| Non nobis domine sed nomini tuo da gloriam |
Les Templiers et les Croisades |
Apporte la gloire, Seigneur, non à nous, mais à ton nom |
Octobre 1184 - 1er octobre 1189.
Sénéchal du Temple en 1183,
lors de l'accord avec l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat, il figure, en
1184, comme Maître du Temple, dans un acte de donation à Funes en
Aragon. Cet acte n'indiquant pas le mois, l'élection eut certainement
lieu dans l'intervalle réglementaire édicté par les retraits du Temple.
Suivant les chroniques, et principalement Guillaume de Tyr, il était
investi de sa dignité en 1185.
Originaire des Flandres, il assista à la mort du maréchal du Temple,
lors de la bataille d'Acre, entre les troupes de Saladin et celles de Guy
de Lusignan. Il aurait succédé à un Maître appelé Thierry, qu'il paraît
difficile de situer parmi les supérieurs du Temple. En effet, cette
mention proviendrait d'une erreur de lecture : Thierry ou Terric fut Maître
de l'Ordre, mais de la maison du Temple de Jérusalem. D'ailleurs, pendant
la bataille de Tibériade, le maître du Temple fut fait prisonnier et
Thierry, dans une lettre au pape Urbain III, dit qu'il a réussi à s'échapper
avec quelques chevaliers. Au début de l'année 1188, il adresse une autre
lettre au roi d'Angleterre, pour lui annoncer la prise de Jérusalem par
les musulmans et le siège de Tyr. Or, dans ces deux écrits, il ne
s'intitule pas Maître du Temple, mais bien Grand Précepteur de la maison
du Temple à Jérusalem.
On ne peut pas dire si le onzième Maître du Temple eut une influence
importante en Terre Sainte. Guillaume de Tyr, ennemi juré des Templiers,
en fait un arrogant, responsable de la perte d'influence de l'Ordre vis-à-vis
des puissances séculières en Palestine, et ce, durant tout son magistère.
En 1186, il aida au coup d'état de Guy de Lusignan avec lequel il fut
fait prisonnier. Auparavant, il déclencha, avec cent quarante chevaliers
du Temple, une attaque contre sept mille musulmans qui aboutit à la
bataille de Casal Robert, le 1er mai 1187. Le Maître échappa de justesse
à cette folle bataille au cours de laquelle le Maître des Hospitaliers
fut tué et la population de Nazareth faite, presque entièrement,
prisonnière.
Peu de temps après, le Maître du Temple leva une armée grâce aux
richesses de son Ordre. Elle se concentra à Saphonie, non loin de
Nazareth, mais, le manque de connaissances militaires de Guy de Lusignan
et l'amour de la guerre du Grand-Maître, conduisirent au désastre. Aux
soixante mille soldats de Saladin s'opposèrent trente mille chrétiens,
dont mille deux cents chevaliers du Temple et quatre mille turcopoles. Gérard
de Ridefort fit capituler Gaza et les forteresses voisines, mais fut fait
prisonnier avec Guy de Lusignan. Il ne dut sa délivrance, ainsi que celle
de nombreux chrétiens, qu'à une forte rançon.
En 1189, il assista encore, en qualité de Grand Maître, au début du siège
d'Acre. Il y perdit la vie, le 1er octobre, dans un combat livré aux
pieds du Toron.
La maîtrise de Girard de Ridefort fut un désastre pour l'Ordre du
Temple. Il est à l'origine des premiers reproches adressés aux frères.
Après sa mort, le Chapitre général réforma certains points de la Règle,
touchant principalement aux mesures disciplinaires à prendre quand le Maître
manque à son sens moral et à sa responsabilité.
GÉRARD DE RIDEFORT 1188 -1189
La famille -de Ridefort (ou Riderfort, ou Béderfort) est d'origine flamande. Gérard de Ridefort est avant tout un homme de guerre. Familier du comte Raymond de Tripoli, il se serait fâché avec celui-ci après son refus de lui accorder la main d'une de ses vassales, riche héritière... Profitant du désordre régnant à la cour du jeune roi lépreux Baudouin IV, il aurait réussi à se faire attribuer la charge de maréchal du royaume de Jérusalem. Ce n'est qu'ensuite qu'il entre dans l'Ordre du Temple, où il se fait remarquer par ses talents de guerrier. A-t-il été, lors de la bataille de Hâttin, fait prisonnier et mystérieusement épargné par Saladin, pour avoir accepté d'abjurer secrètement le christianisme ? Ou est-il parvenu à s'enfuir avec Raymond de Tripoli ? La seconde hypothèse est la plus plausible ( la première provient de la confusion faite entre Jean de Terric et Gérard de Ridefort, et d'une rumeur infamante sans doute lancée par les sbires de Philippe le Bel, lors du procès des Templiers ). À la démission de Jean de Terric, Gérard de Ridefort est élu Grand Maître. Guy de Lusignan a juré à Saladin, sur les Évangiles, de ne pas reprendre les armes contre lui, une fois libéré, de renoncer à son royaume et de retourner en Europe. Mais à peine sorti de sa captivité, Lusignan fait annuler son serment par un conseil d'évêques, sous prétexte qu'il n'a pas à respecter une promesse