Exposé sur le Concile de Nicée II


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LE CONCILE DE NICEE II

24 septembre 787 - 23 octobre 787
(Un bref résumé)

Vue de Nicée telle qu'elle était en 787

PLAN DE L'EXPOSE

I) LE CONTEXTE HISTORIQUE

1) Introduction
2) Les raisons du concile
3) Le déroulement du concile

II) LES DÉCISIONS IMPORTANTES DU CONCILE

(+ l'impact du concile)


LIENS VERS D'AUTRES RESUMES DE CONCILE :


I) Concile
de
Nicée






II) Concile
de
Constantinople






III) Concile







IV) Concile
de
Chalcédoine






V) Concile
de
Constantinople II






VI) Concile
de
Constantinople III






VII) Concile
de
Constance






VIII) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence






IX) Concile
de
Latran V






X) Concile
de
Trente






XI) Concile
de
Vatican I


I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :

1) Introduction :

Nicée II marque un tournant dans l'histoire des conciles oecuméniques. En effet, depuis Nicée (I) en 325, tous les conciles avaient eu pour thème principal 'Dieu', que ce soit par le biais de la Trinité ou de la double nature divine et humaine de Jésus. Avec Nicée II, pour la première fois dans l'histoire de l'Eglise, le débat théologique se déplace vers des questions, disons, 'annexes' par rapport à Dieu. D'un certain point de vue, cela était un signe de bonne santé pour la chrétienté. Effectivement, une église qui peut s'offrir le luxe de débattre de problème 'annexes' n'est plus déchirée sur l'essentiel. Le contraste entre le thème abordé lors de ce concile et ceux des conciles précédents est d'autant plus saisissant que l'Église connut, les trois siècles précédents, de terribles luttes intestines centrées sur une question aussi cruciale que la nature et la personne du Christ.
Avec Nicée II, une ère nouvelle pouvait s'ouvrir, maintenant que l'Église du Christ avait clarifié quel Seigneur elle adorait et servait. C'est du moins ce que l'on pouvait penser...
Et pourtant... le problème qui avait amené la convocation de ce concile, bien qu'il ne portât plus sur l'identité de Jésus Christ, raison d'être de l'Eglise, déchaîna des passions tout aussi vives. C'est ainsi que les chrétiens commencèrent à se déchirer à propos de la question se savoir s'il était légitime de représenter le Christ ou toute autre créature vivant au Ciel - Marie, les anges, les saints, etc... En d'autres termes, pouvait-on continuer de peindre et vénérer les icônes, dont la popularité avait atteint des sommets en ce VIIIème siècle ?

2) Les raisons du concile

A) Le développement du culte des images

Durant plus d'un siècle, l'empire byzantin devait être troublé par la querelle des images (tel est le nom que l'on donnerait à cette crise des images). Mais, comment en était-on arrivé là ?

Les deux premiers siècles

St Irénée

Pendant les deux premiers siècles, les chrétiens, héritiers de la tradition d'Israël, n'avaient guère été favorables aux représentations de Dieu en images. Les apologistes, Justin et Aristide, y étaient hostiles parce qu'ils avaient horreur des idoles. Irénée à Lyon, Tertullien à Carthage, Clément et Origène à Alexandrie s'y opposèrent également. La nature de Dieu, explique Clément d'Alexandrie, est d'être aperigraptos (= non circonscrite).
Les chrétiens refusèrent donc de réaliser des images ou des statues qui ne leur auraient que trop rappelé le culte des idoles, si répandu dans l'empire romain.

Le IIIème siècle

Mais le IIIème siècle marqua un tournant. Les catacombes et les sarcophages se couvrirent bientôt d'images. On y trouvait, notamment, la représentation du Bon Pasteur et celle de la Vierge à l'enfant. Désormais, les chrétiens acceptaient les images, du moment que celles-ci proposaient un enseignement catéchétique. Mais, ce type d'enseignement par les images ne faisait pas encore l'unanimité.

