"Papa chéri, je ne puis écrire
en vers, je ne suis pas poète. Je ne puis distribuer
les phrases assez artistement pour leur faire produire des
ombres et des lumières, je ne suis pas peintre. Je
ne puis non plus exprimer par des signes et une pantomime
mes sentiments et mes pensées, je ne suis pas danseur.
Mais je le puis par les sons : je suis musicien."
Après plus de deux cents ans, Mozart est toujours une
étoile qui fascine le monde par sa simplicité
et sa facilité d'inspiration. Aujourd'hui nul n’est
capable de réaliser ce qu'il a fait étant enfant.
Qui, de nos jours, composerait un concerto à 5 ans,
une symphonie à 7 ans et tout un opéra a 12
ans ? Aucun artiste contemporain n'est à même
de composer plus de 650 œuvres, soit plus de 200 heures
de musiques, soit 180 cd, soit une pile d'environ 3 m 20 !
Une personnalité attachante.
Mozart fut longtemps considéré comme un musicien
de seconde classe. Aucun compositeur ne fut autant victime d'incompréhensions
et de contresens. Même après sa mort, ses ennemis
acharnés l'insultaient encore. Ses détracteurs
actuels se couvrent fréquemment de ridicule en qualifiant
son œuvre de " musique de répondeur "
ou " berceuses gentillettes ". Ceux-là mêmes
crient leur préférence pour les compositeurs plus
inventifs, et signent ainsi leur ignorance ! En effet si les
plus grands compositeurs du XIXième comme Beethoven,
Schubert, Chopin ou encore Wagner ont su ce qu'ils devaient
à leur prédécesseur, ont crié leur
admiration jusqu’à la mort, la majorité,
tel Berlioz ne voyait en lui qu'un ordonnateur frivole de festivités
galantes. C'est plus d'un siècle après sa mort
qu'on le redécouvrira vraiment. Mais il faudra tout de
même attendre la Seconde Guerre Mondiale pour que Mozart
soit placé au panthéon des compositeurs aux côtés
Bach, Schubert et Beethoven. La nature sensible de Wolfgang
et son inépuisable besoin d’amour eût souffert
de tant d’injustices. Il se savait cependant doué
d’un état de grâce, d’une céleste
inspiration et n’a jamais douté de son talent.
Seules les manigances et l’ignorance musicale de ses contemporains
purent parfois le plonger dans quelque abîme, qu’il
transposait aussitôt en mélodie parfaite. Mozart
se servait de tout pour composer ; ses humeurs joyeuses et ses
instants de perplexité furent une source de composition
expliquant la richesse de sa création. On peut toujours
critiquer ou détester, ce qui existe est éternel
; nul ne peut jurer qu’un jour, une nuit, il ne sera pas
bouleversé par la musique de Mozart, et promettre de
ne point tomber à genoux à l’écoute
de ses notes qui s’aiment, voir et sentir vibrer en soi
quelques instants de bonheur ou de mélancolie.
Rien dans l’allure de Mozart n’est attirant ni choquant
; il est petit, maigre, pâle, il doté d’une
épaisse chevelure blonde qui fait sa fierté. Il
ne porte aucune perruque et préfère poudrer ses
cheveux naturels selon la mode. Ses yeux sont immenses, parfois
cernés d’une ombre légère, suivant
son travail nocturne ou les rages de dent subies la veille.
Il porte des vêtements à la mode et adore les manchettes
en dentelle, les gilets de brocard, les pièces d’étoffes
soyeuses et bruissantes. Il raffole des asperges, des langues
en sauce et déplore (dans ses courriers adressés
à sa mère) que personne ne sache les préparer
comme il les aime. Bien qu’il soit dès
prédisposé aux études longues et difficiles,
son amour de la musique l’obligera à concentrer
ses efforts sur l’apprentissage des techniques de composition,
au détriment du calcul et des autres disciplines scolaires.
Il parlera et écrira néanmoins avec facilité
l’italien, le français, l’anglais et l’allemand.
N’oublions pas ses connaissances en grec et en latin,
qui lui permettent également de traduire un texte avec
une rapidité aisée. Ses loisirs sont limités
; il apprécie particulièrement les quilles, le
billard et la danse. Il proposera fréquemment à
ses élèves de faire une partie de billard, à
l’issue des leçons qu’il donnait.
