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Moines et religieux à l’heure de la Contre-Réforme

Dès la fin du Moyen Age et à l’aube de la Renaissance, l’Eglise avait déjà l’idée de réformer les institutions monastiques. Seulement ce n’est que suite à la mise en cause de ces mêmes institutions par les Humanistes et les Protestants et avec l’ouverture du Concile de Trente en décembre 1545 que la Contre-Réforme allait prendre tout son sens. Le Concile de Trente est certes le moteur d’une réformation catholique, mais il participe aussi d’une volonté antérieure de renouveau et de réconciliation. Si les dogmes de la foi catholique sont réaffirmés durant les vingt-cinq sessions, le Concile de Trente a aussi été un temps de réflexion sur la discipline. Ainsi l’assemblée réunie à Trente ne négligea pas de s’intéresser à ces réguliers qui avaient pour particularité de suivre une règle religieuse bien précise et de prononcer des vœux simples qui devenaient ensuite définitifs (pauvreté, chasteté, obéissance).

Dans ce contexte, qui tient à la fois de la Contre-Réforme puisqu’il est une réponse directe aux  différents courants protestants mais qui tient aussi de la Réforme car il est symptomatique d’une volonté de rénovation interne, les anciens ordres religieux vont devoir sortir de leur torpeur face à l’apparition d’ordres nouveaux. Il convient donc ici de s’interroger sur la manière dont la Réforme tridentine s’est instaurée au sein des communautés régulières.

Si la Réforme du clergé régulier apparaissait comme nécessaire, elle se traduit par un renouveau des ordres anciens et par la création d’ordres nouveaux.

I - Les ordres religieux : une réforme nécessaire

A) La 25e session du Concile de Trente

À l’aube de l’ouverture du Concile de Trente, c’est bien l’idée d’une nécessité d’une réforme des ordres religieux qui prévaut. En effet, les réguliers sont très vite touchés par les idées nouvelles, en témoigne, l’exemple de Luther, qui sortait d’un couvent d’Augustins. Face à cela, l’Eglise allait réagir en consacrant la 25e session du Concile de Trente, en décembre 1563, à la réforme du clergé régulier. Le Concile de Trente se prononce alors sur plusieurs points :

·          il réaffirme l’importance des vœux :  " avant tout, ils observeront fidèlement, tout ce qui concerne la perfection de la profession religieuse comme sont les vœux d’obéissances, de pauvreté et de chasteté et tous les autres vœux et préceptes propres à une règle et à un ordre. ",

·         les réguliers allaient aussi devoir respecter à la fois l’idée de clôture sur laquelle le Concile se prononce en ces termes : " il ne sera pas permis aux réguliers de sortir de leur couvent même sous prétexte d’aller trouver leurs supérieurs sauf s’ils ont été envoyés ou appelés par ceux-ci. ",

·         le Concile s’intéresse également à la mise en pratique et au respect de cette Réforme en proposant à l’évêque dont dépendent les communautés religieuses (ce sont souvent les ordres nouveaux) de les visiter et à celles qui dépendent de Rome de se regrouper en congrégations dans un concile général dan l’année qui suit puis ensuite tous les trois ans,

·         le Concile allait aussi chercher à remédier aux abus les plus évidents, comme l’interdiction de confier des abbayes à des non réguliers.

Les papes allaient donc tenter de mettre en œuvre cette Réforme. L’un des plus fervents, Pie V(1568-1572) se prononça et réaffirma l’idée de clôture. Seulement cette réforme pose déjà de nombreux problèmes à ces communautés qui souhaitaient davantage s’ouvrir sur le monde.

B) Une volonté d’ouverture sur le monde

Comme on vient de le voir, le Concile de Trente a réaffirmé l’idée de clôture, il faut mépriser le monde et le fuir. Ainsi, certains réformateurs, allant dans le sens du Concile appliquèrent le décret de manière très appuyée. On pourra retenir ici, l’exemple d’Angélique Arnauld, abbesse du monastère cistercien de Port-Royal qui décida de réformer son monastère en appliquant strictement la règle. Cette réforme est symbolisée par la célèbre " journée du guichet " du 25/09/1609 où A. Arnauld avait refusé de recevoir son père, l’avocat Antoine Arnauld autrement que derrière la grille du parloir.

