Wolgang Amadeus MOZART (Salzburg 1756 - Vienne 1791) : Wolfgang serviteur


Les Mozart reviennent à Salzbourg le 15 décembre 1771. Le 16, le prince archevêque Schrattenbach, employeur des Mozart, décède. Wolfgang n'aurait jamais eu autant de succès si Schrattenbach n'avait accordé généreusement des congés à Leopold et son fils. Entre six et seize ans, Mozart n'a passé qu'un tiers de son temps dans sa ville natale. Schrattenbach fut quelqu'un de compréhensif, indéniablement fasciné par le jeune prodige.


Le comte Colloredo

Le nouveau prince archevêque de Salzbourg est élu le 14 mars 1772. C'estLeopold MOZART le comte Colloredo. Mozart va entretenir pendant une dizaine d'années de très mauvaises relations avec son nouvel employeur, réputé caractériel et peu sensible. Colloredo fait établir à Wolfgang un contrat de Konzertmeister. Mozart touche 150 gulden par an ce qui constitue un très bon salaire, pour un jeune homme de seize ans. Mozart va refaire un séjour à Milan mais à son retour, il ne pourra quitter Salzbourg pendant quatre ans ( il ira juste trois mois à Munich pour écrire La Finta giardiniera). Wolfgang haït Colloredo qui le traite en domestique et l’oblige à dîner à la table des serviteurs. Dans les lettres adressées à son père, Wolfgang l'appelait le "Mufti", par moquerie et précaution. Colloredo ordonnera la fermeture du théâtre princier ; coup dur pour Wolfgang qui ne cesse de rêver d'opéra. Colloredo est tyrannique avec les Mozart qui souhaitent maintenant quitter Salzbourg pour trouver une situation stable. Leopold demande un nouveau congé sous prétexte d’une nouvelle tournée, mais le but inavoué est de trouver un nouvel emploi. Colloredo ne lui répondra pas. Il se soucie de moins en moins de Wolfgang, l'utilise comme concertiste et ne lui donne aucun congé. Fou de rage et las de toutes ces humiliations, Wolfgang démissionne le 1er août 1777. Leopold est effrayé, se sent vieillir et ne comprend pas toujours la fougue de son fils ; il restera à Salzbourg. C'est donc accompagné de sa mère que Wolfgang quitte Salzbourg pour chercher un nouvel employeur.

Extrait d'une lettre de Wolfgang adressé à son père :

Vienne, 9 mai 1781

"Je suis encore tout rempli de colère... On a si longtemps mis ma patience à l'épreuve! ...Il a bien fallu qu'a la fin elle fit naufrage. Je ne suis plus assez malheureux pour être au service du souverain de Salzbourg... Il m'a appelé un polisson, un débauché, il m’a dit d'aller au diable et moi je me suis tu... Il m'a menti à la face en me parlant de 500 florins de traitement. Il m'a appelé un gueux, un pouilleux, un crétin... Tant que l'archevêque sera encore ici, je ne donnerai pas de concert... L'Archevêque est haï et surtout par l'empereur... Je ne veux plus rien savoir de Salzbourg, je hais l'archevêque jusqu'à la frénésie."


Munich

Léopold est maussade ; sa femme et son fils sont loin de lui. Il demeure à Salzbourg avec Nannerl, qui regrette le départ de son frère. Wolferl tout au contraire est de joyeuse humeur, grisé par l’enthousiasme.

Wolfgang et sa mère prennent le chemin de Munich le 23 septembre 1777. Mozart a bientôt 22 ans. Arrivé à Munich, le jeune compositeur tente de solliciter les gens bien introduits à la cour et dans les milieux bourgeois.

Il parvient à obtenir une audience auprès de l'électeur de Bavière, Maximilien III. Son assurance prise pour de l’arrogance fait mauvais effet : il déclare que la cour a besoin d'un compositeur de talent. La conscience de son génie commence alors à agacer les médiocres, les frustrés et les compositeurs installés douillettement dans leur production ordinaire.

Mozart : - que mon altesse me permette de se jeter à ses pieds et de lui proposer mes services.

Maximilien III : - Ainsi vous avez quitter Salzbourg? Vous vous êtes querellé avec l'archevêque?

Mozart : - Oui c'est exact, j'ai du démissionné, c'est ce que je voulais faire depuis longtemps d'ailleurs. Salzbourg n'est pas un endroit pour moi je puis vous l'assurer.

Maximilien III
: - Mais votre père est toujours à Salzbourg?

Mozart : - Oui votre Altesse, et il se jette aussi à vos pieds. J'ai déjà fait trois voyages en Italie, J'ai écrit trois opéras. Je suis membre de l'Académie de Bologne où il m'a fallu passer un examen : j'ai terminé l'épreuve en une heure alors que de nombreux maîtres y ont passé plus de quatre heures. J'ai fait mes preuves et suis prêt à vous servir.

