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l'excommunication

  Petite introduction

  Principaux actes pontificaux concernant le Franc-maçonnerie 

  Bulle « in eminenti », de CLÉMENT XII

  Lettre encyclique « Humanum Genus » 

de S.S Léon XIII (20 avril 1884)

 

Petite introduction

La Franc-maçonnerie moderne est née en Angleterre en l'an 1717 par la fondation de la Grande Loge de Londres. En 1723 paraissaient les constitutions d'Anderson. 15 ans après, en 1738, la maçonnerie, portée par le bouillonnement des idées de l'époque, touchait les principaux pays européens et en particulier l'Italie et bien sur, en Italie : Rome ! Et c'est à Rome, au Vatican, qu'on la trouva gênante. L'Église prononça la première condamnation majeure contre les Francs-maçons : la Constitution In Eminenti apostolatus specula de Clément XII, le 24 avril 1738.

Il y avait à cette époque à Florence, ville natale de Clément XII, le père Ambrogi, inquisiteur de Florence qui serait, dit-on, l'inspirateur de la bulle de Clément XII contre les Francs-Maçons. Il y avait aussi le poète Crudeli, maçon et épicurien qui chantait les roses et blasonnait les jésuites. 

Pour une sombre affaire de vengeance (rancune de prêtre ?) dans laquelle cet homme était impliqué, l'inquisiteur obtint du cardinal Corsini, neveu du pape, l'arrestation de Crudeli. Pendant dix mois il conduisit son procès au motif de son appartenance à la Franc-maçonnerie excommuniée et tenta de lui faire avouer les enseignements hérétiques et les turpitudes scabreuses des Francs-maçons. Les minutes des interrogatoires de ce procès rappellent comme une redite les parties scandaleuses du procès des templiers. 

Malgré les tourments endurés, Crudeli n'avouera rien. Mais, en donnant la sodomie et l'onanisme comme base de la maçonnerie, le père Ambrogi transformait en bulle de savon la bulle pontificale. Ces calomnies en outre éclairaient l'édit de la Sorbonne (1655) relatif aux compagnons qui avaient été condamnés plus ou moins pour la même chose, après les templiers, et montraient L'Église sans cesse préoccupée de ruiner par des imputations sur les mœurs ceux qui la gênaient. (1)

Saint Malachie dans ses "Prophéties" nomme Clément XII  "La colonne élevée". Son tombeau à Saint Jean de Latran, édifié selon ses instructions, est paré de deux colonnes de porphyre… Curieux !… (2)

Cette condamnation fut suivie de plusieurs autres ; j'ai recensé un total de 13 actes pontificaux principaux entre 1738 et 1983. (3 et 4). Mais cette première bulle n'a pas été enregistrée à l'époque par le Parlement de Paris, lequel refusait de cautionner une loi promulguée par un souverain étranger. Par conséquent les Francs-maçons français n'ont jamais été officiellement excommuniés (7). 

La plus ancienne condamnation prononcée par l'Église contre les corporations est celle du Concile de Rouen de 1189, fulminée contre les Confréries ouvrières de Maçons (4). Il y aurait beaucoup à dire sur cette obstination qu'a mis l'Église à travers les siècles à poursuivre de son hostilité les associations ouvrières, qu'elles soient à caractère initiatique, mutualiste ou syndicaliste. 

C'est en 1904 qu'un franc-maçon, Émile Combes, président du conseil de 1902 à 1905, obtiendra la séparation définitive de la République française et de (des) l'Église (s). Séparation indispensable au regard de la laïcité nécessaire au fonctionnement normal d'un état démocratique mais déplorable, dans sa brutalité, pour l'image de la Franc-Maçonnerie. Cela mettait un terme à près de 2 millénaires de main-mise de l'Église catholique sur la vie des français, sur leurs mœurs, leur éducation, leurs pensées, leurs croyances, leurs savoirs et leur justice. l'Église, comme les autres cultes, devenait une simple association, importante certes mais dont l'influence était sans commune mesure avec ce qu'elle avait été jusque là. 

