Le livre des Lamentations

Échos à la souffrance humaine

Dans les Bibles chrétiennes, ce texte suit le livre de Jérémie et il lui est souvent attribué. C'est pourquoi on parle autant des Lamentations de Jérémie que des jérémiades. Il y a quelques similitudes de langage entre les deux livres, sans oublier une complainte sur la mort de Josias, attribuée elle aussi à Jérémie et que l'on trouve insérée dans le second livre des Chroniques. Cependant, les Lamentations ont une structure et une écriture poétique dont Jérémie n'est pas vraiment coutumier. Ce qui laisse à penser que Jérémie n'en serait pas l'auteur.

Une poésie remarquable

En parlant des Psaumes, nous avons déjà abordé le thème de l'écriture poétique chez les Hébreux. Ici, nous avons un texte d'une rare élaboration avec non seulement un jeu dans les rythmes avec des dissonances syllabiques, mais aussi des vers alphabétiques et des symétries entre les chapitres.

L'alphabet hébreu comporte 22 lettres et les 22 premiers versets sont en acrostiche alphabétique. Cette façon d'écrire est identique pour les deux premiers chapitres de 22 versets chacun. Le chapitre 3 est toujours alphabétique, mais par trilogie. En effet, les trois premiers versets commencent par la lettre aleph (le A), puis les trois suivants par la lettre beth (le B), et ainsi de suite. Le chapitre 4 reprend l'alphabet en 22 versets. Le chapitre 5 semble plus ordinaire.

La désespérance de l'auteur, face aux situations dont il est témoin, s'exprime dans une discipline d'écriture qui représente en même temps un véritable travail de deuil. Époustouflant quant à la valeur littéraire !

Date de rédaction

Si Jérémie est l'auteur de ce livre, il suffit de se souvenir des dates connues de Jérémie : début de son ministère prophétique, à 20 ans, vers l'année 627 il exerça ce ministère au moins quarante ans. Même si Jérémie n'a pas signé ce livre, il est facile de noter que la rédaction est celle d'un témoin oculaire de la chute de Jérusalem, en 587, après le siège de Nabuchodonosor. Ce témoin constate le drame et s'en désole avec une peine déchirante.

Message du livre

Une complainte sur l'effondrement de Jérusalem et sur le symbole de l'identité juive puisque le Temple est détruit. Mais l'auteur n'accuse ni la fatalité, ni la force redoutable et écrasante de Babylone ; il dit sa responsabilité et celle du peuple israélite. Pour lui, la chute du pays et son effacement de la carte sont le résultat de l'infidélité du peuple. Dieu avait promis des bénédictions si le peuple lui restait attaché, mais il avait aussi annoncé des malheurs si le peuple l'abandonnait, surtout pour d'autres dieux. Comme souvent chez les auteurs de style prophétique, le livre apporte également un message d'espérance : Dieu accueille toujours ceux qui reviennent à lui.

Les bontés du Seigneur ne sont pas épuisées, il n'est pas au bout de son amour.

Sa bonté se renouvelle chaque matin. Que ta fidélité est grande, Seigneur !

Je le dis : le Seigneur est mon trésor, voilà pourquoi j'espère en lui.

Le Seigneur est bon pour qui compte sur lui, pour qui se tourne vers lui.

Il est bon d'espérer en silence la délivrance que le Seigneur enverra.

Il est bon pour l'homme d'avoir dû se plier à des contraintes dès sa jeunesse.

Lamentations 3. 22-27

Mais toi, Seigneur, tu es roi pour toujours, tu règnes de siècle en siècle.

Pourquoi nous oublierais-tu sans fin, nous abandonnerais-tu pour toute la vie ?

Ramène-nous à toi, Seigneur, pour que nous revenions vraiment à toi ; renouvelle notre vie comme autrefois.

Nous rejetterais-tu tout à fait ? Nous en voudrais-tu à ce point ?

Lamentations 5. 19-22