Les IVème et Vème siècles

Les IVème et Vème siècles suivirent la même tendance que le siècle précédent avec, toutefois, une diffusion accrue des images. Mais, cette utilisation des images provoquait toujours les mêmes réticences. D'un côté, Basile de Césarée reconnaissait une valeur pédagogique et un rôle de stimulant

St Augustin

spirituel à la peinture, de l'autre Epiphane de Salamine voulait la suppression de toutes les représentations du Christ, des apôtres et des prophètes. Paulin de Nole pensait, pour sa part, que les images étaient utiles à l'enseignement chrétien. Il connaissait même une figuration picturale de la Trinité. Mais Augustin d'Hippone marquait, quant à lui, des réserves, surtout vis-à-vis des représentations de Dieu, car c'était changer la gloire du Dieu incorruptible en une ressemblance corruptible.

Les VIème et VIIème siècles

Le culte des images progressa considérablement aux VIème et VIIème siècles. Elles remplaçaient parfois les reliques qui permettaient de garder le contact avec un bienheureux. Les empereurs byzantins de l'époque, Tibère II et Maurice favorisèrent eux-mêmes cette vénération des images.
En se multipliant, le rôle des images se diversifia : elles protégeaient ceux qui les vénéraient et pouvaient opérer des conversions ; elles souffraient des outrages qui leur étaient infligés et étaient susceptibles d'en châtier les auteurs.
A la fin du VIIème siècle, les images étaient acceptées dans le monde chrétien jusqu'à ce que l'empereur Léon III vînt tout remettre en question.

B) La querelle des images

Les empereurs Léon III et Constantin V

Léon III (gauche) / Constantin V (droite)

L'empereur Léon III (717-741) avait mis fin à trente ans d'anarchie. Il fonda une dynastie qui allait rendre à Byzance sa sécurité. Mais il apporta le trouble dans la situation religieuse de l'Empire en luttant contre les images.
Pour expliquer les origines de l'iconoclasme (= action de briser les images, du grec eikon - image et klazein - briser), on a multiplié les hypothèses. On peut y voir la volonté de combattre certaines pratiques superstitieuses à l'égard des images. Ainsi, la ferveur populaire a pu conduire à des excès et croire à une présence presque physique des personnages représentés. Certaines pratiques étaient assez excentriques. Des prêtres, par exemple, grattaient des icônes pour en faire tomber de la poussière dans le calice, des fidèles en choisissaient comme parrains pour leurs enfants !
De plus, le pouvoir impérial a pu prendre ombrage de ces pratiques qui privaient l'empereur de son rôle d'intermédiaire entre Dieu et les hommes, citons à cet égard la coutume qui consistait à sortir images et reliques de Marie, Mère de Dieu, patronne de Constantinople, pour conjurer le malheur, lorsque des agresseurs menaçaient la ville.
On peut y discerner aussi une influence arabe sur l'épiscopat d'Asie Mineure. En 721, le calife omeyyade, Yazid II, ordonna de détruire toutes les images aussi bien dans les demeures privées que dans les édifices du culte. Cette mesure eut peut-être des échos favorables parmi les évêques de Phrygie dont les populations faiblement hellénisées restaient sur la réserve à l'égard des représentations en figure. Contre ces évêques qui s'opposaient aux images, en s'appuyant sur le livre biblique de l'Exode, le patriarche de Constantinople, Germain maintint qu'il ne fallait pas troubler le peuple dans ses habitudes et bouleverser les coutumes des Eglises pour les remplacer par des nouveautés. Le pape Grégoire II lui apporta son appui.
Etait-ce l'influence de ces évêques de Phrygie ou celle du programme iconoclaste de Bagdad qui allait être déterminante ? Toujours est-il que Léon III, qui n'était pas hostile aux images au début de son règne, le devint vers 724-725. Il vit un effet de la colère divine dans une violente éruption sous-marine qui provoqua l'apparition d'une île nouvelle au nord-est de la Crète et, en 727, il fit détruire l'image du Christ qui se trouvait sur la porte d'airain de son palais et châtia durement l'émeute populaire qui s'ensuivit.
Pour appuyer sa politique, il déposa le patriarche Germain qui refusait de signer un édit iconoclaste et le remplaça par Anastase qui publia un document contre les images.