Cela aurait dû avoir des conséquences positives puisque, débarrassée des entraves politiques qu'impliquaient son engagement dans la vie publique, l'Église trouvait du même coup plus de liberté pour véhiculer et promouvoir le message christique.

Il y a sans doute une manière d'être prosélyte et aussi un savoir-faire pour transmettre des idées. Malheureusement, il y a aussi les hommes et la constance qu'ils mettent à trahir et à travestir à leur profit les idées les plus belles, les plus élevées, les plus pures et l'obstination qu'ils ont mis à pervertir le message des Évangiles (5) On ne peut aujourd'hui que constater la décadence et la perte continue d'audience de l'Église catholique.

Alors, que peuvent faire aujourd'hui les bulles pontificales, sinon écarter de la Franc-maçonnerie les pusillanimes et les sots (et c'est tant mieux !), qui se figurent encore qu'ils pratiquent dans leurs loges des rites sado-maso, adorent le diable et profanent des hosties ?

Mais, est-ce bien de cela qu'il s'agit ?  N'auraient-ils été condamnés pendant plus de 2 siècles et à 13 reprises que sur des accusations imbéciles ?  Quels motifs graves contient cette "Bulle In Eminenti" ? Et que contient donc cette lette secrète remise à Clément XII et qui serait sa justification ?

En ce qui concerne cette lettre, Roger Peyrefitte dans "Les fils de la Lumière" prétend qu'il s'agit du grief que l'on fait aux Maçons de glorifier la Raison, cette religion de l'athée : « La raison humaine, cette noble faculté, est autre chose que la raison définie par les traités de théologie morale. Si on refuse de la plier devant l'Église, c'est qu'on n'est pas chrétien ou du moins pas catholique ». (1)

Pourquoi pas ?  On peut souscrire à l'idée que l'Église excommunie au seul motif de vénérer la Raison, d'autres l'ont été pour moins que cela. Mais, selon moi, ce point de la Raison est à la fois trop simple et trop vague. Il est vraisemblablement l'un des motifs mais il n'est certainement pas le seul pour avoir provoqué une telle condamnation, surtout à cette époque où les idées progressaient très vite. Passe encore au Moyen-âge, mais nous étions à 50 ans seulement de la révolution française !

J'ai retrouvé le texte de la bulle In Eminenti de Clément XII (6). Pour être bref, Clément XII excommunie les Francs-Maçons :

« parce qu'ils sont hérétiques, admettent dans leur sein des personnes de toute religion, et prêtent serment de garder le secret de ce qui se passe dans leurs assemblées. Il veut opposer au vice et à l'erreur une barrière qui en arrête le progrès. Il ne peut naître pour l'ordinaire que de grands maux de ces associations toujours nuisibles à la tranquillité de l'État et au salut des âmes et qui, à ce titre, ne peuvent s'accorder avec les lois civiles et canoniques ».

L'original de la bulle de Clément XII comporte une phrase qui n'a pas été reproduite dans les copies adressées aux diverses nonciatures. Cette phrase intrigue et nombre d'auteurs l'ont relevée et tenté de la décrypter. Je n'y ai pas manqué. Cette phrase, la voici :

Après avoir exposé les griefs qu'il fait à la Franc-Maçonnerie, Clément XII ajoute : « et pour plusieurs autres raisons à Nous connues, et qui sont également justes et bien fondées…»

Cette phrase indique qu'il existe bien une raison non avouée (ou non avouable) contenue peut-être dans cette lettre secrète remise au pape, sans doute par l'inquisiteur Ambrogi, et que, outre le point de Raison avancé par Roger Peyrefitte, elle expose d'autres motifs au moins aussi importants pour lesquels, aux yeux de l'Église, la Franc-maçonnerie doit disparaître mais qu'il n'était pas bon de divulguer en cette époque féconde de touche-à-tout de l'occulte, de la magie et des diableries en tout genre, sous peine de voir des curieux sans foi ni loi se précipiter pour entrer en Maçonnerie.

