LE CONCILE DE CONSTANTINOPLE II
4 ou 5 mai -
2 juin 553
(Un
bref résumé)
L'empereur Justinien |
PLAN DE L'EXPOSE
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I) LE CONTEXTE HISTORIQUE : Ce concile tranche singulièrement
avec les quatre précédents. En effet, les
quatre conciles Nicée, Constantinople I, Ephèse et Chalcédoine
sont à juste titre considérés comme les conciles fondateurs de l'Eglise en
terme de doctrine. En revanche, le concile de Constantinople II paraît, en
comparaison, bien pâle, pâle en premier lieu du fait de la 'pauvreté' des
décisions prises, notamment au niveau théologique. D'ailleurs, la raison même
de la convocation du concile est révélatrice, puisqu'elle n'est motivée par
aucun élément nouveau. Ce concile ne fut en fait convoqué que par rapport à
des débats théologiques qui avaient déjà été traités par les conciles
d'Éphèse et de Chalcédoine. A) L'empereur Justinien :
Justinien aimait s'entourer d'évêques et de moines avec lesquels il
s'entretenait de théologie. B) L'affaire des 'Trois Chapitres' En 543-544, dans la droite ligne de
la profession de foi imposée par Justinien en 533, ce même Justinien
promulgue un nouvel édit où les Trois Chapitres sont condamnés.
Dans ce montage de textes, il
s'agissait en fait de faire ressortir chez ces auteurs leur hostilité à Théodore de Mopsueste, Théodore de
Cyr et Ibas d'Edesse avait déjà été condamnés lors du "brigandage
d'Ephèse" (449), mais, et c'est là le problème, ils furent
réhabilités au concile de Chalcédoine (551), concile détesté des
monophysites, quoique reconnu 'oecuménique', c'est à dire accepté par tous
les membres de l'Eglise universelle. En réalité, condamner ces trois auteurs,
surtout en rapport avec des Les réactions En Orient même, l'épiscopat accepta
l'édit de Justinien sur les Trois Chapitres, mais sans enthousiasme et
à condition que le pape y souscrivît aussi. Cette position des évêques
orientaux mit Justinien dans l'obligation d'obtenir l'approbation du pape.
Or, en Occident, la contestation se fit virulente face à ce que les évêques
occidentaux, le pape en tête, considéraient comme un désaveu implicite du
concile de Chalcédoine. 3) Le déroulement du concile
Constantinople correspond à l'actuelle Istanbul Ce concile de Constantinople se tint en 553 dans le palais impérial. 168 évêques répondirent à la convocation de l'empereur. La dizaine évêques occidentaux qui y étaient présents était favorable aux édits de Justinien, il faut dire qu'ils avaient été soigneusement choisis par les agents impériaux. Autant dire que le concile ne fut pas représentatif de l'Eglise en son entier. Quant à Vigile, prévoyant la condamnation des Trois Chapitres, il refusa de paraître au concile. Il fut même déposé le 26 mai, sans être excommunié toutefois. II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE§ Le concile, sans surprise, décide de condamner les Trois Chapitres et leurs auteurs. Mais, parallèlement, le concile souligne l'autorité du concile précédent, c'est à dire : le concile de Chalcédoine. Dans la même logique, l'autorité et le charisme dont le pape Léon le Grand fit preuve lors du concile de Chalcédoine sont approuvés et ainsi confirmés. Le concile, dans la droite ligne de sa condamnation des Trois Chapitres, publie alors quatorze anathèmes qui veulent donner le coup de grâce à la doctrine nestorienne. L'origénisme
Le concile en profite également
pour rejeter et condamner l'origénisme, déjà dénoncé par Justinien. § Pour parfaire le tableau brossé d'Origène, il faut signaler que celui-ci était un des plus beaux fleurons de l'école dite "d'Alexandrie". C'est au IIIème siècle que l'école d'Alexandrie commença à rayonner de tout son éclat. Ce centre théologique exercera plusieurs siècles durant, par ses maîtres et ses disciples, un rôle de premier plan dans la pensée de l'Eglise. Le christianisme, venu du monde sémitique, achèvera de s'y couler dans le moule de la culture grecque, et celle-ci de se christianiser à son tour. § La tradition théologique alexandrine est de type spiritualiste et volontiers mystique. Cette théologie ne cessera d'influencer profondément Origène. La théologie alexandrine interprète l'Ecriture Sainte dans un sens plus allégorique que littéral ; c'est la philosophie platonicienne qui la marque. D'où une vision de la création et de l'homme qui aurait tendance à opposer les aspects matériels, considérés comme pervers, et les aspects spirituels ; de là naîtra la réticence à reconnaître dans le Christ une dualité de natures, divine et humaine, réticence qui favorisera l'adhésion de l'Eglise d'Alexandrie au monophysisme au Vème siècle. § En conclusion, on pourra souligner les traits suivants comme ayant particulièrement marquer Origène jusque dans l'origénisme : interprétation de l'Ecriture Sainte dans un sens plus allégorique que littéral, influence platonicienne prononcée (ex : la croyance à la préexistence de l'âme, qui tombe par châtiment dans le corps, cf. ci-dessous) et enfin diabolisation de la matière. Mais qu'est-ce que l'origénisme au juste ?Comme il vient d'être dit, cette doctrine a peut-être été exagérée par les disciples d'Origène. Quoiqu'il en soit, selon le concile de Constantinople II, cette doctrine contenait comme principales erreurs : - une subordination du Fils vis-à-vis du Père et de l'Esprit vis-à-vis du Fils. - la croyance à l'éternité de la matière. - la négation de l'éternité des peines : cette idée est aussi appelée "apocatastase", du grec apocatastasis, qui veut dire "fait de remettre en son premier état", il s'agit en fait de l'opinion selon laquelle les créatures intelligentes sans exception seront un jour participantes au bonheur divin. St Augustin fut le plus vif opposant de cette théorie. - la croyance à la préexistence de l'âme, qui tombe par châtiment dans le corps. L'impact du concile
On peut s'interroger sur la portée
des décisions de ce concile. Justinien considérait Vigile comme déposé à
partir du 26 mai 553. De plus, Vigile, encore une fois, finit par désavouer,
le 22 février 554, ses décisions antérieures concernant les Trois Chapitres.
Ce désaveu était en réalité une approbation par Vigile de la condamnation des
Trois Chapitres, condamnation confirmée par son successeur, le pape
Pélage, élu, sur ordre de Justinien. Ces condamnations prononcées par Vigile,
puis par Pélage, apparurent forcées ou partielles et devaient entraîner de
graves divisions en Occident. La faiblesse de la papauté, qui résulta de ses
abandons devant les demandes de l'empereur, devait affecter le sort de
l'Eglise pendant les trois siècles qui allaient suivre. On peut à cet égard
citer l'exemple du schisme d'Aquilée (Italie du Nord) sous la direction de
l'évêque Paulin. Ce schisme, né de la désapprobation de Paulin face aux
concessions de Vigile sur les Trois Chapitres, se prolongea sous
diverses formes jusqu'à la fin du VIIème siècle ! |




