L'excommunication(Où
l'on découvre le côté " diabolique " de la
Franc-maçonnerie )
La Franc-maçonnerie moderne est née en Angleterre en l'an 1717 par la fondation de la Grande Loge de Londres. En 1723 paraissaient les constitutions d'Anderson. 15 ans après, en 1738, la maçonnerie, portée par le bouillonnement des idées de l'époque, touchait les principaux pays européens et en particulier l'Italie et bien sur, en Italie : Rome ! Et c'est à Rome, au Vatican, qu'on la trouva gênante et que l'on prononça sa première condamnation majeure, la Constitution In Eminenti apostolatus specula de Clément XII, le 24 avril 1738.
Il y avait à cette époque à Florence, ville natale de Clément XII, le père Ambrogi, inquisiteur de Florence qui serait, dit-on, l'inspirateur de la bulle de Clément XII contre les Francs-Maçons. Il y avait aussi le poète Crudeli, maçon et épicurien qui chantait les roses et blasonnait les jésuites. Pour une sombre affaire de vengeance (rancune de prêtre ?) dans laquelle cet homme était impliqué, l'inquisiteur obtint du cardinal Corsini, neveu du pape, l'arrestation de Crudeli. Pendant dix mois il conduisit son procès au motif de son appartenance à la Franc-Maçonnerie excommuniée et tenta de lui faire avouer les enseignements hérétiques et les turpitudes scabreuses des francs-maçons. Les minutes des interrogatoires de ce procès rappellent comme une redite les parties scandaleuses du procès des templiers. Malgré les tourments endurés, Crudeli n'avouera rien. Mais, en donnant la sodomie et l'onanisme comme base de la maçonnerie, le père Ambrogi transformait en bulle de savon la bulle pontificale. Ces calomnies en outre éclairaient l'édit de la Sorbonne (1655) relatif aux compagnons qui avaient été condamnés plus ou moins pour la même chose, après les templiers, et montraient L'Église sans cesse préoccupée de ruiner par des imputations sur les mœurs ceux qui la gênaient. (2) Saint Malachie dans ses "Prophéties" nomme Clément XII "La colonne élevée". Son tombeau à Saint Jean de Latran, édifié selon ses instructions, est paré de deux colonnes de porphyre… Curieux !… (22) Cette condamnation fut suivie de plusieurs autres ; j'ai recensé un total de 13 actes pontificaux principaux entre 1738 et 1983. (3 et 11). Mais cette première bulle n'a pas été enregistrée à l'époque par le Parlement de Paris, lequel refusait de cautionner une loi promulguée par un souverain étranger. Par conséquent les francs-maçons français ne sont pas officiellement excommuniés (4). La plus ancienne condamnation prononcée par l'Église contre les corporations est celle du Concile de Rouen de 1189, fulminée contre les Confréries ouvrières de Maçons (11). Il y aurait beaucoup à dire sur cette obstination qu'a mis l'Église à travers les siècles à poursuivre de son hostilité les associations ouvrières, qu'elles soient à caractère initiatique, mutualiste ou syndicaliste. C'est en 1904 qu'un franc-maçon, Émile Combes, président du conseil de 1902 à 1905, obtiendra la séparation définitive de la République française et de (des) l'Église (s). Séparation indispensable au regard de la laïcité nécessaire au fonctionnement normal d'un état démocratique mais déplorable, dans sa brutalité, pour l'image de la Franc-Maçonnerie. Cela mettait un terme à près de 2 millénaires de main-mise de l'Église catholique sur la vie des français, sur leurs mœurs, leur éducation, leurs pensées, leurs croyances, leurs savoirs et leur justice. l'Église, comme les autres cultes, devenait une simple association, importante certes mais dont l'influence était sans commune mesure avec ce qu'elle avait été jusque là. Cela aurait dû avoir des conséquences positives puisque, débarrassée des entraves politiques qu'impliquaient son engagement dans la vie publique, l'Église trouvait du même coup plus de liberté pour véhiculer et promouvoir le message christique. Il y a sans doute une manière d'être prosélyte et aussi un savoir-faire pour transmettre des idées. Malheureusement, il y a aussi les hommes et la constance qu'ils mettent à trahir et à travestir à leur profit les idées les plus belles, les plus élevées, les plus pures et l'obstination qu'ils ont mis à pervertir le message christique* On ne peut aujourd'hui que constater la décadence et la perte continue d'audience de l'Église catholique. * lire à ce propos : "La perversion du christianisme" de Jacques Elull Alors, que peuvent faire aujourd'hui les bulles pontificales, sinon écarter de la Franc-maçonnerie les pusillanimes et les sots (et c'est tant mieux !), qui se figurent encore que le francs-maçons pratiquent des rites sado-maso, adorent le diable et profanent des hosties ? Mais, est-ce bien de cela qu'il s'agit ? Les francs-maçons n'auraient-ils été condamnés pendant plus de 2 siècles et à 13 reprises que sur des accusations imbéciles ? Quels motifs graves contient cette "Bulle In Eminenti" ? Et que contient donc cette lette secrète remise à Clément XII et qui serait sa justification ? En ce qui concerne cette lettre, Roger Peyrefitte dans "Les fils de la Lumière" prétend qu'il s'agit du grief que l'on fait à la Franc-maçonnerie de glorifier la Raison, cette religion de l'athée : « La raison humaine, cette noble faculté, est autre chose que la raison définie par les traités de théologie morale. Si on refuse de la plier devant l'Église, c'est qu'on n'est pas chrétien ou du moins pas catholique ». (2) Pourquoi pas ? On peut souscrire à l'idée que l'Église excommunie au seul motif de vénérer la Raison, d'autres l'ont été pour moins que cela. Mais, selon moi, ce point de la Raison est à la fois trop simple et trop vague. Il est vraisemblablement l'un des motifs mais il n'est certainement pas le seul pour avoir provoqué une telle condamnation, surtout à cette époque où les idées progressaient très vite. Passe encore au Moyen-âge, mais nous étions à 50 ans seulement de la