Seulement, si certains réformateurs ont suivi la direction donnée lors de la 25e session du Concile, à savoir, un respect stricte de la clôture, d’autres, en revanche, affichèrent une plus grande volonté d’ouverture sur le monde. Ces mouvements de réforme ne pouvaient satisfaire tous les Catholiques qui souhaitaient s’investir dans la vie religieuse sans pour autant fuir le monde. Ainsi, on voit se créer peu à peu, des compagnies de prêtres soucieuses de concourir à l’éducation et à l’assistance spirituelle : les Pères de la doctrine chrétienne fondée par César du Bus s'illustrent par leur vocation vouée à l’enseignement du catéchisme.

Cette ouverture sur le monde se traduit par l’enseignement : chanoines de Windesheim, ou le soin aux malades à domicile : Visitandines.

Il faut également remarquer que le fait de refuser la clôture est un trait des nouvelles fondations, en témoigne les Jésuites qui s’affichent comme des clercs réguliers et qui se distingue fondamentalement des moines et allaient mettre en pratique une réforme enseignante prônée par les Humanistes au point de devenir la 1ère congrégation enseignante du monde catholique.

La Contre-Réforme engagée par le Concile de Trente soulève, à l’image du problème de la clôture, d’ores et déjà de nombreux enjeux. Il s’agit désormais de s’interroger sur la manière dont cette réforme s’est instaurée au sein des ordres religieux.

II - Le renouveau des ordres au XVIe siècle

A) Moines et chanoines réguliers : une réforme de l’intérieur

1. Les moines

Les Bénédictins sont une congrégation chargée de l’observance monastique, la Contre-Réforme va se traduire ici par une scission entre plusieurs congrégations dont les plus célèbres sont :

La congrégation de Saint-Vannes, créée en 1604 par Dom Didier de la Cour, prieur de l’abbaye de Saint-Vannes à Verdun. Cette famille religieuse se caractérise par un grand souci de donner aux moines une solide formation intellectuelle en même temps que spirituelle, cette congrégation rayonnera au-delà de la Lorraine, jusqu’en Champagne, en 1621, les Vannistes français allaient demander au pape de former une congrégation séparée, celle-ci adopta le nom de congrégation de Saint-Maur, qui réunit une grande partie des Bénédictins français. Chez les Mauristes, comme chez les Vannistes, l’organisme principal était le Chapitre général qui rassemblait annuellement les représentants de chaque communauté et nommait les prieurs.

Les Cisterciens, fondés par Robert de Molesme en 1098, allaient eux aussi être touché par la réforme, s’ils formaient une congrégation nationale, d’autres branches allaient peu à peu se développer à l’image des Feuillants, ordre masculin, créé en 1577 et son équivalent féminin, les Feuillantines, créées en 1588. A côté les Trappistes, adoptèrent, avec l’abbé-commendataire de l’abbaye de la Trappe, une réforme très dure, acceptée par le pape en 1666.

2. Les chanoines réguliers

Ils se multiplient au XVIe siècle, ils aidaient le clergé séculier. Chez les chanoines de la Rochefoucauld ; l’abbé-commendataire de Sainte-Geneviève, s’efforça selon le vœu du Concile de Trente de regrouper les abbayes de cet ordre désireuses de se réformer. C’est ainsi que naît la congrégation de France, dite génovéfaine. Cet ordre allait réunir jusqu’à une cinquantaine de maisons dès la fin du XVIIe siècle.

C’est sur ce modèle, que les chanoines réguliers de Saint-Augustin se sont réformés. En revanche certains chanoines réguliers ont préféré s’affilier à la réforme de Chancelade, plus austère dont les membres étaient réunis dans la congrégation de Chancelade.

