Wolgang Amadeus MOZART (Salzburg 1756 - Vienne 1791) : la maturité accomplie

La maturité accomplie : une ampleur prodigieuse


Le 7 janvier 1785, Wolfgang est promu au grade de compagnon à la Loge Zur wahren Eintracht.
Le 10 janvier, il achève le quatuor à cordes en la majeur (K464) dont l’andante se réfère au rituel de réception Maçonne.
Mozart n’a déjà plus que quelques années à vivre, il n’ignore rien de ses fragilités mais la musique le porte vers ce que certains nommeraient l’insouciance. Ou encore la béatitude.
Cependant rien de cela ne l’habite ; ni insouciant, ni sottement béat, Wolfgang effectue de nombreux calculs sur les originaux de ses partitions. Quelques phrases musicales sont biffées de sombres comptes de recettes insuffisantes et de dépenses inquiétantes.
Comment concevoir, à la vue de ses inscriptions, la finesse de toute sa production, alors qu’il est assailli de soucis financiers ?
Déjà, par de nombreux courriers, il adresse à quelques frères de poignantes suppliques ; les allusions aux travaux maçonniques sont rares dans saPartition recouverte de calculs financiers correspondance. Le lecteur attentif saura néanmoins retrouver les parenthèses paraboliques, à défaut d’en décrypter le sens précis.
Le 10 janvier 1785, Wolfgang compose le quatuor à cordes en la majeur (K464) dont l’andante se rapporte au rituel de réception.

Le 13 janvier de la même année, Mozart est élevé au grade de Maître. Faut-il s’étonner de la rapidité avec laquelle le génie franchit ces étapes ?
Quatre jours plus tard, il compose un quatuor à cordes en ut majeur (K465) qui se réfère au grade de compagnon ; il participe également à la réception d’Anton Tinti au sein de la loge Zur Wahren Eintracht.
Le 27 janvier 1785, Mozart participe à une tenue particulière ; la loge Zur Wahren Eintracht attend la venue de Haydn pour son initiation. Wolfgang est présent, animé par une émotion qui lui rappelle déjà son propre passage d’état de profane à celui d’apprenti.
Mais Haydn ne viendra pas…
Enfin pas ce jour là.
Le 11 février de la même année, Haydn se présente à la porte du Temple, il frappe trois coups à son tour et demande à être reçu…
S’en suit un voyage initiatique, dont la teneur et les impressions resteront à jamais, aux yeux de Mozart, indicibles aux profanes. Wolfgang n’a pu prendre part à cette cérémonie ; il était à Mehlgrube, en concert pour la première interprétation de son concerto pour piano en ré mineur (K466). Il joua lui-même la partie soliste.
Le samedi soir, Léopold, Haydn et les deux barons (l’un était Tinti) ont participé à une fête dans le somptueux appartement de Mozart, dans la Domgasse, face à la cathédrale de Saint Etienne.
Wolfgang avait réservé une surprise à son ami Haydn ; trois nouveaux quatuors, réputés plus faciles que les trois précédents, dédiés à Haydn également, cependant toujours aussi prodigieux.
C’est ce soir là, dans cet appartement, après avoir entendu les six quatuors qui lui sont dédiés (K 387,421,428,458,464,465) que Haydn dira de Wolfgang à son père : " je vous le dis devant Dieu, en homme respectable, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse, personnellement ou de nom : il a du goût, et en outre la plus grande science de la composition. "
Le partage de l’ineffable se fera entre les deux hommes durant les années qui suivront.

En mars 1785, Mozart termine le concerto en ut majeur (K 467) dont une partie est fortement maçonnique.Tablier de maitre L’andante fait clairement allusion au troisième grade, celui de Maître.

Wolfgang sait déjà que son père se prépare à entrer en Maçonnerie ; sa candidature est posée et acceptée.