révolution française ! J'ai retrouvé le texte de la bulle In Eminenti de Clément XII (5). Pour être bref, Clément XII excommunie les Francs-Maçons : « parce qu'ils sont hérétiques, admettent dans leur sein des personnes de toute religion, et prêtent serment de garder le secret de ce qui se passe dans leurs assemblées. Il (le pape) veut opposer au vice et à l'erreur une barrière qui en arrête le progrès. Il ne peut naître pour l'ordinaire que de grands maux de ces associations toujours nuisibles à la tranquillité de l'État et au salut des âmes et qui, à ce titre, ne peuvent s'accorder avec les lois civiles et canoniques ». L'original de la bulle de Clément XII comporte une phrase qui n'a pas été reproduite dans les copies adressées aux diverses nonciatures. Cette phrase intrigue et nombre d'auteurs l'ont relevée et tenté de la décrypter. Je n'y ai pas manqué. Cette phrase, la voici : Après avoir exposé les griefs qu'il fait à la Franc-maçonnerie, Clément XII ajoute : « et pour plusieurs autres raisons à Nous connues, et qui sont également justes et bien fondées…» Cette phrase indique qu'il existe bien une raison non avouée (ou non avouable) contenue peut-être dans cette lettre secrète remise au pape, sans doute par l'inquisiteur Ambrogi, et que, outre le point de Raison avancé par Roger Peyrefitte, elle expose d'autres motifs au moins aussi importants pour lesquels, aux yeux de l'Église, la Franc-maçonnerie doit disparaître mais qu'il n'était pas bon de divulguer en cette époque féconde de touche-à-tout de l'occulte, de la magie et des diableries en tout genre, sous peine de voir des curieux sans foi ni loi se précipiter pour entrer en maçonnerie. Quels pouvaient être ces motifs ? A chacun sa vérité, cherchez la vôtre, en voici une… Le mythe d'Hiram et l'anathème sur les enfants de la veuve
____________________________________________________________________ Jusqu'à la date du 24 avril 1738, celle de la bulle d'excommunication, les confréries de francs-maçons opératifs souvent condamnées, voire interdites, par l'Église n'avaient jamais eu à subir une excommunication telle que celle qui fut prononcée contre la franc-maçonnerie dite "spéculative", quelques années après son apparition, et qui sera renouvelée à douze reprises jusqu'en 1983. L' apparition de la maçonnerie spéculative marque une rupture entre la FM ancienne et la FM moderne. Entre autre, elle coïncide avec l'apparition d'un nouveau degré dans le rituel de la Maçonnerie moderne, celui de maître. Degré qui sera dorénavant conféré en degré initiatique et non plus en titre électif de Maître de loge comme cela se pratiquait jusque là dans la Maçonnerie opérative. Ce nouveau degré de la FM moderne est conféré au compagnon au cours d'un rituel dit "d'exaltation" dans lequel le récipiendaire revit, sur le plan symbolique, les péripéties du meurtre de l'architecte du Temple de Salomon, Hiram Abif, avant d'en devenir l'incarnation vivante. Il s'identifie donc à Hiram et doit d'abord mourir à lui-même en s'affranchissant des trois plans du monde profane : les plans matériel, psychique et mental. Cette triple mort prélude à une triple renaissance sur le plan divin en un nouvel Hiram investit des qualités du Maître Architecte du Temple. Note : La maîtrise, en tant que grade, n'existait pas dans la maçonnerie opérative. Elle n'était conférée qu'au Maître élu d'une nouvelle loge (équivalent du Vénérable Maître actuel) ou au nouveau Maître élu lorsque le précédent disparaissait (décès ou départ). Les surveillants étaient des compagnons car il n'existait que deux grades. Si l'on admet comme vraie la filiation opérative de la maçonnerie moderne, alors le rite d'exaltation à la maîtrise est un apport récent. Mais il y aurait beaucoup à dire sur cette filiation opérative, véritable "dogme" de la franc-maçonnerie actuelle, d'origine anglaise je le rappelle et non écossaise. Des recherches récentes tentent de démontrer qu'une maçonnerie spéculative, héritière du Temple, coexistait avec la maçonnerie opérative.(11-14 -15) C'est vers 1744 que naîtra la Maçonnerie Adonhiramite, qui basait la maîtrise sur le chef des ouvriers du Temple : Adonhiram.
Hiram, de l'histoire aux légendesCe que rapporte la Bible (cf; note)Faisons un bond en arrière de trois millénaires dans l'histoire. Nous sommes sous le règne de Salomon, fils de David et roi d'Israël, vers 950 avant J.C. La bible rapporte, sans doute assez fidèlement, une chronique du règne de ce roi et de son œuvre principale : la construction du Temple de Yahvé qu'il entreprit à Jérusalem. Ce dut être pour l'époque une entreprise considérable si l'on en croit la description précise qu'en fait la bible. Pour construire le Temple, Salomon fait appel au roi de Tyr, Hiram 1er son ami. Celui-ci, outre les nombreux matériaux de construction qu'il lui dépêche, lui envoie un homme de confiance Hiram Abi (ou Abif), c'est à dire "maître Hiram" ou "mon père Hiram" selon l'interprétation*. Les textes le présentent ainsi : « Hiram de Sor, fils d'une veuve de la branche de Nephtali (ou de Dan, suivant le livre). Son père était tyrien et travaillait l'airain. Il est plein de sagesse, de discernement et de pénétration pour faire tout ouvrage de bronze ». *Certains auteurs prétendent en effet qu'Hiram Abif était le père du roi de Tyr Les tribus de Nephtali et de Dan sont les deux tribus qui retournèrent définitivement au culte du Veau d'Or (Apis et Osiris-Apis, dieu des morts) et renoncèrent à celui élaboré par Moïse au Sinaï. Hiram a pour père un tyrien, également fondeur, nommé Ur. Ce mot en Hébreux signifie "Lumière". Hiram est donc "le premier fils de la Lumière" (11). D'après les récits sacrés, Hiram avait la maîtrise de plusieurs métiers. Tour à tour métallurgiste, fondeur, statuaire, tisserand ou dessinateur. Il devint, d'après le texte des Chroniques, l'architecte du Temple. Ayant érigé les