Quels pouvaient être ces motifs ? A chacun sa vérité, cherchez la vôtre..…

    

Renvois bibliographiques

(1)  -  Les fils de la Lumière - Roger Peyrefitte - Flammarion - 1961

(2)  -  Les prophéties de St Malachie - Daniel Reju

(3) -  l'Eglise en face de la Franc-Maçonnerie - Maurice Colinon - Ecclesia – Arthème Fayard - 1954  

(4)  -  La franc-maçonnerie oubliée - Robert Amblain - Robert Laffont – 1985

(5)  -  lire à ce propos : "La perversion du christianisme" de Jacques Elull

(6)  -  Histoire de la FM universelle - G. Serbanesco - ed. Intercontinentale - 1964

(7)  -  La Franc-Maçonnerie - Christian Jacq - Robert Laffont - 1975

* Le livre d'Énoch, livre apocryphe mis à l'index et camouflé dès le IIIè siècle (Origène) bien que cité plusieurs fois dans le corpus biblique traditionnel, notamment par saint Jude dans son épître, puis dans l'Ecclésiastique (44, 16, 49, 14), Luc (3, 37), Hébreux (11, 5).

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PRINCIPAUX ACTES PONTIFICAUX

CONCERNANT LA  FRANC-MAçonnerie

Constitution In Eminenti apostolatus specula (24 avril I738), Clément XII.

Constitution Providas (18 mai 175I), Benoît XIV.

Constitution Ecclesiam in jesu Christo (13 septembre 1821), Pie VII.

Constitution Quo Gravioria (13 mars 1825), Léon XII.

Encyclique Traditi (21 mai 1829), Pie VIII.

Encyclique Mirari vos (15 août 1832), Grégoire XVI.

Encyclique Qui Pluribus (9 novembre 1846), Pie IX

Allocution Multiplices inter (26 septembre 1865), Pie IX.

Encyclique Quanta cura (8 décembre 1864), Pie IX.

Bulle Aposiolicae Sedis (art. 4) (12 octobre 1869), Pie IX.

Encyclique Humanum genus (2o avril 1884), Léon XIII.

Déclaration du 19 mars 1902, Léon XIII.

Congrégation pour la doctrine de la foi (26 novembre 1983) Jean Paul II

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G. Serbanesco "Histoire de la Franc-maçonnerie" ed. Intercontinentale – Paris 1964

Bulle  « in eminenti »  de CLÉMENT XII

CONDAMNATION DE LA SOCIÉTÉ APPELÉE

DE « LIBERI MURATORI » OU FRANCS-MACONS,

SOUS PEINE D'EXCOMMUNICATION ENCOURUE

PAR LE SEUL FAIT ET DONT L'ABSOLUTION

EST RÉSERVÉE AU SOUVERAIN PONTIFE,

SI CE N'EST A L'ARTICLE DE LA MORT

Clément XII, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous les fidèles, salut et bénédiction apostolique.

La divine Providence nous ayant placé, malgré notre indignité, dans la Chaire la plus élevée de l'Apostolat pour y veiller sans cesse à la sûreté du troupeau qui nous est confié, nous avons donné tous nos soins autant que le secours d'En-Haut nous l'a permis et toute notre application à opposer au vice et à l'erreur une barrière qui en arrête le progrès, à conserver spécialement l'intégrité de la religion orthodoxe et à éloigner des fidèles, dans ces temps difficiles, tout ce qui pourrait être pour eux une occasion de trouble.

Nous avons appris, et le bruit public ne nous a pas permis d'en douter, qu'il s'était formé une certaine société, assemblée ou association, sous le nom de Francs-Maçons ou Liberi Muratori, ou sous une appellation équivalente, suivant la diversité des langues, dans laquelle sont admises indifféremment des personnes de toute religion et de toute secte, qui, sous les dehors affectés d'une probité naturelle qu'on y exige et dont on se contente, se sont établis certaines lois, certains statuts qui les lient les uns aux autres et qui, en particulier, les obligent sous les plus graves peines, en vertu d'un serment prêté sur les Saintes Écritures, de garder le secret inviolable sur tout ce qui se passe dans leurs assemblées.