Maximilien III : - Oui mon garçon, mais je n'ai pas de place vacante, je suis désolé, si seulement il y avait une place.

Mozart : - Je puis assurer à votre Altesse que je ne manquerais pas de faire honneur à la musique.

Maximilien III : - je sais, mais c'est inutile, il n'y a pas de place.

Mozart s'en ira, déçu, mortifié.


Mannheim


Après un séjour de courte durée à Augsbourg ( ville natale de Léopold) où il fera la connaissance de sa famille paternelle et de sa cousine Maria Anna Thekla, dite la " Bäsle ", avec laquelle il s'entend très bien, Wolfgang et sa mère partent pour Mannheim. Ils y arrivent le 30 octobre.

Tout comme à Munich, rien ne lui est proposé ; Wolfgang est convaincu qu'il perd son temps. Mais il rencontre Aloysia Weber, fille d'un copiste. Elle est dotée d'une remarquable voix. La famille Weber, en particulier la mère, intriguera pour que Wolfgang tombe amoureux d’Aloysia, et que, par son intermédiaire, le talent de la gamine soit reconnu. Mozart sincère et droit, n’évite pas le piège qu'on lui tend. Il tombe fou amoureux d'Aloysia, et assoit sa notoriété. Mozart est si épris qu'il souhaite l'épouser, la suivre partout, tout abandonner à son amour. Léopold s’arrache la perruque et lui ordonne de quitter cette famille. Aloysia ne montre aucun sentiment pour Mozart qui attend toujours un geste d'affection. Ce que veut Aloysia, c'est la célébrité. Raisonnablement, Wolfgang part pour Paris, espère se faire connaître et devenir riche afin de séduire sa bien aimée restée de marbre. Mozart ignore que ce voyage sera un désastre.

Mannheim :
Mozart jouant devant l'impératrice


Paris

Bien qu'ils habitent un logis sordide rue du Bourg l'abbé, tout s’annonce bien pour les Mozart, grâce au baron Grimm. Il sera le protecteur de Wolfgang lors de sa tournée à Paris en 1763, et se chargera de quelques travaux. J-Jacques Rousseau habite à une centaine de mètres de Mozart. Anna-Maria, sa mère, s'ennuie dans le sombre appartement ; elle ne peut même pas tricoter. Wolfgang ne travaille jamais chez lui : la place manque et le clavecin n’a pas pu être monté.

On peut se demander de quoi vivent réellement les Mozart : le public parisien a totalement oublié le jeune prodige venu quinze ans auparavant. Les malheurs s’accumulent, certaines commandes (tel le K299) restent impayées. Mozart aime le succès, mais ici, il ne le goûte pas et déteste cela. Mozart insulte ces parisiens qui ne savent pas entendre et reconnaître son génie : "...Les Français sont et restent de vrai ânes : ils ne peuvent rien faire ; il leur faut avoir recours aux étrangers...", écrit-il à son père le 9 juillet 1778.

Anna-Maria tombe gravement malade. Wolfgang la soigne, veille et compose à son chevet. Comment se représenter la solitude et le désarroi d’un jeune homme, isolé dans une ville hostile, regardant sa mère secouée de spasmes, tremblante d’une fièvre mortelle ? Le 3 juillet à 22h20, Anna-Maria rend son dernier souffle et laisse son Wolferl effondré de chagrin. Elle sera enterrée le 4 juillet 1778, au cimetière Saint Eustache, à Paris ( un jour après Rousseau). En l’église des Saints Innocents, où l’on célèbre les obsèques de sa mère, Wolfgang dira :" j’ai tout supporté avec fermeté et abandon, avec la grâce particulière de Dieu. Quand l’état de ma mère fut tout à fait grave, je n’ai plus demandé à Dieu que deux choses, d’abord, pour ma mère, des derniers moments heureux, et pour moi, force et courage". Puis, rentrant dans son logis lugubre, il annoncera la nouvelle en deux lettres à sa famille ; la première adressée à son père parle d’une maladie inquiétante et du peu d’espoir que les médecins accordent. La seconde lettre, adressée à l'abbé Bullinger de Salzbourg annonce la vérité et le charge d'informer Léopold, avec toute la douceur possible.

