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LIENS VERS D'AUTRES RESUMES DE CONCILE :
I) Concile
de
Nicée
II) Concile
de
Constantinople
III) Concile
IV) Concile
de
Chalcédoine
V) Concile
de
Constantinople II
VI) Concile
de
Constantinople III
VII) Concile
de
Nicée II
VIII) Concile
de
Constance
IX) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence
X) Concile
de
Latran V
XI) Concile
de
Trente
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I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :
1) Les raisons du Concile :
Depuis le
Concile de Trente (1545-1563), l'Eglise n'avait pas tenu de Concile général
œcuménique, soit depuis 3 siècles ! Il était donc normal que l'Église
ressente le besoin de tirer au clair certains points. A cet égard, un des
problèmes qui contribua le plus à rendre ce concile nécessaire était les
attaques que la Révélation biblique, et plus généralement la Révélation
divine, subissait de la part de critiques modernes. Leur rigueur
'scientifico-historique' appliquée à la révélation biblique et divine n'était
en soi pas mauvaise, mais poussée à l'extrême, elle finissait par nier la
Révélation, gommant toute idée de foi dans la lecture des textes sacrés. Ce
phénomène fut notamment appelé la modernité ou le modernisme.
Face à ces attaques, le pape Pie IX décida donc de convoquer un Concile,
afin de doter l'Eglise des moyens nécessaires à la lutte pour la défense de
la foi.
2) L'infaillibilité pontificale
Il est à noter que le 29 juin 1868, lorsque le pape publie la bulle
Aeterni Patris, convoquant ainsi le concile dans la Basilique St
Pierre, il n'était même pas question de l'infaillibilité pontificale. En
fait, l'objet de la bulle évoquait un programme très large. L'assemblée
devait prendre des mesures propres à favoriser le bien de l'Eglise et de la
société, en face des dangers du moment. Mais, la question de
l'infaillibilité du pape était sur toutes les lèvres. Finalement, les
évêques présents au concile obtinrent du pape son inscription à l'ordre du
jour.
Il faut bien dire que les temps étaient mûrs pour ce dogme. Les mentalités
avaient été préparées à ce dogme en quelque sorte, notamment grâce à un
mouvement : les ultramontains. Ce mouvement, né en France au début du XIXème
siècle, faisait un heureux contrepoids au gallicanisme
si cher au clergé français. Les ultramontains défendait la papauté et ses
intérêts contre les offensives gallicanistes. L'ampleur que prit ce
mouvement en France dans la seconde moitié du XIXème siècle contribua à cette préparation des
mentalités face au dogme de l'infaillibilité pontificale.
Un autre facteur qui joua en faveur de cette préparation des mentalités
était sans aucun doute la personnalité chaleureuse de Pie IX. De plus, ses
malheurs lui attirèrent une sympathie populaire sans
précédent dans l'histoire de la papauté. Pie IX y vit un appui
providentiel à ses efforts pour renforcer l'autorité du Saint-Siège et
ainsi assurer la restauration de la vie religieuse, menacée par la vague
montante d'un libéralisme majoritairement anticlérical ; il encouragea donc, dans cette optique, le
mouvement ultramontain et ses idées, notamment celle de l'infaillibilité
pontificale. La proclamation par le pape lui-même, en 1854, du dogme de 'l'Immaculée
Conception' fut d'ailleurs une manière pour lui d'affirmer le caractère
d'infaillibilité attaché au magistère pontifical.
D'un autre côté, l'adhésion au mouvement ultramontain ne fut pourtant pas
générale ; en France et en Allemagne, des évêques, des prêtres, des
intellectuels lui sont opposés, tel Monseigneur Dupanloup, évêque
d'Orléans, un libéral longtemps ultramontain qui redoutait maintenant une
centralisation romaine excessive et des orientations autoritaires
inopportunes. En Allemagne, l'opposition, concentrée dans les milieux
universitaires catholiques, avait pour chef de file le théologien
Döllinger.
C'était donc dans ce contexte qu'allait s'ouvrir le Concile Vatican I.
3) Le Concile proprement dit :
La cérémonie d'ouverture, le 8 décembre 1869, dans la basilique
Saint-Pierre est grandiose et renoue avec les fastes de l'Eglise de jadis :
grande messe avec tous les délégués, prière devant l'Evangile, hommage au
pape et, pour terminer, le chant du Veni Creator entonné par le pape
lui-même. 2 constitutions apostoliques
sont adoptées par ce concile interrompu par la guerre franco-allemande de
1870 et jamais relancé par un pape qui, ayant perdu ses Etats pontificaux
(1870), se sent définitivement prisonnier de la nouvelle Italie dans son
palais du Vatican.