Dès quatre ans, Mozart montrera d’exceptionnel
dons musicaux, nous le savons. Dès qu’il s’assied
au clavecin, rien ni personne ne peut détourner son attention,
à l’exception des animaux dont le comportement
l’amuse. En l’absence de musique, il
se
conduit comme un enfant. La première fois qu’il
joue devant la cour de Vienne, en 1762, après avoir terminé
sa démonstration, il saute au cou de l’impératrice
et l’embrasse très affectueusement ; quelques personnes
présentes sont alors choquées par ce manque de
respect de l’étiquette, mais la spontanéité
de l’enfant et surtout, son talent prodigieux sont suffisants
pour calmer les commentaires et conquérir les cœurs.
Dès son plus jeune âge Mozart est attiré
par les femmes, et très sensible à leurs atouts.
Ainsi, ce même jour, tombé de son tabouret sur
le parquet glissant, Marie-Antoinette (futur reine de France)
âgée de sept ans, aide Wolfgang à se relever
; Wolfgang la regarde avec tendresse et reconnaissance puis
lui dit : " Vous êtes si bonne, quand je serai grand,
je vous épouserai ". Autre exemple qui montre qu’il
était un enfant semblable aux autres : en juin 1765,
alors qu’il joue en public, un chat entre dans le salon
; Mozart abandonne son piano, se saisit de l’animal et
disparaît dans la pièce voisine. Il revient après
un long moment et reprend son exhibition là où
il l’avait laissée.
Victime de son humour, incompris par les siens.
Adulte, sa sœur Nannerl dit qu’il fut toujours un
enfant. Il riait facilement, de tout et de rien, souvent de
ses propres jeux de mots, de la figure médusée
de ses interlocuteurs. Son génie était inversement
proportionné à la profondeur de ses blagues favorites.
Cependant, rien n’est moins faux que le personnage grossier
et stupide du film Amadeus. Son rire, il est vrai, pouvait surprendre,
et si l’on s’en réfère aux textes
écrits par ceux qui l’ont bien connu, mais ce rire
surprenait plus par ses motifs que par sa sonorité. Et
comment croire un instant, que ce magicien des sons, cet amoureux
de la voix humaine, eût supporté de produire lui-même
un son ridicule ou désagréable avec sa propre
gorge ? Si tel avait été le cas, Mozart aurait
été le premier à corriger cette tare, au
lieu de se moquer parfois (dans ses lettres) du rire stupide
des imbéciles qui le détestaient. Mais il est
aisé de comprendre que bien des biographes n’aient
pu supporter tant de grâce, cette somme globale de dons
incroyables, ce génie, sans chercher à lui trouver
quelque défaut afin de le rendre plus humain, moins admirable
; rassurant pour les médiocres, certes, mais faux !
On a souvent mal jugé Mozart. On continue encore parfois.
Le XIXème siècle fait de Mozart un personnage
romantique, affublé de légendes nourries par l’ignorance
et par la suite, le désir de se faire pardonner les mauvais
traitements qu’il dût supporter, jusqu’à
sa mort.
Puis le début du XXe siècle, notamment avec les
lettres de correspondances avec sa cousine la Bäsle, l’a
imaginé démoniaque, divin imbécile. Il
est vrai que les lettres de nos jours paraissent assez grossières,
mais à l'époque cela ne choquait pas. Nous en
verrons pour preuve, un extrait d’une lettre de la duchesse
d’Orléans, écrite à l’électrice
du Hanovre : « Vous êtes bien heureuse d’aller
chier quand vous voulez ; chiez donc tout votre chien de soûl.
Nous n’en sommes pas de même ici, je suis obligée
de garder mon étron pour le soir… » (suivent
trois pages sur le même sujet intestinal). Autrement dit,
la duchesse d’Orléans doit se retenir toute la
journée et attendre d’être enfin seule dans
sa suite pour satisfaire un besoin naturel. Mais l’époque
permet toutes considérations digestives ; on ne montre
pas ses chevilles ni ses mollets, mais on parle de chier comme
de boire. Et que répond l’électrice de Hanovre
à la duchesse d’Orléans ? : « C’est
un plaisant raisonnement de merde que celui que vous faites
sur le sujet de chier… » (suivent cinq pages sur
le sujet !). Et maintenant que l’aura de Mozart se rétablit
dans nos esprits, nous pouvons lire n’importe quelle lettre
de sa main, y découvrir le mot tabou, l’expression
cochonne, sans croire qu’il fût possesseur exclusif
de toute grossièreté ! Voici donc un extrait de
lettre adressée à sa cousine qui témoigne
de son humour : "Excusez ma vilaine écriture, la
plume est déjà vieille, mais il y a bientôt
22 ans que je chie par le même trou et il n'est même
pas encore déchiré, tous les jours je chie dedans
et mord la crotte à belles dents". Il faut également
se rappeler que Wolfgang partageait cet humour avec ses parents.