Tout autant que les ordres anciens, les ordres mendiants vont devoir se réformer et connaître ainsi un certain renouveau.

B) Les ordres mendiants

1. Les Dominicains et la congrégation de Saint-Louis

Fondé en 1207 (approuvé en 1216 par Honorius III) par Dominique (v.1170-1221), l’ordre des Dominicains se consacra, dès sa fondation, à la lutte contre les hérésies, par la prédication, d’où leur nom de Frères prêcheurs (bulle de 1217 confirme leur nom : Fratres proedicatores), ils ont aussi joué un rôle important dans l’Inquisition. Ayant apporté aux débats du concile de Trente (1545-1563), une contribution importante, les Dominicains se devaient, eux aussi, de se réformer. Les chapitres généraux réunis de 1553 à 1580 sont à l’origine de cette rénovation, ils ont cherché à remédier au relâchement des frères. Pour autant une large place a été laissée aux initiatives de certains frères comme Sébastien Michaelis, qui est à l’origine de la congrégation réformée d’Occitanie (1608), qui deviendra la congrégation de Saint-Louis, en 1629, année où elle s’installe à Paris. D’autres congrégations réformées verront le jour dans les décennies suivantes.

Ce renouveau des ordres mendiants passe aussi par la création de nouveaux ordres, ou plus précisément de nouvelles branches.

2. Les Carmes et Carmélites

Carmes et Carmélites ont connu au cours du XVIe siècle un renouveau extraordinaire sous l’impulsion de deux personnages, Thérèse d’Avila (1512-1582) et Jean de la Croix (1542-1591). En 1562, Thérèse d’Avila, entrée au Carmel de l’Incarnation en 1536, fonde dans sa ville un monastère de carmélites, Saint-Joseph d’Avila. C’est le résultat d’un cheminement mystique de huit années. Ce couvent, fût le lieu où elle commença à mettre en pratique la règle primitive du Carmel, vivre " dans la solitude, la prière et la stricte pauvreté ". Devant le succès de cette première tentative, une vingtaine de ces couvents " réformés " s’implantent alors en Espagne. Puis avec l’aide de Jean de la Croix (1542-1591), elle se lance dans la réforme des monastères masculins de carmes.

En 1580, Carmes et Carmélites sont approuvés par le pape Grégoire XII. [Les Carmes " déchaux " (pour déchaussés) deviennent un ordre indépendant en 1593.] La congrégation de France a eu pour initiatrice, Barbe Avrillot, qui avec l’aide de Pierre de Bérulle et de l’Oratoire fonde le carmel de Notre-Dame des Champs à Paris, approuvé par Paul V en 1615. À la fin du XVIIIe siècle, la congrégation comptera 62 carmels. [(1794 martyre des occupantes du carmel de Compiègne) (Dialogue des Carmélites de Bernanos (Suzanne Flon)].

Sur le même principe, les Franciscains donne naissance à une troisième branche : les Capucins.

3. Les Franciscains et les Capucins

Les Franciscains n’ont jamais cessé d’être travaillé par les mouvements de réformes internes, et ce malgré la séparation de 1517 entre observants et conventuels.

À l’origine de ce nouveau rameau franciscain, on place Matthieu de Basci, observant du couvent de Montefalco [en Ombrie (Italie)]. Il crée en 1525 à Ancône (Italie) les Frères mineurs capucins. Il prône un retour à la règle stricte de saint François, ainsi qu’à une plus grande pauvreté. Les Frères mineurs capucins tirent leur nom de leur vêtement, fait d’une tunique grossière et d’un capuchon (cappucio en italien). Peu à peu, ils vont remplir les mêmes tâches de prédication et de missions que les Franciscains. Mais surtout ils se caractérisent par une ascèse très stricte, et une action sans compromission envers les malades et les pestiférés. Cela leur vaudra une vénération populaire indéniable, mais aussi le soutien de la hiérarchie catholique, dans les conflits qui les opposent aux autres branches de l’ordre de saint François, et qui marquent leurs débuts. Les Capucins passent en France en 1575, ils obtiennent leur autonomie en 1619, ils forment ainsi une troisième branche de l’ordre de saint François. [En 1600, cet ordre des Capucins regroupe 8 800 membres.]

