|
«Il n'y a plus de Dieu ni de tsar!» (traduction
française)
Ainsi s'exclama le pope révolutionnaire lorsque l'armée tsariste mitrailla une foule
pacifique de 100.000 manifestants qui désiraient remettre une requête au tsar Nicolas II
dans son Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg.
Ce dimanche sanglant du 22 janvier 1905 marqua le début
de la première révolution russe.
| Charles Péguy |
(1873-1914) |
«En temps de guerre, il n'y a qu'une politique et
c'est la politique de la Convention Nationale. Mais il ne faut pas se dissimuler que la
politique de la Convention Nationale, c'est Jaurès dans une charrette et un roulement de
tambour pour couvrir cette grande voix»
Poète lyrique, catholique fervent et socialiste convaincu, défenseur d'Alfred Dreyfus,
Charles Péguy fut aussi un nationaliste guerrier comme beaucoup de républicains de la Belle
Epoque. Ses écrits ci-dessus, qui datent de 1913, témoignent de l'exaltation qui
allait conduire l'Europe à la guerre suicidaire de 1914-1918.
Le leader socialiste Jean Jaurès est assassiné pour cause de pacifisme le 31 juillet
1914 à la veille de l'entrée en guerre de la France... Charles Péguy tombe quelques
semaines plus tard au champ d'honneur.
| Sir Herbert Asquith |
(1852-1928) |
«We had better wait and see» (en anglais)
«Nous ferions mieux d'attendre et voir» (traduction française)
Chef du parti libéral (whig) et Premier ministre du Royaume-Uni au début de la
Grande Guerre, Herbert Asquith se montra d'une modération inappropriée à la conduite
des opérations militaires et dut céder la place à David Lloyd George en décembre 1916.
Il n'en fut pas moins anobli après la Guerre et devint lord Herbert Asquith, 1er comte
d'Oxford.
La célèbre expression «wait and see», représentative de la méthode Asquith,
a été prononcée en 1910 dans le cadre d'un débat sur une loi de finances.
| Sir Edward Grey |
(1862-1933) |
«The lamps are going out all over Europe... We shall
not see them lit again in our lifetime» (en anglais)
«Les lampes s'éteignent dans toute l'Europe... Nous ne les reverrons pas s'allumer de
notre vivant» (traduction française)
Ministre britannique des Affaires étrangères dans le gouvernement Asquith, à la veille
de la première guerre mondiale, Edward Grey témoigne d'une grande lucidité face à la
montée des menaces sur le continent.
Après l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à
Sarajevo, il s'efforce de calmer le jeu, ce qui donne à l'empereur d'Allemagne
l'impression que le Royaume-Uni n'est pas disposé à le combattre et l'encourage dans ses
menées bellicistes. au début de la Grande Guerre, Herbert Asquith se montra d'une
modération inappropriée à la conduite des opérations militaires et dut céder la place
à David Lloyd George en décembre 1916. Il n'en fut pas moins anobli après la Guerre et
devint lord Herbert Asquith, 1er comte d'Oxford.
La célèbre expression «wait and see», représentative de la méthode Asquith,
a été prononcée en 1910 dans le cadre d'un débat sur une loi de finances.
| Theobald von Bethmann-Hollweg |
(1856-1921) |
«Fetzen Papier!» (en allemand)
«Chiffon de papier!» (traduction française)
Affirmation de Theobald von Bethmann-Hollweg, chancelier du Reich allemand, en
août 1914, lorsqu'il se vit rappeler que la Prusse avait garanti la neutralité belge lors du protocole de Londres du 20 février
1831.
Après l'attentat de Sarajevo, croyant que l'Angleterre
resterait quoi qu'il advienne à l'écart d'un conflit continental, le chancelier avait
encouragé l'empereur allemand à déclarer la guerre à la Russie le 1er août 1914.
Le plan mis au point par l'état-major allemand prévoyait de tourner les défenses
françaises par la plaine belgo-flamande (général Moltke). Les conséquences de
l'invasion de la Belgique furent une pression allemande inattendue en Artois et Picardie,
heureusement contenue par l'offensive de Joffre sur la Marne, mais aussi l'entrée en
guerre de l'Angleterre, qui avait adopté jusque-là une prudente expectative (G V-D).
| Raymond Poincaré |
(1860-1934) |
«La mobilisation n'est pas la guerre!»
Déclaration aventurée de Raymond Poincaré, président de la République française,
lors de la mobilisation générale décrétée le 1er
août 1914 par solidarité avec l'Empire russe.