Par exemple, alors qu'elle est âgée de 56 ans,
Anna-Maria conclut une de ses lettres par : "Porte toi
bien mon amour et pousse toi le cul dans la bouche. Je te souhaite
un bonne nuit mon mari, mais d'abord chie au lit et que ça
pète". Que veut dire Anna-Maria ? Elle souhaite
simplement verdeur et souplesse à son époux, que
ses fonctions digestives aillent bien et tout ira bien ! On
ne riait pas des même choses il y a deux siècles.
Quoique…
Il est temps de cesser de s’en référer à
ses différentes images ridicules, les mythes et légendes
ne sont que purs fantasmes. L’abondante correspondance
et surtout la perfection de la musique de Mozart nous prouvent
tout le contraire. Il fut l’un des hommes les plus féconds
et les plus intelligents qui aient jamais vécu. Wolfgang
sut profiter pleinement de la vie, des plaisirs et du raisonnement
; il fut la plupart du temps, malgré toutes ses misères,
un homme heureux et confiant.
En quête d'amour et de sensations.
Mozart voulait être aimé, que le public soit toujours
attentionné, présent avec lui notamment lorsqu’il
jouait au clavier. Il souhaitait être honoré pour
son sublime travail. " M’aimez vous, m’aimez
vous vraiment ?", demandait-il souvent lorsqu’il
était enfant, bien qu'il fut presque toujours un enfant.
" Donnez-moi le meilleur piano d'Europe, mais pour m'écouter,
des gens qui ne comprennent rien ou qui ne veulent rien comprendre,
et qui ne ressentent pas avec moi ce que je joue, alors je perdrai
toute ma joie". Il aime le succès et ignore le trac.
Mozart est sûr de lui, ses concerts ne lui font jamais
perdre ses moyens, le public ne l'intimide pas mais au contraire
l'encourage. Il déteste cependant qu’un orchestre
joue sa musique en l’estropiant, et surtout que ses œuvres
soient exécutées trop rapidement. Il s’emporte
alors et vocifère : « Ils croient ainsi que ça
leur donne du feu ; oui quand il n’y a pas de feu dans
une composition, ce n’est pas en la jouant au galop qu’on
lui en donne ! »
Mozart adore la compagnie des femmes, surtout lorsqu’elles
sont le contraste de sa propre mère : joyeuses, coquettes,
un tantinet garces ; c'est avec sa cousine qu'il découvre
les plaisirs de l'amour. Les lettres qu’ils échangeront
longtemps laissent percevoir le degré d’intimes
découvertes qu’ils vécurent ensemble. Plus
tard, et bien avant son premier grand amour, il apprendra par
son père que la fille d’un boulanger souhaitait
prendre le voile, déçue qu’il ne l’aime
comme elle l’aimait…
Mozart
déclenchait des passions involontairement, mais il ne
tardera pas à connaître les blessures de l’amour
non partagé. Aloysia l'a marqué à jamais.
Arriviste et sournoise, elle lui fit miroiter bien des câlineries
avant de se tourner vers un autre, Joseph Lange, avec lequel
elle fit un mariage d’amour et d’argent. Mozart
apprend vite ; les déceptions et les bonnes fortunes
lui enseignent l’art d’une musique envoûtante.
Ses opéras prônent de nombreuses valeurs, comme
la fidélité, l’honneur, l’amour, l’amitié,
la fraternité. Wolfgang considère qu'un couple
doit s'aimer toute la vie et rester fidèle à sa
promesse solennelle. Il persiste cependant des doutes sur la
fidélité de Mozart envers sa femme et réciproquement.