arrachée par la violence. Pour l'aider à reconquérir son royaume, Gérard de Ridefort met ses Templiers à son service. C'est insuffisant pour faire reconnaître son autorité, les habitants de Tyr, par exemple, refusant de lui ouvrir leurs portes parce qu'ils ne veulent pas reconnaître pour roi celui qui n'a pas su défendre ses États. L'arrivée de troupes d'Europe, commandées par son frère Godefroi de Lusignan, auxquelles se sont joints des aventuriers grecs, latins et syriens, lui permet de mettre le siège devant Saint-Jean d'Acre. Le siège, entrepris à la fin du mois d'août 1189, va durer deux ans. D'un côté Saladin va y envoyer ses meilleurs guerriers, de l'autre chevaliers anglais, français et allemands vont vouloir participer à cette nouvelle guerre sainte. Car dans toute l'Europe, l'annonce de la chute de Jérusalem a provoqué une consternation profonde. Les rois de France et d'Angleterre ont promis d'oublier leurs différents pour s'unir dans la croisade, l'empereur d'Allemagne a levé des troupes. En Occident, une taxe a été instaurée, la dîme saladine, pour financer l'entreprise. Le 4 octobre 1189, Saladin, qui voit augmenter l'armée des assiégeants, décide, contre l'avis de ses émirs, d'en finir et de délivrer Saint-Jean d'Acre. Il engage le combat, mais son aile droite est culbutée, et l'armée musulmane s'enfuit. Des Francs entrent dans le camp ennemi, et pénètrent jusque dans la tente de Saladin. Au lieu de poursuivre les fuyards, ils pillent le camp. Les Sarrasins, s'apercevant qu'ils ne sont pas pourchassés, se regroupent autour de Saladin, et attaquent à nouveau les Francs éparpillés, étonnés d'être à nouveau aux prises avec une armée qu'ils croyaient avoir anéantie. Sans l'héroïque résistance des Templiers, une fois de plus, l'armée chrétienne aurait subi une débâcle. Le Grand Maître Gérard de Ridefort périt dans l'affrontement avec une partie de ses hommes, heureux, selon un chroniqueur, de terminer tant de beaux exploits par une mort aussi glorieuse. Après sa mort, les Templiers laissent vacant son magistère pendant dix-huit mois, le temps qu'il faudra à l'armée des Francs, grossie des renforts de Philippe Auguste et de Richard Cœur de Lion, pour enfin emporter Saint-Jean d'Acre.
On ignore les raisons de cette vacance. Mais le Chapitre général en profite pour réformer certains points de la Règle, touchant notamment les mesures disciplinaires à prendre quand le Grand Maître manque à ses responsabilités. D'où, plus tard, les rumeurs : Gérard de Ridefort, et avant lui Jean de Terric ont-ils eu une conduite au-dessus de tout soupçon ? Les assiégeants souffrent de disette, car Saladin intercepte les caravanes de ravitaillement. Guy de Lusignan, à la mort de sa femme, voit sa couronne contestée par Conrad, marquis de Tyr. II s'en faut de peu que leurs partisans en viennent à l'affrontement armé. Le clergé s'interpose. Pendant ce temps, l'empereur d'Allemagne Frédéric I a pris la route de la Palestine qui passe par Constantinople. II se noie en traversant le fleuve Cydnus le 10 juin 1190. Son armée, très affaiblie par la fatigue et la maladie parvient enfin devant Saint-Jean d'Acte. Des gentilshommes allemands y établissent un hôpital pour leurs compatriotes et fondent, avec l'appui du pape, du patriarche de Jérusalem et de Guy de Lusignan, un nouvel Ordre calqué sur le modèle templier : les Frères Hospitaliers Teutoniques de Notre-dame de Sion, qui deviendra rapidement plus militaire qu'hospitalier. Les chevaliers teutoniques suivront la même discipline militaire que les Templiers, et porteront, sur leur manteau blanc, une croix noire et non pas rouge, comme celle de leurs modèles. Avant de prendre l'habit, ils devront prouver qu'ils sont allemands de nation, et noble de naissance.
Le 8 juin 1191, Richard Cœur de Lion arrive enfin avec sa flotte à Saint-Jean d'Acre, où Philippe Auguste l'attend déjà. Le roi d'Angle terre est en retard car, en chemin, il a conquis l'île de Chypre, qu'il vend, dès son arrivée, aux Templiers, lesquels n'ont toujours pas de Grand Maître. Sous les murs de Saint-Jean d'Acre, Richard se laisse emporter par sa fougue; il multiplie les expéditions, accompagné de Templiers et d'Hospitaliers (un historien a situé lors d'un de ces engagements la mort de Gérard de Ridefort). Des engagements qui coûtent cher en hommes aux ordres des Templiers et des Hospitaliers qui auraient pu, à force d'escarmouches contre les musulmans, s'anéantir si de nombreux jeunes chevaliers venus d'Europe n'avaient, par vocation ou par goût des batailles, demandé à être admis chez eux. C'est ainsi que Robert de Sablé, originaire d'Anjou, se fait Templier. Aux côtés de Richard Cœur de Lion, son roi, il s'est déjà illustré pendant le voyage, notamment en Sicile et à Chypre.