Le livre de Daniel

Le visionnaire visité

Dans la plupart des bibles chrétiennes, le livre de Daniel se situe dans la série d'ouvrages attribués aux prophètes. Son classement a toujours posé un petit problème. Dans les bibles hébraïques, il est placé à la fin de la collection des cinq rouleaux qui étaient lus à l'occasion des fêtes juives (après Ruth, Cantique des Cantiques, Ecclésiaste, Lamentations, Esther, et avant Esdras/Néhémie, et les deux livres des Chroniques).

Ici, nous avons adopté l'ordre de la bible hébraïque, que nous retrouvons d'ailleurs dans certaines versions de bibles chrétiennes (exemple : la traduction en français courant).

L'une des originalités du livre de Daniel, c'est qu'il est écrit en deux langues. Il est encadré de textes en hébreu et le cœur est en araméen.

L'histoire

Une bonne partie du livre est narrative et permet de découvrir un personnage, Daniel, exilé à Babylone depuis la première chute de Jérusalem, en 605 avant Jésus-Christ. Nabuchodonosor, qui a assujetti Jérusalem, a emmené avec lui un grand nombre de personnes, notamment des notables dont fait partie Daniel, issu d'une famille princière de Juda. Ce qui donne au personnage, et à trois de ses amis, un statut privilégié dû à leur rang. Daniel est remarqué par ses dons d'interprétation des rêves (on ne peut que repenser à Joseph, vendu comme esclave en Égypte et doué des mêmes pouvoirs). C'est en interprétant les rêves que Daniel obtient une place exceptionnelle à la cour du roi Nabuchodonosor (comme Joseph auprès du pharaon). Devenu responsable des mages, Daniel observe la cour, son temps et analyse l'histoire.

La statue aux pieds d'argile

Tout commence par un cauchemar du roi. À son réveil, le roi est bouleversé, mais il a déjà oublié ses rêves. Il demande à ses sages d'en donner le sens. Ce qu'ils ne peuvent faire puisque Nabuchodonosor ne sait même plus quels étaient ces rêves. C'est alors que Daniel est présenté et qu'il rappelle au roi son rêve et en donne le sens : le roi a rêvé d'une statue gigantesque dont chaque partie est faite d'une matière différente

Voici donc ce que tu as vu : Devant toi se dressait une grande, très grande statue, d'une splendeur éblouissante et d'un aspect terrifiant. La tête de la statue était en or pur, sa poitrine et ses bras en argent, son ventre et ses cuisses en bronze, ses jambes en fer, et ses pieds moitié en fer et moitié en terre cuite. Tu as contemplé cette statue jusqu'au moment où une pierre s'est détachée de la montagne sans intervention humaine ; elle est venue frapper les pieds en fer et en terre cuite de la statue et les a fracassés. Alors, d'un seul coup, le fer et la terre cuite, ainsi que le bronze, l'argent et l'or, furent réduits en poussière que le vent emporta, comme des brins de paille lorsqu'on vanne les céréales en été. Aucune trace n'en subsista. Quant à la pierre qui avait frappé la statue, elle devint une grande montagne remplissant toute la terre.

Daniel 2.31-35

Daniel donne ensuite le sens du rêve : la puissance de Babylone va s'effondrer ! Et c'est ce qui arriva en 539 avant Jésus-Christ, lorsque l'Empire perse balaya la région et détruisit Babylone. La petite pierre serait donc la Perse qui devient une énorme puissance.

L'épreuve du feu

Dans le livre de Daniel sont rapportés des exemples de constance dans la foi qui devaient servir à renforcer la patience et la confiance de tous les exilés à Babylone. Ainsi, les trois amis de Daniel, avec qui il a grandi et qui sont ses proches, sont accusés de ne pas s'agenouiller devant la statue du roi. Ils sont alors jetés dans une fournaise ardente, c'est-à-dire dans un four si chaud que les soldats qui y jetèrent les trois hommes furent eux-mêmes brûlés. Or, les flammes n'atteignirent pas les trois prisonniers, et même un quatrième semblait marcher avec eux dans le feu. Le roi comprend qu'un envoyé de Dieu protège les trois amis qui sortent indemnes de la fournaise.