Les doutes s’effacent et deviennes certitude lorsque l’on
relit ses correspondances et les annotations faites sur certaines
compositions à l’intention de deux femmes dotées
de voix sublimes. Bien plus que les manières et les dentelles
des jupons, la voix humaine l’attire et le plonge dans
une béatitude sans rivale. C’est pourtant à
sa femme qu’il réserve toutes les allusions coquines,
sa douceur et ses formules d’amour définitif durant
leurs séparations ; même si l’on sait aujourd’hui
qu’il eût quelques maîtresses, toute sa tendresse
va vers Constanze lorsqu’il lui écrit : "mon
petit oiseau est si gonflé d'impatience qu'il est presque
monté sur la table".
Les artistes qu'ils soient musiciens ou peintres dépendent
à cette époque de commanditaires et de protecteurs.
De plus, Mozart est devenu franc-maçon en 1784 ; il était
de plus en plus périlleux d’adhérer à
cette philosophie de lumière, surtout au moment de l’arrivée
de Léopold II sur le trône. Cependant contrairement
à ce que l'on dit encore dans les milieux mal informés,
Mozart a connu d’immenses succès, notamment avec
ses opéras. Le Mariage de Figaro fit un peu scandale
car la part belle était offerte aux subalternes, mais
rapidement le succès arriva. Don Giovanni et la Flûte
enchantée sont des œuvres profondes et symboliques
sont le sens échappera parfois aux spectateurs habitués
aux opéras vides de sens philosophique. Souvent lors
des premières, en particulier les Noces de Figaro, les
bis sont si nombreux que l’empereur doit intervenir lui-même
pour stopper les bravos trop nombreux à son goût
(Wolfgang sera plus applaudi que l’empereur). Malgré
tout, les compositeurs Joseph Haydn et Antonio Salieri sont
alors plus connus que lui en Europe. Mozart ne prendra pas ombrage
du succès de ses confrères, mais il râlera
souvent contre la bêtise des précieuses cours qui
ne comprenaient guère d’autre langage que celui
des opéras classiques : il l’aime, elle ne l’aime
plus, il se suicide, elle revient et prend le voile pour se
punir…Banal !
En guerre contre l'oppression et la médiocrité
Mozart est le premier musicien qui se libère de son employeur
et protecteur(Colloredo), se revendique comme artiste libre
et défend totalement son art qui reste la première
de ses priorités. Il faut aussi comprendre que la philosophie
maçonne le pousse alors à développer son
esprit de liberté, dans la rigueur et la moralité.
Mozart a horreur des classes sociales, des différences
flagrantes entretenues par les aristocrates entre eux et le
petit peuple, les hiérarchies lui donnent la nausée
et faire la révérence lui donne plutôt envie
de péter au nez de celui qu’il salue ; Les Noces
de Figaro sont alors la méthode qu’il choisit pour
dénoncer les injustices qui le rendent malade et l’on
souvent humilié. Mozart est le premier compositeur révolutionnaire,
avant même Beethoven.
Mozart sait sa musique parfaite et n’ignore pas son réel
génie ; Il supporte mal les critiques. Mozart sent qu’il
est le meilleur, il sait qu’il demeure le plus grand compositeur
de la cour et d’Europe, il est vrai qu’il manque
un peu de modestie, -mais comment être humble lorsqu’on
peut écrire en quelques minutes ce que d’autres
élaborent péniblement en plusieurs jours, avec
son supplément d’âme et de beauté
?- .Wolfgang a peu d’admiration pour ses collègues
musiciens à l’exception de C.W. von Gluck (1714-1787)dont
il apprécie Orphée et Eurydice, mais surtout Joseph
Haydn qu'il considère comme le plus grand. Haydn possède
aux yeux de Wolfgang un talent immense ; une amitié sans
faille les lie. Lorsque Léopold meurt, Wolfgang baptisera
Haydn " papa " et l’appellera ainsi jusqu’à
la fin de sa vie.
Il n'hésitera pas à insulter ses ennemis compositeurs.
Il n’avait aucune référence en dehors de
ceux pré-cités. Généralement, la
plupart des musiciens ont leur référence, par
exemple Beethoven vénérait Haendel, Schubert adorait
Beethoven, pour Chopin, Bach et Mozart étaient des dieux.
Il a cependant énormément d'estime pour Haendel
et Bach qu'il a fait sortir de l'ombre. Son estime se mesure
d’ailleurs à la qualité des créations
de ses " confrères" domestiques-musiciens.
