entière et les supplices qui frappèrent
les hommes pieux, les troubles, les angoisses, les persécutions, la prison,
le fouet, les chaînes, les coups, l'exil : on creva les yeux, on coupa le
nez ou la langue, on brûla la barbe ou le visage, enfin on tua des hommes.
·
citons maintenant l'événement suivant : en 765, on alla jusqu'à
organiser à l'Hippodrome un défilé de moines et de religieuses, ils y
furent livrés aux insultes de la foule !
Enfin, mentionnons cette décision ultime de Constantin : son interdiction,
et ce en contradiction avec le concile de Hiéria, de dire des prières
adressés à la Vierge et aux saints.
En conclusion,
on pouvait légitimement penser
que l'Eglise était en train de revivre les persécutions des premiers
siècles de son histoire, mais la mort de Constantin V allait amener un
changement de politique.
C) Un contexte favorable à la tenue d'un concile œcuménique
Bien que la politique impériale
restât inchangée avec Léon
IV (775-780) un régime de détente s'instaura néanmoins. Léon IV
avait épousé, en 769, une Athénienne, Irène,
Grecque ambitieuse, amie des moines et favorable aux images. Elle attendait
son heure. Investie de la régence en 780, car son fils Contantin
VI (né en 771- mort en 800) n'avait alors que dix ans, elle
ne brusqua rien, sachant que bien des fonctionnaires étaient attachés à
l'oeuvre iconoclaste et que beaucoup d'évêques restaient favorables aux
décisions du concile de Hiéria. Elle proposa donc des mesures d'apaisement.
Les iconoclastes cessèrent alors leurs persécutions.
Ensuite, après la démission du patriarche de Constantinople Paul
IV (784), elle fit élire à ce patriarcat son propre secrétaire Taraise,
un laïc, théologien, qui subordonna son acceptation à la convocation d'un
concile qui referait l'unité.
Le pape Hadrien
1er approuva cette initiative et accepta la proposition de
l'impératrice Irène de tenir un concile pour régler la question des images.
3)
Le déroulement du concile
Irène convoqua donc le concile à Nicée,
plus calme que la capitale et honorée de la présence du premier concile
oecuménique. Ce 7ème concile œcuménique s'ouvrit le 24 septembre 787 en
l'église Sainte Sophie. Sous la présidence de Taraise, patriarche de
Constantinople, quelque 365 évêques se présentèrent à ce concile, tous
sujets de l'empire. Le pape Hadrien 1er était représenté par deux légats,
Pierre archiprêtre de Saint-Pierre, et Pierre, moine, abbé au monastère
romain de Saint-Sabas. Les patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche et de
Jérusalem n'avaient pu envoyer que deux moines. Mais, du patriarcat de
Constantinople, les moines étaient venus nombreux. Ils n'avaient pas voix
délibérative au concile, mais on avait jugé bon d'honorer ceux qui avaient
le plus souffert pour la défense des images.
Trois évêques iconomaques (= hostiles aux images) y demandèrent
pardon pour leur attitude passée et furent en conséquence réconciliés avec
l'Eglise.
Malgré la sévérité des moines, le patriarche Taraise obtint d'ailleurs pour
d'autres un large pardon en vue de reconstituer l'unité.
II) LES DÉCISIONS IMPORTANTES DU
CONCILE
Le concile de Nicée annule les
dispositions du concile de Hiéria qui ne pouvait être oecuménique, malgré
ses prétentions, puisque ni le pape, ni les patriarches de l'Orient n'y
avaient pas été représentés.
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'L'icône permet de discerner ... l'invisible', comme cette fenêtre
ouvrant sur le ciel
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Les Pères de Nicée condamnent
l'iconoclasme et affirment que l'image n'est pas le modèle, mais qu'elle renvoie
au modèle. Ainsi, tout comme les apôtres qui ont pu voir le Christ dans son
humanité transfigurée, l'icône permet de discerner, à travers le personnage
ou la scène qui sont représentés, la trace de l'invisible.
De plus, quand les chrétiens peignent le Christ sous forme humaine, ils
figurent un seul Emmanuel, le Verbe fait chair, ils ne divisent pas pour
autant son unité. Au contraire, celui qui représente le Christ en forme
humaine, confesse que le Verbe s'est réellement incarné et pas seulement en
apparence.
Les Pères de Nicée demandent donc la restauration des images du Christ, de
la Vierge et des saints qui aident la prière et permettent de communiquer
avec le divin.
Le concile distingue également le
culte d'adoration, ou de lâtrie, réservé à Dieu seul, et le culte de
vénération, ou d'honneur, admis pour les images, c'est-à-dire pour les
représentations des saints. Entendu ainsi, le culte des images n'est pas de
l'idolâtrie.
Nicée II lance aussi des anathèmes contre le "frénétique
concile" de Hiéria, contre les patriarches Anastase, Constantin et
Nicétas et contre ceux qui persistent dans l'hérésie iconoclaste.
Signalons que les décisions du
concile furent approuvées par le pape.