Comment deviner les sentiments confus qu’éprouva peut-être Mozart ? Son père si redouté, allait devenir son frère ; il entrerait même bientôt, en toute humilité, au grade d’Apprenti, et découvrirait alors que son fils est Maître.
Les échanges de correspondances entre les deux hommes se teinteront de profonde complicité inhabituelle à dater de cette période.
6 avril 1785, Wolfgang regarde son papa effectuer son propre parcours initiatique. Il s’émeut de voir Léopold, d’ordinaire si rigide, ébranlé par la révélation du secret maçonnique ; son visage s’éclaire alors et tout est dit entre eux.
Le lendemain, un somptueux banquet réunit les deux hommes ; Léopold repart ensuite pour Salzbourg. Wolfgang ignore qu’il ne reverra jamais son père.

Au fil des mois Wolfgang participe aux tenues régulières et compose de nombreuses œuvres destinées à être jouées lors des réceptions des loges maçonnes. Mozart " voyage " et participe aux tenues de la Zu den drei Adlern, ainsi qu’à celles de Zur gekrönten Hoffnung.
Il s’absente lors de ses problèmes de santé et profite toujours de ses convalescences pour composer quelques merveilles supplémentaires.

Des odes funèbres à l’occasion du décès de frères, en passant par la mise en musique de plusieurs poésies, il s’impose entre temps le travail d’une cantate (K 429) destinée aux fêtes de la St Jean d’été. Malgré la ferveur qui l’inspire, il n’achèvera jamais cette œuvre.
Et toujours, dans ses lettres adressées à ses frères maçons, les mêmes suppliques, les mêmes humiliations d’ordre matériel : le besoin d’argent.
Bien que les sommes qui lui seront prêtées seront rarement à la mesure de sa demande, la générosité de ses amis demeurera l’écho de leur esprit de fraternité.

Haydn cesse un temps de fréquenter les loges ; son immense foi se trouve parfois un peu dérangée par les principes maçonniques ; il est vrai que Mozart participe parfois aux tenues d’une autre loge, où les agapes qui clôturent les rencontres sont assez joyeuses et réputées libertines. Les loges féminines d’adoption commençaient à animer la curiosité des messieurs et les rencontres furent vraisemblablement l’occasion de quelques rapprochements entre Francs-maçons et Franc-maçonnes. L’amitié des deux musiciens n’en sera cependant jamais affaiblie.

1790, Mozart participe à une réception ; un tableau magnifique représentant cette cérémonie est achevé. L’œuvre est anonyme, cependant quelques personnages illustres sont présents, et leur décès permettra de dater avec précision le jour de cette cérémonie.
Note : Ce tableau aujourd’hui restauré, est conservé au Historiches Museum der Stadt à Vienne. Quelques illustres personnages sont identifiés clairement. Mozart est le premier personnage (assis) de la rangée de droite. Son épée est posée à côté de lui. Sa main est posée sur sa poitrine, il parle à son voisin vêtu de rouge. Voir chapitre des explications sur ce tableau pour plus d’informations.

Dès l’été de l’année 1791, Mozart est en proie à de terribles crises douloureuses ; la maladie le ronge petit à petit.
Quelque chose en lui annonce sa mort pour les mois à venir ; il se sent parcouru d’un froid indicible. Son teint était très pâle et sa mine triste. Il est atteint d’une profonde mélancolie et chaque départ d’un ami, chaque adieu murmuré, le fait fondre en larmes.
Sa maladie porte un nom que l’on connaît aujourd’hui : syndrome de Schoenlein-Henoch. Sa progression est lente, douloureuse et surtout fatale.
Mozart ne craint pas la mort ; cette étape lui semble douce et obligatoire, pour atteindre une vie meilleure, un monde où tous ceux qui s’aiment se retrouvent. Lorsqu’il apprendra la maladie de son père, Léopold, il lui écrira :

« comme la mort (à y regarder de près) est le vrai but final de notre vie, je me suis, depuis quelques années, tellement familiarisé avec cette véritable et parfaite amie de l’homme que son image non seulement n’a plus rien d’effrayant pour moi, mais m’est très apaisante, très consolante. »