colonnes du Temple, il baptise celle de droite Iakhîn (Jakin) et celle de gauche Bo'az (Boaz). (8) Notons aussi la présence dans la bible d'un troisième personnage, Adoniram au Adonhiram, intendant et chef de corvées pour la construction du Temple. Cet Adoniram n'a pas de lien apparent avec Hiram Abif sinon que la littérature qui s'est emparé de la légende confond et parfois superpose les deux personnages*. * Gérard de Nerval lui, dans "voyage en orient", confond les trois personnages : Le roi Hiram 1er, Hiram Abif et Adonhiram sous un seul nom : Adoniram Voilà pour l'histoire, maintenant la légende : La légende d'HiramCe qui est propre à au moins deux sociétés initiatiques : à la Franc-maçonnerie et, avec quelques variantes,(9) aux Compagnons du Devoir de Liberté (dits Enfants de Salomon), c'est le passage de l'histoire à la légende. A l'histoire d'Hiram, métallurgiste et architecte du Temple, on ajoutera le récit de sa passion et c'est cette passion que l'on fera vivre au compagnon postulant à la maîtrise. Voici le mythe, tel qu'il fut découvert ou élaboré au XVIIIème siècle : (7) Nous avions un architecte habile, un respectable Maître possédant les qualités et les talents qui constituent la perfection ; il se nommait Hiram. Venant d'un pays où naît la lumière, il travaillait depuis sept ans à l'édification d'un Temple qui devait réunir tous les hommes dans un même culte, celui de la vérité. Il en coordonnait les parties avec art et sagesse. Ses ouvriers étaient fort nombreux, il les avait divisés en trois classes : Apprentis, Compagnons et Maîtres, ayant chacun un mot de passe pour recevoir un salaire graduel. Les travaux s'achevaient lorsque trois compagnons d'Hiram, mécontents de leur paye et qui n'avaient pas été initiés aux secrets du Maître, décidèrent de les lui arracher. Postés chacun à une porte différente du Temple. ils sommèrent tour à tour Hiram de leur livrer ses secrets. Le Maître répondit successivement à chacun d'eux, en fuyant d'une porte à l'autre, qu'on n'obtiendrait pas sa parole par des menaces et qu'il fallait attendre le temps voulu. Alors ils le frappèrent, l'un d'un coup de règle sur la gorge, l'autre d un coup d'équerre de fer sur le sein gauche, le troisième d'un coup de maillet sur le front qui l'acheva. Puis, ils se demandèrent l'un à l'autre la parole du Maître. Constatant qu'aucun d'eux ne l'avait obtenue, ils furent désespérés de leur crime inutile. Ils cachèrent le corps, l'inhumèrent dans la nuit près d'un bois et plantèrent sur sa tombe une branche d'acacia. Dans l'application symbolique du mythe, le récipiendaire s'identifie à Hiram qui symbolise l'homme juste et vertueux mis à mort à cause de la violence et des passions humaines. Il doit d'abord mourir à lui-même : les trois coups de la légende symbolisent la triple mort qui affranchit Hiram (l'initié) du plan matériel, du plan psychique et du plan mental. Ces trois plans étant ceux du monde profane, Hiram ressuscite sur le plan divin : il est alors véritablement maître. Comme toutes les morts initiatiques, cette triple mort prélude à une triple renaissance. La renaissance physique, psychique et mentale, en un nouvel Hiram, que symboliseront les qualités décrites par le texte biblique. Les trois assassins figurent, l'ignorance, le fanatisme intolérant et l'ambition. La deuxième partie de la légende concerne la découverte du corps d'Hiram par 3 fois 3 maîtres envoyés par Salomon à la recherche du corps de l'Architecte. Ils le découvrent, grâce à la branche d'acacia plantée sur la tombe, et tentent de le ramener à la vie. Hélas ! La putréfaction est déjà avancée, "la chair quitte les os !". Tout ce qui naît et qui a vie vient de la mort et de la putréfaction. Le grade de maître est consacré à enseigner ce secret suprême de la nature, à retracer la lutte éternelle des deux grands agents de la nature et leurs victoires alternatives ; à mettre en évidence la Vie et la Mort lesquelles sont toutes deux Principe et toutes deux Terme de tout ce qui existe et que l'une ne peut exister sans l'autre.(5) C'est pourquoi un nouvel Hiram doit naître de cette putréfaction. Pour cette renaissance, il faudra utiliser les cinq points parfaits de la maîtrise. Cinq, le centre du cercle, la quintessence, l'unité de l'œuvre et l'unité spirituelle de la création au-delà de ses quatre éléments qui en sont la manifestation visible. Le pentagramme dans lequel s'inscrit l'Homme avec, au centre du cercle formé par les cinq pointes, son sexe : régénération et renouvellement de la vie. La branche d'acacia déposée sur la tombe signifie l'immortalité des "maîtres–Hiram", nourris de l'enseignement essentiel, qui poursuivent inlassablement la construction du Temple. Hiram ne meurt pas, il renaît et vit dans chacun de ses successeurs. (il ne s'agit pas d'une résurrection mais d'une incarnation symbolique) Le drame symbolique vécu par le récipiendaire lors de son exaltation à la maîtrise fait de la Maçonnerie actuelle une continuation des Mystères religieux de l'antiquité : - Un dieu ou un roi bienfaiteur est tué par ceux qui auraient dû écouter son message. Les initiés, d'abord affligés, n'acceptent pas un tel malheur et tentent d'effacer ce crime en ressuscitant leur maître spirituel qui revit en chaque initié. - La vie d'Osiris servit probablement de prototype à l'ensemble des versions de cette légende. Cet excellent souverain qui avait apporté la civilisation parmi les hommes fut assassiné par son frère Seth qui plaça le corps d'Osiris dans un cercueil et le jeta dans le Nil. Isis, l'épouse d'Osiris, partit à la recherche du cadavre et reçut l'assistance de plusieurs divinités. Lorsqu'elle le retrouva enfin, après un long périple, elle se fit féconder par le défunt qui retrouva une vitalité au-delà de la mort. Isis mit au monde Horus dont la mission consista à venger son père en ramenant l'ordre dans le monde malgré les malversations de Seth. L'initié aux mystères d'Osiris recommençait une quête jamais interrompue et partait à la recherche du dieu. Lorsqu'il parvenait près d'une butte sur laquelle fleurissait un acacia, il savait que son entreprise était couronnée de succès. Aidé d'autres initiés, il déterrait le Maître dont le corps était porté au temple. Mais il y a plus encore dans la similitude. Dans la légende d'Hiram ce sont des artisans qui frappent mortellement le Maître ; dans le rituel égyptien de « l'ouverture de la bouche », un personnage allongé symbolise le Maître. « Qui est celui qui frappe mon Père ? », demande l'officiant à qui l'on répond « C'est un artisan ! » (4)