Il passa des années à étudier les œuvres
des plus grands maîtres.
Mozart sera un homme très généreux avec
ses amis et ses collègues. Il fut extrêmement sociable.
Nombreux sont les témoignages contemporains qui le flattent
sur sa gentillesse, sa générosité (parfois
excessive). Par exemple, alors qu’il n’est plus
au service de l’archevêque de Salzbourg, il compose
des quatuors qu’il donne à son ami Michael Haydn
(frère de Joseph) en retard pour une commande de l’archevêque
Colloredo ! Wolfgang a du cœur, il s'émeut facilement
des malheurs d'autrui. Ce qui fait de lui presque un naïf,
d'une confiance aussi spontanée qu'émouvante.
Il prête de l'argent au risque de devoir lui-même
en emprunter par la suite. Le calcul ne fait pas partie de son
quotidien, il donne lorsqu’il aime et ne compte pas ses
efforts pour autrui.
Le plus miraculeux, chez Mozart est sa façon de composer.
Il « entend » d’abord toute la mélodie
dans sa tête, chaque instrument jouant sa partition et
seulement après, il la transcrit. Il compose à
folle allure, aussi vite que sa plume, ne revient jamais sur
ses partitions, fait rarement des ratures ; un détail
véritable du film Amadeus, nous montre l’étonnement
de Salieri découvrant les partitions originales, sans
retouches ni ratures, d’une perfection mélodieuse,
qui laisse à penser que ce petit homme est la preuve
que Dieu existe…
L’élaboration d’une sublime symphonie lui
demande cinq jours de travail, un opéra lui prend trois
semaines. Cependant, dès qu'il a une oeuvre importante
en tête, Mozart n'aura jamais moins l'apparence d'un homme
dit Joseph Lange." Il s'exprime alors de façon incohérente
et confuse, en lançant des plaisanteries que l'on n'aurait
jamais attendu de lui. C'est en quelque sorte une manière
de se libérer de lui même. En fait Amadeus ne tenait
jamais en place, il ne cessait de pianoter sur son chapeau,
les tables, les chaises, il composait tout le temps. Il lui
fallait avoir tout le temps près de lui, surtout en voyage,
dans la poche de côté de la voiture, des feuilles
de papier à musique auxquelles il confiait ses notes,
ses esquisses fragmentaires conservées avec soin dans
un portefeuille. Ce procédé était pour
lui de la plus haute importance, c’était pour lui,
comme il disait, une chose sacrée. "
Mozart n'est alors pas uniquement un compositeur de pur génie,
il est aussi un instrumentiste très impressionnant. Il
joue surtout du piano-forte, c'est le plus grand virtuose de
Vienne et de toute l'Europe. Il maîtrise une technique,
une telle façon de jouer qu'il éblouit même
les plus grands virtuoses. Il remportera haut la main, sans
lever un cil, tous les défis, se lance avec joie dans
les joutes musicales, accepte les duels d’harmonie avec
l’assurance que son divin talent lui permet. Il jouera
aussi à la perfection du violon ( il travaillait comme
premier violon dans l'orchestre de Salzbourg sous Colloredo).
Il domine aussi parfaitement l'alto et l'orgue. Lorsque Mozart
passe un jour à Leipzig, il se précipite sur l'orgue
du grand JS Bach, un contemporain témoignera plus tard,
marqué par cette vision : " c'était un jeune
homme de taille moyenne, habillé à la mode. Doles
( ancien élève de Bach) était tout enthousiasmé
par le jeu de l'artiste et croyait revoir son maître devant
ses yeux, le vieux Bach. Mozart avait traité à
première vue de façon admirable, avec une excellente
tenue, la plus grande facilité et tous les raffinements
de l'harmonie, ce qu'on lui avait mis sous les yeux ainsi que
les thèmes, entre autres le choral : Jesu, meine Zuersicht".
