Un siècle de papauté autoritaire:
18/07/1870: le pape devient infaillible
27/06/1929: le Vatican s'arrange avec le Mexique
12/03/1939: élection de Pie XII
11/10/1962: ouverture du concile Vatican II
Amen., l'affaire Pie XII au cinéma
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Le 18 juillet
1870, le concile Vatican I définit le dogme de l'infaillibilité pontificale.
Les cardinaux reconnaissent comme vraies et irrévocables les interprétations du dogme
prononcées par le souverain pontife.
Ainsi, tandis que le pape est en voie de perdre ses derniers attributs temporels au profit
du royaume d'Italie, son autorité spirituelle sur le monde catholique est en passe de
s'élever jusqu'à des sommets jamais atteints auparavant.
Jusqu'au début du XXe siècle, la plupart des catholiques ignoraient le nom de leur pape.
Aujourd'hui, le souverain pontife figure parmi les personnalités les plus médiatiques de
la planète, comme en fait foi l'exemple de Jean-Paul II.
C'est le résultat le plus évident du concile convoqué au Vatican par le pape Pie IX en
1869, trois cents ans après le précédent concile, à Trente. Ce concile est dit
oecuménique car il réunit l'ensemble des cardinaux du monde catholique.
Un pape sous pression
Pie IX, le pape du concile Vatican I, a eu le règne le plus long (32 ans) et l'un des
plus tourmentés de l'Histoire de l'Église.
Né en 1792 près d'Ancône (Italie), Jean-Marie Mastaï Ferretti devient prêtre, puis
évêque d'Imola, après avoir été empêché d'entrer dans l'armée pour cause
d'épilepsie. Le 16 juin 1846, il est élu pape par le conclave des cardinaux.
Il devient à ce titre le guide spirituel du monde catholique et également le souverain
temporel des États pontificaux, en Italie centrale, autour de Rome et de Ravenne.
L'origine de ces États remonte à une donation de Pépin le Bref au pape de son époque,
plus de mille ans auparavant. Elle était destinée à assurer l'autonomie du Saint Siège
face aux pressions des souverains temporels.
Pie IX se signale par une charité ardente et commence à introduire la démocratie dans
le gouvernement de ses États.
Il libère des militants de l'unité nationale et instaure deux Chambres pour le vote des
lois. Il fait entrer des laïcs dans les commissions du gouvernement, lance la
construction d'un chemin de fer, la rénovation de l'éclairage public,...
Il abolit l'obligation faite aux juifs de Rome de résider dans le ghetto et fait
détruire le mur qui entoure cet ancien quartier réservé.
De nombreux Italiens voient en lui le chef possible d'une fédération italienne.
L'abbé piémontais Vincenzo Gioberti préconise une fédération autour du pape (dans la
tradition des Guelfes qui, au Moyen Âge, s'opposaient aux Gibelins
partisans de l'empereur d'Allemagne).
Le 8 septembre 1847, l'agitateur républicain Giuseppe Mazzini
lance même à Pie IX, depuis Londres, un appel en vue de prendre la tête du mouvement
italien de libération.
Mais les Révolutions de 1848 vont mettre un terme à ces
velléités libérales. A la suite de Vienne, Milan se soulève contre l'absolutisme de
l'empereur d'Autriche, lequel règne sur le royaume lombardo-vénitien (Milan et Venise)
depuis le Congrès de Vienne de 1815.
Le petit roi du Piémont, Charles-Albert, appelle les princes de la péninsule à le
rejoindre dans la guerre contre l'empereur d'Autriche, afin de libérer la Lombardie et la
Vénétie. Pie IX laisse partir des troupes pontificales mais se rétracte bientôt et
renonce à la guerre.
Tandis que la guerre menée par le Piémont tourne à la confusion, des républicains
menés par Mazzini s'emparent de la Ville sainte et proclament la République le 9 février 1849.
Fuyant leurs brutalités, le pape doit se réfugier dans la citadelle de Gaète, au sud de
Rome, où il attend la suite des événements.
Les Italiens, guidés par le roi de Piémont-Sardaigne, sont piteusement battus par les
Autrichiens à Novare. Pie IX fait alors appel à la
France pour le restaurer dans ses États.
La IIe République envoie à son secours le général Oudinot et les troupes françaises
entrent à Rome le 2 juillet 1849 après avoir écrasé les volontaires de Giuseppe
Garibaldi, venus défendre l'éphémère République romaine.
Tout change. Pie IX impose aux juifs de Rome une contribution particulière pour financer
son retour au Vatican puis se détourne des révolutionnaires exaltés, comme les
Chemises rouges de Giuseppe Garibaldi.