Les 2 constitutions adoptées sont 'Dei Filius', le 20 avril 1870,
et, 'Pastor aeternus', le 13 juillet 1870. Cette
dernière définissant le dogme de l'infaillibilité pontificale fut adoptée
par 553 voix contre 2. La veille du scrutin, 55 évêques (la plupart
français), dont Mgr Dupanloup, avaient quitté Rome pour ne pas avoir à
voter de manière contraire au souhait du pape.
4) Les conséquences du Concile :
·
Avec ce
concile, la question qui avait surgi au Concile de Constance avec les
théories conciliaires, est définitivement traitée. En effet,
avec l'accord et l'appui des évêques eux-mêmes, le pape était explicitement
reconnu comme autorité suprême de la catholicité.
·
Ce qui
restait de gallicanisme s'est retrouvé comme balayé par le dogme de
l'infaillibilité, d'autant que le soutien apporté par la majorité de
l'opinion publique à cette décision du Concile était loin d'être
négligeable.
·
Malgré tout,
cette décision du Concile sur l'infaillibilité pontificale ne fit pas toute
l'unanimité. Un petit nombre de prêtres et de fidèles, à l'instigation de
Döllinger, refusèrent de reconnaître le principe de l'infaillibilité du
pape. Ce refus entraîna une rupture entre eux et Rome. C'est ainsi que
naquit ce que l'on appelle encore aujourd'hui : 'l'Eglise des Vieux
Catholiques'. On trouve de ces 'Vieux Catholiques' surtout en Suisse, en
Allemagne et en Autriche.
·
Bien que le
Concile ait, en quelque sorte, sauvegardé le pouvoir des évêques en leur
reconnaissant le soin de diriger le troupeau confié à leur garde, il faut
bien admettre que l'accent mis par Vatican I sur les pouvoirs du pape a
créé un déséquilibre dans le gouvernement de l'Eglise en faveur du pape.
Celui-ci est non seulement reconnu infaillible dans certains domaines ayant
trait à la foi, mais il se voit également doté très officiellement d'un
pouvoir plénier et souverain de juridiction sur toute l'Eglise.
Il faudra en fait attendre le second concile du Vatican, un siècle plus
tard (1962-1965), pour voir complété et équilibré le rôle de l'épiscopat
dans le gouvernement de l'Eglise.
II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE
A.
l'adoption,
le 20 avril 1870, de la constitution
apostolique 'Dei Filius'. Ce document condamne de
façon solennelle les attaques modernes contre la foi et la révélation
chrétienne (voir 'Les raisons du Concile'). Ce
texte est en fait un exposé de la doctrine catholique sur Dieu, la
Révélation et la foi, il traite en profondeur des rapports entre la foi et
la raison. Ainsi, face aux thèses de la Réforme protestante au XVIèmesiècle,
l'Eglise a été amenée à préciser son enseignement sur la foi, notamment au
Concile de Trente (voir lien ci-contre). Au Concile de Trente, l'Eglise
proclame que la foi est bien un don de la grâce, qu'elle est effectivement
le fondement de notre salut, de notre 'justification' devant Dieu ; mais, à
l'encontre des protestants, selon lesquels la foi est une pure confiance
dans le pardon de Dieu, le Concile de Trente réaffirme que la justification
ne se fait pas sans les "oeuvres" et, donc implicitement, sans la
raison.
Au Concile Vatican I, avec cette constitution, 'Dei Filius',
l'Eglise affirme cette fois-ci explicitement que la foi ne s'oppose en rien
à la raison, tout en réagissant à l'excès inverse : La foi n'est pas qu'une
adhésion purement rationnelle où la grâce n'interviendrait pas.
Le Concile précise donc que l'acte de foi est en même temps un acte
surnaturel, rationnel et volontaire.
Par la même, le fidéisme
se trouve récuser. La foi n'est jamais une adhésion purement intuitive, ni
une démarche solitaire et individuelle. Elle s'appuie toujours sur
l'Écriture sainte et sur la loi de la communauté des croyants : l'Église.
Dans le même ordre d'idée, Vatican I apporte une précision intéressante
sur le développement du dogme. Le dogme en tant qu'effort rationnel pour
mieux définir la foi est le fruit du mariage de la foi et de la raison,
pourtant le dogme n'aboutira jamais à une mise au clair absolue et
définitive des 'vérités de la foi'. Ce Concile considère même qu'il est
contraire à la foi de prétendre y arriver,
"car par nature les
mystères divins surpassent de telle façon la raison créée que même après
que ces vérités ont été transmises par la Révélation et qu'elles ont été
reçues dans la foi, elles restent cependant recouverte par le voile de la
foi elle-même et enveloppées d'ombre aussi longtemps que nous pérégrinons
loin du Seigneur dans cette vie mortelle. Car nous cheminons dans la foi,
non dans la clarté (cf. 2 Cor 5,6ss)"
Vatican I
Cette citation de Vatican I à propos du dogme est significative du
soucis d'équilibre que l'Eglise veut établir entre la foi et la raison.
