RETOUR LES 21 CONCILES OECUMENIQUES

LE CONCILE DE CONSTANTINOPLE II

4 ou 5 mai - 2 juin 553
(Un bref résumé)

L'empereur Justinien

PLAN DE L'EXPOSE

I) LE CONTEXTE HISTORIQUE

1) Introduction
2) Les raisons du concile
3) Le déroulement du concile

II) LES DÉCISIONS IMPORTANTES DU CONCILE

(+ l'impact du concile)


LIENS VERS D'AUTRES RESUMES DE CONCILE :


I) Concile
de
Nicée






II) Concile
de
Constantinople






III) Concile







IV) Concile
de
Chalcédoine






V) Concile
de
Constantinople III






VI) Concile
de
Nicée II






VII) Concile
de
Constance






VIII) Concile
de
Bâle-Ferrare-Florence






IX) Concile
de
Latran V






X) Concile
de
Trente






XI) Concile
de
Vatican I


I) LE CONTEXTE HISTORIQUE :

1) Introduction :

Ce concile tranche singulièrement avec les quatre précédents. En effet, les quatre conciles Nicée, Constantinople I, Ephèse et Chalcédoine sont à juste titre considérés comme les conciles fondateurs de l'Eglise en terme de doctrine. En revanche, le concile de Constantinople II paraît, en comparaison, bien pâle, pâle en premier lieu du fait de la 'pauvreté' des décisions prises, notamment au niveau théologique. D'ailleurs, la raison même de la convocation du concile est révélatrice, puisqu'elle n'est motivée par aucun élément nouveau. Ce concile ne fut en fait convoqué que par rapport à des débats théologiques qui avaient déjà été traités par les conciles d'Éphèse et de Chalcédoine.
En définitive, ce concile marque, sur le plan théologique, une ère nouvelle dans l'Eglise : les débats ou décisions prises auront désormais une importance plus ou moins relative, dans la mesure où les conciles n'aborderont plus réellement des points fondamentaux tels que la Trinité et la nature de Dieu, l'Esprit Saint, ou bien encore, la nature divine et humaine du Christ.

2) Les raisons du concile :

A) L'empereur Justinien :

L'empereur JustinienJustinien, comme tous les empereurs Byzantins depuis Constantin le Grand - premier empereur romain sympathisant du christianisme - n'imaginait pas qu'il puisse rester en dehors des affaires de l'Eglise, d'où sa volonté d'être perçu comme le défenseur de l'unité de l'Eglise. Ce désir amena Justinien à élargir sa vaste œuvre de législation au domaine religieux. C'est ainsi qu'il se fixa comme but de rétablir l'unité religieuse en luttant contre les païens, les juifs et les hérétiques, tout un programme !
Dans la préface du Code législatif, dit Code justinien, on peut donc, assez logiquement, lire :

Les empereurs n'ont rien de plus à cœur que l'honnêteté des clercs et la vérité des dogmes.

Justinien aimait s'entourer d'évêques et de moines avec lesquels il s'entretenait de théologie.
Mais, Théodora, moins éblouie que Justinien par le mirage de l'Occident, comprenait bien que les provinces orientales représentaient la force de l'empire, c'est d'ailleurs ce qui explique sa volonté d'user de son influence en faveur des monophysites, toujours bien présents et influents en Orient. Elle les protégeait et poussait l'empereur à faire des concessions dans l'espoir de les réconcilier avec l'Eglise. Ainsi, poussé par Théodora, séduit à son tour par une politique d'union, Justinien imposa, en 533, une profession de foi susceptible de satisfaire les monophysites ; il passait sous silence le concile de Chalcédoine où les deux natures du Christ - humaine et divine - avaient pourtant été clairement définies
L'impératrice Théodoraen opposition au monophysisme.
C'est dans ce contexte politique assez mouvementé que va naître, dix ans plus tard, une affaire qui justifiera la convocation d'un concile oecuménique par l'empereur Justinien.

B) L'affaire des 'Trois Chapitres'

En 543-544, dans la droite ligne de la profession de foi imposée par Justinien en 533, ce même Justinien promulgue un nouvel édit où les Trois Chapitres sont condamnés.
Les écrits regroupés sous le titre de Trois Chapitres sont en fait un montage de passages ou chapitres qui avaient été composés par des auteurs du Vème siècle que l'on suspectait de Nestorianisme. Ces auteurs étaient Théodore de Mopsueste, maître de Nestorius, Théodore(t) de Cyr, ami de Nestorius et Ibas d'Edesse, leur disciple, ces trois évêques étaient morts un siècle auparavant dans la communion de l'Eglise, il faut le préciser.