L'histoire de la reine du matin et de Soliman, prince des géniesBasculons maintenant dans le romantisme avec l'histoire d'Adoniram et de Balkis, reine de Saba, racontée par Gérard de Nerval dans le "Voyage en Orient". Cette version de la légende, rapportée par Nerval est certifiée par Robert Amblain dans son livre "La franc-maçonnerie oubliée". Il la cautionne du sceau de son autorité d'ésotériste* et d'astrologue renommé mais surtout d'ancien grand-maître du rite de Memphis–Misraïm, Obédience Traditionaliste. J'imagine qu'il a de bonnes raisons de le faire car ici, l'épopée d'Hiram devient un roman. D'abord proche de l'histoire rapportée par la bible, elle connaît deux péripéties supplémentaires, deux ajouts importants, avant de se terminer, comme la légende, par le meurtre, mais sans incarnation. Une substitution du mot de passe des maîtres en tiendra lieu qui pérennisera éternellement le souvenir du crime et du serment de vengeance des disciples et successeurs d'Hiram, puis de leurs enfants, sur les meurtriers et leur postérité la plus reculée. Le premier de ces deux ajouts est la magnifique histoire d'amour qui naît entre Hiram et Balkis, la reine de Saba. Avant de mourir, Hiram a connu et fécondé Balkis qui fuira la colère jalouse de Salomon qui voulait l'épouser. La reine de Saba rentre donc dans son pays, veuve d'Hiram et portant sa descendance. Les Francs-maçons seraient ainsi, par la grâce de ce compte oriental, les descendants d'Hiram, enfants de la Veuve… * Occultiste ou "ésotériste", je ne sais pas, chacun choisira selon sa convenance. Il reste que R. Ambelain était très instruit des vérités cachées derrière les dogmes et les mythes. Note de lecture : Tubal-Caïn, reconduisant Hiram aux limites du monde tangible, lui apprend alors que Balkis est, elle aussi, de la lignée de Caïn, et qu'elle est l'épouse destinée de toute éternité à lui, Hiram. Par la suite, avant son départ vers son royaume de Saba, Hiram et Balkis s'uniront secrètement, malgré la surveillance jalouse de Salomon. Hiram, descendant des Intelligences du Feu, et Balkis, descendante des Intelligences de l'Air, ne pourront cependant pas demeurer unis. Hiram sera assassiné par trois Compagnons désireux de connaître indûment le « mot de passe » des Maîtres pour en percevoir le salaire, et cela au sein même du Temple de Jérusalem en construction, alors désert. Et Balkis s'en retournant aux pays de Saba, sans avoir été l'épouse de Salomon, croisera, sans les voir, les trois meurtriers emportant le cadavre d'Hiram pour l'ensevelir dans le secret. Seul, dans son sein, tressaillira l'enfant qui naîtra de ses amours fugitives avec le Maître Ouvrier, cet enfant qui sera alors par la suite le premier des enfants de la veuve.(11) Le second ajout est, pour notre propos, bien plus intéressant car il s'agit de la généalogie d'Hiram et de sa mission. Hiram est avant tout fondeur de bronze. Lorsque, en présence du peuple de Jérusalem, de tous les ouvriers du Temple et de toute la cour du roi réunie pour la circonstance, Hiram procède à la gigantesque coulée de la mer d'airain, un sabotage préparé par les trois mauvais compagnons, ceux qui plus tard l'assassineront, manque faire rater l'opération. Il ne faudra pas moins que l'intervention du peuple des cavernes pour rétablir la situation. En attendant, Hiram est accablé par l'ampleur de son échec. Il sombre dans un état second et fait un rêve qui l'emmène dans les entrailles de la terre. Là, il rencontre Tubal-Caïn, l'ancêtre des forgerons, qui l'entraîne dans l'épaisseur de la fournaise et au-delà, vers le monde souterrain des enfers. En ce sanctuaire de feu règne la chaleur primitive. La caverne abrite la lignée de Caïn, des ouvriers issus des génies du feu. Hiram apprend alors que, par son père Ur, il descend de Tubal-Caïn, et par lui, en ligne directe de Caïn et de Samaël. (Samaël, dans la tradition juive, est l'Ange Rebelle, le Tentateur, l'Ange de la Mort) Note de lecture : Tubal-Cain, au sein de la Terre, montre alors à Hiram la longue suite de ses pères : Hénoch, qui apprit aux hommes à se bâtir des édifices, à se grouper en société, à tailler la pierre ; Hirad, qui jadis sut emprisonner les fontaines et conduire les eaux fécondes ; Mavièl, qui enseigna l'art de travailler le cèdre et tous les bois ; Mathusaèl, qui imagina les caractères de l'écriture ; Jabel, qui dressa la première des tentes et apprit aux hommes à coudre la peau des chameaux ; Jubal, qui le premier tendit les cordes du cinnor et de la harpe, et en sut tirer des sons harmonieux ; enfin, Tubal-Cain lui-même, qui enseigna aux hommes les arts de la paix et de la guerre, la science de réduire les métaux, de marteler l'airain, d'allumer les forges et de souffler les fourneaux. Tubal-Caïn donne alors à Hiram : la tradition luciférienne.Au commencement des temps, deux dieux se partagent l'Univers. L'un, Adonaï, maître de la Matière et de l'élément Terre ; l'autre, Samaël, (Iblis* dans le texte de Nerval) maître de l'Esprit et de l'élément Feu. * Iblis est le nom oriental de Samaël. Dans le Talmud, Samaël est dit : « le poison suprême ». Adonaï a créé l'Homme Premier du limon qui lui est soumis, et l'a animé. Touchés