30 septembre 1938

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Les baladins, par Pablo Picasso (Espagne et France 1881-1973), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Les accords de Munich

 Les grandes étapes de la vie de Hitler

20 avril 1889: naissance de Hitler

27 février 1933: incendie du Reichstag

8 juillet 1933: Concordat

14 juillet 1933: loi sur la stérilisation des handicapés

30 juin 1934: la "Nuit des longs couteaux

15 septembre 1935: premières lois antisémites

12 mars 1938: Anschluss de l'Autriche

30 septembre 1938: les accords de Munich

9 novembre 1938: la "Nuit de Cristal"

1er septembre 1939: invasion de la Pologne; début de la seconde guerre mondiale

10 mai 1940: invasion de la Belgique

24 octobre 1940: rencontre de Montoire

20 janvier 1942: la "Solution finale"

20 juillet 1944: attentat contre Hitler
 

Le 30 septembre 1938, le français Daladier, le britannique Chamberlain et l'italien Mussolini signent avec Hitler les accords de Munich.

Conférence de la dernière chance

Ayant annexé l'Autriche en mars de la même année, le dictateur allemand veut poursuivre son avantage et se propose d'ajouter au Reich les territoires périphériques de la petite Tchécoslovaquie.

Il justifie cette nouvelle revendication par le fait que ces territoires des Monts Sudètes sont majoritairement peuplés d'Allemands.

Hitler envisage froidement de faire la guerre à la malheureuse Tchécoslovaquie. Il fixe même une date pour cela, le 1er octobre 1938, et en attendant, multiplie les troubles dans les Sudètes.

Mais beaucoup d'Allemands gardent un amer souvenir du désastre de 1918 et rechignent à une entrée en guerre. Les principaux conseillers du Führer et les chefs militaires sont eux-mêmes réticents.

D'un autre côté, la France, bien qu'alliée de la Tchécoslovaquie dans le cadre de la Petite Entente, n'a aucune envie de défendre les armes à la main l'intégrité de ce petit pays.

Elle doute de la capacité de son armée à affronter l'armée allemande, moderne et pleine d'allant - à en juger du moins par la propagande nazie -.

Le Premier ministre britannique, Neville Chamberlain, inconscient des réalités internationales, croit que l'on sauvegardera la paix en multipliant les gestes d'apaisement envers Hitler, et pourquoi pas? en lui offrant quelques colonies africaines.

Pour couper court aux bruits de guerre, il rend visite à Hitler à Berchtesgaden le 15 septembre puis à Godesberg le 22 septembre. Les chancelleries s'agitent de leur côté, ne sachant sur quel pied danser.

Hitler est ébranlé par les hésitations de ses proches et les réticences de l'opinion publique mais il s'accroche à son projet de guerre car il est porté par la volonté de défaire le Diktat de Versailles du 28 juin 1919 et par la conviction d'être protégé par une bonne étoile.

C'est finalement son allié et féal, le dictateur italien Benito Mussolini, qui le sort de l'impasse en proposant une conférence internationale de la dernière chance.

Faillite politique

La conférence s'ouvre le 27 septembre à Munich.

En son for intérieur, le Président du conseil français, Édouard Daladier, se refuse à faire la moindre concession à Hitler. Il sait que ce serait l'encourager à émettre de nouvelles revendications, jusqu'au moment où il se sentirait militairement assez fort pour engager la guerre contre les démocraties.

Mais Daladier est aussi sensible à la pression de l'opinion pacifiste, majoritaire en France. Le très influent secrétaire général du Quai d'Orsay, Alexis Léger, lui a remis un mot: «Rien d'irréparable avec M. Hitler». Alexis Léger, plus connu sous son pseudonyme de poète, Saint-John Perse, recevra plus tard le Prix Nobel de littérature.

Au bord de l'épuisement, Daladier finit par négocier un compromis habilement présenté par Mussolini. La Tchécoslovaquie est ainsi abandonnée aux nazis, dans une illusoire tentative de prolonger la paix en Europe. Elle est tenue d'évacuer les Sudètes dans les dix jours et de démanteler ses forteresses de la frontière.

Dès le lendemain, l'armée allemande pénètre en Tchécoslovaquie et annexe les Sudètes. Hitler rectifie de son propre chef les frontières du petit pays en attendant de le conquérir tout entier. 

Chacun s'attend à ce que vienne ensuite le tour de démembrer la Pologne, sur laquelle Hitler émet aussi des revendications.

Quelques jours plus tard, Hitler, affecté par les réticences de la majorité de ses sujets allemands à l'égard de sa politique de grandeur, décide de briser leurs consciences. C'est la «Nuit de Cristal».

Le 15 avril de l'année suivante, profitant du trouble des démocrates occidentaux, il achève l'occupation de la Tchécoslovaquie. Il transforme la Bohème-Moravie en un protectorat du Reich. Il transforme par ailleurs la Slovaquie en un pays indépendant et vassal du Reich. C'est la première fois qu'un État européen est ainsi asservi et réduit à l'état de colonie.

Défaite des démocraties

L'opinion publique des pays démocratiques est à la fois troublée et soulagée par les accords de Munich. Neville Chamberlain, toujours plein d'illusions, n'hésite pas à affirmer que le Führer «est un homme sur qui l'on peut l'on compter lorsqu'il a engagé sa parole».

En France, au lendemain des accords de Munich, tous les journaux titrent à la une: La Paix!

Daladier est accueilli à son retour au Bourget par une foule en délire. Amer et lucide, il murmure entre ses dents: «Les cons. Les cons, ils ne savent pas ce qui les attend».

À la Chambre où siège une majorité de gauche élue sous l'étiquette du Front Populaire, il ne se trouvera que trois députés pour dire «non» aux accords de Munich. Le premier, Gabriel Péri, est un communiste qui ne supportera pas l'alliance, quelques mois plus tard, de Hitler et de Staline. Il sera fusillé comme résistant par les Allemands en 1941.

Le second est un député de droite et un ancien héros de la Grande Guerre, Kérillis. Dès juin 1940, il rejoindra Londres pour continuer la lutte mais se fâchera avec le clan gaulliste et finira sa vie aux États-Unis.

Le troisième, Jean Bouhey, est un obscur député socialiste de la Côte-d'Or. Il renoncera à son mandat dès le début de la guerre, en 1939, pour s'engager comme capitaine... Au nom du Parti socialiste, l'illustre Léon Blum approuve non sans trouble les accords de Munich.

En Angleterre, il ne se trouvera qu'un homme de l'opposition pour dénoncer publiquement les dangers du défaitisme. C'est Winston Churchill qui déclarera après Munich: «Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre».

Le vieux trublion entrera deux ans plus tard, le 10 mai 1940 au 10, Downing Street, la résidence du Premier ministre, pour relancer la guerre contre Hitler avec toute l'énergie nécessaire.

Les accords de Munich sont devenus non sans raison le symbole de la lâcheté politique. Ils représentent l'attitude à éviter chaque fois qu'un dictateur émet des prétentions injustifiées.
 

Mise à jour le 23 février 2003