St Cyrille d'Alexandrie

Dans ce montage de textes, il s'agissait en fait de faire ressortir chez ces auteurs leur hostilité à St Cyrille d'Alexandrie, grand ennemi des Nestoriens. Bien que St Cyrille, docteur de l'Eglise, ne proférât jamais de doctrine qui auraient pu laisser penser, de près ou de loin, qu'il était à l'origine directe de l'hérésie contraire au Nestorianisme : le monophysisme, il était tenu en grande estime par les monophysites, dont certains reconnaissait même en lui leur inspirateur ! Cette vénération d'un grand nombre de monophysites pour St Cyrille venait sans doute de l'opposition claire et nette que celui-ci manifesta à Nestorius, honni des monophysites. Leur haine pour Nestorius n'était d'ailleurs guère surprenante puisque ils élaborèrent leur doctrine précisément en réaction aux idées défendues par ce dernier.

Théodore de Mopsueste, Théodore de Cyr et Ibas d'Edesse avait déjà été condamnés lors du "brigandage d'Ephèse" (449), mais, et c'est là le problème, ils furent réhabilités au concile de Chalcédoine (551), concile détesté des monophysites, quoique reconnu 'oecuménique', c'est à dire accepté par tous les membres de l'Eglise universelle. En réalité, condamner ces trois auteurs, surtout en rapport avec des La foi allant son chemin dans l'ordinaire de la vie de l'Egliseécrits comme les Trois Chapitres, dont le montage fut précisément concocté pour mettre l'accent sur le côté anti-monophysite des auteurs, équivalait à réhabiliter plus ou moins clairement le monophysisme, en contradiction flagrante avec le concile oecuménique de Chalcédoine !

Les réactions

En Orient même, l'épiscopat accepta l'édit de Justinien sur les Trois Chapitres, mais sans enthousiasme et à condition que le pape y souscrivît aussi. Cette position des évêques orientaux mit Justinien dans l'obligation d'obtenir l'approbation du pape. Or, en Occident, la contestation se fit virulente face à ce que les évêques occidentaux, le pape en tête, considéraient comme un désaveu implicite du concile de Chalcédoine.
Au vu de cette forte résistance, Justinien choisit la force et fit enlever, puis séquestrer, le pape Vigile. Cette séquestration à Constantinople dura en tout et pour tout 7 ans ! Mais la venue forcée de Vigile ne régla pas tout. Il fut certes contraint de céder à la volonté de l'empereur en condamnant les Trois Chapitres, mais, devant la vague de protestation des évêques occidentaux,
La Basilique de Saints-Pierre-et-Paulil n'hésita pas à se rétracter dès qu'il apprit le décès de Théodora. Il dut ensuite se réfugier dans la Basilique de Saints-Pierre-et-Paul, où il fut presque arraché de l'autel. Il passa alors le Bosphore pour se réfugier à Chalcédoine. Dans cette ville, le pape s'opposa ouvertement dans son encyclique du 5 février 552 au second édit que l'empereur avait publié en juin 552 pour confirmer l'édit de 544, celui-là même qui avait condamné les Trois Chapitres. Pour finir, Vigile fut ramené à Constantinople, et là, il se vit forcer de céder à nouveau, sans donner toutefois pleine et entière satisfaction à Justinien.
Conscient des remous causés par cette affaire des Trois Chapitres, Justinien prit le parti de pousser jusqu'au bout la logique de l'interventionnisme impérial, que l'on appelle césaro-papisme en raison de la volonté de l'empereur d'assumer en matière religieuse le rôle normalement dévolu au pape. Cet interventionnisme se traduisit, en l'occurrence, par la convocation, sur les ordres de Justinien, du 5ème concile œcuménique, qui devait se tenir à Constantinople.

3) Le déroulement du concile

Istanboul by night

Constantinople correspond à l'actuelle Istanbul

Ce concile de Constantinople se tint en 553 dans le palais impérial. 168 évêques répondirent à la convocation de l'empereur. La dizaine évêques occidentaux qui y étaient présents était favorable aux édits de Justinien, il faut dire qu'ils avaient été soigneusement choisis par les agents impériaux. Autant dire que le concile ne fut pas représentatif de l'Eglise en son entier.

Quant à Vigile, prévoyant la condamnation des Trois Chapitres, il refusa de paraître au concile. Il fut même déposé le 26 mai, sans être excommunié toutefois.

II) LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE

§     Le concile, sans surprise, décide de condamner les Trois Chapitres et leurs auteurs. Mais, parallèlement, le concile souligne l'autorité du concile précédent, c'est à dire : le concile de Chalcédoine. Dans la même logique, l'autorité et le charisme dont le pape Léon le Grand fit preuve lors du concile de Chalcédoine sont approuvés et ainsi confirmés. Le concile, dans la droite ligne de sa condamnation des Trois Chapitres, publie alors quatorze anathèmes qui veulent donner le coup de grâce à la doctrine nestorienne.