de compassion pour la brute dont Adonaï veut faire son esclave et son jouet, Samaël et les Elohim (les dieux secondaires) ont éveillé son esprit, lui ont donné l'intelligence et la compréhension. Alors que Lilith, la sœur de Samaël, devenait l'amante occulte d'Adam, l'Homme Premier, et lui enseignait l'art de la pensée, Samaël séduisait Eve, issue de l'Homme Premier, la fécondait et, avec le germe de Caïn, glissait ainsi en son sein une étincelle divine. En effet, selon les traditions talmudiques, Caïn est issu des amours d'Ève et de Samaël. Caïn raconte ensuite à Hiram les circonstances du meurtre de son frère Abel et comment il y a été poussé, lassé par l'ingratitude de sa famille et l'injustice d'Adonaï. Lui seul, industrieux et besogneux, travaillait au bien-être des siens tandis qu'Abel surveillait sans effort les troupeaux. Adonaï agréait les sacrifices sanglants d'Abel alors qu'il rejetait les offrandes de Caïn des fruits de la terre. Note de lecture : Par la suite, Adam n'aura que mépris et haine pour Caïn, qui n'est pas son fils réel. Aclinia, sœur de Caïn, dont elle est aimée, sera donnée comme épouse à Abel. Et malgré cela, Caïn consacre son intelligence inventive qui lui vient des Élohim à améliorer les conditions de vie de sa famille, chassée de l'Éden et errante sur la Terre. Mais un jour, lassé de voir l'ingratitude et l'injustice répondre à ses efforts, Caïn se rebellera et tuera son frère Abel. Pour se justifier, Caïn répond lui-même à Hiram. Il insiste sur son sort douloureux. Lui seul travaillait la terre, labourant, semant, récoltant, effectuant toutes les besognes pénibles, alors qu'Abel, mollement allongé sous les arbres, surveillait sans efforts les troupeaux. Lorsqu'il leur arrivait d'offrir à Adonaï, maître extérieur de la sphère terrestre, les sacrifices prescrits, Caïn offrait un sacrifice non sanglant : des fruits, des gerbes de blé. Abel, au contraire, offrait en holocauste les premiers-nés de ses troupeaux. Et, funeste présage, la fumée du sacrifice d'Abel montait droite et fière dans l'espace, alors que celle du feu de Caïn, rabattue vers le sol, montrait le refus d'Adonaï. Puis, Caïn enseigne lui-même à Hiram comment, au cours des âges, les enfants issus de lui, fils des Élohim, travailleront sans cesse à l'amélioration du sort des hommes ; comment Adonaï, jaloux, après avoir tenté d'anéantir la race humaine par le Déluge, verra son plan déjoué par la sauvegarde de Noé, averti en songe par les Fils du Feu de la catastrophe imminente. Le peuple des cavernes dicte ensuite à Hiram, par la bouche de Tubal-Caïn, sa destinée : travailler à la perte de Salomon en donnant naissance à une "souche de rois qui restaureront sur la terre en face de Jéhovah, le culte négligé du feu, cet élément sacré. " Alors, quand Hiram ne sera plus, on verra se rallier à son nom la milice infatigable des ouvriers. La phalange des travailleurs et des penseurs qui abaissera un jour la puissance aveugle des rois ". Ainsi s'achève la vision d'Hiram : sur le rêve de la maçonnerie des lumières. Revenu sur terre, l'artiste reprend son œuvre un instant compromise. Muni du marteau symbolique et magique, Hiram sauve son œuvre du désastre. Telle est la légende d'Hiram, qui n'apparaîtra au sein de la Franc-maçonnerie spéculative que vers 1723, et qu'ignorait la Franc-maçonnerie opérative des siècles précédents, où Hiram n'avait pas plus d'importance dans les récits initiatiques que Nemrod, Noé, Abraham ou Moïse.(1 & 11)
D'où vient la légende d'Hiram Abif ?Avant la fixation par écrit des textes bibliques, la transmission ne se faisait qu'oralement. Dans ces conditions, l'histoire d'un héros, somme toute secondaire et sans influence prépondérante sur le fond, peut se détacher du corpus des Enseignements et constituer ainsi une histoire dans l'Histoire. L'épopée du héros, devenue légende, toujours enjolivée par les apports successifs des conteurs imaginatifs qui se l'approprient, sera transmise ainsi "améliorée" par chaque génération à la suivante. Ce qui vient d'être raconté en est sans doute un bon exemple. En fait, personne ne sait dire avec certitude l'origine de la légende d'Hiram. Elle est apparue en même temps que la Maçonnerie moderne et semble être inconnue des confréries de bâtisseurs dont celle-ci serait issue. Cette incorporation du mythe ne fut d'ailleurs pas du goût de tout le monde et le nouveau rituel du grade de maître souleva des protestations dès son apparition. On peut dire d'ailleurs que la Maçonnerie nouvelle, devenue purement spéculative, prit alors une toute autre voie que celle que suivait jusque là la Maçonnerie Opérative*. * Les préoccupations de la maçonnerie spéculative devinrent ésotériques et politiques (les jacobites partisans des Stuarts) a) La transmission par les rites de constructionOn peut soupçonner, derrière la mort violente d'Hiram, inhumé par ordre de Salomon à l'emplacement de ce qui sera plus tard le Saint des Saints, ce sacrifice de fondation, effectué de nuit, dans le secret et commun à tous les temples du monde antique, aux murailles et aux portes des villes comme à la fondation des demeures. Sacrifice propitiatoire à la construction, destiné à s'accommoder les forces de la nature et se faire pardonner l'éventration du sol, analogue à l'ouverture du sein de la Terre-Mère. b) L'origine égyptienne
L'année dernière (1999-2000), deux chercheurs francs-maçons anglais
ont fait paraître une nouvelle et intéressante thèse sur l'origine du mythe
