2 décembre 1805

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Le temps des Révolutions (1688-1848)
Ce jour-là...

 

Le soleil brille sur Austerlitz

Avec la collaboration de Jean-Michel Mathé

Les grandes batailles de la Révolution et de l'Empire:

20 avril 1792: déclaration de guerre

1ère coalition (1792-1797)

20 septembre 1792: Valmy

6 novembre 1792: Jemmapes

26 juin 1794: Fleurus

21 juillet 1798: Pyramides

2ème coalition (1798-1802)

26 septembre 1799: Zurich

14 juin 1800: Marengo

3 décembre 1800: Hohenlinden

3ème coalition (1805)

15-16 octobre 1805: Ulm

21 octobre 1805: Trafalgar

2 décembre 1805: Austerlitz

4ème coalition (1806-1807)

14 octobre 1806: Iéna et Auerstaedt

8 février 1807: Eylau

7 juillet 1807: traité de Tilsit

5ème coalition (1809)

26 novembre 1812: Bérézina

6ème coalition (1813-1814)

7ème coalition (1815)

18 juin 1815: Waterloo

Etoile

voir aussi Les grandes journées de la Révolution
et
Les guerres de Vendée
 

Le 2 décembre 1805, un an jour pour jour après son sacre, l'empereur Napoléon 1er remporte à Austerlitz sa victoire la plus éclatante.

En quelques heures, sous un soleil hors saison, il vainc deux autres empereurs, François II d'Allemagne et Alexandre 1er de Russie (Austerlitz est appelée pour cela bataille des Trois empereurs).

Prémices de la bataille

Au milieu de l'année 1805, ayant réuni la Grande Armée à Boulogne, Napoléon s'aperçoit qu'il ne peut pas compter sur l'appui de sa flotte pour envahir l'Angleterre.

C'est le moment où une troisième coalition se forme contre la France. «Ne pouvant frapper la tête de la coalition, l'Angleterre, Napoléon en frappera le bras, l'Autriche» (Jean Tulard, Les révolutions).

Le 3 septembre, renonçant à traverser la Manche, l'empereur entraîne à grandes enjambées ses sept corps d'armée, ainsi que la Garde impériale et la cavalerie de Murat, à la rencontre des armées austro-russes.

Napoléon 1er vainc les Autrichiens du général Mack à Ulm, en Bavière, le 20 octobre (mais au même moment, la flotte franco-espagnole est anéantie à Trafalgar, ruinant tout espoir de soumettre l’Angleterre).

Poursuivant les restes de l’armée autrichienne, l’empereur entre triomphalement à Vienne (c’est la première fois de son Histoire que la capitale des Habsbourg doit s’incliner devant un conquérant).

Le général russe Koutouzov, qui devait rejoindre le général Mack à Ulm, se replie. Son arrière-garde est accrochée par Murat à Hollabrunn, le 16 novembre, mais se retire en bon ordre après un affrontement meurtrier.

Le piège

Le 19 novembre, l’armée française est à Brünn (aujourd’hui, Brno, chef-lieu de la Moravie, en république tchèque). Ses premières lignes dépassent même le village d’Austerlitz, à 9 kilomètres.

Face à elle, 73.000 à 86.000 Austro-Russes (les historiens divergent sur le chiffre), sous le commandement du vieux Koutouzov.

Près de Wischau, au cours d’un engagement de cavalerie, les Français perdent un drapeau et une centaine de dragons sont faits prisonniers.

Dans une situation inconfortable, Napoléon 1er veut contraindre l'ennemi à la faute pour le vaincre.

A la surprise générale de ses maréchaux, le 28 novembre, il demande à Murat, Lannes et Soult d’organiser un mouvement de repli, en abandonnant à l’ennemi le plateau du Pratzen, de haute valeur tactique.

Après une marche résolument agressive, ce repli apparaît aux yeux des coalisés comme un aveu de faiblesse.

Le 30 novembre, Napoléon reçoit le prince Dolgoruky et propose un armistice. Mais les Russes se montrent trop exigeants et le dialogue est rompu. La bataille aura donc lieu à l’endroit souhaité par l’empereur, avant que les Austro-Russes aient le temps d’y concentrer toutes leurs forces.

