Le livre du Cantique des Cantiques
Le chant d'Amour !
Parce qu'il parle d'un amour fou entre un homme et une femme, qu'il a des accents érotiques et des expressions très suggestives, ce livre a longtemps dérangé les commentateurs autant juifs que chrétiens. La question était de savoir ce que ce chant d'amour venait faire au milieu des textes bibliques, sacrés et très solennels. Pour sauver la face et pouvoir le lire sans avoir à rougir, des interprétations spirituelles, pour ne pas dire spiritualistes, ont été proposées. Il fallait lire entre les lignes et trouver des clés de lecture allégoriques. Aujourd'hui, les spécialistes s'accordent globalement pour dire qu'il s'agit simplement d'un chant d'amour entre un homme et une femme qui désespèrent de se voir et de s'aimer totalement. On rappelle alors que l'amour entre deux êtres est aussi inscrit dans les objectifs de Dieu pour ses créatures.
Une des difficultés du livre est de savoir qui est en scène et qui parle parce que les complaintes s'entrecroisent autant que les personnages, sans pour autant que lesdits personnages soient annoncés ou présentés. À tel point qu'une des interprétations du livre fait apparaître un troisième personnage au cœur du couple qui se cherche. Deux hommes se disputeraient la même femme : un roi et un berger. Naturellement, le berger pense que ses chances sont moins grandes, mais la femme dit pourtant son amour inconditionnel pour celui-ci. Que fera le roi ?
Une autre interprétation propose plus simplement les amours entre deux êtres que la distance sépare.
L'auteur
Le Cantique des Cantiques est signé Salomon. Et la tradition n'a jamais discuté cette origine. Salomon, auteur d'une multitude de proverbes, peut-être du livre de l'Ecclésiaste, est donc aussi celui qui pouvait rédiger sans peine cet autre recueil. Lui qui aimait les femmes pouvait aisément s'épancher sur le thème de l'amour.
Salomon ayant régné environ de 970 à 930 avant Jésus-Christ, c'est bien sûr de cette époque que date le Cantique des Cantiques.
Message du livre
Proposer un hymne à l'amour n'est pas aussi anachronique que les commentateurs l'ont cru trop longtemps. La Bible, si elle parle du Dieu créateur et des hommes qui devraient être ses adorateurs, est aussi un livre qui parle à toute l'humanité. Il n'est pas besoin de croire au Dieu qu'elle présente pour saisir les principes de vie et les conseils à suivre. De plus, elle parle à l'être entier, dévoilant ses peurs, ses forces et ses faiblesses, ses attentes et ses actions. Elle parle de l'homme dans toutes ses relations, et particulièrement dans sa relation avec la femme. Elle parle donc du couple et de la vie sexuelle. L'homme devait quitter son père et sa mère, s'unir à sa femme pour ne faire qu'une seule chair (Genèse 2) ; le Cantique des Cantiques donne le ton possible d'un amour fort.
La Bible, malgré ce que certains en ont fait, est un livre qui ne propose pas une religion d'ascètes, faite de privations et d'interdictions, notamment sur le plan sexuel. Certes, elle propose un cadre assez précis pour l'expression sexuelle, mais elle ne castre pas les adorateurs de Dieu. Voilà une des raisons pour lesquelles le Cantique des Cantiques a sa place dans la Bible.
Que tu es belle, ma tendre amie, que tu es belle !
Derrière ton voile tes yeux ont le charme des colombes. Tes cheveux évoquent un troupeau de chèvres dévalant du mont Galaad.
Tes dents me font penser à un troupeau de brebis fraîchement tondues, qui remontent du point d'eau. Chacune a sa sueur jumelle, aucune ne manque à l'appel.
Un ruban rouge : ce sont tes lèvres ; ta bouche est ravissante. Derrière ton voile tes pommettes ont la rougeur d'une tranche de grenade.
Ton cou a l'aspect de la Tour-de-David, bâtie toute ronde. Mille boucliers y sont suspendus, les boucliers ronds de tous les héros.
Tes deux seins sont comme deux cabris, comme les jumeaux d'une gazelle, qui broutent parmi les anémones.
À la fraîcheur du soir, quand les ombres s'allongeront, je compte bien venir à ta montagne de myrrhe et à ta colline d'encens.
Tout en toi est beauté, ma tendre amie, et sans aucun défaut.
Viens avec moi, ma promise, quitte les monts du Liban et viens avec moi ; descends des sommets de l'Amana, du Senir et de l'Hermon. Fuis ces repaires de lions, ces montagnes pour panthères.
Par un seul de tes regards tu me fais battre le cœur, petite sœur, ma promise, par un seul mouvement de ton cou gracieux.
Comme ton amour me ravit, petite sœur, ma promise ! Je le trouve plus enivrant que le vin, et ton huile parfumée m'enchante plus que tous les baumes odorants.
Ma promise, sur tes lèvres mon baiser recueille un suc de fleurs, et ta langue cache un lait parfumé de miel. Les vêtements que tu portes ont l'odeur des bois du Liban.
Tu es mon jardin privé, petite sœur, ma promise, ma source personnelle, ma fontaine réservée.
Tu as la fraîcheur d'un verger de paradis planté de grenadiers aux fruits exquis. S'y croisent les parfums du henné et du nard, du nard et du safran, du laurier et de la cannelle avec ceux de tous les bois odorants ; et aussi les senteurs de myrrhe et d'aloès avec celles des baumes les plus fins.
Cantique des Cantiques 4. 1-14