d'Hiram (14). Ils prétendent son origine égyptienne. En voici le résumé: L'histoire se passe à la fin de la période Hyksos (dits aussi "rois pasteurs" ou "princes du désert"), deuxième période intermédiaire entre le Moyen Empire et le Nouvel Empire ( -1782 à –1570). Les Hyksos avaient conquis l'Égypte décadente du Moyen Empire et régnaient sans partage sur les deux pays. Originaires de la région du Sinaï et de Canaan, ils avaient une culture nomade et adoraient Baal. Peu à peu, au cours des cinq ou six générations que dura leur occupation, ils adoptèrent les coutumes, l'écriture et les croyances des égyptiens. Toutefois, ils ne réussirent pas à intégrer ou comprendre la règle de Maât et optèrent pour le dieu Seth en lieu et place de Baal. Or, pour les égyptiens, Seth est l'assassin de son frère Osiris ; les Hyksos avaient donc adopté, par mépris sans doute pour le peuple égyptien, le côté sombre de leurs croyances. L'opposé de Maât était appelé "Isfet". Ce terme représentait des concepts négatifs comme l'égoïsme, le mensonge et l'injustice. D'après la mythologie égyptienne, le chef de ces personnifications d'Isfet était un dieu serpent ou dragon appelé "Apophis" ou "Apopis". C'est précisément sous ce nom qu'était également connu l'avant dernier roi Hyksos "Apepi Ier". Ce roi, en possession de tous les pouvoirs matériels et politiques convoitait l'ultime connaissance des rois égyptiens, celle qui fondait leur légitimité d'origine divine et qui leur conférait l'immortalité. Cette connaissance était un rite mystérieux d'intronisation ou d'incarnation divine que seuls connaissaient le roi et deux de ses prêtres. Pendant l'occupation Hyksos, les rois d'Égypte, même s'ils s'inclinaient devant le pouvoir de l'envahisseur, perpétuaient leur lignée à Thèbes et luttaient pour préserver les coutumes qui leur étaient chères. Le roi qui alors régnait à Thèbes, investit de la légitimité divine, s'appelait Sekenenrê Taâ II. Dans leurs chroniques, les égyptiens le surnommèrent " le sans peur ". De toutes les momies de rois découvertes, seule celle de Sékenenrê porte les traces d'une mort violente. Apepi somma donc Sekenenrê de lui révéler le secret des rois égyptiens, ce qu'il refusa. Il entreprit donc de le lui extorquer par la contrainte et dépêcha deux spadassins lesquels, aidés par la traîtrise d'un prêtre d'Amon-Rê que les auteurs nomment "Jubelo*", parvinrent dans l'enceinte du temple d'Amon-Rê. * Jubelas, Jubelos, Jubelum les trois mauvais compagnons assassins d'Hiram dans certains rituels du 3ème degré (5) Jubelo leur avait désigné les deux prêtres détenteurs du secret et
indiqué le moment le plus favorable, celui où le roi se rendait seul dans le
temple pour adorer le dieu Rê (le
Plus Haut), à l'heure où le soleil est au zénith. L'heure où le pouvoir de Rê
est à son maximum est celle où celui d'Apophis, le serpent des ténèbres, est
au plus bas. Les deux assassins s'en prirent d'abord aux deux prêtres qui refusèrent
de livrer leur secret. Ils les tuèrent afin qu'il n'y ait pas de témoin du
complot puis s'en prirent au roi qui, de même, refusa. Ils l'assassinèrent en
lui portant trois coups d'un lourd maillet de pierre. Par ce triple meurtre, le grand secret des deux pays avait été préservé, mais il était perdu à jamais. A partir de ce moment, les secrets originels montrant comment Isis avait ressuscité Osiris furent remplacés par des secrets substitués et aucun roi d'Égypte n'a plus jamais rejoint les étoiles. Les gouvernants d'Égypte ne furent plus des rois mais simplement des pharaons (de l'égyptien Per-aa, euphémisme pour roi qui signifie "grande maison"). La mort de Sekenenrê marqua certainement le réveil de l'Egypte pour reconquérir sa liberté sur les envahisseurs. Pour venger ce meurtre maudit, le fils de Sekenenrê, le roi Kamès chassa les Hyksos de Memphis et c'est son successeur, son jeune frère Ahmose qui les renvoya définitivement à Jérusalem. Ce drame majeur qui eut Thèbes pour cadre fut un moment crucial de l'histoire égyptienne. Elle répétait de manière évidente la bataille entre le bien et le mal qui avait créé le pays deux mille ans plus tôt. L'Ancien Empire d'Égypte était mort des mains de Seth, le dieu maudit, qui avait fait fondre comme une peste ses fidèles (les Hyksos) sur le peuple égyptien. A l'image d'Osiris, l'Égypte demeura morte un moment. Après cette période de trépas, Amon-Rê avait livré bataille contre la puissance des ténèbres, Apophis, qui avait revêtu l'apparence d'un roi Hyksos afin d'obtenir le secret d'Osiris. Il échoua devant le courage de Sekenenrê qui devint le "roi perdu" parce que son corps fut retrouvé trop tard pour lui permettre de ressusciter et parce que les secrets d'Osiris étaient morts avec lui. En dépit de cette perte, l'Égypte parvint à ressusciter brillamment. La mort et la résurrection avaient conduit à une renaissance. Selon les auteurs, les Hyksos étaient les sémites desquels naîtrait quelques temps plus tard la maison de David, père de Salomon. La transmission se fit par Moïse "instruit dans toute la sagesse des égyptiens". Les israélites eurent donc un accès direct à cette histoire dramatique et utilisèrent cette structure de secrets royaux que leur nouvelle monarchie sans culture ne possédait pas. Quand vint le temps de mettre par écrit l'histoire de cette légende, les juifs effacèrent l'origine égyptienne et l'attribuèrent au plus grand moment de leur propre histoire : la construction du temple de Salomon. On peut ne pas souscrire à cette thèse, bien entendu. Je n'en donne ici qu'un bref résumé insuffisamment documenté. Les preuves avancées par les auteurs sont troublantes et paraissent bien étayées. Toutefois, dans ce domaine il est possible de tout prouver et son contraire et à vouloir trop convaincre ... Ce qui demeure historiquement à retenir, c'est que ce rite de la mort d'Hiram apparaît pour la première fois officialisé dans les archives d'une loge, le 16 novembre 1732. Ce jour-là, la loge parisienne St Thomas au Louis d'Argent admet au grade de maître le comte Axel Ericson Wrede-Sparre, lequel fondera trois ans plus tard la première loge suédoise. (11) Cette fois, nous avons achevé notre quête car nous détenons tous les éléments nécessaires et largement suffisants pour prononcer la condamnation.
