Mozart est enfin heureux à Vienne, il se retrouve
totalement indépendant, grisé de liberté.
Vienne est à cette époque, la capitale mondiale
de la musique. Wolfgang va tout d'abord tenter de se créer
un cercle de relations. Mozart sait qu’il est un des plus
grands virtuoses de clavier de tous les temps, or Vienne est
la terre bénie du clavier.
Premiers succès dans la capitale
Mozart tend à se faire une place à Vienne. Pour
débuter, il prend quelques élèves. A la
fin du mois de juillet, l'auteur
Gottlieg Sephanie
propose à Mozart le livret de "
L’enlèvement
au sérail ". Ce fut un énorme succès.
L'opéra enthousiasma le public, l'Empereur lui-même
félicita Mozart :
"- trop beau pour nos oreilles, et
quelle quantité prodigieuse de notes."
aurait dit l'empereur. Les premières années de
Mozart à Vienne justifient les espoirs qu'il avait en
quittant Colloredo. Cependant, il apprend encore

le
français et l’anglais au cas où finalement,
il ne réussirait pas. Wolfgang donne de nombreux concerts
publiques ou privés, écrit souvent des œuvres
qu'il joue lui-même. A la fin de ses concerts, son public
est en extase, les applaudissements n'en finissent pas ; il
se livre à de divines improvisations sous les acclamations.
Mozart découvre les œuvres de
Bach
qui vont avoir une nouvelle influence sur ses oeuvres. Il découvre
aussi les œuvres de Haendel grâce à son ami
le baron
Gottfried von Swieten.
Une nouvelle vie de famille
Constanze est la sœur d'Aloysia, l'ancien
grand amour déçu de Wolfgang.
Constanze
a 19 ans. Elle est la fille de la propriétaire de Mozart.
Moins jolie que sa sœur, mais plus câline, elle
semble présenter néanmoins toutes les qualités
requises pour faire une bonne épouse. De plus, ses
grands yeux noirs et sa jolie voix séduisent Wolfgang,
un peu isolé dans la solitude des Grands. Il écrit
à son père son intention de se marier.
Léopold se méfie, la famille Weber ne lui a
jamais inspiré confiance ; il souhaiterait que son
fils revienne à Salzbourg.
Sans attendre la réponse redoutée de son père,
Wolfgang épouse Constanze le 4 août 1782
à la cathédrale Saint Etienne.
Les deux jeunes mariés s'aiment vraiment et s’amusent
ensemble comme deux chatons.
Cathédrale Saint-Etienne de Vienne :
Constanze est mal considérée, tant par Léopold
que par Nannerl, ainsi que (plus tard) par les biographes
de Mozart. Plus incompétente que malveillante, elle
commettra quelques maladresses jusqu’à ce que
les soucis de santé diminuent son entrain. Comment
reprocher à cette jeune et frétillante épouse,
de dépenser parfois trop d’argent en frivolités
et en souliers, alors qu’au lieu de pousser les landaus
de ses enfants, elle dût suivre leurs cercueil, et cela
pas moins de quatre fois ! Existe-t-il un chagrin plus cruel
que celui d’un jeune couple amoureux dont les bébés
meurent successivement ?
Constanze mettra au monde
six enfants, mais
seulement deux survivront. Ils n'auront aucune descendance.
Le premier enfant du couple naît donc le 17 juin 1783 ; il se
nomme
Raimund Leopold. Mais il meurt le 19
août.
En 1784, les Mozart emménagent dans un luxueux appartement
qui donne sur la Domgasse. Constanze accouche d'un autre enfant,
Karl Thomas. C'est le premier des deux enfant
de Mozart qui survivra jusqu'à l'âge adulte.
Le 14 décembre 1784, Mozart rentre dans la
franc-maçonnerie.
Mozart franc-maçon :
La visite de Léopold
En février 1785, Léopold rend visite à son fils et constate
sa réussite. Joseph Haydn, après un concert où l'on joue les
trois derniers quatuors de Wolfgang, dédiés au premier, déclare
à Léopold : " - En honnête homme et devant Dieu, votre
fils est le plus grand compositeur que je connaisse, de nom
ou de personne. Il a du goût et, ce qui est encore mieux,
une science profonde de la composition. " C'est un grand
hommage que lui rend Haydn qui est, à cette époque, le compositeur
le plus connu d’Europe. Il est le premier à déclarer franchement
le génie de Wolfgang.
Le lendemain, Léopold assiste à un nouveau concert
donné par son fils au Burtheater. Il y dirige un de
ses somptueux concertos ( le 20ième) qui émeut
son père jusqu'aux larmes. L'Empereur présent,
agite son chapeau tout en criant " Bravo Mozart "
lorsque Wolfgang se retire.
Mais Léopold fatigue et se lasse ; il a 65 ans, et
se sent étranger à tous ces concerts. Cela est
perceptible dans une lettre adressée à sa fille
:
" On ne se couche jamais avant deux heures du matin et
je ne me lève jamais avant neuf heures. Nous déjeunons
à deux heures ou deux heures et demie. Il y a des concerts
chaque jour, ton frère compose et joue sans arrêt.
Je me sens plutôt étranger à cela. Le
piano de ton frère a été déplacé
au moins une douzaine de fois au théâtre."
Wolfgang et Constanze raccompagnent Léopold, soulagé
de revenir à Salzbourg, jusqu'au premier relais de poste.
Le père et le fils ne se reverront plus jamais, ils l’ignorent
cependant. Les deux années 1784-1785 ont été
remplies de succès pour Wolfgang, sa réputation
de compositeur et de virtuose est, d’apparence, solidement
installée.
Les noces de Figaro
Mozart souhaite ardemment écrire un nouvel opéra.
Cette fois il collaborera avec
Lorenzo Da Ponte
et crée donc les "
Noces de Figaro"
tiré de la pièce de
Beaumarchais
: "
Le Mariage de Figaro".

Il
rencontre cependant certaines difficultés car la pièce
de Beaumarchais, assez subversive, est formellement interdite
par l'empereur. Da Ponte réussit à convaincre
l’empereur, fort de son aura chrétienne dont les
frasques sexuelles sont restées étouffées
à Venise. N’oublions pas que Da Ponte est membre
du clergé ! L'opéra sera bien accueilli lors de
la première. A l’issue de la deuxième et
la troisième représentation, les bis furent si
nombreux que l'Empereur intervint en personne pour les limiter
à l'avenir. C'est un opéra révolutionnaire,
tant par la musique que par l'histoire.