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«Les hommes n'acceptent le changement
que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise»
(Mémoires)
Jean Monnet, bourgeois discret et méconnu du grand
public, n'en figure pas moins comme l'un des plus grands Français du XXe siècle. Par ses
actions en faveur du réarmement américain en 1940 comme en faveur de l'Union européenne en 1950, il est l'un des rares hommes qui a
infléchi le cours de l'Histoire.
«Nao é o ângulo recto que me atrai nem a linha reta, dura, inflexivel, criada
pelo homem. Que me atra é a curva livre e sensual, a curva que encontro nas
montanhas do meus pais, no cursu sinuoso dos seus rios, nas ondas di mar, no corpo da
mulher poreferida. De cirvas é feitotodo universo a universo cirvo de Einstein.»
(en portugais)
«Ce n'est pas l'angle droit qui m'attire, ni la ligne droite, dure, inflexible,
créée par l'homme. Ce qui m'attire, c'est la courbe libre et sensuelle, la courbe que je
rencontre dans les montagnes de mon pays, dans le cours sinueux de ses fleuves, dans la
vague de la mer, dans le corps de la femme préférée. De courbe est fait tout l'univers,
l'univers courbe d'Einstein.» (traduction française)
Ces propos de l'architecte brésilien remontent à 1958. Ils expriment ses préférences
esthétiques, en opposition avec celles d'un autre architecte célèbre du XXe siècle, le
suisse Le Corbusier.
Oscar Niemeyer a signé les principaux monuments de la capitale du
Brésil, Brasilia, construite en collaboration
avec l'urbaniste Lucio Costa conformément à un engagement pris par
le président brésilien Juscelino Kubitschek en 1956.
| Martin Luther King |
(1929-1968) |
«I have a dream that one day little
black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white
girls as sisters and brothers...» (en anglais)
«Je fais le rêve qu'un jour, les petits enfants noirs et les petits enfants blancs
joindront leurs mains comme frères et soeurs...» (traduction française)
Martin Luther King est un jeune pasteur afro-américain
qui se bat pour la fin de la ségrégation dans son pays, à la tête du Mouvement des
droits civiques. Le 28 août 1963, à l'occasion d'une mémorable Marche sur Washington,
il prononce devant 250.000 sympathisants son plus fameux discours: «I have a dream...».
| John Fitzgerald Kennedy |
(1917-1963) |
«All free men, wherever they may live,
are citizens of Berlin, and, therefore, as a free man, I take pride in the words "Ich
bin ein Berliner"» (en anglais)
«Tous les hommes libres, où qu'ils vivent, sont citoyens de Berlin et en tant
qu'homme libre, je suis fier de ces mots: "Ich bin ein Berliner" [Je
suis un Berlinois]» (traduction française)
Très
populaire, le président américain s'illustra par sa
détermination dans la guerre froide entre les Etats-Unis
et l'URSS. C'est ainsi que le 26 juin 1963, près du mur qui séparait Berlin en deux, il
apporta son appui aux habitants de la ville, confrontés à une tentative de blocus et
d'isolement de la part des Soviétiques.
JFK, issu d'une famille prospère et influente de Boston, est l'auteur d'un doux aphorisme
sur les devoirs du citoyen:
«Ask not what your country can do for you, but ask you what
can you do for your country» (en anglais)
«Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi mais demande-toi ce que tu peux
faire pour ton pays» (traduction française) (Henriette Mbaye).
«Un petit pas pour l'homme, un grand
pas pour l'humanité» (traduction française)
Le 20 juillet 1969, à 21h17 (heure française), le module lunaire Eagle de la mission Apollo XI se pose sur la Lune. Le cosmonaute Neil Armstrong
annonce: «Houston, ici la base de la Tranquillité. L'Aigle a atterri». Un peu
plus tard, à 3h56, dans la nuit du 20 au 21 juillet, il pose son pied sur le sol et lance
la phrase ci-dessus, préalablement mûrie par des spécialistes de la communication. Il
est rejoint un quart d'heure plus tard par Edwin «Buzz» Aldrin.
