RETOUR LES 21 CONCILES ŒCUMÉNIQUES

LE CONCILE DE VATICAN I

1869-1870
(Un bref résumé)

concile Vatican I

PLAN DE L'EXPOSE

I) LE CONTEXTE HISTORIQUE

1) les raisons du concile
2) l'infaillibilité pontificale
3) le concile proprement dit
4) les conséquences du concile

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE


LIENS VERS D'AUTRES RESUMES DE CONCILE :


I) Concile
de
Nicée






II) Concile
de
Constantinople






III) Concile






IV) Concile
de
Chalcédoine






V) Concile
de
Constantinople II






VI) Concile
de
Constantinople III






VII) Concile
de
Nicée II






VIII) Concile
de
Constance






IX) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence






X) Concile
de
Latran V






XI) Concile
de
Trente

I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :

1) Les raisons du Concile :

Pie IXDepuis le Concile de Trente (1545-1563), l'Eglise n'avait pas tenu de Concile général œcuménique, soit depuis 3 siècles ! Il était donc normal que l'Église ressente le besoin de tirer au clair certains points. A cet égard, un des problèmes qui contribua le plus à rendre ce concile nécessaire était les attaques que la Révélation biblique, et plus généralement la Révélation divine, subissait de la part de critiques modernes. Leur rigueur 'scientifico-historique' appliquée à la révélation biblique et divine n'était en soi pas mauvaise, mais poussée à l'extrême, elle finissait par nier la Révélation, gommant toute idée de foi dans la lecture des textes sacrés. Ce phénomène fut notamment appelé la modernité ou le modernisme. Face à ces attaques, le pape Pie IX décida donc de convoquer un Concile, afin de doter l'Eglise des moyens nécessaires à la lutte pour la défense de la foi.

Symboles papaux

2) L'infaillibilité pontificale

Il est à noter que le 29 juin 1868, lorsque le pape publie la bulle Aeterni Patris, convoquant ainsi le concile dans la Basilique St Pierre, il n'était même pas question de l'infaillibilité pontificale. En fait, l'objet de la bulle évoquait un programme très large. L'assemblée devait prendre des mesures propres à favoriser le bien de l'Eglise et de la société, en face des dangers du moment. Mais, la question de l'infaillibilité du pape était sur toutes les lèvres. Finalement, les évêques présents au concile obtinrent du pape son inscription à l'ordre du jour.
Il faut bien dire que les temps étaient mûrs pour ce dogme. Les mentalités avaient été préparées à ce dogme en quelque sorte, notamment grâce à un mouvement : les ultramontains. Ce mouvement, né en France au début du XIX
ème siècle, faisait un heureux contrepoids au gallicanisme si cher au clergé français. Les ultramontains défendait la papauté et ses intérêts contre les offensives gallicanistes. L'ampleur que prit ce mouvement en France dans la seconde moitié du XIXème siècle contribua à cette préparation des mentalités face au dogme de l'infaillibilité pontificale.
Un autre facteur qui joua en faveur de cette préparation des mentalités était sans aucun doute la personnalité chaleureuse de Pie IX. De plus, ses malheurs lui attirèrent une sympathie populaire sans précédent dans l'histoire de la papauté. Pie IX y vit un appui providentiel à ses efforts pour renforcer l'autorité du Saint-Siège et ainsi assurer la restauration de la vie religieuse, menacée par la vague montante d'un libéralisme majoritairement anticlérical ;
L'Immaculée Conceptionil encouragea donc, dans cette optique, le mouvement ultramontain et ses idées, notamment celle de l'infaillibilité pontificale. La proclamation par le pape lui-même, en 1854, du dogme de 'l'Immaculée Conception' fut d'ailleurs une manière pour lui d'affirmer le caractère d'infaillibilité attaché au magistère pontifical.
D'un autre côté, l'adhésion au mouvement ultramontain ne fut pourtant pas générale ; en France et en Allemagne, des évêques, des prêtres, des intellectuels lui
Mgr Dupanloupsont opposés, tel Monseigneur Dupanloup, évêque d'Orléans, un libéral longtemps ultramontain qui redoutait maintenant une centralisation romaine excessive et des orientations autoritaires inopportunes. En Allemagne, l'opposition, concentrée dans les milieux universitaires catholiques, avait pour chef de file le théologien Döllinger.
C'était donc dans ce contexte qu'allait s'ouvrir le Concile Vatican I.

