24 octobre 1870

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Les deux soeurs à la terrasse (détail), par Pierre-Auguste Renoir (France 1841-1919)
Ce jour-là...

Le décret Crémieux francise les juifs d'Algérie

Les grandes heures de l'Algérie:

De la conquête romaine à la conquête turque

21 mai 1529: Barberousse s'empare du Penon d'Alger

L'Algérie à la veille de la conquête française

14 juin 1830: les Français débarquent en Algérie

16 mai 1843: prise de la smala d'Abd el-Kader

24 octobre 1871: le décret Crémieux et les juifs

10 février 1943: Ferhat Abbas veut l'autonomie

8 mai 1945: massacres de Sétif

19 mars 1962: cessez-le-feu et indépendance
  

Le 24 octobre 1870, un décret donne la citoyenneté française aux 37.000 juifs d’Algérie.

Dans la foulée, les colons originaires d'Europe (Italie, Espagne, Malte,...) sont aussi francisés en bloc. Quant aux musulmans d'Algérie, ils sont ravalés au statut d'indigène.

 < Adolphe Crémieux, par Nadar (photo de 1856, collection Getty) >Le décret a été promulgué à Tours, où s'est réfugié le gouvernement de la Défense nationale qui a succédé à l'Empire après la défaite de Sedan.

Il peut être considéré comme l'une des premières grandes mesures de la IIIe République.

Sa paternité en revient au ministre de la Justice, Isaac Adolphe Crémieux, l'un des chefs du parti républicain.

L'auteur du texte est le fils d'un commerçant juif de Nîmes. Juriste et philanthrope de 74 ans, il bénéficie d'une grande réputation d'intégrité dans le pays. En 1863, suite à l'émotion soulevée par l'affaire Mortara, il est devenu le président de la nouvelle «Alliance israélite universelle».

Du royaume arabe à la colonie


Napoléon III préconisait en Algérie l'instauration d'un royaume arabe sous protectorat français, un peu comme il en ira plus tard avec le royaume du Maroc.

Ses successeurs républicains prennent le contrepied de cette politique. Ils décident d'intégrer plus étroitement l'Algérie à la France.

Mais avec le décret Crémieux, ils établissent une discrimination inédite entre les juifs, élevés au rang de citoyens français, et les musulmans.

Une partie de ces juifs étaient établis en Afrique du Nord depuis la première diaspora, au Ve siècle avant JC et ils étaient à l'origine d'une langue aujourd'hui perdue, le judéo-berbère. Les autres étaient originaires d'Espagne d'où ils avaient été chassés en...1492.

Les musulmans, très majoritaires, étaient issus des populations kabyles, des envahisseurs arabes ou encore des esclaves enlevés sur les côtes européennes jusqu'au XVIIIe siècle et convertis de force.

Le décret consacre en Algérie la rupture entre colonisateurs (juifs indigènes et immigrants de tous les pays d'Europe occidentale) et colonisés (musulmans).

Sa publication est à l'origine de nouvelles révoltes musulmanes au printemps 1871, sous la conduite d'un certain El Mokrani.

Le chef du gouvernement provisoire, Adolphe Thiers, dépose le 21 juillet un projet d'abrogation mais celui-ci est repoussé sous la pression du banquier Alphonse de Rotschild.

En France, où toute forme d'antisémitisme avait disparu sous la Restauration monarchiste et le Second Empire, le décret va paradoxalement entraîner une mise en lumière des juifs.

L'antisémitisme apparaîtra avec force sous la IIIe République, à la faveur du scandale de Panama, qui précèdera de peu l'affaire Dreyfus.

 
Commentaire sur le décret Crémieux

d'après "Le sang d'Algérie" de JC Perez
extrait aimablement communiqué par Henri Robinot-Bertrand

Les Juifs d'Algérie faisaient partie avant 1870 de ce que l'on appelait la population indigène. C'est le décret Crémieux de 1870 qui fit attribuer la nationalité française aux Juifs d'Algérie (...).

Ce décret fut très mal accepté. De même que fut très mal acceptée la loi de 1889 qui accordait la nationalité française aux européens étrangers de 21 ans nés en Algérie.
Cette nationalisation collective des Israélites d'Algérie a surtout été mal acceptée par les Musulmans. Monsieur Pierre-Bloch nous en donne une explication valable: "Si les mêmes mesures n'étaient pas prises pour les deux catégories d'indigènes, c'est que les juifs avaient abandonné leur statut personnel mosaïque, alors que les musulmans n'avaient abandonné ni leur statut religieux, ni la loi coranique."

Mais pourquoi ne pas rappeler un autre événement qui s'était déroulé en 1865? C'est à cette date que se situe une visite de Napoléon III à Alger. Il considérait les Musulmans comme des Français et je lis dans un livre, dont je doute qu'il plaise à Monsieur Pierre-Bloch, qu'en 1865 "la nationalité française pouvait être obtenue par tout musulman qui renonçait au statut civil coranique". (Ahmed, connais pas de Bernard Moinet).

Aron est plus précis, il nous rappelle le sénatus-consulte du 14 juillet 1865: "L'indigène musulman est Français, néanmoins il continuera d'être régi par la loi musulmane. Il peut sur sa demande être admis à jouir des droits du citoyen ; dans ce cas il est régi par les lois civiles et politiques de la France."

Il faut donc bien saisir ces deux notions différentes :
1 Le musulman est de nationalité française et seulement de nationalité française, s'il obéit à la loi coranique ;
2 Il peut acquérir la citoyenneté française, incompatible avec le statut coranique, s'il fait l'abandon de ce dernier et s'il accepte les lois françaises.

On peut regretter que cette proposition ne fût pas appuyée par tous les moyens administratifs, militaires et autres pour donner une impulsion à ce qui aurait pu faciliter l'intégration totale ultérieure en faisant naturaliser le plus grand nombre possible d'indigènes musulmans, dès 1865.

J'aurais préféré naître dans une Algérie qui aurait déjà comporté plusieurs millions de Français d'origine indigène et pour qui la notion de Patrie se serait confondue avec la notion de France.
 

 

Mise à jour le 22 février 2003