Le 1er décembre, l’empereur peut compter sur 75000 hommes et 157 canons. Son armée inclut la Garde Impériale de Bessières, la division d’élite de Oudinot, la réserve de cavalerie de Murat, les Corps de Bernadotte, Soult et Lannes. Le Corps de Davout, prévenu le 29 novembre, arrive de Vienne à marche forcée.

Napoléon reconnaît le terrain et prépare son plan. La nuit se passe à attendre, dans un bivouac qu'illuminent les flambeaux des soldats.
 

 
Le grand jeu

L’aile droite du dispositif français, au sud, est très allégée. Elle est essentiellement gardée par la brigade Legrand du IVe Corps. Les deux autres brigades, celles de Saint Hilaire et Vandamme, se positionnent au centre, face au Pratzen, devant Oudinot et la Garde. Au nord, Lannes et Murat barrent la route de Brünn. Derrière eux se tient Bernadotte.

En face, le mouvement de repli est terminé. Les coalisés veulent reprendre l’avantage en bousculant cette armée française que l’empereur russe Alexandre 1er perçoit hésitante. Mais son sentiment n’est pas partagé par Koutouzov.

Le chef d’état-major autrichien Weyrother propose un plan de bataille pour la journée du 2 décembre. Quatre colonnes sous le commandement de Buxdowen, attaqueront au sud et couperont ainsi la route de Vienne. Il s’agit des colonnes de Kienmayer, Doctorov, Langeron et Prebyshevsky.

Au centre, Miloradovich descendra du Pratzen pendant que Bagration et la cavalerie de von Liechtenstein pousseront droit devant, vers Brünn. La garde impériale du duc Constantine - le frère du tsar- restera en réserve.
 

 
Le plateau du Pratzen

Austerlitz, estampe de J. Rugendas, musée de l'Armée, ParisAu petit matin, comme prévu, les 40.000 hommes du général Buxdowen descendent du plateau du Pratzen pour attaquer la partie la plus faible du dispositif français, du côté des villages de Telnitz et Sokolnitz. Négligeant les avertissements de Koutouzov, les deux empereurs alliés tombent ainsi dans le piège prémédité par Napoléon.

La ligne de défense française résiste, flotte puis rompt. Heureusement, un ruisseau, le Goldbach, joue parfaitement son rôle défensif, freinant la progression des fantassins et interdisant le franchissement des canons. Comme prévu, Davout arrive à point nommé de Vienne vers le milieu de la matinée pour preter main forte à la division Legrand.   Les Français peuvent reconstituer leurs forces après un engagement qui aura duré au total 3 heures.

Au centre, tapies dans le brouillard, deux divisions de Soult attendent. Profitant de ce que les colonnes ennemies descendent du plateau, Saint-Hilaire s’apprête à tomber sur leur flanc tandis que Vandamme prend ses dispositions pour occuper les hauteurs de Staré Vinohrady…

C’est ainsi que les trois régiments de Saint-Hilaire, sortant du brouillard, bousculent la tête de la IVe colonne de Miloradovich et s’établissent sur les hauteurs du Pratzen.

La position est solide, renforcée par une forte pente qui interdit aux Russes de repousser les nouveaux occupants. Toutes les contre-attaques échouent effectivement, qu’elles viennent du sud-est (la partie de la IVe colonne qui a dérouté) ou du sud-ouest (les fantassins de Langeron qui reviennent).

De leur côté, les sept régiments de Vandamme (sa brigade et 2 régiments détachés de la brigade Saint-Hilaire) progressent plus au nord. Ils culbutent le reste de la colonne de Miloradovich et se rendent maître de leur objectif, les hauteurs de Staré Vinohrady, dès 11 heures.

La contre-attaque lancée par les fusiliers de la Garde Impériale russe est violente. Le 4e de ligne rompt sa formation, déroute puis se rallie. Il se met en carré pour affronter le régiment de cuirassiers de la Garde russe. La rencontre est brutale, à l’avantage des cavaliers russes.

C'est sans compter avec Napoléon 1er. Accompagné de son état-major et de sa Garde Impériale, il fait mouvement dans la zone de combat. Les cavaleries des deux empereurs s'affrontent en un duel qui va durer un quart d'heure. Les Français l'emportent, la Garde russe se désorganise, la lutte pour le Pratzen est terminée.
 