3) Le Concile proprement dit :

La cérémonie d'ouverture, le 8 décembre 1869, dans la basilique Saint-Pierre est grandiose et renoue avec les fastes de l'Eglise de jadis : grande messe avec tous les délégués, prière devant l'Evangile, hommage au pape et, pour terminer, le chant du Veni Creator entonné par le pape lui-même. 2 constitutions apostoliques sont adoptées par ce concile interrompu par la guerre franco-allemande de 1870 et jamais relancé par un pape qui, ayant perdu ses Etats pontificaux (1870), se sent définitivement prisonnier de la nouvelle Italie dans son palais du Vatican.
Les 2 constitutions adoptées sont 'Dei Filius', le 20 avril 1870, et, 'Pastor aeternus', le 13 juillet 1870. Cette dernière définissant le dogme de l'infaillibilité pontificale fut adoptée par 553 voix contre 2. La veille du scrutin, 55 évêques (la plupart français), dont Mgr Dupanloup, avaient quitté Rome pour ne pas avoir à voter de manière contraire au souhait du pape.

4) Les conséquences du Concile :

·                  Avec ce concile, la question qui avait surgi au Concile de Constance avec les théories conciliaires, est définitivement traitée. En effet, avec l'accord et l'appui des évêques eux-mêmes, le pape était explicitement reconnu comme autorité suprême de la catholicité.

·                  Ce qui restait de gallicanisme s'est retrouvé comme balayé par le dogme de l'infaillibilité, d'autant que le soutien apporté par la majorité de l'opinion publique à cette décision du Concile était loin d'être négligeable.

·                  Malgré tout, cette décision du Concile sur l'infaillibilité pontificale ne fit pas toute l'unanimité. Un petit nombre de prêtres et de fidèles, à l'instigation de Döllinger, refusèrent de reconnaître le principe de l'infaillibilité du pape. Ce refus entraîna une rupture entre eux et Rome. C'est ainsi que naquit ce que l'on appelle encore aujourd'hui : 'l'Eglise des Vieux Catholiques'. On trouve de ces 'Vieux Catholiques' surtout en Suisse, en Allemagne et en Autriche.

·                  Bien que le Concile ait, en quelque sorte, sauvegardé le pouvoir des évêques en leur reconnaissant le soin de diriger le troupeau confié à leur garde, il faut bien admettre que l'accent mis par Vatican I sur les pouvoirs du pape a créé un déséquilibre dans le gouvernement de l'Eglise en faveur du pape. Celui-ci est non seulement reconnu infaillible dans certains domaines ayant trait à la foi, mais il se voit également doté très officiellement d'un pouvoir plénier et souverain de juridiction sur toute l'Eglise.
Il faudra en fait attendre le second concile du Vatican, un siècle plus tard (1962-1965), pour voir complété et équilibré le rôle de l'épiscopat dans le gouvernement de l'Eglise.

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE

A.            l'adoption, le 20 avril 1870, de la constitution apostolique 'Dei Filius'. Ce document condamne de façon solennelle les attaques modernes contre la foi et la révélation chrétienne (voir 'Les raisons du Concile'). Ce texte est en fait un exposé de la doctrine catholique sur Dieu, la Révélation et la foi, il traite en profondeur des rapports entre la foi et la raison. Ainsi, face aux thèses de la Réforme protestante au XVIèmesiècle, l'Eglise a été amenée à préciser son enseignement sur la foi, notamment au Concile de Trente (voir lien ci-contre). Au Concile de Trente, l'Eglise proclame que la foi est bien un don de la grâce, qu'elle est effectivement le fondement de notre salut, de notre 'justification' devant Dieu ; mais, à l'encontre des protestants, selon lesquels la foi est une pure confiance dans le pardon de Dieu, le Concile de Trente réaffirme que la justification ne se fait pas sans les "oeuvres" et, donc implicitement, sans la raison.
Au Concile Vatican I, avec cette constitution, 'Dei Filius', l'Eglise affirme cette fois-ci explicitement que la foi ne s'oppose en rien à la raison, tout en réagissant à l'excès inverse : La foi n'est pas qu'une adhésion purement rationnelle où la grâce n'interviendrait pas.
Le Concile précise donc que l'acte de foi est en même temps un acte surnaturel, rationnel et volontaire.
Par la même, le fidéisme se trouve récuser. La foi n'est jamais une adhésion purement intuitive, ni une démarche solitaire et individuelle. Elle s'appuie toujours sur l'Écriture sainte et sur la loi de la communauté des croyants : l'Église.

Dans le même ordre d'idée, Vatican I apporte une précision intéressante sur le développement du dogme. Le dogme en tant qu'effort rationnel pour mieux définir la foi est le fruit du mariage de la foi et de la raison, pourtant le dogme n'aboutira jamais à une mise au clair absolue et définitive des 'vérités de la foi'. Ce Concile considère même qu'il est contraire à la foi de prétendre y arriver,

"car par nature les mystères divins surpassent de telle façon la raison créée que même après que ces vérités ont été transmises par la Révélation et qu'elles ont été reçues dans la foi, elles restent cependant recouverte par le voile de la foi elle-même et enveloppées d'ombre aussi longtemps que nous pérégrinons loin du Seigneur dans cette vie mortelle. Car nous cheminons dans la foi, non dans la clarté (cf. 2 Cor 5,6ss)"
Vatican I

Cette citation de Vatican I à propos du dogme est significative du soucis d'équilibre que l'Eglise veut établir entre la foi et la raison.

