| Non nobis domine sed nomini tuo da gloriam |
Les Templiers et les Croisades |
Apporte la gloire, Seigneur, non à nous, mais à ton nom |
13 mai 1273 - 18 mai 1291.
Originaire de la célèbre
famille du Forez, et non de Bourgogne ou de Franche-Comté comme on l'a
cru, Guillaume de Beaujeu fut le dernier Maître à siéger en Terre
Sainte durant toute sa maîtrise.
En 1271, commandeur du Temple dans le comté de Tripoli, il était au
moment de son élection, commandeur des Pouilles. Élu le 13 mai 1273, il
résidait à Acre. Avant de rejoindre la Terre Sainte, il assista, en mai
1274, au concile de Lyon dont le premier objectif fut la réunion des Églises
d'Orient et d'Occident, et le deuxième la convocation d'une nouvelle
croisade.
Les Gestes chypriotes précisent qu'entre 1275 et 1282, il arbitra, avec
charité et libéralité, les différends entre le Temple et le comté de
Tripoli. Le 27 juin, il souscrivit à l'offre faite par Henri de Lusignan
à la garnison française du Château d'Acre. Respectueux des trêves signées
avec les musulmans, il fut un véritable chef de guerre. Sous son magistère,
le pape entama des conversations d'unification avec les deux grands ordres
de Palestine: Temple et Saint-Jean. L'aboutissement de toutes les
rancunes, préparé par les habiles légistes de Philippe le Bel, entre
autres les cyniques Pierre Dubois, Nogaret et Enguerrand de Marigny, se
cristallisera dans un ignoble procès contre l'Ordre, accusé d'avoir
trahi la chrétienté.
Sous la maîtrise de Guillaume de Beaujeu se joua la dernière carte de la
Terre Sainte et du royaume latin. Les musulmans résistèrent, malgré une
nouvelle menace, plus angoissante, du côté français. Le sultan du Caire
Kalaoun Malek al Mansour s'empara successivement de Margat, de Laodicée,
de Sidon, de Tyr. Son fils, Kabid Achraf continua la lutte et vint menacer
Acre.
Dès le début du mois de mars 1291, les habitants d'Acre se préparèrent
au combat et se répartirent en quatre divisions : la première sous les
ordres de Jean de Grailly et d'Othon de Granson; la seconde obéissant au
chef du contingent des chypriotes et au lieutenant des Teutoniques; la
troisième aux Maîtres de Saint Jean et de Saint Thomas; la quatrième
aux Maîtres du Temple et de Saint-Lazare.
Plusieurs ordres militaires s'étaient joints aux diverses divisions : les
Chevaliers de l'Épée, ceux de Saint-Laurent, ceux de Saint-Martin des
Bretons, ceux du Saint-Esprit.
Le 18 mai, Guillaume de Beaujeu, mortellement blessé, fut transporté par
une des poternes du rempart du Montmusard, dans un logis du quartier, près
de la porte Saint-Antoine. Le reste des troupes se retira sur les
vaisseaux pour gagner Chypre. Le patriarche de Jérusalem, Nicolas de
Hanappe, et le Maitre de l'Hôpital périrent noyés, tandis que le
lieutenant de Saint-Lazare était tué.
GUILLAUME DE BEAUJEU 1273 -1291
Guillaume (ou Guichard) de
Beaujeu est Commandeur de la Pouille quand il est élu Grand Maître, le
13 mai 1273. Rome a aussi un nouveau pape, Grégoire X, qui a voyagé en
Terre Sainte et a promis de lui venir en aide.
Mais l'enthousiasme de l'Occident pour la guerre sainte s'est refroidi.
Philippe le Hardi, fils de Louis IX, se contente d'avancer au pape de
l'argent, après que le Grand Maître du Temple ait garanti le
remboursement de la somme sur les possessions de l'Ordre en France. Les
villes italiennes fournissent des galères, mais les 500 soldats qui y
montent sont payés par le pape.