L'instruction du procèsObservons d'abord que ce nom d'Hiram a, en hébreux, la même racine trilitère (composé de trois lettres) que les mots signifiant noble et libre (franc) (11). Un homme libre est celui qui n'a pas de maître : « parce qu'il est libre et de bonnes mœurs » implique le rituel d'apprenti. Or un catholique véritable, comme un protestant, un juif pieux ou un musulman est soumis à des dogmes ; il n'est pas libre ! S'il est sincère, un Franc-maçon apprécie les choses en fonction de sa conscience. Les autres, et c'est fort différent, en fonctions de ce que le dogme prévoit à propos de ces choses ... Nous revenons au point de Raison mais nous y ajoutons la liberté de conscience. Pour utiliser un terme particulier à ces domaines et à leur ésotérisme, la légende d'Hiram relève de "la main gauche" (sinistre). D'autres traditions s'y associent, avec Prométhée , la révolte des Titans, la descente des anges déchus sur le mont Armon (ou Hermon), que nous rapporte le livre d'Énoch, et qui auraient enseigné aux hommes des connaissances diverses, autant que nouvelles, mais propres à les faire déchoir (11 & 12). La science des choses de la nature est condamnable ! De nombreux versets du Livre d'Énoch témoignent du rejet de la connaissance par les saintes écritures. Énoch, en dépit de la suppression de son livre apocryphe du canon des Écritures, est plusieurs fois cité dans le corpus biblique traditionnel*. * Le livre d'Énoch, livre apocryphe mis à l'index et camouflé dès le IIIè siècle (Origène) bien que cité plusieurs fois dans le corpus biblique traditionnel, notamment par saint Jude dans son épître, puis dans l'Ecclésiastique (44, 16, 49, 14), Luc (3, 37), Hébreux (11, 5). Les légendes ne sont que la matérialisation et la voie de transmission des mythes. Ces mythes développent ce que les symboles révèlent en langage muet. Ces derniers nous relient, consciemment ou non, aux archétypes de l'inconscient collectif. La lignée mythique de Caïn, telle que nous la décrit la légende, lignée de bâtisseurs, alchimistes, techniciens inventifs, hommes de science, philosophes et libres-penseurs, est restée en Occident constamment en marge du courant religieux dominant, voire la plupart du temps en lutte contre lui. Mises à l'index, persécutions, excommunications, incarcérations, procès en sorcellerie, tortures, bûchers ont émaillé l'histoire. Il n'y a pas si longtemps, pour l'Église, la terre était plate, immobile et occupait le centre de l'univers. Il ne fait pas bon démontrer la fausseté des dogmes. Le péché originel, inspiré par le démon (Samaël, l'autre dieu de la tradition), a donné la Connaissance à l'Homme et, en même temps, la prétention de pouvoir rivaliser avec son créateur. Que nous le voulions ou non, les maçons sont de cette lignée ; fils symboliques d'Hiram, ils recherchent la Connaissance, dans tous les domaines, matériel ou spirituel, librement, affranchis de la contrainte des dogmes. Ils ont lutté, ils luttent et ils lutteront toujours pour que cette Connaissance soit librement partagée par tous les hommes. Pour qu'elle soit une conquête de l'Intelligence et de la Raison et libère l'Homme de la servitude et de l'obscurantisme ! Ce sera donc le dernier motif et non le moindre : par leur obstination à vouloir accéder à la Connaissance les maçons perpétuent le péché originel. On leur ferait ainsi le reproche d'honorer l'autre dieu, celui de l'air et du feu, opposé au maître de la matière qui nous en a extraits. Paradoxalement, en nous extrayant de la matière et en nous façonnant à son image, le démiurge nous a insufflé (mais peut-être à son insu) un esprit capable de raison donc sensible au chant des sirènes. Il y a là un certain manque de cohérence …Mais c'est sans doute de cette interprétation que les rites diaboliques que l'on impute aux maçons prend sa source. Dans leur démarche, les maçons suivent un chemin identique à celui des chrétiens, mais sur l'autre versant de la montagne. L'ésotérisme symbolique de la religion chrétienne est très riche et les maçons en utilisent les symboles mais à d'autres fins. Jean Tourniac, ésotériste chrétien, écrit : « Le christianisme dispose d'une terminologie religieuse et d'un symbolisme familier à la Maçonnerie croyante, parce qu'il est l'authentique dépositaire de la Source Scripturaire (relatif aux Écritures sacrées) où puise précisément la Maçonnerie.» (21) Il donne ensuite un exemple intéressant qui ne peut qu'apporter de l'eau à mon moulin : « St Jean l'Évangéliste, apôtre de la lumière et du feu (21) » J'ajoute que St Jean l'Évangéliste a pour attribut l'Aigle, symbole de la victoire de la lumière sur les forces obscures et messager de la plus haute divinité ouranienne* et du feu céleste, le soleil. (10) Jean Tourniac continue : « La liturgie Catholique nous précise en la fête de l'Évangéliste : « Celui-ci est Jean qui reposa pendant la Cène sur la poitrine du Seigneur, bienheureux apôtre à qui furent révélés de célestes secrets ». Ne ferait-elle pas implicitement allusion à une connaissance très mystérieuse ? (…) (21) » *Ouranos : dans la mythologie grecque, personnification du Ciel.
ConclusionVoilà terminée l'instruction du procès de la Franc-maçonnerie, tous les éléments à charge sont rassemblés, reste l'audience. Mais elle n'aura jamais lieu puisque les maçons ont été condamnés sans procès. Y aurait-il pu y avoir procès public d'ailleurs ? Peut-on imaginer le pape Clément XII, le plaignant, exposant sur la place publique, devant ses cardinaux, ses archevêques et derrière eux toute la société occidentale du XVIIIème siècle, les motifs de sa lettre secrète :