«On les aura!»
Conclusion de l'ordre du jour du 10 avril 1916,
signé Pétain.
Le maréchal allemand von Falkenhayn avait massé autour de la forteresse de Verdun des forces d'artillerie (plus de mille pièces de gros
calibre) et d'assaut considérables sans éveiller l'attention de l'état-major français.
L'attaque commença le 21 février 1916 au fort de Douaumont. Le général Pétain, qui
commandait la IIe armée française, attacha son nom à la défense de Verdun.
Vingt ans plus tard, le gouvernement Laval de l'État français présidé par le même
Pétain promulga une série de lois discriminatoires vis-à-vis des citoyens israélites.
L'écrivain Tristan Bernard (1866-1947) quitta alors Paris pour la zone libre en
grommelant: «Les Allemands, on disait - On les aura, on les aura! -Eh bien, ça y
est, on les a!» (G V-D).
| Guillaume II de Hohenzollern |
(1856-1951) |
«Ich habe es nicht gewollt» (en allemand)
«Je n'ai pas voulu cela» (traduction française)
Épigramme sur la grille de la cheminée du château du Haut-Koenigsbourg, en
Haute-Alsace.
L'empereur d'Allemagne aurait laissé ce regret lors de sa dernière visite en avril 1918,
alors que l'entrée en guerre des États-Unis (2 avril 1917) et leur engagement croissant
rendaient inévitable un échec des empires centraux.
Le rôle personnel du Kaiser dans la déclaration de guerre est diversement
apprécié. Il avait congédié Bismarck et engagé une politique expansionniste, soutenue
par une marine de guerre menaçante pour l'Amirauté britannique.
En juillet 1914, après l'attentat de Sarajevo, le
chancelier Bethmann-Hollweg joua un rôle modérateur auprès de l'empereur. Au contraire,
le comte Berchtold, ministre des affaires étrangères à Vienne, y vit l'occasion d'en
finir avec la Serbie.
Guillaume II télégraphia à l'empereur d'Autriche-Hongrie François-Joseph que «l'Allemagne
se tiendrait en toutes circonstances aux côtés de l'Autriche-Hongrie». L'Autriche
déclara la guerre à la Serbie le 28 juillet, l'Allemagne à la Russie le 1er, puis à la
France le 3 août 1914 (G V-D).
| Joseph Staline |
(1879-1953) |
«Le pape? Combien de divisions?»
En mai 1935, Pierre Laval se rend à Moscou pour
convaincre Staline, le dictateur de l'URSS, du bien-fondé d'une alliance entre la France
et l'URSS pour prévenir la menace que fait peser l'arrivée de Hitler à la tête de
l'Allemagne.
Staline et son ministre des Affaires étrangères, Molotov, interrogent leur interlocuteur
sur l'importance des effectifs de l'armée française sur le front occidental: combien de
divisions la France possède-t-elle? Quelle est la durée du service militaire?...
Ces questions ayant été élucidées, Laval demande à son tour: «Ne pourriez-vous
faire quelque chose, en Russie, en faveur de la religion et des catholiques? Cela
m'aiderait tellement auprès du pape!» «Oh! oh! fit Staline, le pape!
De combien de divisions dispose-t-il, lui?» (d'après les Mémoires de
Winston Churchill).
«Si la juiverie internationale devait réussir, en
Europe ou ailleurs, à précipiter les nations dans une guerre mondiale, il en
résulterait, non pas la bolchevisation de l'Europe et la victoire du Judaïsme, mais
l'extermination de la race juive.»
Hitler prononce cette déclaration publique le 3 janvier
1939 ainsi que le rappelle L. Poliakov («Le Bréviaire de la Haine», Paris,
1951). Pour la première fois, à cette occasion, le dictateur nazi exprime ouvertement
son intention d'exterminer les Juifs. Jusque-là, ses partisans s'en sont tenus à
l'égard des juifs allemands à des pogroms, des
brimades, des violences localisées et des spoliations.
Devant l'imminence d'un conflit généralisé, le dictateur avertit la communauté juive
d'Europe et des États-Unis des terribles représailles auxquelles pourraient s'exposer
les Juifs au cas où ils feraient obstacle à son projet politique. Obsédé par la
défaite allemande de 1918, qu'il attribue à un complot de la «juiverie
internationale», Hitler se promet qu'en cas de récidive, il prendrait les devants
pour lui éviter de nuire à nouveau. Il tiendra hélas parole en décidant de l'extermination des juifs d'Europe.
| Sir Winston Churchill |
(1874-1965) |
«I have nothing to offer but blood, toil, tears, and sweat...» (en anglais)
«Je n'ai à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur...»