Ce mouvement de réforme des ordres anciens et des ordres mendiants ne satisfait pas tous les Catholiques, certains désirent certes s’engager dans une vie religieuse, sans pour autant renoncer au monde.

III - Les nouveaux ordres ou la volonté de vivre dans le siècle

En ce qui concerne les ordres religieux masculins, on peut parler de développement des congrégations de clercs réguliers.

A) Les ordres religieux masculins : le développement des congrégations de clercs réguliers

1. Les premiers clercs réguliers

Ces deux congrégations sont parmi les précurseurs de ces ordres de clercs réguliers qui ont vu le jour dans un souci d’engagement envers le peuple chrétien, mais aussi pour pallier les défaillances du clergé séculier. Ils étaient tout d’eux orientés vers la prédication. Les théatins ont pour fondateur Gaétan de Thiène, appuyé par l’évêque de Chieti (en latin Theate, d’où le nom de théatin), le futur Paul IV. Il n’était pas question pour eux de rédiger une règle : " tout ce que nous voulons, c’est vivre canoniquement en commun et du commun, et sous les trois vœux ". Les Barnabites ou Clercs réguliers de la congrégation de saint Paul ont été fondés en 1530 par Antoine-Marie Zaccaria (1502-1539). Les membres de ces deux congrégations sont des prêtres à part entière avec ce que cela suppose : enseignement, prédication, soin aux malades, mais s’ils prêtent des vœux monastiques, ils ne sont pas astreints ni aux observances, ni à l’office du chœur comme les chanoines. L’un comme l’autre n’ont connu qu’un faible développement, en France, mais aussi dans le reste de l’Europe [(1 100 membres pour les théatins vers 1750)], et ce peut être du fait d’une certaine austérité dans leur style de vie.

Ces deux ordres pour emblématique qu’ils sont de l’émergence des congrégations de clercs réguliers, n’ont jamais eu le rayonnement de l’ordre qui caractérise le mieux les congrégations de clercs réguliers : les Jésuites.

2. Les Jésuites

Collège de jésuites de Besançon

Fondée par Ignace de Loyola (1491-1556), la Compagnie de Jésus est un ordre de clercs réguliers, qui en gardant l’esprit du monachisme a su l’adapté aux nécessités d’un apostolat dans un monde en pleine mutation, la stabilité a été remplacée par une obéissance absolue au pape, l’oraison mentale a été substituée à l’office de chœur, l’exigence d’une forte culture a été imposée. " Pour la plus grande gloire de Dieu " (en latin Ad majorem Dei gloriam) est la devise de la Compagnie de Jésus dont en 1540, le pape Paul III approuve les Constitutions, rédigées par Ignace de Loyola.

Son cheminement le fit passé de la carrière des armes au service de l’Eglise catholique et de la papauté, sa ligne de conduite est révélée par les " Exercices spirituels "(vers 1521-1523). La formation des Jésuites est longue et difficile (12 ans avant d’être ordonné prêtre dont 3 années consacrées à l’étude de la philosophie, 4 à la théologie). L’accent est mis sur l’obéissance au pape et la soumission au supérieur. Claudio Acquaviva, général des jésuites de 1587 à 1615 a défini avec précisions les étapes de la formation des novices, en plaçant sur le même plan contemplation et méditation. Au centre des pratiques quotidiennes qui sont exigées des jésuites, se trouvent un examen de conscience, la lecture spirituelle et la messe. Les jésuites vont s’orienter vers l’enseignement, et mettre cette activité au service de la reconquête catholique, pour autant ils n’excluaient pas la prédication, l’évangélisation, ou encore les recherches historiques ou théologiques. En 1548, l’ordre fonde à Messine le modèle des collèges futurs, puis en 1551, l’ordre inaugure le Collegium romanum. À la mort de son fondateur, la Compagnie de Jésus a déjà créé 39 collèges dans sept pays européens et en Inde, [en 1626, ils sont 444]. Ces chiffres montrent bien la diffusion de l’ordre en Europe et dans le monde, notamment en Amérique latine (Paraguay). Jusqu’en 1640, la Compagnie de Jésus va connaître malgré certains remous, un essor remarquable.

