Le duc d'Aumale enlève la smala d'Abd el-Kader

Les grandes heures de l'Algérie:

De la conquête romaine à la conquête turque

21 mai 1529: Barberousse s'empare du Penon d'Alger

L'Algérie à la veille de la conquête française

14 juin 1830: les Français débarquent en Algérie

16 mai 1843: prise de la smala d'Abd el-Kader

24 octobre 1871: le décret Crémieux et les juifs

10 février 1943: Ferhat Abbas veut l'autonomie

8 mai 1945: massacres de Sétif

19 mars 1962: cessez-le-feu et indépendance
  

Le 16 mai 1843, un escadron de 500 hommes commandé par le duc d'Aumale enlève la smala d'Abd el-Kader.

Il s’agit d’une véritable ville itinérante de 30.000 personnes, essentiellement composée de femmes, d'enfants et de serviteurs.

L'escadron est tombé sur elle par hasard au cours d'une expédition de reconnaissance.

Le duc d’Aumale, qui est le propre fils du roi Louis-Philippe 1er, fait 3.000 prisonniers et remporte un immense butin.

Cet exploit retentissant est le point d'orgue de la guerre de plus en plus brutale menée par les Français en Algérie.

De la conquête à la soumission

Après le débarquement de quelques troupes en 1830 en Algérie, le gouvernement français de Louis-Philippe 1er souhaitait se limiter à une occupation restreinte du littoral: Oran, Mostaganem, Bône et bien sûr Alger.

C'est ainsi que les chefs traditionnels conservent leur pouvoir sur l'intérieur du pays, parfois avec l'approbation du gouvernement de Paris.

Dans le Constantinois, le pouvoir revient au bey Ahmed. En Algérie occidentale, Abd el-Kader, un jeune marabout qui prétend descendre du Prophète se fait proclamer, à 25 ans, émir des tribus de Mascara, une région proche d'Oran.

Les Français croient utiles dans un premier de l'aider à asseoir son emprise sur les autres chefs indigènes. Mais il ne tarde pas à lengager la lutte contre les Français et met en échec le général Trezel dans les marais de la Macta le 26 juin 1835.

Le général Thomas Bugeaud venge cette défaite à Sickak et impose au jeune émir le traité de la Tafna, le 30 mai 1837. Par désir d'accommodement, il le laisse maître de l'arrière-pays d'Oran et d'Alger.

Mais le traité est truffé d'approximations et de non-dits. Les limites du royaume d'Abd el-Kader ne sont pas bien définies. C'est ainsi qu'elles englobent la tribu des Ben Zetoun, qui s'était montrée fidèle aux nouveaux occupants et que le jeune émir ne se fait pas faute d'égorger à l'exception de 1600 survivants que recueillirent les Français. 

Sa mission accomplie, Bugeaud se rembarque pour la France en déplorant une «possession onéreuse dont la nation serait bien aise d'être débarrassée».

A Constantine, cependant, le bey Ahmed refuse allégeance aux Français. Non sans difficulté, le maréchal Valée réussit à s'emparer de la ville. Pour relier la nouvelle conquête à Alger, le duc d'Orléans franchit hardiment une gorge étroite aux mains des Arabes, les «Portes de fer».

Abd el-Kader, qui n'attendait que cela, dénonce dans cette opération une violation du traité de la Tafna et proclame la guerre sainte. En novembre 1839, ses cavaliers ravagent la plaine de la Mitidja, derrière Alger, où commencent à s'implanter des colons européens.

L'insurrection devient générale. C'est l'échec de la politique de concertation avec les chefs algériens.

Vers la guerre totale

Bugeaud revient en Algérie avec le titre de gouverneur général. Devant l'impossibilité de s'en tenir à une occupation du littoral, il réagit avec toute la brutalité dont il est capable.

Il constitue des colonnes mobiles qui ravagent les régions insoumises, brûlent les récoltes, détruisent les villes, enlèvent femmes et enfants, dans le but de priver son ennemi de tout soutien.

