Wolfgang est à Paris. Sa mère qui l'a accompagné
vient de mourir dans leur appartement le 3 juillet 1778. Wolfgang
est terriblement malheureux, il est seul au monde. De plus l'idée
d'annoncer la mort de sa mère à son père
le terrorise presque encore plus. Il va donc faire son annonce
en deux temps. Il adresse d'abord une lettre à son père
annonçant que Anna-maria est très malade, alors
qu'elle est déjà morte :
Monsieur, mon très cher père,
J'ai à vous donner une très fâcheuse et
très triste nouvelle, c'est elle qui est responsable
du fait que je n'ai pas encore répondu à votre
lettre du 11. Ma chère maman est très malade
(...). Elle est très faible, a encore de la fièvre,
délire, on me donne de I'espoir mais je n'en ai guère.
Je passe depuis des jours de la crainte à l'espoir,
mais je m'en suis entièrement remis à la volonté
de Dieu. J'espère que vous en ferez de même,
ainsi que ma chère sœur; existe-t-il un autre
moyen pour être calme ? Je veux dire plus calme, car
on ne peut l'être totalement; je suis confiant, quoi
qu'il arrive, car je sais que c'est !Dieu qui ordonne tout
pour notre plus grand bien (même si nous croyons que
tout va de travers) et qui le veut ainsi (...). Je ne dis
pas pour autant que ma mère va mourir ou qu'elle doit
mourir, que tout espoir est perdu-elle peut recouvrer la fraîcheur
et la santé, mais uniquement si Dieu le veut (...).
Passons maintenant à autre chose et quittons ces tristes
pensées.(...)
Wolfgang Amadé Mozart
La seconde lettre fut écrite plus tard à l'abbé
Bullinger, son meilleur ami de Salzbourg. Il lui confit la vérité
avec pour mission d'en faire part à Léopold :
Très cher ami,
Pour vous tout seul,
Pleurez avec moi, mon ami! Ce fut le jour le plus triste de
ma vie. Il faut encore que je vous le dise: ma mère,
ma chère maman n'est plus! Dieu l'a rappelée à
lui. Il voulait l'avoir, je le voyais clairement, et c'est pourquoi
je me suis remis a la volonté de Dieu. Il me l'avait
donnée, il pouvait aussi la prendre. Imaginez l'inquiétude,
angoisse et les soucis que j'ai endurés pendant ces quinze
jours. Elle est morte sans s'en rendre compte, s'est éteinte
comme une lumière. je vous vous prie, très cher
ami, conservez-moi mon père, donnez-lui du courage pour
qu'il ne prenne pas la nouvelle trop douloureusement ni tragiquement
lorsqu'il l'apprendra, je vous recommande également de
tout cœur ma sœur allez tout de suite les voir, je
vous en prie, ne leur dites pas encore qu'elle est morte, mais
préparez-les à l'apprendre. Faites ce que vous
voulez utilisez tous les moyens, veillez seulement à
ce que je puisse être rassuré et que je ne doive
pas m'attendre encore à un autre malheur. Préservez-
moi mon cher père et ma chère sœur. Donnez-moi
tout de suite votre réponse, je vous prie.