L'impact du concile
·
En Orient,
le triomphe des images et de leurs partisans n'avait pas supprimé pour
autant le courant adverse. Les opposants au concile de Nicée se
regroupèrent autour de Constantin VI qui avait atteint sa majorité, mais se
trouvait toujours sous la tutelle de sa mère Irène. Constantin s'émancipa
quand Irène dut se retirer au mois d'octobre 790 après avoir déjoué une
conspiration dirigée contre elle au printemps de la même année.
Constantin VI fut cependant très vite déconsidéré, du fait des sanglants
échecs que les Bulgares lui infligèrent, ce qui ruina les espoirs des
iconoclastes. Rappelée, Irène bénéficia du discrédit de son fils. La
victoire des images semblait assurée, d'autant plus que malgré le coup
d'état dont Irène fut victime en octobre 802, son instigateur, le ministre
des Finances, qui devint Nicéphore
1er (802-811) après avoir renversé Irène, resta fidèle aux
images. Cette fidélité aux images ne fut pas remise en cause par Michel
1er Rangabé (811-813), qui succéda à Nicéphore 1er, après que
celui-ci avait été écrasé par les Bulgares. D'un point de vue doctrinale
tout apparaissait donc clair.
Et pourtant, cette situation ne devait pas durer. En
effet, Michel 1er Rangabé fut renversé, suite à un échec que lui aussi
subit face aux Bulgares. Le nouvel empereur, Léon
V l'Arménien (813-820), convaincu que les revers de l'Empire étaient
une punition du ciel, se mit à reprendre une politique iconoclaste. Il
renouvela les actes de cruauté et de vandalisme du règne de Constantin V.
Les images furent brûlées sur les places publiques, des évêques furent
maltraités, les moines furent persécutés davantage et leurs communautés
dispersées, les biens des iconophiles furent confisqués...
De 814 à 843, les troubles ne devaient cesser que par intermittence au gré
des coup d'état et des alternances des empereurs (cf. Léon V,
iconoclaste, renversé et exécuté ; Michel
Amorion, iconoclaste modéré ; Théophile
(829-842), fils de Michel Amorion, iconoclaste).
Ce n'est qu'à la mort de
Théophile que l'iconoclasme prit définitivement fin. A sa mort, l'empereur
Théophile laissait cinq filles et un fils, Michel (le futur Michel
III), qui n'avait que six ans. L'impératrice Théodora,
iconophile reconnue, fut donc chargée de la régence. La restauration des
images s'imposait à ses yeux comme au jugement du conseil de régence.
Le rétablissement solennel des images fut célébré, le 11 mars 843, par une
imposante procession et une cérémonie solennelle à Sainte-Sophie. Ces
cérémonies marquaient par là même la restauration de la paix religieuse.
A la fin du IXe siècle, l'art figuratif redevint normal. Les
mosaïques qui nous sont parvenues couvrent toute la période qui va de la
fin du règne des iconoclastes jusqu'à la conquête de Constantinople par les
croisés en 1204. Les artistes s'inspirèrent des oeuvres qui avaient échappé
aux briseurs d'icônes et qui avaient été authentifiées par l'enseignement
de l'Eglise. Désormais, l'art byzantin des images, porté par une popularité
croissante, fut conçu selon des principes théologiques stricts ; il entra
dans une phase d'épanouissement que devait durer trois siècles.
Aujourd'hui encore, le style de ces icônes fait autorité et constitue un
véritable art sacré.
·
En Occident,
Charlemagne
avait reçu du pape
Hadrien les décisions du concile de Nicée. Le roi franc marqua des
réserves et commença à se considérer comme un arbitre dans le débat sur les
images. Ses théologiens se mirent à critiquer Nicée II dans le Capitulaire
sur les images (Livres carolins). L'auteur de cet ouvrage multiplia les
réserves contre l'œuvre du concile.
Sur le fond de la question, les théologiens de Charles combattaient en fait
un adversaire imaginaire car ils laissaient entendre que le concile
permettait l'adoration des images, sans réaliser que le mot même, chez les
Grecs, comportait plusieurs significations (cf. LES DECISIONS IMPORTANTES DU
CONCILE,
le culte d'adoration et de vénération). Ce malentendu venait en fait d'une mauvaise
traduction latine des actes du concile, rédigés en grec, un malentendu qui
aboutit tout de même à la convocation d'un concile à Francfort en 794.
Durant ce concile, où étaient présents des légats du pape, Nicée II suscita
de vives réactions. Seuls les efforts du pape Hadrien pour expliquer le
sens des expressions grecques permirent un apaisement, mais ce n'est que
lentement que la querelle se dissipa.
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Le pape Léon III couronnant Charlemagne
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Enfin, on ne peut pas omettre de
mentionner la détérioration des rapports entre Byzance et la papauté, et
ce, en dépit de l'attachement des pontifes romains à la défense des images.
Cette défense des images ne suffit effectivement pas à compenser ce que Byzance
regarda comme son plus grave échec en Occident, un véritable crime de
lèse-majesté. Jugez-en plutôt : le 25 décembre 800, sous le règne d'Irène à
Byzance, Charlemagne fut couronné "empereur Auguste", par le pape
Léon III. Ce fut une véritable usurpation aux yeux des Byzantins et
un élément capital dans le processus de séparation entre l'Occident et
l'Orient, car la papauté montrait ainsi qu'elle avait choisi l'Occident.
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