Répudiant le libéralisme et l'engagement politique, il donne désormais la primauté à
la quête spirituelle.
Le 8 décembre 1854, il prononce le dogme de l'Immaculée
Conception à propos de la Vierge Marie. Ce dogme sera porté aux nues par les
apparitions miraculeuses de Lourdes quelques années plus tard.
Débuts
de l'antisémitisme
En 1858 éclate l'affaire Mortara. Dans une famille juive de Bologne, la police
pontificale enlève un enfant, Edgardo Levi Mortara, sous prétexte qu'il aurait été
baptisé en secret par une servante. L'enfant sera placé sous la protection de Pie IX et
deviendra prêtre.
En France, où le parti clérical a été remis en selle par la Deuxième République et
le Second Empire, le journaliste Louis Veuillot justifie avec violence, dans sa feuille «L'Univers»,
l'attitude de la Sainte Congrégation dans l'affaire Mortara. Il s'en prend à la «presse
juive», autrement dit aux journaux qui défendent l'opinion contraire de la sienne
et qu'il accuse d'être à la solde des juifs.
La polémique développée par Louis Veuillot apparaît comme la première manifestation
de l'antisémitisme moderne.
L'antijudaïsme traditionnel cède la place à un antisémitisme idéologique qui s'en
prend à la fois aux juifs cosmopolites de la bourgeoisie, que l'on accuse d'opprimer les
ouvriers, et aux juifs traditionnalistes et pauvres, auxquels on reproche de repousser les
valeurs universelles de l'Europe des Lumières.
En riposte à cet antisémitisme naissant et afin de se défendre des accusations portées
contre eux, des juifs occidentaux créent l'«Alliance israélite universelle».
L'avocat et homme politique français Adolphe Crémieux en est le premier président. Il
s'illustrera plus tard en donnant la citoyenneté
française aux juifs d'Algérie (en oubliant les musulmans).
Succès de l'ultramontanisme
Le 8 décembre 1864, Pie IX publie le Syllabus, un
catalogue à la Prévert de tout ce qu'il pense être les erreurs de la pensée moderne,
en annexe de l'encyclique «Quanta cura».
Ce document témoigne de son appréhension face à des États de plus en plus
envahissants, qui tendent à limiter la liberté des individus. Il illustre aussi un rejet
viscéral de la démocratie que partageront ses successeurs jusqu'au très
criticable Pie XII, mort en 1958.
L'époque est à l'ultramontanisme. Dans les grands pays catholiques, dont la
France, le clergé et les fidèles manifestent un soutien croissant envers le pape «d'outre-monts».
L'action des troupes du roi de Piémont-Sardaigne et de Garibaldi, qui s'emparent des
États pontificaux, à la seule exception de la Ville éternelle, ne fait qu'accroître la
sympathie des catholiques à l'égard du souverain pontife.
L'autorité morale et spirituelle de Pie IX ne cesse de s'accroître. C'est ainsi qu'en
1869, il réunit le concile Vatican I en vue de consolider son autorité. Ce sera chose
faite avec le dogme de l'infaillibilité pontificale.
Quelques mois plus tard, le 20 septembre 1870, les troupes du roi d'Italie occuperont Rome
en profitant du retrait des troupes françaises suite à la défaite de Napoléon III à Sedan. C'en sera fini des États pontificaux.
Pie IX se considèrera comme prisonnier au Vatican. Une situation qui perdurera jusqu'aux
accords de Latran, en 1929, avec le Duce Mussolini, et à la création de l'État
souverain du Vatican (le plus petit État du monde).
La fin du pontificat de Pie IX, jusqu'à sa mort, le 7 février 1878, sera consacrée à
combattre la montée de l'anticléricalisme et des idéologies laïques en Europe
occidentale, en France et aussi en Allemagne, avec le Kulturkampf.
Le pape et ses successeurs vont faire tout leur possible pour accroître l'autorité du
Saint Siège sur les catholiques du monde entier, au détriment des institutions
intermédiaires: associations cultuelles, ordres monastiques, actions associatives de
laïcs et de clercs. Le pouvoir passera par la nomination d'évêques acquis au
Saint-Siège, parfois contre le souhait des fidèles.
Pie IX a été béatifié par le pape Jean-Paul II en septembre
2000, en même temps que Jean XXIII. Par cette béatification
qui en fait un «bienheureux», son lointain successeur
a voulu honorer ses qualités humaines sans porter de jugement
sur ses actions.
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