B.            l'adoption le 13 juillet 1870 de la constitution apostolique 'Pastor aeternus'. Celle-ci rappelle la primauté du pape et définit l'infaillibilité pontificale, définition qu'il vaut mieux reproduire car chaque mot a un sens précis :

EXTRAIT DE PASTOR AETERNUS

A la lecture de cet extrait concernant l'infaillibilité du pape, plusieurs remarques s'imposent. Tout d'abord cette infaillibilité ne s'exerce que dans des conditions précises, rien n'est donc plus faux que de penser que l'infaillibilité du pape signifie que ce dernier est parfait dans tout ce qu'il dit et fait, loin s'en faut, il n'y a qu'à regarder l'histoire de la papauté pour s'en convaincre !
- En premier lieu, c'est à l'Eglise dans son ensemble que, selon la doctrine catholique, s'applique l'assurance d'être assisté par l'Esprit Saint. Elle se réfère, en l'occurrence, à la promesse de Jésus à ses apôtres d'être présent auprès d'eux par l'Esprit Saint après son départ de ce monde, et jusqu'à son retour (jn 14, 8-21). En fait, l'assistance spéciale du Saint-Esprit au pape dans son exercice de pasteur suprême de l'Église découle de l'assistance du Saint-Esprit à toute l'Église. Par cette aide spéciale accordé au pape, cette assistance se manifeste pleinement et visiblement au peuple des croyants. L'infaillibilité du Souverain Pontife c'est comme la concrétisation et la preuve de cette aide de l'Esprit Saint promise par Jésus à toute l'Église
- En second lieu, le domaine auquel s'applique l'assurance de cette infaillibilité est très strictement circonscrit : il s'agit exclusivement de la définition de points de doctrine concernant la foi et la morale en vue d'expliciter le contenu de la Révélation. Se trouve donc exclues de ce domaine, entre autres, les questions de caractère pastoral ou disciplinaire.
- En troisième lieu, la définition ainsi formulée d'un point de doctrine n'a pas pour objet d'innover ou d'ajouter, mais seulement de préciser, clarifier, élucider un aspect de l'enseignement du Christ. - Enfin, cette infaillibilité ne se manifeste que quand le pape parle ex cathedra. Cela veut dire que le pape ne se prononce pas à titre privé, mais expose ou défend la foi catholique comme docteur suprême de l'Eglise universelle, en qui réside d'une façon particulière le charisme de l'infaillibilité de l'Eglise elle-même.
(Lumen Gentium n°25, Vatican II). C'est donc lorsque le pape se prononce de la sorte, qu'il parle ex cathedra, c'est à dire littéralement depuis son siège ou depuis sa chaire, autrement dit en vertu de la mission propre d'enseignement qui a été impartie par le Christ au chef de l'Eglise (Mt 6, 18-19 ; Jn 21, 15-17).
Il convient de préciser que l'Eglise catholique recourt de manière très exceptionnelle à des définitions solennelles relevant du domaine de l'infaillibilité. Les dernières en date sont :

·        en 1854, la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie par Pie IX.

·        en 1870, la proclamation du dogme de l'infaillibilité pontificale par le concile Vatican I sous le pontificat de Pie IX.

·        En 1950, la proclamation du dogme l'Assomption de la Vierge Marie par le pape Pie XII.

En conclusion, cette infaillibilité n'est pas absolue : elle ne s'exerce que dans 2 domaines.
Elle n'est pas personnelle : elle n'est pas un don habituel.
Elle n'est pas séparée, car le pape exerce cette fonction au nom de toute l'Eglise.

Une ultime remarque :
Honorius 1ercertains détracteurs évoquent le cas du pape Honorius 1er comme preuve que le dogme de l'infaillibilité ne peut être fondé. En effet, celui-ci subit l'anathème (= la condamnation) au Concile de Constantinople III, décision confirmée par le pape Léon II. Un pape qui subit l'anathème pour faute doctrinale !!!
Mais de quoi s'agit-il au juste ?
En 634, le patriarche de Constinople Serge expose de manière adroite au pape Honorius la doctrine du monothélisme. Ce dernier, heureux qu'un dénouement ait enfin été trouvé au schisme monophysite, y donna un peu vite son adhésion. Ce pape donna donc son aval à une hérésie !!! On peut tout le moins faire observer que l'intervention d'Honorius n'a pas revêtu les caractères de l'exercice du magistère (= de l'enseignement) extraordinaire couvert par le privilège de l'infaillibilité : une décision doctrinale définitive et obligatoire prononcée 'ex cathedra'
(pour plus de renseignements sur cette 'affaire Honorius', voir le résumé du concile de Constantinople III)..