21 mai 1529

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Portrait de jeune homme, par Raphaël (Italie 1483-1520), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Barberousse et les Turcs s'emparent d'Alger

Les grandes heures de l'Algérie:

De la conquête romaine à la conquête turque

21 mai 1529: Barberousse s'empare du Penon d'Alger

L'Algérie à la veille de la conquête française

14 juin 1830: les Français débarquent en Algérie

16 mai 1843: prise de la smala d'Abd el-Kader

24 octobre 1871: le décret Crémieux et les juifs

10 février 1943: Ferhat Abbas veut l'autonomie

8 mai 1945: massacres de Sétif

19 mars 1962: cessez-le-feu et indépendance
  

Le 21 mai 1529, les janissaires turcs de Barberousse s'emparent de la puissante forteresse espagnole qui se dresse face à Alger, le Penon.

Le pirate fait exécuter le gouverneur de la forteresse. Il devient le maître tout-puissant de la ville d'Alger et de ses environs immédiats.

Lui-même et ses successeurs vont dès lors écumer la Méditerranée jusqu'à la veille du débarquement français en Algérie.

Une famille de pirates

Les Barberousse sont au début quatre frères, nés d'un Albanais converti à l'islam. Leur nom vient de la barbe rousse que porte l'aîné, Aroudj.

Corsaires dès leur plus jeune âge, ils reçoivent du sultan Sélim 1er, qui règne à Istanbul, la mission de combattre et soumettre les Maures d'Afrique du Nord.

A la tête de 2000 janissaires (mercenaires turcs), ils s'acquittent de leur mission avec une brutalité remarquable en s'emparant d'abord de Tunis.

Dans le même temps, les Espagnols, qui viennent d'abattre le dernier royaume musulman de la péninsule, commencent à manifester des envies de conquête sur le littoral nord-africain.

En 1512, le roi berbère de Bougie appelle à l'aide les frères Barberousse en vue de récupérer la ville dont l'ont chassé les Espagnols.

Quatre ans plus tard, c'est au tour du roi d'Alger d'accueillir les frères Barberousse. Il s'inquiète à juste titre de la menace que représente la forteresse espagnole du Penon.

Peu au fait des lois de l'hospitalité, Aroudj exécute le roi dans son bain et pourchasse ses fidèles. Ses janissaires tuent et violent à qui mieux mieux. Les corps des notables sont pendus aux remparts.

Aroudj se lance à la poursuite de ses adversaires jusqu'à Tlemcen. Mais le roi berbère de la ville est allié au gouverneur espagnol d'Oran. Ce dernier surgit avec ses troupes, chasse Aroudj de Tlemcen et finit par le tuer.

Kheir ed-Din, ultime survivant des frères Barberousse, prend aussitôt la relève. Il inflige une sévère défaite aux troupes de l'empereur Charles Quint sous les murs d'Alger et peut dès lors attaquer le Penon d'Alger.

Après l'éviction des Espagnols, Kheir ed-Din va librement écumer la Méditerranée avec ses galères, pillant les côtes et les navires de rencontre.

L'objectif est la prise d'un maximum de butin. Il s'agit essentiellement de prisonniers, hommes, femmes et enfants, que l'on libère contre rançon s'ils sont riches ou que l'on vend comme esclaves sur les marchés d'Orient.

C'est par dizaines de milliers que se comptent les malheureux paysans, voyageurs ou marins enlevés à leur famille, condamnés à la mort lente et aux travaux forcés, au harem s'il s'agit de femmes.

Suivant les consignes du sultan auquel il a fait acte d'allégeance pour la ville d'Alger en 1520, Kheir ed-Din s'applique à ruiner les côtes italiennes en vue d'affaiblir la chrétienté en son coeur.

Au corsaire musulman s'oppose un autre corsaire, chrétien celui-là, mais non moins talentueux. Il s'agit d'Andrea Doria, issu d'une noble lignée de Gênes. Andrea Doria se met au service du roi de France François 1er puis de l'empereur Charles Quint, son rival.

En 1534, le bey arabe de Tunis, menacé par Barberousse, appelle à son secours l'empereur lui-même. Charles Quint débarque en force près de Tunis et libère la ville où il entre lui-même en triomphe le 6 août 1535. Tunis devient vassale de l'empereur germanique!