(traduction française)
Ces mots saisissants sont extraits du discours de Churchill devant le Parlement
britannique, le 13 mai 1940, trois jours après l'invasion
de la France par Hitler et la nomination de l'orateur au poste de Premier ministre du
Royaume Uni.
Churchill, en fin connaisseur de l'Histoire, les a empruntés au révolutionnaire italien
Giuseppe Garibaldi, qui les a prononcés pour la première fois à Rome, le 2 juillet
1849, devant ses Chemises rouges.
Par son énergie et son talent oratoire, Churchill a
déterminé les responsables et le peuple britanniques à lutter de toutes leurs forces
contre le nazisme.

«Never in the field of human conflict was so much owned by so many
to so few» (en anglais)
«Jamais dans l'histoire des guerre un si grand nombre d'hommes ont dû autant à un
si petit nombre» (traduction française)
Par cette déclaration publique du 20 août 1940, le Premier ministre Winston Churchill
exprime la reconnaissance des hommes libres à l'égard de la poignée de pilotes de la
Royal Air Force qui ont permis de repousser les attaques
de la Luftwaffe allemande et préservé l'Angleterre d'une invasion qui eût été fatale
à la liberté en Europe.

Le descendant des ducs de Marlborough témoigna toute sa vie d'une fidélité sans
faille aux principes démocratiques... non sans humour, cela va de soi: «The best
argument against democracy is a five-minute conversation with the average voter» («La
meilleure critique de la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur
moyen»)
Sur un mode résigné: «Democracy is the worst form of government except for all
those others that have been tried» («La démocratie est le pire des
gouvernements à l'exception de tous ceux qui ont déjà été essayés»)
| Mohandas Gandhi |
1869-1948) |
«La pauvreté est la pire forme de
violence!»
Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948) fut élevé dans
une famille éclairée du nord de l'Inde. Il eut initialement l'ambition de briller dans
la société coloniale et devint avocat à Londres. Parvenu en Afrique du Sud en 1893, il
se trouva confronté aux discriminations de la communauté indienne et obtint des
concessions substantielles.
Revenu en Inde en 1914, il prit à cœur de se rapprocher de l'Inde profonde des
villages et s'entoura de personnalités déjà impliquées dans la lutte politique. Le
massacre d'Amritsar, en 1919, lui révéla l'inanité de
la collaboration avec l'occupant. Il développa alors une philosophie de la satyagraha
(affrontement non violent) tout en s'habillant désormais d'un pagne et en filant le
coton. Churchill le gratifia de sauvage à demi-nu lors
d'une rencontre en 1931 et les autorités lui infligèrent la prison à plusieurs
reprises...
À l'issue de la deuxième guerre mondiale, le vice-roi Mountbatten fut chargé par le
gouvernement travailliste Atlee de négocier un retrait honorable de l'Empire Indien.
L'intransigeance de la communauté musulmane menée par Jinnah imposa une partition
particulièrement violente du pays (15 août 1947), à laquelle Gandhi s'était opposé
avec obstination. Il fut abattu le 30 janvier suivant par un extrémiste hindou alors
qu'il s'exposait pour la paix civile à Calcutta (G V-D).
| Charles de Gaulle |
1890-1970) |
«En Afrique française comme dans tous
les autres territoires où des hommes vivent sous notre drapeau, il n'y aurait aucun
progrès qui soit un progrès, si les hommes, sur leur terre natale, n'en profitaient pas
moralement et matériellement, s'ils ne pouvaient s'élever peu à peu jusqu'au niveau où
ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. C'est
le devoir de la France de faire en sorte qu'il en soit ainsi»
Ce discours prononcé à Brazzaville, au cœur de l'Afrique, le 30 janvier 1944, par
le chef de la France libre exprime sa vision d'une France
paternelle, éduquant les peuples assujettis d'Afrique comme on éduque de grands enfants
et les menant lentement à une relative autonomie (le mot lui-même, trop subversif au
gré du général de Gaulle, n'est pas prononcé).
Cette conception du colonialisme est encore très proche de celle de Jules Ferry, le grand initiateur des conquêtes coloniales de
la France. Elle paraît singulièrement attardée quinze ans après que les Britanniques
aient entériné le principe d'une très large autonomie pour leur colonie des Indes, à
l'égal de leurs dominions blancs d'Australie et du Canada.
|