Le livre des Proverbes
Un recueil de sagesse
Ce livre est un des joyaux de la Bible, une espèce de recueils de dictons, proverbes, mots d'ordre, conseils et adages. 31 chapitres composent ce livre, mais chaque verset est un proverbe (ou presque) ; c'est dire le petit dictionnaire de citations que représente ce livre.
Auteurs
Parce que le livre commence par ces mots : « Maximes de Salomon », on a souvent attribué l'ensemble du recueil à ce roi magnifique d'Israël. D'autant que le premier livre des Rois, qui raconte la vie de Salomon, insiste sur sa sagesse. Mais il est évident que Salomon n'est pas le seul auteur de ces proverbes. Sans doute est-ce surtout à son époque que la littérature sapientiale a fleuri en Israël, puis l'habitude a été prise de rassembler ces formules destinées particulièrement à l'enseignement des jeunes. Il est possible aussi que Salomon, qui avait des liens privilégiés avec l'Égypte, ait eu connaissance d'un traité célèbre : L'Instruction d'Aménémopé.
Dieu avait donné à Salomon une immense sagesse et une grande intelligence. Ainsi les questions auxquelles Salomon s'intéressa furent aussi nombreuses que les grains de sable au bord de la mer.
Salomon dépassa en sagesse tous les sages de l'Arabie et de l'Égypte. Il surpassait n'importe qui, même Étan l'Ezrahite, même Héman, Kalkol et Darda, les fils de Mahol ; sa sagesse était si grande que sa réputation se répandit chez tous les peuples voisins. Il a prononcé trois mille proverbes et composé plus de mille chants.
Il a parlé de toutes sortes de plantes, depuis le cèdre du Liban jusqu'à la branche d'hysope qui pousse au pied d'un mur : il a parlé aussi des animaux, des oiseaux, des reptiles et des poissons.
On venait de toutes les nations pour entendre Salomon s'exprimer avec sagesse ; on venait de la part de tous les rois de la terre, qui avaient entendu parler de cette sagesse.
1 Rois 5. 9-14
La sagesse dans le langage biblique
Il y a des définitions faciles de la sagesse ; définitions propres à toutes les cultures : les proverbes énoncent des qualités à acquérir par la réflexion, mais aussi par l'expérience, voire l'observation.
Dans l'Ancien Testament, la sagesse est un don de Dieu et même un de ses attributs. Lui seul peut la posséder pleinement. Lui seul est sage. C'est ce que disent le prophète Ésaïe (31. 2), le prophète Jérémie (8. 9), Daniel (2. 20-23), et le livre des Proverbes : « Aucune sagesse humaine, aucune intelligence, aucune réflexion, ne permettent d'aller contre la volonté du Seigneur. » (Proverbes 21. 30)
La sagesse est même personnifiée dans le livre des Proverbes : « Je suis la sagesse... Le Seigneur m'a créée il y a très longtemps, comme la première de ses oeuvres, avant toutes les autres. » (8. 22)
Elle est donc antérieure à la Création, associée à cette dernière. Pour certains commentateurs, elle est parfois perçue comme présente et active dans le début de l'Évangile de Jean (ce que l'on nomme le Prologue). Il est vrai que le terme sagesse est associé à celui de parole : « Au commencement était la Parole... »
Dans l'esprit hébraïque, il ne s'agit pas seulement d'une vérité intemporelle, d'une espèce de morale ou seulement le fruit d'une longue expérience (perception grecque de la sagesse). Plus que cela, pour les auteurs de l'Ancien Testament, et particulièrement pour ceux du livre des Proverbes, la sagesse est une compréhension, un discernement du sens de l'Histoire.
Être sage, c'est comprendre l'Histoire et son sens ; c'est donc maîtriser l'action. En effet, quand on sait où l'on va, on occupe mieux le présent (rien de plus démobilisateur que la question angoissante : Que vais-je faire de ma vie ?). Lorsque l'on perçoit le sens de l'Histoire, on sait comment construire. On sait comment “gouverner” sa vie, ses objectifs, ses actions. À noter qu'étymologiquement gouverner c'est donner un sens. Pensez au gouvernail qui, par ailleurs, ne donne pas seulement un sens mais une direction.
Or, qui gouverne dans la logique de l'Ancien Testament ? Le roi. Qui est le plus grand roi ? Salomon. Qui est le plus sage ? Salomon.
Dans les écrits du Nouveau Testament, Paul explique le sens de l'Histoire en parlant du dessein de Dieu. Il analyse alors l'étonnant rejet d'Israël de la part de Dieu, pour envisager l'entrée des païens dans l'élection divine. Paul déclare, à ce propos, que c'est la “profondeur de la richesse de la sagesse et de la science de Dieu” (Romains 11. 33). Il poursuit : « Qui connaît la pensée de Dieu ? Qui peut être son conseiller ?... Car tout vient de lui, tout existe par lui et pour lui. »
Dans un autre écrit important du Nouveau Testament, Jacques qui n'est peut-être rien moins que l'un des frères de Jésus, déclare qu'il faut rechercher la sagesse. Ainsi, par la sagesse on entre dans le sens de l'Histoire.
