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Le 30 septembre 1938, le
français Daladier, le britannique Chamberlain et l'italien Mussolini signent avec Hitler
les accords de Munich.
Conférence de la dernière
chance
Ayant annexé l'Autriche en mars de la même année, le
dictateur allemand veut poursuivre son avantage et se propose d'ajouter au Reich
les territoires périphériques de la petite Tchécoslovaquie.
Il justifie cette nouvelle revendication par le fait que ces territoires des Monts
Sudètes sont majoritairement peuplés d'Allemands.
Hitler envisage froidement de faire la guerre à la malheureuse Tchécoslovaquie. Il fixe
même une date pour cela, le 1er octobre 1938, et en attendant, multiplie les troubles
dans les Sudètes.
Mais beaucoup d'Allemands gardent un amer souvenir du désastre de 1918 et
rechignent à une entrée en guerre. Les principaux conseillers du Führer et les
chefs militaires sont eux-mêmes réticents.
D'un autre côté, la France, bien qu'alliée de la Tchécoslovaquie dans le cadre de la
Petite Entente, n'a aucune envie de défendre les armes à la main l'intégrité de ce
petit pays.
Elle doute de la capacité de son armée à affronter l'armée allemande, moderne et
pleine d'allant - à en juger du moins par la propagande nazie -.
Le Premier ministre britannique, Neville Chamberlain, inconscient des réalités
internationales, croit que l'on sauvegardera la paix en multipliant les gestes
d'apaisement envers Hitler, et pourquoi pas? en lui offrant quelques colonies africaines.
Pour couper court aux bruits de guerre, il rend visite à Hitler à Berchtesgaden le 15
septembre puis à Godesberg le 22 septembre. Les chancelleries s'agitent de leur côté,
ne sachant sur quel pied danser.
Hitler est ébranlé par les hésitations de ses proches et les réticences de l'opinion
publique mais il s'accroche à son projet de guerre car il est porté par la volonté de
défaire le Diktat de Versailles du 28 juin 1919
et par la conviction d'être protégé par une bonne étoile.
C'est finalement son allié et féal, le dictateur italien Benito Mussolini, qui le sort
de l'impasse en proposant une conférence internationale de la dernière chance.
Faillite politique
La conférence s'ouvre le 27 septembre à Munich.
En son for intérieur, le Président du conseil français, Édouard Daladier, se refuse à
faire la moindre concession à Hitler. Il sait que ce serait l'encourager à émettre de
nouvelles revendications, jusqu'au moment où il se sentirait militairement assez fort
pour engager la guerre contre les démocraties.
Mais Daladier est aussi sensible à la pression de l'opinion pacifiste, majoritaire en
France. Le très influent secrétaire général du Quai d'Orsay, Alexis Léger, lui a
remis un mot: «Rien d'irréparable avec M. Hitler». Alexis Léger, plus connu
sous son pseudonyme de poète, Saint-John Perse, recevra plus tard le Prix Nobel de
littérature.
Au bord de l'épuisement, Daladier finit par négocier un compromis habilement présenté
par Mussolini. La Tchécoslovaquie est ainsi abandonnée aux nazis, dans une illusoire
tentative de prolonger la paix en Europe. Elle est tenue d'évacuer les Sudètes dans les
dix jours et de démanteler ses forteresses de la frontière.
Dès le lendemain, l'armée allemande pénètre en Tchécoslovaquie et annexe les
Sudètes. Hitler rectifie de son propre chef les frontières du petit pays en attendant de
le conquérir tout entier.
Chacun s'attend à ce que vienne ensuite le tour de démembrer la Pologne, sur laquelle
Hitler émet aussi des revendications.
Quelques jours plus tard, Hitler, affecté par les réticences de la majorité de ses
sujets allemands à l'égard de sa politique de grandeur, décide de briser leurs
consciences. C'est la «Nuit de Cristal».
Le 15 avril de l'année suivante, profitant du trouble des démocrates occidentaux, il
achève l'occupation de la Tchécoslovaquie. Il transforme la Bohème-Moravie en un
protectorat du Reich. Il transforme par ailleurs la Slovaquie en un pays indépendant et
vassal du Reich. C'est la première fois qu'un État européen est ainsi asservi et
réduit à l'état de colonie.
Défaite des démocraties
L'opinion publique des pays démocratiques est à la fois troublée et soulagée par les
accords de Munich. Neville Chamberlain, toujours plein d'illusions, n'hésite pas à
affirmer que le Führer «est un homme sur qui l'on peut l'on compter lorsqu'il
a engagé sa parole».
En France, au lendemain des accords de Munich, tous les journaux titrent à la une: La
Paix!
Daladier est accueilli à son retour au Bourget par une foule en délire. Amer et lucide,
il murmure entre ses dents: «Les cons. Les cons, ils ne savent pas ce qui les
attend».
À la Chambre où siège une majorité de gauche élue sous l'étiquette du Front
Populaire, il ne se trouvera que trois députés pour dire «non» aux accords de
Munich. Le premier, Gabriel Péri, est un communiste qui ne supportera pas l'alliance, quelques mois plus tard, de Hitler et de Staline.
Il sera fusillé comme résistant par les Allemands en
1941.
Le second est un député de droite et un ancien héros de la Grande Guerre, Kérillis.
Dès juin 1940, il rejoindra Londres pour continuer la lutte mais se fâchera avec le clan
gaulliste et finira sa vie aux États-Unis.
Le troisième, Jean Bouhey, est un obscur député socialiste de la Côte-d'Or. Il
renoncera à son mandat dès le début de la guerre, en 1939, pour s'engager comme
capitaine... Au nom du Parti socialiste, l'illustre Léon Blum approuve non sans trouble
les accords de Munich.
En Angleterre, il ne se trouvera qu'un homme de l'opposition pour dénoncer publiquement
les dangers du défaitisme. C'est Winston Churchill qui
déclarera après Munich: «Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils
auront le déshonneur et la guerre».
Le vieux trublion entrera deux ans plus tard, le 10 mai 1940 au 10, Downing Street, la
résidence du Premier ministre, pour relancer la guerre contre Hitler avec toute
l'énergie nécessaire.
Les accords de Munich sont devenus non sans raison le symbole de la lâcheté politique.
Ils représentent l'attitude à éviter chaque fois qu'un dictateur émet des prétentions
injustifiées. |
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