L'origénisme

Origène

Le concile en profite également pour rejeter et condamner l'origénisme, déjà dénoncé par Justinien.
L'origénisme est, à proprement parler, la doctrine qui fut élaborée par Origène et ses disciples. En fait, l'homme Origène lui-même fait plutôt l'unanimité, personne n'a jamais vraiment songé à contester sa vertu, ses vastes connaissances, sa puissance de travail, son habilité dialectique ou bien encore sa volonté de rester dans l'orthodoxie de la foi de l'Eglise. C'est en réalité la doctrine plus ou moins légitiment tirée de ses écrits par ses disciples (= l'origénisme) qui posa problème.

§     Pour parfaire le tableau brossé d'Origène, il faut signaler que celui-ci était un des plus beaux fleurons de l'école dite "d'Alexandrie". C'est au IIIème siècle que l'école d'Alexandrie commença à rayonner de tout son éclat. Ce centre théologique exercera plusieurs siècles durant, par ses maîtres et ses disciples, un rôle de premier plan dans la pensée de l'Eglise. Le christianisme, venu du monde sémitique, achèvera de s'y couler dans le moule de la culture grecque, et celle-ci de se christianiser à son tour.

§     La tradition théologique alexandrine est de type spiritualiste et volontiers mystique. Cette théologie ne cessera d'influencer profondément Origène. La théologie alexandrine interprète l'Ecriture Sainte dans un sens plus allégorique que littéral ; c'est la philosophie platonicienne qui la marque. D'où une vision de la création et de l'homme qui aurait tendance à opposer les aspects matériels, considérés comme pervers, et les aspects spirituels ; de là naîtra la réticence à reconnaître dans le Christ une dualité de natures, divine et humaine, réticence qui favorisera l'adhésion de l'Eglise d'Alexandrie au monophysisme au Vème siècle.

§     En conclusion, on pourra souligner les traits suivants comme ayant particulièrement marquer Origène jusque dans l'origénisme : interprétation de l'Ecriture Sainte dans un sens plus allégorique que littéral, influence platonicienne prononcée (ex : la croyance à la préexistence de l'âme, qui tombe par châtiment dans le corps, cf. ci-dessous) et enfin diabolisation de la matière.

Mais qu'est-ce que l'origénisme au juste ?

Comme il vient d'être dit, cette doctrine a peut-être été exagérée par les disciples d'Origène. Quoiqu'il en soit, selon le concile de Constantinople II, cette doctrine contenait comme principales erreurs :

-         une subordination du Fils vis-à-vis du Père et de l'Esprit vis-à-vis du Fils.

-         la croyance à l'éternité de la matière.

-         la négation de l'éternité des peines : cette idée est aussi appelée "apocatastase", du grec apocatastasis, qui veut dire "fait de remettre en son premier état", il s'agit en fait de l'opinion selon laquelle les créatures intelligentes sans exception seront un jour participantes au bonheur divin. St Augustin fut le plus vif opposant de cette théorie.

-         la croyance à la préexistence de l'âme, qui tombe par châtiment dans le corps.

L'impact du concile

Vigile

On peut s'interroger sur la portée des décisions de ce concile. Justinien considérait Vigile comme déposé à partir du 26 mai 553. De plus, Vigile, encore une fois, finit par désavouer, le 22 février 554, ses décisions antérieures concernant les Trois Chapitres. Ce désaveu était en réalité une approbation par Vigile de la condamnation des Trois Chapitres, condamnation confirmée par son successeur, le pape Pélage, élu, sur ordre de Justinien. Ces condamnations prononcées par Vigile, puis par Pélage, apparurent forcées ou partielles et devaient entraîner de graves divisions en Occident. La faiblesse de la papauté, qui résulta de ses abandons devant les demandes de l'empereur, devait affecter le sort de l'Eglise pendant les trois siècles qui allaient suivre. On peut à cet égard citer l'exemple du schisme d'Aquilée (Italie du Nord) sous la direction de l'évêque Paulin. Ce schisme, né de la désapprobation de Paulin face aux concessions de Vigile sur les Trois Chapitres, se prolongea sous diverses formes jusqu'à la fin du VIIème siècle !
En outre, le concile ne donna pas les résultats escomptés par Justinien. En effet, les divisions qui motivèrent la convocation de ce concile par Justinien ne furent en rien atténuées. Ce concile voulu par l'empereur ne donnait pas satisfaction aux monophysites, ils s'accrochèrent alors à leur hérésie, refusant de rentrer dans le rang, c'est ainsi que les Coptes d'Egypte et les Jacobites de Syrie jugèrent toutes les mesures prises par le concile insuffisantes, notamment par rapport au concile de Chalcédoine, qui, selon eux, aurait dû être condamné. Justinien se vit donc contraint de reprendre sa politique de persécutions contre les monophysites !