Lorsque l’heure sonna pour Mozart, il sût garder sa sérénité, bien que son esprit soit torturé par l’idée de laisser sa chère Constanze seule et sans revenus. Il demanda à sa belle-sœur de rester présente en disant : « j’ai déjà le goût de la mort sur la langue, qui soutiendra ma chère Constanze si ce n’est ma chère belle-sœur ? » Mozart ne se soucia pas de sa fin. Cependant, le requiem inachevé le contrarie.
Tout est pourtant dit dans trois de ses principales œuvres, sur lesquelles il travaillait simultanément (!) et dont les symboles maçonniques n’apparaissent pas toujours aux profanes : La Clémence de Titus, La Flûte Enchantée, le Requiem. Sa foi, les certitudes, les doutes, l’espérance. Son esprit est déjà dans un ailleurs dont nous ignorons tout…
Ses frères maçons se réunirent en tenue funèbre à l’occasion du décès de leur cher frère passé à l’Orient Eternel ; une oraison funèbre fut imprimée et lue devant tous les frères. C’est Karl Philipp Hensler qui prononcera ce texte. Il subsiste actuellement un seul et dernier exemplaire de ce recueil. En voici la copie :

" Le Grand Architecte de l’Univers vient d’enlever à notre Chaîne fraternelle l’un des maillons qui nous étaient les plus chers et les plus précieux. Qui ne le connaissait pas ? Qui n’aimait pas notre si remarquable frère Mozart ? Il y a peu de semaines, il se trouvait encore parmi nous, glorifiant par sa musique enchanteresse l’inauguration de ce Temple.

Qui de nous aurait imaginé qu’il nous serait si vite arraché ? Qui pouvait savoir qu’après trois semaines, nous pleurerions sa mort ? C’est le triste destin imposé à l’Homme que de quitter la vie en laissant son œuvre inachevée, aussi excellente soit-elle. Même les rois meurent en laissant à la postérité leurs desseins inaccomplis.

Les artistes meurent après avoir consacré leur vie à améliorer leur Art pour atteindre la perfection. L’admiration de tous les accompagne jusqu’au tombeau.

Pourtant, si des peuples pleurent, leurs admirateurs ne tardent pas, bien souvent, à les oublier. Leurs admirateurs peut-être, mais pas nous leurs frères !

La mort de Mozart est pour l’Art une perte irréparable. Ses dons, reconnus depuis L’enfance, avaient fait de lui l’une des merveilles de cette époque. L’Europe le connaissait et l’admirait.

Les Princes l’aimaient et nous, nous pouvions l’appeler : " mon frère ".

Mais s’il est évident d’honorer son génie, il ne faut pas oublier de célébrer la noblesse de son cœur.

Il fut un membre assidu de notre Ordre. Son amour fraternel, sa nature entière et dévouée, sa charité, la joie qu’il montrait quand il faisait bénéficier l’un de ses frères de sa bonté et de son talent, telles étaient ses immenses qualités que nous louons en ce jour de deuil.

Il était à la foi un époux, un père, l’ami de ses amis, et le frère de ses frères. S’il avait eu la fortune, il aurait rendu une foule aussi heureuse qu’il l’aurait désiré. "


Voici donc par quels mots les frères de Mozart furent invités à pleurer ensemble la disparition du plus grand génie de la musique que la terre ait porté ; Mozart était un Homme Éclairé, pétri d’émotions, dans l’action comme dans la méditation, empli de contraires et d’additions, idéaliste et réaliste, relié à l’essentiel par son cœur et la musique.
Le soir de cette tenue, la tristesse n’avait d’égale que l’espoir de le retrouver dans un monde heureux, où le temps n’agirait plus.
Au même moment, Constanze découvrait sous ses fenêtres les hurlements d’une foule en larme, silhouettes anonymes agitant des mouchoirs blancs.
Oui, le peuple était atterré par la mort de Mozart, mais l’usage n’était pas d’accompagner le cercueil.
Et d’ailleurs, comment croire que ses chers frères qui ne cachaient nullement leur appartenance à la Franc-maçonnerie, auraient laissé le corps de Mozart faire son ultime voyage dans la solitude absolue si ce n’était la tradition qui l’exigeait ?
Cela eût été une parfaite contradiction avec toute leur philosophie.
Et de toutes façons, ils étaient certains de se retrouver.

Plus haut.

Ailleurs.

Pour toujours…

Dernière mise à jour :
2 janvier 2005
Wolfgang Amadeus MOZART : la maturité accomplie