Préparation du génie : l’effervescence de l’esprit maçonnique
Dès la commande de Thamos roi d’Egypte, Mozart
se posent les vraies questions ; en 1779-1780, l’opéra
sera développé et complété.
Mozart effectue sans cesse de nouvelles retouches sur cette
œuvre dont le sens commence à lui « parler
».
Ce travail mûri durant 18 années donnera ensuite
la Flûte enchantée ; c’est ainsi que les
réponses seront apportées.
Mais avant d’en arriver à cette étape
fondamentale, Mozart a effectué de nombreux voyages
et contracté plusieurs maladies mortelles :
- A 6 ans : officiellement, Mozart a la scarlatine. On sait
aujourd’hui qu’il s’agissait d’un
érythème noueux, suite au catarrhe contracté
juste avant.
- 7 ans : deux premières crises de fièvre rhumatismale
- 8 ans : fièvre typhoïde (le rendant provisoirement
aveugle)
- 9 ans : nouvelle crise de fièvre rhumatismale
- 10 ans : Mozart est atteint de la variole (cicatrices définitives)
- 14 ans : grave maladie contractée en Italie (il gardera
le teint jaune)
Il paraît alors raisonnable de penser que Mozart enfant,
atteint de si graves maladies, affrontant la mort, la douleur
et la cécité, gardant de vilaines cicatrices
et de nombreuses gênes, ait pu élever son esprit
dans les questions fondamentales de l’existence, s’intéresser
aux symboles liés à la vie, revoir la mythologie
et nourrir ses facultés exceptionnelles de raisonnement.
En effet, tandis que les enfants de son âges jouaient,
courraient, s’organisaient quelque avenir insouciant,
Mozart travaillait, composait, interprétait et surtout,
se questionnait sans cesse.
D’autres rencontres vont alors conforter les idées
naissantes du prodige. L’année qui précède
la mort de sa mère, Mozart fait la connaissance de
von Gemmingen, personnage illustre qui deviendra par la suite
le Vénérable de la Loge où il sera initié.
1780 : l’ère industrielle peut commencer à
s’épanouir car Marie-Thérèse d’Autriche
est morte. Mozart est de retour au pays, sa mère enterrée
à Paris, il ne demande qu’à reprendre
les contacts avec ses amis Francs-maçons.
Joseph II régénère la Franc-maçonnerie,
car il ne s’oppose pas à son existence. Souvenons-nous
que la raison pour laquelle Marie-Thérèse d’Autriche
avait lutté avec acharnement contre la Franc-maçonnerie
manquait pour le moins de raison d’état : son
époux passait trop de temps dans la Loge et en compagnie
de ses frères de Loges et de leurs ami(e)s. Marie-Thérèse
s’organisa donc pour récupérer son mari
volage en interdisant les Tenues maçonniques.
A cette époque, Vienne ne jure que par Glûck,
Haydn et Mozart ; notre génie de l’harmonie n’est
pourtant pas à son aise, les paiements ne sont pas
toujours honorés, les commandes se concrétisent
avec difficultés.
Il lui faut néanmoins « tenir son rang »
et vivre de manière à paraître, se rappeler
au souvenir des riches familles. Mozart doit alors sacrifier
son amour-propre pour donner des leçons de musique,
prendre des contacts, organiser des réceptions, ou
s’y rendre lorsqu’il est invité, se produire
et jouer, répéter, prendre des cours de français
et d’anglais, déjouer les intrigues mesquines
de ses détracteurs et concurrents, emprunter de l’argent,
s’amuser et rembourser ses dettes.
Toutes ces activités intenses et parfois même
épuisantes, ne l’empêchent pas de composer
(d’ailleurs rien ne pouvait constituer une entrave à
la composition).