St Jean DamascèneMais la résistance commençait à s'organiser :

- En Palestine, Jean Damascène écrivit trois Discours sur les images contre les édits de l'empereur Léon III. Il affirmait avec énergie que l'empereur n'avait ni autorité, ni compétence en cette matière :

Aux empereurs revient de gouverner l'Etat avec rectitude ; le gouvernement de l'Eglise revient aux pasteurs et aux docteurs. Nous t'obéissons, empereur, en ce qui touche les affaires de ce monde, mais pour les ordonnances ecclésiastiques, nous avons les pasteurs.

- En Occident, le pape Grégoire II s'opposa lui aussi à la politique impériale. Il ne se laissa ébranler ni par les promesses, ni par les menaces. Grégoire III, qui lui succéda, réunit à Rome un concile local de 93 évêques italiens (novembre 731) qui condamnèrent les iconoclastes.

La politique poursuivie par le successeur de Léon III, Constantin V Copronyme (741-775), allait aggraver les déchirements. Après des années passées à assurer la sécurité des frontières, Constantin V allait renchérir sur la politique iconoclaste de son père. En janvier 754, malgré l'opposition du pape Etienne II, il convoqua au palais de Hiéria, non loin de Chalcédoine, un concile dont il voulait obtenir la condamnation des images (voir plus bas le concile de Hiéria). La caution des évêques (mais sans le soutien du pape, qui n'envoya pas de représentants), pensait-il, ne pourrait qu'impressionner le peuple.

Sur le plan théologique,

on peut dire que deux conceptions s'affrontaient. Selon la première, les images étaient nécessairement hérétiques puisque, de nature matérielle, elles séparaient ou confondaient les deux natures humaine et divine du Sauveur (voir le développement à ce sujet plus bas - le concile de Hiéria). Inutile de dire que cette position théologique était celle défendue par les iconoclastes. L'autre conception, dont saint Jean Damascène fut le grand théologien, affirmait au contraire que les icônes étaient des signes visibles de la sanctification de la matière rendue possible par l'Incarnation du Christ.

Le concile de Hiéria (10 février - 8 août 754)

Le concile rassembla donc 338 évêques, sous la présidence de l'archevêque d'Ephèse, Théodore. Le patriarche Anastase était mort peu auparavant et ni les autres patriarches ni le pape n'y furent représentés. L'influence de Constantin V ne pouvait être contrecarrée.
La conclusion du concile fut la condamnation de'l'art criminel de la peinture'. Peindre l'image du Christ, cela revenait à retomber dans l'hérésie de Nestorius ou d'Arius, car on ne peignait que l'image de la chair seule et on divisait le Christ unique (= nestorianisme). La peinture séparait la chair de la divinité : elle constituait donc un blasphème !
Si l'on prétendait représenter intégralement la personne du Christ dans l'unité de ses deux natures, on enfermait sa divinité dans des limitations matérielles (= arianisme, dans le sens où enfermer la divinité du Christ revenait à la diminuer), et c'était encore blasphémer !

Comme on dirait en langage familier : 'Il fallait y penser !'. Comment arriver à des raisonnements d'une subtilité si déconcertante ? Si l'on y regarde de plus près, il n'est pas si surprenant de trouver de tels arguments, il suffit pour cela de se remémorer les âpres querelles qui se firent jour autour d'hérésies comme l'arianisme, le nestorianisme, le monophysisme et le monothélisme. Que l'on se souvienne des conciles oecuméniques qui s'étaient déroulés depuis 325ap JC, ils avaient précisément eu pour sujets principaux ces hérésies. Finalement, les raisonnements 'tirés par les cheveux' que les iconoclastes opposèrent au culte des images étaient la conséquence prévisible de toutes ces disputes théologiques qui déchirèrent la chrétienté pendant 4 siècles.

Représentation du Christ et
des saints

De plus, ce concile ne condamna pas seulement les représentations du Christ, il proscrivit également la représentation des saints, ceux-ci vivant en Dieu. Les figurer, c'était aussi les mutiler en détruisant l'espérance de la résurrection.

