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Non nobis domine sed nomini |
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Les Templiers et les Croisades |
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Apporte la gloire, Seigneur, |
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Renaud de
Vichiers.
1250 -
19 janvier 1252.
Dix-neuvième Grand Maître de l' Ordre du Temple
Avant d'être élu Maître du Temple, Renaud Vichier fut
commandeur du Temple dans la ville d'Acre en 1240, puis Maître du Temple en
France, où nous le trouvons dès le 19 août 1246.
Devenu maréchal de l'Ordre, il assista à la bataille de Mansourah. Il fut élu
Maître de l'Ordre à la mort de Guillaume de Sonnac.
Selon Joinville, il fut choisi sous l'influence du roi de France. Ce dernier
ayant été fait prisonnier, il refusa à Joinville la quote-part de l'Ordre du
Temple pour payer la rançon, ce qui n'empêcha pas Saint Louis d'aimer le
Maître pour sa loyauté et son courage. Il en fit d'ailleurs le parrain de son
fils Jean-Tristan, en 1250.
Contrairement à ce que dit le continuateur de la Chronique de Guillaume de
Tyr, Renaud de Vichier n'est pas mort en 1257, puisqu'en octobre 1252 il
était déjà remplacé. Il mourut, en effet, le 19 janvier de cette année, à en
croire l'obituaire de Reims.
RENAUD DE VICHIERS 1250 - 1252
La rançon de Louis IX est élevée. Templiers et Hospitaliers
sont mis à contribution. Le Conseil de l'Ordre du Temple, après la mort de
Guillaume de Sonnac, a désigné Étienne d'Otricourt comme Commandeur pour
assurer l'intérim. C'est ce dernier qui doit remettre au sire de Joinville,
chroniqueur célèbre du temps de saint Louis et compagnon d'armes du roi,
l'argent pour la rançon, caché dans la cale de la galère amiral de l'Ordre.
Là se situe un épisode que les ennemis des Templiers transformeront en
témoignage à charge pour dénoncer l'avarice de l'Ordre. Lorsque le sire de
Joinville demande l'argent, le Commandeur lui rappelle que la Règle du Temple
interdit de faire des prêts sans garantie, mais qu'en cas de force majeure,
le Grand Maître peut céder devant la force.
Le sire de Joinville s'empare donc d'une hache, et s'apprête à briser les
serrures du coffre désigné par Étienne d'Otricourt. Aucun des deux n'est
dupe; le Temple est d'accord pour remettre l'argent (le rachat des
prisonniers est l'une de ses missions), à condition que Joinville fasse mine
de s'en emparer par violence.
Le Maréchal de l'Ordre, Renaud de Vichiers, ancien Précepteur de France,
d'origine champenoise, est présent. Plutôt que de laisser éventrer le coffre,
il en tend les clefs à Joinville, prétextant que l'Ordre possède, à
Saint-Jean d'Acre, un dépôt royal qui servira de garantie. L'honneur des
banquiers du Temple est sauf !
Louis IX, qui connaît et estime ce Templier (il en fera le parrain de son
fils Tristan, né en Palestine pendant la croisade) soutient sa candidature à
la Grande Maîtrise. Renaud de Vichiers devient grand Maître du Temple après
la libération de Louis IX et son installation à Saint-Jean d'Acre.
Le grand Maître a suffisamment d'influence sur le roi de France pour le
persuader, malgré les lettres de Blanche de Castille qui le supplient de
revenir en son royaume, de rester en Palestine. Louis IX, qui a auprès de lui
sa femme Marguerite de Provence et une partie de sa famille (et qui, sans
l'avouer officiellement, se satisfait dans cet exil volontaire qui l'éloigne
de sa tyrannique mère) fait oeuvre utile en rétablissant les fortifications
de Césarée, Jaffa Sidon et autres places démantelées. Mais Louis IX et le
Grand Maître se brouillent quand le premier apprend que le second a négocié
une trêve avec le sultan de Damas sans l'avertir; le roi de France se prend
désormais pour le roi de la Terre Sainte.
II convoque le Grand Maître, l'oblige à s'agenouiller devant lui, comme un
vassal, et lui impose une forte amende.
Cette humiliation publique révolte les dignitaires de l'Ordre, qui exigent et
obtiennent de Renaud de Vichiers sa démission, en 1252. Le Grand Maître déchu
meurt cinq ans plus tard, en 1257. Durant sa courte maîtrise, Renaud de
Vichiers a pu récupérer tous les biens que l'empereur Frédéric II avait pris
aux Templiers.
Louis IX, apprenant la mort de Blanche de Castille, a regagné la France en
1254. Tristan, le royal filleul du Grand Maître né pendant la septième
croisade, va mourir de dysenterie, en 1270, dans les bras de son père, au
cours de la huitième croisade, toute aussi lamentable, sous les remparts de
Tunis. Comme Louis IX, peu après.
"Louis IX et Marguerite de Provence. Elle reste auprès de lui pendant
tout son séjour en Palestine. Elle met au monde leur fils Tristan au Château,
Pèlerin. C'est elle qui rassemble la rançon pour faire libérer son époux et
qui demande à Joinville de mettre le Temple à contribution."