Qui parmi vous est sage, demande-t-il ? Jacques pose indirectement la question : Qui a saisi le sens de l'Histoire et qui va dire aux politiques de ce monde que c'est bien la politique de Dieu qui, dans sa sagesse, donne un sens vrai à l'Histoire ?
Dans les Évangiles, Jésus lui-même s'étonne de ces sages qui interprètent l'aspect du ciel pour déduire le temps, mais qui ne savent pas “lire” (discerner) en lui le signe des temps. (Matthieu 16. 3)
Être sage et intelligent, selon Jacques, c'est avoir du discernement selon Paul. (1 Corinthiens 12. 10)
Être sage et intelligent c'est, dans le langage biblique, savoir où se situer (soi et les autres) afin d'être au point précis où Dieu nous attend pour mieux nous conduire vers l'accomplissement (personnel et collectif). C'est entrer dans le sens de l'Histoire pour y participer pleinement.
La Sagesse lance un appel, l'Intelligence élève la voix. N'entendez-vous pas ?
Sur les hauteurs dominant la route, à la croisée des chemins, la Sagesse se tient debout.
Aux lieux de passage de la ville, à côté des portes d'entrée, voici ce qu'elle proclame :
C'est vous, les humains, que j'appelle. Je m'adresse à tout le monde.
Vous, les ignorants, apprenez à avoir du bon sens. Vous, les sots, apprenez à avoir de l'esprit.
Écoutez, j'ai à dire quelque chose d'important, c'est ouvertement que je vous parle.
En effet, mes lèvres annoncent la vérité, je déteste parler pour dire du mal.
Je ne prononce que des paroles justes, aucune n'est mensongère ou trompeuse.
L'homme intelligent les reconnaît exactes, ceux qui sont instruits les trouvent sûres.
Recherchez l'éducation que je donne plutôt que l'argent, la connaissance de préférence à l'or pur.
Car moi, la Sagesse, je vaux mieux que les perles. Aucun trésor n'a autant de valeur.
Je suis la Sagesse, le bon sens m'accompagne. Je sais agir avec réflexion.
Être soumis au Seigneur, c'est détester le mal. Pour ma part, je déteste l'orgueil et l'arrogance, les mauvaises actions et les paroles trompeuses.
Conseiller et rendre prévoyant : voilà mon rôle. Je suis l'intelligence elle-même. C'est moi qui donne la puissance.
Grâce à mon aide les rois règnent, les magistrats rendent la justice.
Grâce à moi gouvernent les souverains, les notables et tous les chefs légitimes.
Ceux qui m'aiment, je les aime en retour. Ceux qui me cherchent sont sûrs de me trouver.
J'offre la richesse et l'honneur, des biens stables et une prospérité méritée.
Mes dons sont préférables à l'or le plus fin, leur profit est plus grand que l'argent le plus pur.
Je me trouve sur la route qui conduit à la justice, sur les chemins où l'on respecte le droit.
Là, j'assure des biens à ceux qui m'aiment, je remplis leurs maisons de trésors.
Le Seigneur m'a conçue il y a très longtemps, comme la première de ses oeuvres, avant toutes les autres.
J'ai été établie dès le début des temps, avant même que le monde existe.
Quand je suis née, il n'y avait pas d'océans, pas de sources d'où les eaux jaillissent.
Avant la formation des montagnes, avant les collines, j'ai été enfantée.
Le Seigneur n'avait fait alors ni la terre, ni les espaces, ni le premier grain de poussière du monde.
Proverbes 8. 1-27
Quelques exemples de proverbes
ü Qui a l'esprit sage accepte de recevoir des directives. Celui qui parle a tort et à travers court à sa perte. (10. 8)
ü Celui qui refuse d'être éduqué sera pauvre et méprisé, mais qui tient compte des critiques sera honoré. (13. 18)
ü Un reproche a plus d'influence sur un homme intelligent que cent coups de bâton sur un sot. (17. 10)
ü Laisse aux autres le soin de chanter tes louanges. Qu'un étranger le fasse plutôt que toi-même ! (27. 2)
ü Une parole bien tournée est aussi précieuse qu'un objet en or avec des motifs d'argent. (25. 11)
ü Donne de bonnes habitudes à l'enfant dès l'entrée de sa vie : il les conservera jusque dans sa vieillesse. (22. 6)
ü Les punitions et les réprimandes donnent de la sagesse ; un enfant livré à lui-même fait la honte de sa mère. (29. 15)
ü Oublier un tort favorise l'amitié, mais en reparler sans cesse la rend impossible. (17. 9)
ü Un ami montre son affection en toutes circonstances. Un frère est là pour partager les difficultés. (17. 17)
ü Un homme coléreux provoque des disputes, celui qui s'emporte facilement accumule les fautes. (29. 22)
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