A signaler que le concile porta pas moins de vingt anathèmes contre ceux qui osaient faire des images, contre ceux qui les adoraient ou qui les plaçaient dans une église ou dans leur demeure. L'anathème fut lancé personnellement contre le patriarche Germain et Jean Damascène.

Le développement des persécutions iconoclastes

dessins géométriques
iconoclastes

Il fallut attendre une dizaine d'années après le concile de Hiéria pour voir la persécution iconoclaste battre son plein - dix ans de répit relatif que l'on devait à la menace bulgare. Mais une fois la menace éloignée, Constantin V se tourna de nouveau vers ce problème des images, ce qui ne manqua pas de renforcer la persécution. Cette persécution atteignit d'ailleurs des sommets entre 764 et 767.
Dans les églises on détruisit les images et on les remplaça par des dessins géométriques, des paysages, des épisodes de chasse, etc...
La persécution toucha surtout les moines byzantins, qui s'étaient révélés les défenseurs les plus acharnés du culte des icônes, persécution d'autant plus violente que le monachisme représentait une force très importante dans l'Empire d'Orient, avec le caractère démocratique de son recrutement qui lui assurait le soutien de l'opinion populaire.
Constantin V les considérait alors comme ses principaux adversaires. Il interdit aux monastères de recruter des novices, il obligea les moines à rompre leurs voeux et les emprisonna. Dans ces circonstances, il ne fut pas étonnant de voir de nombreux moines grecs se réfugier à Rome, où le pape Paul 1er (757-767) les accueillit avec bienveillance. L'incompréhension entre l'Orient, du moins sa classe dirigeante, et l'Occident s'avérait plus vive que jamais ; d'autant qu'au grand dépit de l'empereur byzantin, Rome s'était encore davantage émancipée du pouvoir politique de Constantinople, et ce dès 754, en se jetant dans les bras du roi des Francs pour se protéger des Lombards, que la faiblesse militaire de Byzance était désormais bien incapable de repousser.

Pour conclure ce chapitre sur les persécutions, il serait bon également de donner quelques exemples en vue de cerner leur intensité, en voici deux :

·                   tout d'abord, une énumération qui fut donnée au deuxième concile de Nicée des maux endurés par les défenseurs des images, et spécialement par les moines :

Comment pourrions-nous décrire les maux qui fondirent sur la terre entière et les supplices qui frappèrent les hommes pieux, les troubles, les angoisses, les persécutions, la prison, le fouet, les chaînes, les coups, l'exil : on creva les yeux, on coupa le nez ou la langue, on brûla la barbe ou le visage, enfin on tua des hommes.

·                   citons maintenant l'événement suivant : en 765, on alla jusqu'à organiser à l'Hippodrome un défilé de moines et de religieuses, ils y furent livrés aux insultes de la foule !
Enfin, mentionnons cette décision ultime de Constantin : son interdiction, et ce en contradiction avec le concile de Hiéria, de dire des prières adressés à la Vierge et aux saints.

En conclusion,

on pouvait légitimement penser que l'Eglise était en train de revivre les persécutions des premiers siècles de son histoire, mais la mort de Constantin V allait amener un changement de politique.

C) Un contexte favorable à la tenue d'un concile œcuménique

Irène

Bien que la politique impériale restât inchangée avec Léon IV (775-780) un régime de détente s'instaura néanmoins. Léon IV avait épousé, en 769, une Athénienne, Irène, Grecque ambitieuse, amie des moines et favorable aux images. Elle attendait son heure. Investie de la régence en 780, car son fils Contantin VI (né en 771- mort en 800) n'avait alors que dix ans, elle ne brusqua rien, sachant que bien des fonctionnaires étaient attachés à l'oeuvre iconoclaste et que beaucoup d'évêques restaient favorables aux décisions du concile de Hiéria. Elle proposa donc des mesures d'apaisement. Les iconoclastes cessèrent alors leurs persécutions.
Ensuite, après la démission du patriarche de Constantinople Paul IV (784), elle fit élire à ce patriarcat son propre secrétaire Taraise, un laïc, théologien, qui subordonna son acceptation à la convocation d'un concile qui referait l'unité.
Le pape Hadrien 1er approuva cette initiative et accepta la proposition de l'impératrice Irène de tenir un concile pour régler la question des images.