Rien qu’en 1782, sa production est stupéfiante
:
- Nouveau final pour le Concerto pour piano N°5
- Mélodie Nehmt meine dank, pour soprano
- Adaptation pour quatuor à cordes de 5 fugues de J.S.Bach
- Prélude et Fugue pour piano en ut majeur (hommage
à Bach)
- Suite pour piano en ut majeur
- Fantaisie pour piano en ré mineur
- L’ Enlèvement au Sérail, opéra
Singspiel (die Entführung aus dem serail)
Mozart souhaite alors faire ressortir de manière claire
que la laideur des sentiments (dissonance) ne peut se résoudre
que par l’harmonie des cœurs (consonance). Il considère
que seules les lois de l’esthétique peuvent contenir
le bien et le mal. Mozart est donc, bien que profane, déjà
sérieusement éclairé, son esprit s’élève
vers une philosophie d’ordinaire inaccessible aux jeunes
de son âge. En effet, l’Enlèvement au Sérail
comporte déjà de nombreux éléments
qui soulignent l’esprit de liberté anglaise (berceau
de la Franc-maçonnerie), par le personnage de Blonde.
Doit-on alors s’étonner encore que Wolfgang continue
sa production cette même année en composant :
- Sérénade en ut mineur
- Sérénade-Symphonie " Haffner " en
ré majeur
- Marche en ré majeur pour accompagner la sérénade
- Sonate pour piano et violon en ut majeur
- Sonate pour piano et violon en la majeur
- Adagio-fantaisie pour piano en ut mineur
- Aria " in te spero, o sposo amato " pour soprano
- Quintette pour cor et cordes en mi bémol majeur
- Allegro pour cor N° 1 en ré majeur
- Concerto pour piano en la majeur
- Concerto pour piano en fa majeur
- Concerto pour piano en ut majeur
- Quatuor à cordes en sol majeur
Combien de compositeurs pouvaient hier, et peuvent aujourd’hui,
tenter ne serait-ce que d’égaler cette production,
tant en qualité qu’en terme de quantité
?
L’année 1783, le fameux Gemmingen que connaît
Mozart installe sa propre Loge Maçonnique à
Vienne ; il invite Mozart à s’y joindre…pour
y jouer le rôle de musicien.
Toutes les hésitations de Mozart s’entendent
parfaitement dans l’Andante con moto du quatuor à
cordes en mi bémol majeur (K 428).
Cette année là, bien qu’il hésite
encore à rejoindre son ami dans la Loge, il composera
néanmoins un nombre exceptionnel d’œuvres
:
- Messe solennelle en ut mineur
- Récitatif et Air de " ah, non sai… ",
pour soprano
- Ariette " Manner suchen stets ", pour basse
- Air " Müsst’ich auch", pour ténor
- Quatuor à cordes pour une pantomime de carnaval
- Six variations pour piano en fa majeur
- Concerto pour cor N° 2
- Quatuor à cordes en ré mineur
- Air " Vorrei spiegarvi… ",pour soprano
- Air " no, no, che non sei capace… ", pour
soprano
- Air de " per pieta, non ricercate… ", pour
ténor
- Duo pour violon et piano en sol majeur
- Duo pour violon et alto en si bémol majeur
- Symphonie en ut majeur, dite " de Linz "
- Adagio-maestoso pour une symphonie en sol majeur
- L’oie du Caire, opéra-buffa (limité
aux esquisses)
- Récitatif et Air " Misero, o sogno… ",
pour ténor (Adamberger)
- Récitatif et Air " Aspri rimorsi atroci…
", pour basse
- Fugue pour deux pianos en ut mineur
- Concerto pour cor N°3 en mi bémol majeur
- Quatuor à cordes en mi bémol majeur
Mozart en cette période aura donc composé
l’équivalent de deux œuvres par mois !
Cette production, alors qu’il envisage tout juste d’entrer
dans la Franc-maçonnerie, et que certaines de ses œuvres
sont déjà fortement inspirées par l’Egypte,
contiennent un bon nombre de symboles maçonniques,
autant soufflés par les traditions des bâtisseurs
de pyramides que ceux des bâtisseurs de cathédrales.
Mozart envoie sa lettre de candidature à la Loge Zur
Wohlthätigkeit en novembre 1784.
Il a 28 ans…