Un autre récit, tout aussi populaire, relate l'épisode où Daniel refuse d'abandonner son Dieu et le prie chaque jour alors que c'est interdit. Il se retrouve jeté dans une fosse où sont des lions affamés. Mais les lions ne touchent pas à Daniel qui, le lendemain, sort de la fosse sans égratignure.

L'apocalypse de Daniel

À partir du chapitre 7 et jusqu'à la fin du livre de Daniel (chapitre 12), le lecteur est secoué et décontenancé. En effet, le livret se poursuit avec des visions terribles de plusieurs fins. Fins de certains empires, mais aussi fin des temps. Le langage prophétique et apocalyptique devient un langage codé où les symboles sont nombreux et où les images foisonnent, notamment des animaux qui peuvent représenter des nations (comme l'aigle représente l'Allemagne, le coq la France !). Par exemple et selon certaines interprétations, chez Daniel, le lion et l'aigle représentent l'Empire babylonien, l'ours représente l'Empire médo-perse, le léopard représente l'Empire grec...

Il est redoutable d'expliquer chaque vision parce que chacune d'elles peut avoir plusieurs sens et plusieurs accomplissements possibles. Les chapitres 10 et 11 semblent annoncer une situation précise que certains commentateurs ont reconnue comme étant la révolte des Maccabées, au IIe siècle avant Jésus-Christ. Mais Daniel semble aussi envisager la fin de tous les temps avec l'avènement, l'arrivée de l'envoyé de Dieu, le Messie.

À vos calculs !

L'une des prophéties de Daniel qui a fait couler le plus d'encre est celle du chapitre 9. Il s'agit de la réponse que reçoit Daniel, via un ange du Seigneur, après qu'il eut prié avec insistance.

… Dès que tu as commencé de supplier Dieu, un message a été prononcé de sa part, et je suis venu te le communiquer, car Dieu t'aime. Efforce-toi donc de comprendre ce message et de discerner le sens de la vision.

Une période de soixante-dix fois sept ans a été fixée pour ton peuple et pour la ville où tu demeures ; c'est nécessaire pour que la désobéissance prenne fin, que les fautes cessent et que les péchés soient pardonnés, pour que la justice éternelle se manifeste, que la vision et la prophétie s'accomplissent et que le temple de Dieu soit consacré de nouveau.

Voici donc ce que tu dois savoir et comprendre : depuis l'instant où a été prononcé le message concernant le retour d'exil et la reconstruction de Jérusalem, jusqu'à l'apparition du chef consacré, il y a sept périodes de sept ans. Ensuite, pendant soixante-deux périodes de sept ans, la ville et ses fortifications seront reconstruites, mais les temps seront difficiles.

À la fin de ces soixante-deux périodes, un homme consacré sera tué sans que personne le défende. Puis un chef viendra avec son armée et détruira la ville et le sanctuaire. Toutefois ce chef finira sous le déferlement de la colère divine. Mais jusqu'à sa mort il mènera une guerre dévastatrice, comme cela a été décidé.

Pendant la dernière période de sept ans, il imposera de dures obligations à un grand nombre de gens. Au bout de trois ans et demi, il fera même cesser les sacrifices et les offrandes. Ce dévastateur accomplira ses œuvres abominables avec rapidité, jusqu'à ce que la fin qui a été décidée s'abatte sur lui.

Daniel avait demandé le pardon et la délivrance de son peuple en exil. Dieu lui donne un calendrier avec des étapes pour le moins énigmatiques. Mais l'ange encourage Daniel à réfléchir et à comprendre le sens codé du message !

Depuis, les calculs sont allés dans tous les sens pour comprendre ce que sont les temps qui courent et leur réelle durée ; d'autant que dans certaines traductions, le terme année est remplacé par semaine !

Pour demeurer modeste et sans tomber dans un fondamentalisme sectaire, il convient surtout de dire que le message essentiel de ces passages difficiles demeure celui-ci : le Dieu de la Bible est le maître de l'Histoire.