3) Le déroulement du concile

Irène convoqua donc le concile à Nicée, plus calme que la capitale et honorée de la présence du premier concile oecuménique. Ce 7ème concile œcuménique s'ouvrit le 24 septembre 787 en l'église Sainte Sophie. Sous la présidence de Taraise, patriarche de Constantinople, quelque 365 évêques se présentèrent à ce concile, tous sujets de l'empire. Le pape Hadrien 1er était représenté par deux légats, Pierre archiprêtre de Saint-Pierre, et Pierre, moine, abbé au monastère romain de Saint-Sabas. Les patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem n'avaient pu envoyer que deux moines. Mais, du patriarcat de Constantinople, les moines étaient venus nombreux. Ils n'avaient pas voix délibérative au concile, mais on avait jugé bon d'honorer ceux qui avaient le plus souffert pour la défense des images.
Trois évêques iconomaques (= hostiles aux images) y demandèrent pardon pour leur attitude passée et furent en conséquence réconciliés avec l'Eglise.
Malgré la sévérité des moines, le patriarche Taraise obtint d'ailleurs pour d'autres un large pardon en vue de reconstituer l'unité.

II) LES DÉCISIONS IMPORTANTES DU CONCILE

Le concile de Nicée annule les dispositions du concile de Hiéria qui ne pouvait être oecuménique, malgré ses prétentions, puisque ni le pape, ni les patriarches de l'Orient n'y avaient pas été représentés.

'L'icône permet de discerner ... l'invisible', comme cette fenêtre ouvrant sur le ciel

Les Pères de Nicée condamnent l'iconoclasme et affirment que l'image n'est pas le modèle, mais qu'elle renvoie au modèle. Ainsi, tout comme les apôtres qui ont pu voir le Christ dans son humanité transfigurée, l'icône permet de discerner, à travers le personnage ou la scène qui sont représentés, la trace de l'invisible.
De plus, quand les chrétiens peignent le Christ sous forme humaine, ils figurent un seul Emmanuel, le Verbe fait chair, ils ne divisent pas pour autant son unité. Au contraire, celui qui représente le Christ en forme humaine, confesse que le Verbe s'est réellement incarné et pas seulement en apparence.
Les Pères de Nicée demandent donc la restauration des images du Christ, de la Vierge et des saints qui aident la prière et permettent de communiquer avec le divin.

Le concile distingue également le culte d'adoration, ou de lâtrie, réservé à Dieu seul, et le culte de vénération, ou d'honneur, admis pour les images, c'est-à-dire pour les représentations des saints. Entendu ainsi, le culte des images n'est pas de l'idolâtrie.
Nicée II lance aussi des anathèmes contre le "frénétique concile" de Hiéria, contre les patriarches Anastase, Constantin et Nicétas et contre ceux qui persistent dans l'hérésie iconoclaste.

Signalons que les décisions du concile furent approuvées par le pape.

L'impact du concile

·                   En Orient, le triomphe des images et de leurs partisans n'avait pas supprimé pour autant le courant adverse. Les opposants au concile de Nicée se regroupèrent autour de Constantin VI qui avait atteint sa majorité, mais se trouvait toujours sous la tutelle de sa mère Irène. Constantin s'émancipa quand Irène dut se retirer au mois d'octobre 790 après avoir déjoué une conspiration dirigée contre elle au printemps de la même année.
Constantin VI fut cependant très vite déconsidéré, du fait des sanglants échecs que les Bulgares lui infligèrent, ce qui ruina les espoirs des iconoclastes. Rappelée, Irène bénéficia du discrédit de son fils. La victoire des images semblait assurée, d'autant plus que malgré le coup d'état dont Irène fut victime en octobre 802, son instigateur, le ministre des Finances, qui devint Nicéphore 1er (802-811) après avoir renversé Irène, resta fidèle aux images. Cette fidélité aux images ne fut pas remise en cause par Michel 1er Rangabé (811-813), qui succéda à Nicéphore 1er, après que celui-ci avait été écrasé par les Bulgares. D'un point de vue doctrinale tout apparaissait donc clair.