Puis le moral de Wolfgang s’améliore, sa chère musique panse les plaies. Il revoit Jean-chrétien Bach de passage à Paris, et se sent moins seul. Ses symphonies commencent à se faire entendre. Le baron Grimm, sûrement jaloux de l’amitié que Mozart porte à Jean-chrétien Bach, devient odieux avec Wolfgang. Il lui ment, prétend que les français ne l'aiment pas, qu'ils haïssent sa musique et envoie des lettres de plaintes à Léopold qui demande à son fils de rentrer aussitôt. Wolfgang ne comprend pas cette méchanceté et ne l’admettra jamais. Grimm le pousse de force dans une voiture et Wolfgang, alors que le succès arrive, est contraint de partir.

A nouveau serviteur

Le 31 août, Léopold annonce à son fils qu'il a réussi à convaincre l'archevêque de reprendre Wolfgang à son service. Son salaire triplé, s'ajoute au poste d'organiste à la cour ainsi que l'autorisation de s'absenter si on lui commande un opéra. Ce n'est que le 26 septembre que Wolfgang quitte Paris. Il craint de retrouver son père. Wolfgang n'a pratiquement rien composé. De plus, les dernière lettres de Léopold lui reprochent clairement la mort de sa mère : " Si ta mère était revenue de Mannheim, elle ne serait pas morte (…) Tu serais arrivé à Paris à un meilleur moment (…) et ma pauvre épouse serait encore à Salzbourg". En terme clairs, Leopold considère les caprices de son fils responsables du décès de sa tendre femme. Mais qui donc donna à Wolfgang le goût des voyages et lui indiqua la nécessité de faire connaître son génie hors frontières ? La mémoire de Léopold est écrasée par son immense chagrin.

Sur le chemin du retour Wolfgang cherche tout de même un autre employeur. En vain.

Une nouvelle déception l'attend. Son grand amour, Aloysia Weber, qu'il avait connue avant son voyage, l'accueille avec froideur. " Aujourd'hui je ne peux rien faire d'autre que pleurer" écrit-il à son père le 29 décembre. Aloysia a déjà jeté son regard sur un autre homme dont l’avenir semble plus prometteur. Elle ira jusqu’à se moquer publiquement de la tenue vestimentaire de Wolfgang, alors qu’il est en deuil. De nombreuses années plus tard, c’est le mari de cette promise infidèle (Joseph Lange) qui peindra l’un des derniers portraits de Mozart, le visage incliné vers…le néant. Portrait inachevé d’un homme au regard fatigué, penché vraisemblablement sur son œuvre, qui fit de lui l’unique artiste grandiose, dont les partitions s’arrachent aujourd’hui à prix d’or.

Wolfgang s'arrête quelques temps à Munich. Son père furieux écrit alors :
" - Ta conduite est indigne, j'ai sincèrement honte d'avoir promis à tout le monde que tu serais là à coup sûr pour Noël, ou au plus tard pour le nouvel an. Bon dieu! Tu m'as fais passer pour un menteur! ... Je pense que cette fois ci j'ai été assez clair ou bien faut-il que je vienne te chercher moi-même?".


Wolfgang revient à Salzbourg le 15 janvier 1779 en compagnie de sa cousine la Bäsle qu'il ramène d’Augsbourg. Son absence aura duré plus de seize mois. La présence de sa cousine le rassure et lui promet quelques bonnes heures de plaisanteries ; ils adorent se moquer gentiment des autres et échangent ensemble des propos enfantins sur le thème pipi-caca. Les blagues de la Bäsle, constituent une sorte d’exutoire aidant Wolfgang à supporter les lourdeurs du quotidien.

Le voilà par conséquent revenu au point de départ. Mozart restera deux années à Salzbourg dont on sait peu de choses, sinon qu’il étouffe et trépigne en silence.

Puis Mozart écrit un nouvel opéra : Idoménée. Il est en pleine possession de son génie et l’enthousiasme le tenaille. Pour la première fois, il opère des retouche au texte du livret. Il présente son opéra à Munich : le succès est au rendez-vous.

Pendant ce temps, Colloredo son employeur tyrannique, se rend à Vienne, visiter son père malade. Wolfgang s’attend à ce que cette épreuve humanise son terrible patron ; mais il n’en est rien. Le 12 mars 1781, Colloredo donne à Mozart l'ordre de le rejoindre. Wolfgang se rend seul à Vienne. Il est contraint de jouer pour le plaisir du prince et de son entourage ; le voilà redevenu simple domestique, les disputes recommencent. Mozart ne les supporte plus et essaye d'attirer l'attention de Joseph II, empereur d'Autriche. Le 9 mai, Wolfgang est convoqué par l’archevêque qui lui indique le chemin de la porte. Mozart n'est pas retourné à Salzbourg comme lui avait ordonné Colloredo. Wolfgang déclare :
" - Cette fois c'est fini. Je vous le confirmerai demain par écrit."




Dernière mise à jour :
2 janvier 2005
Wolfgang Amadeus MOZART : Wolfgang serviteur