Le livre de Néhémie
L'unité nationale
Initialement, ce livre ne faisait qu'un avec celui d'Esdras. Il relate la suite de l'histoire du retour des exilés et de la reconstruction de Jérusalem, de ses murailles et de son temple. Esdras a rencontré quelques oppositions et quelques rivalités qui eurent pour effet de bloquer les chantiers et d'arrêter les travaux. Néhémie arrive à son tour de la cour de l'empereur perse, environ treize ans après l'arrivée à Jérusalem d'Esdras. Ce sang neuf, et l'appui de prophètes comme Aggée et Zacharie, relance la dynamique des travaux. Esdras s'occupe de l'aspect religieux et Néhémie, de l'aspect politique et administratif de la restauration.
Ces deux livres, Esdras et Néhémie, sont importants parce que depuis la chute de Jérusalem, accomplissement des prophéties, les Israélites n'avaient plus d'avenir réel. Le retour d'exil et la reconstruction de la capitale entraînent de nouveaux espoirs. L'identité du pays ne peut se faire qu'autour d'un projet commun : relever la ville et, d'une foi commune, restaurer le temple. C'est ce qu'ont compris Esdras et Néhémie, un duo de choc comme il y en a quelques-uns dans l'Ancien Testament. On pense au premier exode avec un autre duo : Moïse et Aaron !
Exemple de problèmes sociaux auxquels a dû répondre Néhémie : C'est ce qu'aujourd'hui on appelle la remise de la dette !
« Un jour, des hommes et des femmes du peuple se plaignirent amèrement de certains compatriotes juifs. Les uns disaient : Avec nos fils et nos filles, nous sommes nombreux. Nous aimerions obtenir du blé, afin de pouvoir manger et survivre. D'autres disaient : Nous devons donner nos champs, nos vignes et même nos maisons en garantie, lorsque nous désirons obtenir du blé pendant une période de famine. D'autres encore disaient : Pour payer les taxes dues au roi, nous sommes obligés d'emprunter de l'argent sur nos champs et nos vignes. Pourtant nous sommes tous de la même race ! Nos enfants ne sont pas différents de ceux de nos compatriotes ! Mais nous sommes contraints de les livrer à l'esclavage, certaines de nos filles y sont déjà réduites ; nous ne pouvons pas faire autrement, car nos champs et nos vignes appartiennent déjà à nos créanciers.
Lorsque j'entendis ces propos et ces plaintes, j'en fus vivement indigné. Je pris la décision de reprocher aux notables et aux magistrats d'imposer des charges excessives à leurs compatriotes, et je les convoquai à une assemblée solennelle.
Je leur déclarai : dans la mesure de nos moyens, nous avons racheté nos compatriotes juifs qui s'étaient vendus comme esclaves à des étrangers. Et maintenant, vous-mêmes, vous vendez vos propres compatriotes, et cela à des gens de notre peuple ! Ils ne trouvèrent rien à répondre et gardèrent le silence. Je repris : vous avez tort d'agir de cette façon ! Ne devriez-vous pas vivre dans la crainte de notre Dieu pour éviter les outrages des autres peuples, nos ennemis ?
Moi aussi, j'ai prêté de l'argent et du blé, tout comme mes proches et mes collaborateurs. Renonçons donc à récupérer ce qui nous est dû. Aujourd'hui même, rendez à vos débiteurs leurs champs, leurs vignes, leurs oliviers et leurs maisons, et renoncez aux intérêts sur tout ce que vous leur avez prêté, argent, blé, vin ou huile. »
- Nous allons faire ce que tu nous proposes, répondirent-ils ; nous rendrons ce que nous avons pris et nous ne leur réclamerons plus rien.
Alors je convoquai les prêtres, en présence desquels j'exigeai des créanciers qu'ils jurent de tenir leur promesse. »
Néhémie 5. 1-12