Wolfgang est à Mannheim avec sa mère. Il y rencontre
les Weber. Une des filles, Aloysia, est une remarquable chanteuse,
les Weber vont tout mettre en oeuvre pour que Wolfgang en tombe
amoureux et fasse reconnaître son talent. Mozart ne met
pas longtemps à tomber dans le piège et tombe
fou amoureux d'Aloysia. Il veut même l'épouser.
Les Weber demandent à Wolfgang de les accompagner en
Italie. Wolfgang est prêt à tout laisser tomber
pour cette fille qui ne montre aucun sentiment en son égard.
Dans cette lettre, le jeune Mozart va demander à son
père l'autorisation de les suivre en Italie:
J'apprécie tellement cette malheureuse
famille que je ne souhaite rien tant que pouvoir la rendre
heureuse; et peut-être le puis je. Mon conseil serait
qu'elle aille en Italie. C'est pourquoi je voulais vous prier
de bien vouloir écrire le plus tôt sera le mieux
à notre bon ami Lugiati pour qu'il s'informe de ce
qu'on donne, au maximum, à une prima donna à
Vérone. Plutôt plus que moins, on peut toujours
baisser peut-être pourrait-on également obtenir
Venise. Je garantis sur ma vie que son chant me fera honneur.
Elle a déjà bien profité avec moi, en
si peu de temps; combien ne profitera-t-elle pas d'ici là?
Je n'ai pas peur non plus pour 1'action. Si cela se peut,
monsieur Weber, ses filles et moi aurons l'honneur de rendre
visite pendant quinze jours à mon cher papa et à
ma sœur chérie, au passage. Ma sœur trouvera
en mademoiselle Weber une amie et une camarade, car elle a
ici, à cause de sa conduite, une bonne réputation,
comme ma sœur à Salzbourg. Le père est
comme le mien, et toute la famille comme les Mozart. C'est
la probité qui l'emporte. Je dois avouer que je serais
très heureux de revenir à Salzbourg avec eux
pour que vous puissiez l'entendre. Elle chante de façon
superbe les airs que j'ai écrits. Je vous en prie,
faites ce qui est en votre pouvoir pour que nous allions en
Italie Vous connaissez ma plus grande ambition, écrire
des opéras. A Vérone, je suis prêt à
écrire un opéra pour cinquante sequins, uniquement
pour qu'elle me fasse honneur; car, si ce n'est pas moi qui
écris, je crains qu'elle ne soit sacrifiée.
En attendant, je gagnerai, grâce à d' autres
voyages que nous ferons ensemble, suffisamment d'argent pour
que cela ne me fasse pas de mal. Je crois que nous irons en
Suisse et peut-être en Hollande. Si nous nous arrêtons
longtemps quelque part, I'autre fille, qui est l'aîner,
nous rendra grand service car nous pourrions avoir notre propre
ménage, puisqu elle sait aussi faire la cuisine...
A propos, ne vous étonnez pas que, sur soixante-dix-sept
florins, il ne m'en soit resté que quarante-deux. J'ai
agi par pur bonheur que des gens honnêtes et ayant les
mêmes idées se retrouvent ensemble: je n'ai pu
m'empêcher de payer la moitié des frais. Mais
ce ne sera pas le cas pour les autres voyages, je leur est
déjà dit, je ne paierai que pour moi. (...)
Donnez-moi vite une réponse, je vous en prie; n'oubliez
pas mon désir d'écrire des opéras. Mais
en italien, pas en allemand. Ma mère est satisfaite
de ma manière de voir: je ne peux absolument pas voyager
avec des gens, avec un homme qui mène une vie dont
le dernier des humains aurait honte. Et l'idée d'aider
une pauvre famille sans se faire de tort à soi-même
comble d'aise mon âme.
Je vous baise mille fois les mains et suis, jusqu'à
la mort votre très obéissant fils.
Wolfgang
Les Weber ont réussi en une semaine à conquérir
Wolfgang. Aloysia travaillera gratuitement et il composera pour
elle des musiques à l'exacte mesure de ses possibilités.
Mais Anna-Maria Mozart fera part en cachette en Post-scriptum
à Leopold du danger qui guette son fils :
Mon très chère mari!
Tu aura pu voir par cette lettre que lorsque Wolfgang fait une
nouvelle connaissance, il prend aussitôt feu et flamme
pour ses gens. C'est absolument vrai qu'elle chante merveilleusement.
Seulement il ne faut pas du même coup qu'il en oubli son
propre intérêt. Je n'ai jamais beaucoup aimé
pour lui la société des Wendling et des Ramm,
seulement je ne devais élever aucune objection et il
ne m'aurait pas crue. Alors dès qu'il a connu les Weber,
il a changé d'avis. Tu réfléchira toi-même
à ce qu'il vaut mieux faire.(...)J'écris ceci
dans le plus grand secret, pendant qu'il est allé manger,
car je ne voudrait pas être surprise.
Leopold enverra une lettre de refus perçue comme un coup de
tonnerre pour Wolfgang qui devra donc partir pour Paris