«N'ayez pas peur!»
Le message très sobre adressé en mai-juin 1979 par le pape Jean-Paul
II à ses compatriotes de Pologne et à l'ensemble des Européens de l'Est sonne le glas des régimes communistes européens.
| François Mitterrand |
(1916-1995) |
«Il ne faut pas ajouter la guerre à
la guerre» (interview accordée au Point en 1993)
L'attitude du président François Mitterrand et du gouvernement français face au
génocide et aux crimes de guerre commis par Slobodan
Milosevic est toute entière contenue dans cette phrase d'anthologie.
Le maréchal Pétain l'eût volontiers prise à son compte quand il signa l'armistice de
1940 au prétexte d'épargner des souffrances inutiles à la population.
«Touche pas à mon pote!»
En 1983, une marche des Beurs contre le racisme réunit 200.000 personnes entre
Lyon et Paris. Des mouvements de jeunesse israélites, proches du gouvernement socialiste,
se rapprochent de ces jeunes musulmans d'origine maghrébine. L'année suivante, ils
créent ensemble l'association SOS Racisme, avec un symbole: une main colorée dressée
contre l'adversaire, et un slogan: «Touche pas à mon pote».
L'opinion publique, ravie, voit dans ce slogan l'expression juvénile de l'antiracisme et
la promesse d'une société multicolore et fraternelle. Elle n'en discerne pas le sens
véritable: l'affirmation qu'un délinquant devient intouchable dès lors qu'il est un ami
(un «pote»). C'est la négation de la justice, de la loi et de l'égalité
entre les citoyens. C'est l'annonce du repli communautaire qui gangrène les banlieues
françaises et européennes de ce début du XXIe siècle.
La petite main judéo-musulmane n'évoque plus que les illusions d'une époque
révolue. Julien Dray, l'un des fondateurs de SOS Racisme, s'en fait l'écho quinze ans
plus tard, en écrivant:: «Avec la fin de la mixité sociale s'est mise en place la
fin de la mixité ethnique. L'arrivée de l'immigration africaine a rajouté les blacks
aux beurs. Le piège était refermé. Le processus d'intégration par le brassage
des populations s'est brutalement interrompu... Beaucoup de jeunes impliqués dans des
violences urbaines sont des blacks et des beurs. Réalité qu'enveloppe avec une fausse
pudeur la périphrase "jeunes de banlieue"...»(1).
| Abdou Diouf |
(né vers 1930-) |
«Vous risquez d'être envahis demain
d'une multitude d'Africains qui, poussés par la misère, déferleront par vagues sur les
pays du Nord. Et vous aurez beau faire des législations contre l'émigration, vous ne
pourrez pas arrêter ce flot car on n'arrête pas la mer avec ses bras».
Dans cet entretien donné au Figaro le 3 juin 1991, le président du Sénégal
met en évidence le formidable bouleversement que vivent la France et l'Europe et en
appelle à l'aide économique de l'Occident pour en limiter les conséquences.
Pendant un millénaire, entre 955 et la fin du XXe
siècle, le continent s'est développé avec ses propres forces, sans connaître
d'immigration, et sa vigueur démographique lui a même permis de peupler de vastes
parties de la planète.
Depuis 1974, l'effondrement de la natalité et la poussée migratoire des pays du Sud
suscitent, sur le Vieux Continent, la formation de «colonies
intérieures» rétives à l'intégration et sont en train de modifier les rapports
démographiques, sociaux et culturels dans un sens encore mystérieux.
«Croire que l'euro va créer de l'emploi, c'est du même ordre que penser qu'Aimé
Jacquet va nous faire gagner la Coupe du monde»
Ce propos;-) de Julien Dray, dirigeant de la Gauche socialiste, est cité par Daniel
Cohn-Bendit et Olivier Duhamel dans le «Petit dictionnaire de l'euro», Seuil,
avril 1998.
(1) Julien Dray, Etat de violence, Editions n°1, 1999 [retour]
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