Le second quart du XVIIe siècle voit se développer avec Vincent de Paul et les disciples de Bérulle, une nouvelle vague de congrégations de prêtres " missionnaires ".

3. Les compagnies de prêtres : Oratoriens de France et Lazaristes

La congrégation de l’Oratoire de Jésus et Marie ou Oratoire de France à été fondé par Pierre de Bérulle en 1611 (11 novembre). Elle a pour objet de réformer le clergé séculier, c’est une société de prêtres, sans vœux ni autres liens que ceux de la charité. Pierre de Bérulle prend exemple ainsi sur l’Oratoire de Philippe Néri (fondé en 1575), les maisons de l’Oratoire de France sont placées sous la juridiction des évêques, elles sont à leur service. Cette association va permettre de former de véritables prêtres, mais aussi de développer le niveau de formation du clergé français. À la mort de Bérulle en 1629, le développement reste limité, environ 60 maisons. Cet Oratoire de France était en concurrence directe avec les Jésuites par l’obligation qui lui était faite de créer des collèges, pour autant leur enseignement est dans sa forme par rapport à celui des Jésuites, original. Il met l’accent sur les sciences modernes et démontre ainsi un véritable esprit d’ouverture.

L’objet premier de la Société des Prêtres de la Mission ou Lazariste s’il concerne aussi l’éducation, ne s’adresse pas au clergé mais au monde paysan. Cette congrégation, qui tire son nom de sa maison mère, le prieuré de Saint-Lazare à Paris, a été fondé par Vincent de Paul (1581-1660) en 1625 (17 avril). Elle a pour mission de remédier à l’ignorance des paysans, de les évangéliser. À la mort de Vincent de Paul, son fondateur, en 1660, elle a déjà effectué plus de sept cents missions. Les prêtres de la congrégation de la Mission (Lazaristes) sont liés par les trois vœux perpétuels de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, ils doivent aussi respecter la règle de 1658 qui leur commande de se vouer au service spirituel des paysans, [et ils ne sont pas soumis au service du chœur]. Pour autant, cette mission d’évangélisation supposait que les résultats acquis ne pouvaient être conservé que par des prêtres dignes de leur tâche, aussi les Lazaristes vont fonder et diriger des séminaires (environ 30 à la fin du XVIIe siècle). [id. pour les Sulpiciens, fondé par Olier en 1641]

Les mouvements masculins si important qu’ils soient, ne doivent pas faire oublier la création de nouveaux ordres féminins qui participait de la même volonté d’ouverture sur le siècle.

B) Les ordres religieux féminins : entre clôture et ouverture

1. Les régulières : Visitandines et Ursulines

La clôture

En fondant la Visitation Sainte-Marie, à Annecy en 1610, Jeanne de Chantal et François de Sales veulent donner la possibilités à des dévotes de se consacrer aux activités caritatives, à la visite et au soin aux malades à domicile, et ce tout en vivant en communauté. Au départ si cette congrégation est entièrement ouverte sur le siècle, il lui faudra, dès qu’elle essaimera, notamment à Lyon, accepter la clôture. En effet l’archevêque de Lyon, exigera des vœux solennels ainsi que la clôture, il était en accord avec la société qui craignait qu’une femme entrée au couvent pût en ressortir et réclamer sa part éventuelle d’héritage. François de Sales devra céder et ériger l’institut en ordre féminin, avec des vœux solennels de religion. Les Visitandines devront donc abandonner le soin aux malades, elles développent alors l’enseignement aux petites filles, à l’intérieur de leur couvent, et ce en accordant une large place à la vie contemplative.