 
Le hallali

Pendant ce temps, l’aile droite russe, qui se bat depuis 10 heures, est empêchée d’intervenir par Lannes et Murat. Composée de Bagration et de la cavalerie de von Liechtenstein, elle livre une bataille dans la bataille.

Le lieu, relativement plat, est propice à l’affrontement des cavaliers. La cavalerie légère de Kellerman se heurte à plusieurs reprises à celle de von Liechtenstein, puis arrivent les cuirassiers de la division lourde de Nansouty qui donnent l’avantage aux Français.

Bagration, enfin, prend la décision de se retirer en bon ordre sous la pression conjuguée de l’infanterie et de la cavalerie lourde d’Hautpoul.

Il en reste un regret pour Napoléon 1er: Bernadotte n’a pas su ou pas voulu exploiter la situation. S’il s’était avancé sur la route d’Austerlitz à Ozeitsch, il aurait empêché la retraite de l’aile droite russe.

Retour au centre pour en finir. Napoléon ordonne à sa Garde et aux deux divisions de Soult installées sur le Pratzen un mouvement en pivot afin de tomber sur l’aile gauche ennemie.

Cette dernière se retrouve de la sorte dans une situation impossible, face à Davout et Legrand, et poussée par les divisions qui redescendent du Pratzen.

La cavalerie russe couvre la fuite d’une partie des quatre colonnes. Des soldats de celles-ci entreprennent de traverser le lac gelé de Satschan dont la glace va se rompre, bombardée par l’artillerie de la Garde. Ils se noient tristement. Toutefois, le nombre de victimes ne s’élève pas à dix mille comme annoncé dans le 30e Bulletin de la Grande Armée mais à quelques centaines.

Koutouzov se retire vers le nord, tandis que Murat, une fois de plus, poursuit ses arrière-gardes. Il ne reste plus à la Garde impériale commandée par Bessières qu'à compléter la victoire, tandis que se lève un splendide soleil, en milieu de journée.

Entrée dans la légende

Les pertes des alliés austro-russes sont très lourdes, au total 29.000 soldats hors de combat, dont 7.000 tués. Coté armement, 183 pièces d’artillerie ont été abandonnées, dont 149 par les Russes.

Chez les Français, les pertes sont des plus limitées. 8279 soldats hors de combat dont 1288 morts. Quant au Corps de Bernadotte, on peut juger de son investissement dans la bataille: 20 tués, davantage cependant que chez les fantassins de la réserve (Garde impériale et grenadiers d’Oudinot) qui n’ont pas été véritablement engagés.

Alexandre 1er et François II se rencontrent le 3 décembre pour évaluer la situation: l’armée coalisée ne compte plus que 44.000 hommes avec un moral comme ce temps d’hiver. A deux jours de route, les 15.000 hommes disponibles ne suffiraient pas à reconstituer une armée. L’artillerie est décimée, la défaite totale.

Le 6 décembre, au château d’Austerlitz, Berthier et von Liechtenstein signent le cessez-le feu. La diplomatie reprend ses droits. L'Autriche se dispose à signer la paix de Presbourg. C'est la fin de la troisième coalition. La Prusse qui s’apprêtait à la rejoindre, signe un traité d’échange de territoires avec la France le 15 décembre. Les conquêtes continentales de la France prennent une dimension insoupçonnée, débordant largement le cadre des frontières naturelles.

La légende retiendra d’Austerlitz la harangue de Napoléon 1er à ses troupes:
«Soldats, je suis content de vous. Je vous ramènerai en France. Là, vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie et il vous suffira de dire: j'étais à la bataille d'Austerlitz pour que l'on vous réponde: voilà un brave!»

50 drapeaux enlevés à l'ennemi vont orner la voûte de l'église Saint-Louis des Invalides. Le bronze des 180 canons ennemis est employé pour fondre la colonne Vendôme, à Paris (il s'agit d'une copie de l'antique colonne Trajane qui célèbre à Rome la victoire de l'empereur romain sur les Daces).

 

Mise à jour le 22 février 2003