Le pape ne se décourage pas, et convoque un concile général à Lyon, en
1274. Plus de 1 000 archevêques et évêques y assistent. Le pape y a
placé les deux grands Maîtres (Temple et Hôpital) au-dessus de tous les
autres seigneurs présents à l'assemblée. Mais il en faudrait plus pour
ranimer le zèle des princes.
Charles d'Anjou, le remuant et chimérique frère de saint Louis, déjà
roi des Deux-Siciles, mais toujours en quête d'un royaume, revendique la
couronne de Jérusalem, ce que lui conteste le roi de Chypre.
Vaines chamailleries pour un royaume qui n'existe plus. Guillaume de
Beaujeu, proche de la couronne de France, soutient Charles d'Anjou.
Pendant les palabres, la guerre continue. Bibars meurt en 1277 des suites
d'une blessure reçue dans un combat contre les Tartares, mais ses
successeurs poursuivent l'oeuvre entreprise, qui consiste à chasser tous
les chrétiens de la Palestine. Le péril tartare, qui mobilise les armées
musulmanes, apporte un sursis.
Au Portugal, puis à Chypre, les rois confisquent des domaines templiers.
Grand Maître en appelle au pape, qui tranche en faveur de l'Ordre.
Pour être dégagés sur leur flanc ouest, les sultans signent des trêves
avec les Grands Maîtres, mais ne les respectent pas. Ainsi, entre 1282 et
1287, le sultan d'Égypte s'empare-t-il de plusieurs forteresses sur la côte
de Phénicie, avant de mettre le siège devant Tripoli. II emporte la
ville au bout d'un mois, et la fait brûler, après avoir fait massacrer
les hommes et déporter les femmes et les enfants.
Le sultan sait que ('Europe, désormais, à l'instar du pape Nicolas IV,
se désintéresse de la Terre Sainte.) rassemble 200000 hommes pour
s'attaquer au dernier bastion chrétien, Saint-Jean d'Acre. II meurt
"empoisonné" alors que son armée est en vue de la ville, après
avoir fait jurer à son successeur de poursuivre la guerre. Le 5 avril
1291, Le les attaques commencent.
Les Sarrasins n'ayant pas de flotte, une partie de la population peut fuir
par la mer, et se réfugier à Chypre, en Grèce ou en Italie. Ne restent
dans la place pour se battre que les Templiers, les Hospitaliers, et les
Teutoniques.
Guillaume de Beaujeu, qui a une réputation de bravoure et d'expérience,
est élu gouverneur, afin de coordonner la défense de la ville. II se
rend auprès du sultan et lui propose la paix, en exagérant les
ressources dont la ville assiégée dispose encore. Le sultan consent à
une trêve, à condition que chaque habitant paye une rançon.
De retour dans la ville, le Grand Maître fait le compte rendu des négociations.
Il s'en faut de peu qu'il ne soit lynché par les soldats réunis dans l'église
de Sainte-Croix. Vaincre ou mourir !
Désabusé, Guillaume de Beaujeu renonce à tenter de les convaincre et se
prépare donc à mourir les armes à la main, car comment vaincre ?
Les attaques reprennent aussitôt. Le roi de Chypre, qui est venu apporter
son soutien, préfère la vie à la gloire, et repart avec ses
soldats" à la faveur de la nuit. Les Sarrasins, le 17 mai,
parviennent à pénétrer dans la place.
Les Teutoniques et les Hospitaliers les repoussent. Le 18 mai, les
Sarrasins reviennent à la brèche. Guillaume de Beaujeu prend la décision
de sortir de la ville et d'attaquer leur camp, pour faire diversion. Mais
ses 500 hommes sont assaillis par 20 000 cavaliers dès qu'ils arrivent
dans la plaine.
Le grand Maître parvient à ramener sa troupe jusque sous les remparts de
la ville. Là, il est blessé au bras par une flèche et, malgré les
soins, meurt peu après.
Les Sarrasins submergent les remparts, déferlent dans les rues de la
ville, incendiant les églises où la population a cherché refuge, égorgeant
les survivants.
Les Templiers privés de chef se sont retranchés dans le quartier du
Temple, fortifié, pour désigner, dans l'urgence, un Grand Maître.