La prise de la smala d'Abd el-Kader, bien que sans grande valeur militaire, donne à cette guerre cruelle l'image héroïque et romanesque qui lui faisait défaut.

Abd el-Kader arrive après cette déconvenue à se réfugier au Maroc, où sa popularité devient prodigieuse. Il réussit à entraîner le sultan Abd el-Rahman à ses cotés. Mais le 14 août 1843, les troupes marocaines sont surprises par Bugeaud sur l'oued Isly, non loin de la frontière.

  < Bugeaud reçoit la reddition des Marocains à l'Isly, par Horace Vernet (musée de Versailles) >

Les 11.000 soldats français mettent en déroute les 60.000 cavaliers marocains. Le général Bugeaud reçoit son bâton de maréchal pour ses faits de gloire en Algérie. Il est fait duc d'Isly par le roi. Il ne lui est pas tenu rigueur des innombrables crimes de guerre commis sous son commandement contre les civils algériens.

Abd el-Kader tente de reprendre la guerre mais doit se soumettre quatre ans plus tard, le 23 décembre 1847, aux généraux Lamoricière et Cavaignac. Il est envoyé en exil dans l'empire ottoman avec une pension du gouvernement français.

La guerre va encore se poursuivre une dizaine d'années avant que l'Algérie, exsangue, ne soit finalement occupée dans sa totalité par l'armée française.

Des colons commencent alors de s'y implanter en grand nombre.

Début de la colonisation

L'administration du pays est confiée dès 1833 aux bureaux des Affaires arabes. Ces bureaux militaires prennent en charge les intérêts des indigènes et défendent tant bien que mal leurs droits et leurs propriétés.

Mais au fil du temps, leurs efforts sont contrecarrés par le souhait des gouvernements successifs de transformer l'Algérie en une colonie de peuplement.

C'est ainsi que l'État ou l'armée enlèvent des terres aux indigènes, construisent à leurs frais des villages entièrement équipés avant de les remettre clé en main à des soldats en voie de démobilisation ou à des groupes de pauvres colons en provenance de la France de l’intérieur, de Malte, d’Italie ou encore d’Espagne.

Les pouvoirs publics constituent aussi de vastes domaines et de les confier à des bourgeois venus de France, ces derniers employant sur leurs terres comme fermiers les indigènes musulmans qui en étaient auparavant les propriétaires.

Les immigrants européens sont appelés roumis (roumias pour les femmes) par les indigènes, d'un mot arabe qui désigne traditionnellement les chrétiens d'Occident, descendants des Romains.

Faillite de l'intégration politique

En rupture avec ses prédécesseurs, l'empereur Napoléon III tente de transformer le territoire algérien en un «royaume arabe» associé à la France et dont il serait lui-même le souverain.

Dans une lettre du 6 février 1863, il proclame que «l'Algérie n'est pas une colonie proprement dite mais un royaume arabe». Au grand scandale des colons et des militaires, il en appelle à l'égalité complète entre Européens et indigènes, au moins dans la gestion des affaires locales.

Par ailleurs, un sénatus-consulte (une loi) en date du 14 juillet 1865 permet aux   musulmans d'acquérir la citoyenneté française mais à la condition de renoncer à titre individuel au statut coranique et d'accepter le droit civil français.

La chute de l'Empire, en 1870, va ruiner le projet généreux de Napoléon III.

Origine du mot Pieds-noirs

Dans les années 1950, les Français de la métropole (les Patos dans l'argot algérois) prennent l'habitude d'appeler Pieds-noirs leurs compatriotes d'Algérie, avec une nuance péjorative dans l'expression.

L'origine de cette expression reste mystérieuse. Elle pourrait évoquer les bottes noires et les guêtres de la même couleur que portaient les soldats français qui débarquèrent en 1830 à Sidi Ferruch.

 

Mise à jour le 23 février 2003