Il en va de même pour la congrégation des Filles de sainte Ursuline. Cette congrégation, est fondée en 1535, par Angèle Merici. Cette dernière définit une formule originale : les compagnes ne prononcent pas de vœux, ne portent pas de costume distinctif, n’ont pas de maisons communautaires, ne récitent pas d’offices, elles vivent dans leur famille et circulent dans la ville pour soigner les malades, catéchiser les enfants, une fois par mois, elles se réunissent à Brescia pour faire le point sur leur activité. Pour autant, en 1568, Charles Borromée, évêque de Milan, leur impose une règle en les introduisant dans son diocèse, elles sont désormais astreintes à la vie commune, au port d’un habit et doivent prononcer trois vœux simples. Cette règle va se durcir pour les Ursulines qui s’installent en France, à partir de 1596, des vœux solennels leur sont imposés, ainsi qu’une clôture rigoureuse. Seules les Ursulines de Brescia restent fidèles à la règle d’Angèle Merici. À partir de 1614, les Ursulines devront aussi prêter le vœu de s’occuper de l’instruction des jeunes filles.

Les congrégations féminines qui recrutent dans les rangs de l’élite sociale trahissent une tendance à la " monialisation ", selon Isabelle Brian, pour autant ce phénomène est beaucoup moins présent quand il s’agit de congrégations plus modestes par leur taille ou leur recrutement social, comme les Filles de la Charité.

2. Les séculières : les Filles de la Charité

À l’origine, il s’agit d’une association pieuse destinée à seconder la confrérie parisienne des Dames de la Charité, qui répugnait à faire certaines besognes. La Compagnie des Filles de la Charité est fondée en 1633 par Louise de Marillac qui rédige la première règle, retouchée légèrement par Vincent de Paul. Ce dernier, fort de l’expérience malheureuse de François de Sales, entend fonder bel et bien une confrérie séculière, il veille pour cela à imposer une formule nouvelle de vie religieuse à mi-chemin entre la vie des moniales et la vie des laïques. À partir de 1642, ces Filles prononcent des vœux perpétuels mais privés, la coutume est vite établie de renouveler ces vœux tous les ans lors de la fête de l’Annonciation, le 25 mars. La règle des Filles de la Charité prévoit des vœux de pauvreté, de chasteté, d’obéissance et de service des pauvres et des malades. La vie commune a pour cadre, non pas un couvent, mais une maison. En dehors du service à domicile des pauvres et des malades, les Filles de la Charité se sont aussi vouées à l’enseignement des petites filles de la campagne, par la suite, elles ont dirigé des hôpitaux, des hospices de vieillards, voir des asiles d’aliénés.

Conclusion

On l’a vu le XVIe et plus encore la première moitié du XVIIe siècle sont les temps forts de la Réforme catholique en France mais aussi dans le reste de l’Europe. Un clergé séculier de mieux en mieux formé se met en place, le temps, pour celui-ci, de l’ignorance et de la débauche est loin. Surtout, le renouveau monastique a produit un ensemble d’ordres, plus préoccupés par leur sacerdoce, par le peuple des chrétiens, peuple qui devient le centre des préoccupations des ordres nouvellement créés. Enseignement, soins et secours sont devenus les piliers de ces congrégations. Tous ces ordres connaissent un recrutement abondant, les villes voient leur périphérie se remplir de constructions conventuelles. Enfin, il ne faut pas oublier que cette période est celle de la véritable affirmation du monachisme féminin en tant que telle, et non plus subordonné aux ordres masculins.

Ce clergé régulier, qui était dans la tourmente, près à disparaître sous les coups de butoirs du clergé séculier a su se ressourcer et prendre un nouvel essor qui se confirmera au XVIIIe siècle et qui sera aussi se renouveler au XIXe siècle.

© j-b HISTOIRE 2001