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Le 16 mai 1843,
un escadron de 500 hommes commandé par le duc d'Aumale enlève la smala d'Abd
el-Kader.
Il s’agit d’une véritable ville itinérante de 30.000 personnes,
essentiellement composée de femmes, d'enfants et de serviteurs.
L'escadron est tombé sur elle par hasard au cours d'une expédition de reconnaissance.
Le duc d’Aumale, qui est le propre fils du roi Louis-Philippe 1er, fait 3.000
prisonniers et remporte un immense butin.
Cet exploit retentissant est le point d'orgue de la guerre de plus en plus brutale menée
par les Français en Algérie.
De la conquête à la
soumission
Après le débarquement de quelques troupes en 1830 en
Algérie, le gouvernement français de Louis-Philippe 1er souhaitait se limiter à une
occupation restreinte du littoral: Oran, Mostaganem, Bône et bien sûr Alger.
C'est ainsi que les chefs traditionnels conservent leur pouvoir sur l'intérieur du pays,
parfois avec l'approbation du gouvernement de Paris.
Dans le Constantinois, le pouvoir revient au bey Ahmed. En Algérie occidentale, Abd
el-Kader, un jeune marabout qui prétend descendre du Prophète se fait proclamer, à 25
ans, émir des tribus de Mascara, une région proche d'Oran.
Les Français croient utiles dans un premier de l'aider à asseoir son emprise sur les
autres chefs indigènes. Mais il ne tarde pas à lengager la lutte contre les Français et
met en échec le général Trezel dans les marais de la Macta le 26 juin 1835.
Le général Thomas Bugeaud venge cette défaite à Sickak et impose au jeune émir le
traité de la Tafna, le 30 mai 1837. Par désir d'accommodement, il le laisse maître de
l'arrière-pays d'Oran et d'Alger.
Mais le traité est truffé d'approximations et de non-dits. Les limites du royaume d'Abd
el-Kader ne sont pas bien définies. C'est ainsi qu'elles englobent la tribu des Ben
Zetoun, qui s'était montrée fidèle aux nouveaux occupants et que le jeune émir ne se
fait pas faute d'égorger à l'exception de 1600 survivants que recueillirent les
Français.
Sa mission accomplie, Bugeaud se rembarque pour la France en déplorant une «possession
onéreuse dont la nation serait bien aise d'être débarrassée».
A Constantine, cependant, le bey Ahmed refuse allégeance aux Français. Non sans
difficulté, le maréchal Valée réussit à s'emparer de la ville. Pour relier la
nouvelle conquête à Alger, le duc d'Orléans franchit hardiment une gorge étroite aux
mains des Arabes, les «Portes de fer».
Abd el-Kader, qui n'attendait que cela, dénonce dans cette opération une violation du
traité de la Tafna et proclame la guerre sainte. En novembre 1839, ses cavaliers ravagent
la plaine de la Mitidja, derrière Alger, où commencent à s'implanter des colons
européens.
L'insurrection devient générale. C'est l'échec de la politique de concertation avec les
chefs algériens.
Vers la
guerre totale
Bugeaud revient en Algérie avec le titre de gouverneur général. Devant l'impossibilité
de s'en tenir à une occupation du littoral, il réagit avec toute la brutalité dont il
est capable.
Il constitue des colonnes mobiles qui ravagent les régions insoumises, brûlent les
récoltes, détruisent les villes, enlèvent femmes et enfants, dans le but de priver son
ennemi de tout soutien.
La prise de la smala d'Abd el-Kader, bien que sans grande valeur militaire, donne
à cette guerre cruelle l'image héroïque et romanesque qui lui faisait défaut.
Abd el-Kader arrive après cette déconvenue à se réfugier au Maroc, où sa popularité
devient prodigieuse. Il réussit à entraîner le sultan Abd el-Rahman à ses cotés. Mais
le 14 août 1843, les troupes marocaines sont surprises par Bugeaud sur l'oued
Isly, non loin de la frontière.

Les 11.000 soldats français mettent en déroute les
60.000 cavaliers marocains. Le général Bugeaud reçoit son bâton de maréchal pour ses
faits de gloire en Algérie. Il est fait duc d'Isly par le roi. Il ne lui est pas tenu
rigueur des innombrables crimes de guerre commis sous son commandement contre les civils
algériens.
Abd el-Kader tente de reprendre la guerre mais doit se soumettre quatre ans plus tard, le
23 décembre 1847, aux généraux Lamoricière et Cavaignac. Il est envoyé en exil dans
l'empire ottoman avec une pension du gouvernement français.
La guerre va encore se poursuivre une dizaine d'années avant que l'Algérie,
exsangue, ne soit finalement occupée dans sa totalité par l'armée française.
Des colons commencent alors de s'y implanter en grand nombre.
Début de la colonisation
L'administration du pays est confiée dès 1833 aux
bureaux des Affaires arabes. Ces bureaux militaires prennent en charge les
intérêts des indigènes et défendent tant bien que mal leurs droits et leurs
propriétés.
Mais au fil du temps, leurs efforts sont contrecarrés par le souhait des gouvernements
successifs de transformer l'Algérie en une colonie de peuplement.
C'est ainsi que l'État ou l'armée enlèvent des terres aux indigènes, construisent à
leurs frais des villages entièrement équipés avant de les remettre clé en main à des
soldats en voie de démobilisation ou à des groupes de pauvres colons en provenance de la
France de l’intérieur, de Malte, d’Italie ou encore d’Espagne.
Les pouvoirs publics constituent aussi de vastes domaines et de les confier à des
bourgeois venus de France, ces derniers employant sur leurs terres comme fermiers les
indigènes musulmans qui en étaient auparavant les propriétaires.
Les immigrants européens sont appelés roumis (roumias
pour les femmes) par les indigènes, d'un mot arabe qui désigne traditionnellement les
chrétiens d'Occident, descendants des Romains.
Faillite de l'intégration
politique
En rupture avec ses prédécesseurs, l'empereur Napoléon III tente de transformer
le territoire algérien en un «royaume arabe» associé à la France et dont il
serait lui-même le souverain.
Dans une lettre du 6 février 1863, il proclame que «l'Algérie n'est pas une colonie
proprement dite mais un royaume arabe». Au grand scandale des colons et des
militaires, il en appelle à l'égalité complète entre Européens et indigènes, au
moins dans la gestion des affaires locales.
Par ailleurs, un sénatus-consulte (une loi) en date du 14 juillet 1865 permet aux
musulmans d'acquérir la citoyenneté française mais à la condition de renoncer à titre
individuel au statut coranique et d'accepter le droit civil français.
La chute de l'Empire, en 1870, va ruiner le projet
généreux de Napoléon III.
Origine du mot Pieds-noirs
Dans les années 1950, les Français de la
métropole (les Patos dans l'argot algérois) prennent l'habitude d'appeler Pieds-noirs leurs
compatriotes d'Algérie, avec une nuance péjorative dans l'expression.
L'origine de cette expression reste mystérieuse. Elle pourrait évoquer les bottes noires
et les guêtres de la même couleur que portaient les soldats français qui débarquèrent
en 1830 à Sidi Ferruch.
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