Impossible d'invoquer de tels motifs sans passer pour un fou, même (et peut-être surtout) à cette époque. Il lui était plus facile de jouer la carte habituelle et peu explicite du vice et de l'erreur et accuser les francs-maçons, sans plus de précision, d'Hérésie et de conjuration. Ce qui, je crois, pose le plus problème, c'est la revendication de cette filiation supposée d'Hiram descendant en droite ligne de Caïn, fils d'Ève et de Samaël. Samaël, c'est l'ange déchu identifié au démon, autrement dit Lucifer, celui qui "porte la lumière", l'esprit du mal pour les pères de l'Église. Il était le maître de l'esprit et du feu, l'égal d'Adonaï, maître de la matière et de la terre, avant que celui-ci ne le précipite aux enfers après la chute d'Adam. Ainsi pour l'Humanité, et depuis la nuit des temps, la matière maintient l'esprit sous son emprise, aidée en cela par les religions du Livre. Par cette filiation spirituelle qu'elle se choisit, la Maçonnerie moderne transforme le péché originel en credo de la Raison par la recherche de la Connaissance et de la Vérité, toutes choses condamnées par l'Église. En remettant en question des dogmes religieux aussi fondamentaux, la Franc-maçonnerie sent le soufre et rejoint les Templiers et les Cathares dans leurs hérésies. Consciemment elle se condamne. Sachant cela, le pape ne pouvait pas ne pas prononcer son excommunication mais il lui était bien sur impossible d'en donner les vraies raisons. Les accusations "officielles" ont surtout frappé les esprits simples parce que, relayées par le clergé séculier qui y ajouta des accusations scabreuses et diaboliques, elles entraient plus facilement dans leur champ de compréhension. La plupart des ouailles y ont cru. Aujourd'hui encore, et pour beaucoup de gens, les francs-maçons sentent le soufre. Ils suscitent un intérêt mélangé de crainte et de curiosité, parfois d'horreur et de rejet. En tout cas, la réaction n'est jamais neutre et rarement positive. Il n'empêche, malgré cet interdit de la plus haute autorité ecclésiastique, de nombreux membres du clergé vinrent à l'époque rejoindre les loges, excommuniées ou non, ce qui démontre, s'il fallait le démontrer, qu'elles détiennent sans doute quelques vérités intéressantes. Reste à comprendre pourquoi seule la religion catholique à prononcé une condamnation officielle contre la Franc-maçonnerie. Je n'ai pas connaissance que les autres religions du Livre l'aient fait alors que leurs dogmes étaient aussi malmenés que ceux des catholiques. Il est vrai que je n'ai pas poussé très loin mes investigations dans ce sens. Cela semble parfaitement accepté chez les juifs et chez les musulmans qui ont des francs-maçons célèbres tel Abd El Kader. Les chrétiens orthodoxes, je ne sais pas ; quant aux protestants, un pasteur (Désagulier) est l'un des fondateurs de la Franc-Maçonnerie moderne, c'est tout dire… JCP avril 2001Que nous dit la Bible au sujet d'Hiram ?Le nom d’Hiram y apparaît à plusieurs reprises et sous différents personnages. Il y a tout d’abord Hiram ou Houram ou Khiram, roi de Tyr, contemporain de Salomon dont l’existence historique est indéniable. Salomon s’adresse à lui pour qu’il lui apporte son concours dans la construction du Temple en ces termes (II chroniques II.2) : « Comme tu as agi à l’égard de David, mon père, à qui tu as envoyé des cèdres pour qu’il pût se bâtir un palais comme résidence, fais de même pour moi ». A quoi Hiram de Tyr répond : « Et maintenant je t’envoie un homme sage, possédant l’intelligence, Hiram-Abi ». Abi signifie mon père et l’on a pu croire à tort que ce pouvait être le père du roi de Tyr. Il paraît s’agir en fait d’un suffixe que l’on traduit habituellement par Maître Hiram. Le roi de Tyr précise qu’il est le fils d’une femme d’entre les filles de Dan et d’un père Tyrien ; qu’il est habile à travailler l’or et l’argent, l’airain et le fer… à faire toute espèce de sculpture et à exécuter tous les objets d’art qui lui sont demandés. Dans le Premier Livre des Rois (VII 13-14) on lit d’autre part : « Le Roi Salomon fit venir Hiram de Tyr. Il était le fils d’une veuve de la Tribu de Nephtali et d’un père Tyrien qui travaillait l’airain. Il était rempli de Sagesse, d’Intelligence et de Savoir pour faire toutes sortes d’ouvrages d’airain ». Bien que ces deux textes diffèrent sur l’origine maternelle d’Hiram, il s’agit bien du même individu dont le père est Tyrien et qui est expert dans l’art de travailler l’airain. Il faut souligner qu’il est dit dans chacun de ces textes qu’il était rempli de sagesse. Nous voyons aussi qu’il est le fils d’une veuve. Puisque depuis leur exaltation à la maîtrise, Hiram s'est incarné dans chacun des maîtres, il sont devenus « Les enfants de la Veuve ». Dans ce même Livre des Rois (I Rois XVII 21) il est aussi fait état du fils de la veuve de Serephtha, ressuscité par Elie le Tisbite qui s’écrie au moment de la résurrection de l’enfant « Adonaï Elohaï », Seigneur mon Dieu, exclamation qui termine le signe de Maître au Rite Ecossais Ancien Accepté. En résumé nous avons dans la Bible :
Ce que les anglais ont qualifié de Maçonnerie adonhiramite correspond à Hiram Abi. Ces trois Hiram interviennent donc à divers titres et à différents moments dans nos rituels. Signalons enfin que la Bible parle d’un quatrième Hiram, qui n’a rien à voir avec la maçonnerie et qui est cité comme l’un des chefs de tribu d’Edom. Lire "Aperçus sur la légende d'Hiram - Apparition du grade de maître" - disponible au format pdf Renvois bibliographiques(1) Voyage en Orient - Gérard de Nerval - Folio classique (2) Les fils de la Lumière - Roger Peyrefitte - Flammarion - 1961 (3) l'Eglise en face de la Franc-Maçonnerie - Maurice Colinon - Ecclesia – Arthème Fayard - 1954 (4) La Franc-Maçonnerie - Christian Jacq - Robert Laffont - 1975 (5) Histoire de la FM universelle - G. Serbanesco - ed. Intercontinentale - 1964 (6) La symbolique maçonnique - J. Boucher - Bibliothèque de la F.M - 2000 (7) Dictionnaire des symboles - J. Chevalier – A. Gheerbrant - Robert Laffont - 1993 (8) Encyclopédie de la F.M - sous la direction d'Eric Saunier - La pochothèque - 2000 (9) Le compagnonnage - E. Martin Saint-Léon - Librairie du Compagnonnage - 1983 (10) Encyclopédie des symboles - Dir. Michel Cazenave - La pochothèque - 1996 (11) La franc-maçonnerie oubliée - Robert Amblain - Robert Laffont - 1985 (12) Le livre d'Enoch - coll. les portes de l'étrange - Robert Laffont - 1976 (13) Les Francs-Maçons - Serge Hutin - Le temps qui court 1960 (14) La clé d'Hiram - Ch. Knight & R. Thomas - Dervy - 2000 (15) Des Templiers aux F. Maçons - M. Baigent & R. Leigh - Ed. du Rocher - 1991 (16) Les origines de la F.M - Paul Naudon - Dervy - 1991 (17) Histoire Générale de la F.M - Paul Naudon - Office du livre - 1981 (18) Histoire des doctrines ésotériques - J. Marquès-Rivière - Payot - 1950 (19) Les Templiers - Georges Bordonove - Fayard - 1964 (20) Les secrets des bâtisseurs - Maurice Vieux - Robert Laffont - 1975 (21) Symbolisme M. et tradition chrétienne - Jean Tourniac - Dervy - 1965 (22) Les prophéties de St Malachie - Daniel Reju - France Loisirs - 1981 (23) Les mystères templiers - Louis Charpentier - France Loisirs - 1993 (24) Les secrets de l'Exode - Messod et Roger Sabbah - Jean-Cyrille Godefroy - 2000 (25) L'homme qui devint dieu (4 tomes) - Gérald Messadié - Robert Laffont - 1988-1995 ( ) La Bible |