l'iconoclasme en action avec, ici, la destruction d'une statue de la ViergeEt pourtant, cette situation ne devait pas durer. En effet, Michel 1er Rangabé fut renversé, suite à un échec que lui aussi subit face aux Bulgares. Le nouvel empereur, Léon V l'Arménien (813-820), convaincu que les revers de l'Empire étaient une punition du ciel, se mit à reprendre une politique iconoclaste. Il renouvela les actes de cruauté et de vandalisme du règne de Constantin V. Les images furent brûlées sur les places publiques, des évêques furent maltraités, les moines furent persécutés davantage et leurs communautés dispersées, les biens des iconophiles furent confisqués...
De 814 à 843, les troubles ne devaient cesser que par intermittence au gré des coup d'état et des alternances des empereurs (cf. Léon V, iconoclaste, renversé et exécuté ; Michel Amorion, iconoclaste modéré ; Théophile (829-842), fils de Michel Amorion, iconoclaste).

Théodora

Ce n'est qu'à la mort de Théophile que l'iconoclasme prit définitivement fin. A sa mort, l'empereur Théophile laissait cinq filles et un fils, Michel (le futur Michel III), qui n'avait que six ans. L'impératrice Théodora, iconophile reconnue, fut donc chargée de la régence. La restauration des images s'imposait à ses yeux comme au jugement du conseil de régence.
Le rétablissement solennel des images fut célébré, le 11 mars 843, par une imposante procession et une cérémonie solennelle à Sainte-Sophie. Ces cérémonies marquaient par là même la restauration de la paix religieuse.
A la fin du IXe siècle, l'art figuratif redevint normal. Les mosaïques qui nous sont parvenues couvrent toute la période qui va de la fin du règne des iconoclastes jusqu'à la conquête de Constantinople par les croisés en 1204. Les artistes s'inspirèrent des oeuvres qui avaient échappé aux briseurs d'icônes et qui avaient été authentifiées par l'enseignement de l'Eglise. Désormais, l'art byzantin des images, porté par une popularité croissante, fut conçu selon des principes théologiques stricts ; il entra dans une phase d'épanouissement que devait durer trois siècles.
Aujourd'hui encore, le style de ces icônes fait autorité et constitue un véritable art sacré.

Charlemagne

·                   En Occident, Charlemagne avait reçu du pape Hadrien les décisions du concile de Nicée. Le roi franc marqua des réserves et commença à se considérer comme un arbitre dans le débat sur les images. Ses théologiens se mirent à critiquer Nicée II dans le Capitulaire sur les images (Livres carolins). L'auteur de cet ouvrage multiplia les réserves contre l'œuvre du concile.
Sur le fond de la question, les théologiens de Charles combattaient en fait un adversaire imaginaire car ils laissaient entendre que le concile permettait l'adoration des images, sans réaliser que le mot même, chez les Grecs, comportait plusieurs significations (cf.
LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE, le culte d'adoration et de vénération). Ce malentendu venait en fait d'une mauvaise traduction latine des actes du concile, rédigés en grec, un malentendu qui aboutit tout de même à la convocation d'un concile à Francfort en 794. Durant ce concile, où étaient présents des légats du pape, Nicée II suscita de vives réactions. Seuls les efforts du pape Hadrien pour expliquer le sens des expressions grecques permirent un apaisement, mais ce n'est que lentement que la querelle se dissipa.

Le pape Léon III couronnant Charlemagne

Enfin, on ne peut pas omettre de mentionner la détérioration des rapports entre Byzance et la papauté, et ce, en dépit de l'attachement des pontifes romains à la défense des images. Cette défense des images ne suffit effectivement pas à compenser ce que Byzance regarda comme son plus grave échec en Occident, un véritable crime de lèse-majesté. Jugez-en plutôt : le 25 décembre 800, sous le règne d'Irène à Byzance, Charlemagne fut couronné "empereur Auguste", par le pape Léon III. Ce fut une véritable usurpation aux yeux des Byzantins et un élément capital dans le processus de séparation entre l'Occident et l'Orient, car la papauté montrait ainsi qu'elle avait choisi l'Occident.