B.
l'adoption le
13 juillet 1870 de la constitution apostolique 'Pastor aeternus'.
Celle-ci rappelle la primauté du pape et définit l'infaillibilité
pontificale, définition qu'il vaut mieux reproduire car chaque mot a un
sens précis :
EXTRAIT DE PASTOR AETERNUS
A la lecture de cet extrait concernant l'infaillibilité du pape,
plusieurs remarques s'imposent. Tout d'abord cette infaillibilité ne
s'exerce que dans des conditions précises, rien n'est donc plus faux que de
penser que l'infaillibilité du pape signifie que ce dernier est parfait
dans tout ce qu'il dit et fait, loin s'en faut, il n'y a qu'à regarder
l'histoire de la papauté pour s'en convaincre !
- En premier lieu, c'est à l'Eglise dans son ensemble que, selon la
doctrine catholique, s'applique l'assurance d'être assisté par l'Esprit
Saint. Elle se réfère, en l'occurrence, à la promesse de Jésus à ses
apôtres d'être présent auprès d'eux par l'Esprit Saint après son départ de
ce monde, et jusqu'à son retour (jn 14, 8-21). En fait, l'assistance
spéciale du Saint-Esprit au pape dans son exercice de pasteur suprême de
l'Église découle de l'assistance du Saint-Esprit à toute l'Église. Par
cette aide spéciale accordé au pape, cette assistance se manifeste pleinement
et visiblement au peuple des croyants. L'infaillibilité du Souverain
Pontife c'est comme la concrétisation et la preuve de cette aide de
l'Esprit Saint promise par Jésus à toute l'Église
- En second lieu, le domaine auquel s'applique l'assurance de cette
infaillibilité est très strictement circonscrit : il s'agit exclusivement
de la définition de points de doctrine concernant la foi et la morale en
vue d'expliciter le contenu de la Révélation. Se trouve donc exclues de ce
domaine, entre autres, les questions de caractère pastoral ou
disciplinaire.
- En troisième lieu, la définition ainsi formulée d'un point de doctrine
n'a pas pour objet d'innover ou d'ajouter, mais seulement de préciser,
clarifier, élucider un aspect de l'enseignement du Christ. - Enfin, cette
infaillibilité ne se manifeste que quand le pape parle ex cathedra.
Cela veut dire que le pape ne se prononce pas à titre privé, mais
expose ou défend la foi catholique comme docteur suprême de l'Eglise
universelle, en qui réside d'une façon particulière le charisme de
l'infaillibilité de l'Eglise elle-même. (Lumen Gentium n°25, Vatican II). C'est donc lorsque le pape se prononce de la
sorte, qu'il parle ex cathedra, c'est à dire littéralement depuis
son siège ou depuis sa chaire, autrement dit en vertu de la mission
propre d'enseignement qui a été impartie par le Christ au chef de l'Eglise
(Mt 6, 18-19 ; Jn 21, 15-17).
Il convient de préciser que l'Eglise catholique recourt de manière très
exceptionnelle à des définitions solennelles relevant du domaine de
l'infaillibilité. Les dernières en date sont :
·
en 1854, la
proclamation du dogme de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie par Pie
IX.
·
en 1870, la
proclamation du dogme de l'infaillibilité pontificale par le concile
Vatican I sous le pontificat de Pie IX.
·
En 1950, la
proclamation du dogme l'Assomption de la Vierge Marie par le pape Pie XII.
En conclusion, cette infaillibilité n'est pas absolue : elle ne
s'exerce que dans 2 domaines.
Elle n'est pas personnelle : elle n'est pas un don habituel.
Elle n'est pas séparée, car le pape exerce cette fonction au nom de toute l'Eglise.
Une ultime remarque :
certains détracteurs évoquent le cas du pape Honorius
1er comme preuve que le dogme de l'infaillibilité ne peut
être fondé. En effet, celui-ci subit l'anathème (= la condamnation) au
Concile de Constantinople III, décision confirmée par le pape Léon II. Un
pape qui subit l'anathème pour faute doctrinale !!!
Mais de quoi s'agit-il au juste ?
En 634, le patriarche de Constinople Serge expose de manière adroite au
pape Honorius la doctrine du monothélisme.
Ce dernier, heureux qu'un dénouement ait enfin été trouvé au schisme monophysite,
y donna un peu vite son adhésion. Ce pape donna donc son aval à une hérésie
!!! On peut tout le moins faire observer que l'intervention d'Honorius n'a
pas revêtu les caractères de l'exercice du magistère (= de l'enseignement)
extraordinaire couvert par le privilège de l'infaillibilité : une décision
doctrinale définitive et obligatoire prononcée 'ex cathedra' (pour
plus de renseignements sur cette 'affaire Honorius', voir le résumé du
concile de Constantinople III)..
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