La magie universelle de son oeuvre
Mozart est-il le plus grand compositeur de l’histoire
de la musique ? La question pourrait paraître vide de
sens pour les grands musiciens. En tout cas il persiste deux
certitudes au sujet de Mozart : d’une part, il est le
musicien le plus facile à aimer des enfants, des politiques,
des généraux, des philosophes, des scientifiques…et
même par les musiciens au soir d’une dure journée
de répétition. D’autre part, Mozart est
le musicien le plus universel. Cela se manifeste à travers
l’humanité si profonde de ses opéras, dans
l’éventail de tous les genres qu’il a abordés
et dans lesquels il a le plus souvent excellé. Aucun
autre compositeur ou artiste ne s’est exprimé dans
un champ de création aussi vaste. Il a excellé
dans tous les genres (opéras, concertos, quatuors, etc…)
et a atteint la plus haute perfection dans chacun.
Ce qui fait ressortir son génie, c’est la fluidité
de sa musique. Il n’est pas nécessaire de chercher
un sens, le plaisir est directement là. Certains biographes
prétendent que Mozart n’a pas révolutionné
la musique, n’a pas crée de style ; qu’il
n’y existe pas de style Mozartien. Rien n’est plus
faux. Comment dans ce cas, décrire une musique que l’on
reconnaît entre mille autres et universellement copiée
depuis tant d’années ? Pourquoi ne peut-on confondre
Mozart et d’autres compositeurs admirés ? Il est
cependant exact qu’il ne mit aucun système à
l’œuvre. Les notes coulent et s’assemblent
avec harmonie, cette harmonie si logique et naturelle qui fait
tant défaut à d’autres. Là où
Mozart marie les sons, d’autres conjuguent avec peine
! Sa musique, bien que presque toujours conventionnelle dans
la forme, (si l’on accepte l’idée que convention
soit avant tout harmonie et non pas crissement bizarre, création
délirante et inaudible) n’est même jamais
un message, ni une confession contrairement à celle de
Beethoven. La musique de Mozart n’a aucun son lié
avec sa vie et c’est même étrange de constater
que ce sera durant ses moments les plus difficiles qu’il
compose alors ses musiques les plus gaies. Ses œuvres sonnent
spontanément, parlent librement et cette liberté
dispense l’auditeur
de
tout effort pour prendre plaisir à la musique. Il n’est
nul besoin de comprendre pour aimer. Cependant comprendre Mozart
permet d’approcher l’état d’extase
dans lequel il se trouvait et transporte l’auditeur dans
un voyage indescriptible. Mozart composait uniquement pour son
plus grand plaisir et celui des auditeurs, il ne cherchait rien
d’autre, bien qu’il dût tout de même
composer des « commandes » assez fréquemment.
Il n’est pas de discours moins raisonnable que celui de
dire que Mozart est grand, le plus grand compositeur de l’histoire
de la musique, dépassant tous ses prédécesseurs
et n’ayant jamais été égalé.
Mozart est mort âgé de 35 ans et dix mois. Sa belle-sœur
Sophie prétend dans ses mémoires qu’il n’a
pas été soigné comme il le fallait durant
sa maladie. « Au lieu de calmer sa fièvre, on lui
a fait plusieurs saignées, qui n’eurent pour effet
que l’affaiblir davantage. Il tomba sans connaissance
et n’en revint pas. Durant sa grave maladie, il ne fut
jamais impatient et enfin son ouïe fine et sa sensibilité
n’étaient agacées que par le chant du dernier
canari qu’il possédait et qu’il aimait. Il
fallut l’éloigner dans la chambre voisine car il
criait trop fort. Malgré les enflures de ses mains et
cette fièvre forte, Wolfgang ne s’est jamais rien,
il regrettait de n’avoir pu jouir de son succès,
et de laisser sa femme et ses deux enfants. Il tenait à
finir le requiem pour leur assurer une bonne rente, certain
de la force de cette ultime œuvre. Il était bon
et l’on ne pouvait rien faire d’autre que l’aimer.
»
Il n’a pas profité du bonheur de se voir vraiment
reconnu contrairement à Beethoven. Et pourtant l’œuvre
immense est là. Il laisse plus de 600 compositions sublimes
et bouleversantes de beauté, de qualité. Les documents
que possèdent les bibliothèques nationales et
les archives des musées concernant Mozart, notamment
sa correspondance avec son père, nous permettent à
certaines époques de suivre sa vie presque au jour le
jour. Pourtant, Wolfgang Amadeus Mozart demeure l’un des
musiciens les plus mystérieux.
Désormais, tout ce qu’il reste à vous dire
sur Mozart, c’est …écoutez !