    < la flotte de CharlesQuint devant Tunis (gravure) >

C'est sans compter avec le roi de France François 1er qui s'accroche à son rêve de conquérir l'Italie et veut pour cela abattre Charles Quint.

Battu et capturé à Pavie, en 1525, François 1er demande à sa mère Louise de Savoie, de solliciter l'aide du sultan Soliman II. Ce dernier écrase l'année suivante une armée de croisées à Mohacs, en Hongrie mais il échoue à s'emparer de Vienne, la capitale des Habsbourg, la famille de Charles Quint.

François 1er ne s'en tient pas là. Il négocie le soutien de la flotte de Barberousse en vue d'une nouvelle attaque de l'Italie. C'est ainsi que le corsaire turc est invité à hiverner à... Toulon.

Le 14 octobre 1543, Barberousse ancre dans la rade avec 200 galères et 30.000 hommes. Pendant plusieurs mois, la ville est tenue sur ordre du roi de France de se mettre à leur disposition. La cathédrale Sainte-Marie-Majeure est même transformée en mosquée (1).

Tout cela pour rien. Perdant l'envie de combattre pour le roi de France, Barberousse se fait payer son départ au prix fort au printemps suivant. Il poursuit la guerre de course jusqu'à sa mort, à 70 ans, qui survient en 1546 dans son palais d'Istanbul.

Alger, après la disparition du dernier des frères Barberousse, reste sous la domination des corsaires musulmans ou renégats (chrétiens convertis à l'islam) que les Occidentaux prennent très vite l'habitude d'appeler Barbaresques (sic).

L'Algérie à la veille de la conquête française

Dans la Régence d'Alger comme dans les autres ports, Bougie ou Oran, les corsaires obéissent désormais à un dey ou un pacha au pouvoir absolu, théoriquement vassal du sultan d'Istanbul mais en fait indépendant.

Leur principale source de revenus est la guerre de course en Méditerranée, en d'autres termes la piraterie. Des recéleurs européens revendent le fruit des rapines en passant par le port franc de Livourne, en Italie.

On évalue à un million le nombre d'Européens de l'Ouest qui sont enlevés par les Barbaresques au cours de batailles navales et de razzias sur les côtes européennes, entre le XVIe et le XVIIIe siècle.

Les prisonniers sont réduits en esclavage dans les propriétés et les harems d'Afrique du Nord.

Les plus chanceux, comme le soldat Cervantès en 1575, sont libérés contre rançon. Quelques-uns arrivent à s'évader. C'est le cas du prêtre Vincent de Paul, futur saint de l'Église catholique, qui a été réduit en esclavage à Tunis en 1605.

Les autres prisonniers n'ont guère d'autre choix que de se convertir. Cela nous permet de penser que la plupart des Algériens actuels ont des ancêtres provençaux ou corses.

Au XVIIe siècle, le roi de France Louis XIV relance la guerre contre les corsaires d'Alger et de Tunis en vue d'assainir la Méditerranée (et pour s'acheter une conduite de bon chrétien).

Les galères d'Abraham Duquesne et de René Duguay-Trouin délivrent de la sorte de nombreux prisonniers chrétiens. Ces derniers, de retour en France, conservent le souvenir de leur captivité dans leur patronyme.

Aujourd'hui, les noms de famille tels que Maury, Maureau, Moreau,... tous dérivés de Maure, évoquent un lointain ancêtre délivré par les galères de Louis XIV.

Au début du XIXe siècle, les Occidentaux imaginent encore Alger comme une caverne d'Ali Baba, pleine de trésors. Les peintures de Delacroix (Femmes d'Alger,...) reflètent ces fantasmes.

Dans les faits, la guerre de course est depuis longtemps moribonde quand les Français débarquent à Sidi Ferruch et Alger n'est plus que l'ombre d'elle-même.

(1) Jacques Heers, Les Barbaresques, la course et la guerre en Méditerranée XIV-XVIe siècle, Perrin, 2001, page 96 [retour]

 

 

Mise à jour le 24 février 2003