Ayant donc mûrement réfléchi sur les grands maux qui naissent pour l'ordinaire de ces associations toujours nuisibles à la tranquillité de l'État et au salut des âmes et qui, à ce titre, ne peuvent s'accorder avec les lois civiles et canoniques; instruit d'ailleurs par la parabole de Dieu même, quelle qualité de serviteur prudent et fidèle, choisi pour gouverner le troupeau du Seigneur, nous devons être, continuellement en garde contre des gens de ce caractère, de peur qu'à l'exemple du voleur, ils ne percent la maison et que, comme autant de renards, ils ne se jettent dans la vigne et ne portent partout la désolation, c'est-à-dire de peur qu'ils ne séduisent les simples et ne blessent en secret de leurs flèches, les âmes innocentes. Enfin voulant arrêter le cours de cette perversion et interdire une voie qui donnerait lieu de se laisser aller impunément à bien des iniquités et pour plusieurs autres raisons à Nous connues, et qui sont également justes et bien fondées; après en avoir délibéré avec nos Vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Église romaine et de leurs avis et même aussi de notre propre mouvement et connaissance certaine, et de toute la plénitude de la jouissance apostolique, nous avons résolu de condamner et de défendre comme de fait, nous condamnons et défendons, par notre présente constitution et à perpétuité, les susdites sociétés, assemblées des Francs-maçons ou désignés sous un autre nom quel qu'il soit.

C'est pourquoi nous défendons très expressément et en vertu de la Sainte Obéissance, à tous les fidèles, soit laïques, soit clercs séculiers ou réguliers y compris ceux qui doivent être spécialement nommés de quelque état, grade, condition, dignité et prééminence qu'ils soient, d'entrer pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit, dans les sociétés ci-dessus mentionnées de Francs-Maçons, de favoriser leur accroissement, de les recevoir ou cacher chez soi ou ailleurs, de s'y faire associer, d'y assister, de faciliter leurs assemblées, de leur fournir quoi, que ce soit, de les aider de conseil, de leur prêter secours et faveurs en public ou en secret, d'agir directement ou indirectement par soi ou par autrui, d'exhorter, de solliciter d'induire, d'engager quelqu'un à se faire adopter dans ces sociétés, à y assister, à les aider de quelque manière que ce puisse être, et à les fomenter; nous leur ordonnons au contraire de s'interdire entièrement ces associations ou assemblées, sous peine d'excommunication qui sera encourue par le seul fait et sans autre déclaration par les contrevenants dont nous avons fait mention, de laquelle excommunication il ne pourront être absous que par nous ou par le Souverain Pontife pour lors régnant, si ce n'est à l'article de la mort.

Voulons de plus et ordonnons que les évêques, prélats, supérieurs et autres ordinaires des lieux, de même que les Inquisiteurs, procèdent contre les contrevenants de quelque grade, condition, ordre, dignité et prééminence qu'ils soient; qu'ils travaillent à les réprimer et qu'ils les punissent des peines qu'ils méritent à titre de gens très suspects d'hérésie.

A cet effet nous donnons à tous et à chacun d'eux le pouvoir de les poursuivre et de les punir selon les voies de droit et d'avoir recours, s'il en est besoin, au bras séculier.

Voulons aussi que les copies de la présente constitution ayant la même force que l'original dès qu'elles seront munies de la souscription d'un notaire public et du sceau de quelque personne constituée en dignité ecclésiastique.

Que personne, au reste, ne soit assez téméraire pour oser attaquer ou contredire la présente déclaration, condamnation; défense et interdiction. Si quelqu'un portait jusqu'à ce point la hardiesse, qu'il sache qu'il encourra l'indignation de Dieu et de ses bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul.

Donné à Rome à Sainte-Marie-Majeure, l'an depuis l'incarnation de Jésus-Christ 1738, le 4 des calendes de mai de notre pontificat le huitième.

                                                                                      A. Card. prodataire

                                                                                     C. AMAT, Vice-Secrétaire

                                                                                     (place du sceau)

                                                                                     Signé: J. B. EUGÈNE,.

Enregistré à la Secrétairerie des brefs, le jour, le mois et l'année -ci-dessus et publié aux lieux accoutumés de Rome, etc.

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Maurice Colinon "L'Eglise en face de la Franc-Maçonnerie" Eclesia 1954

LETTRE ENCYCLIQUE  « HUMANUM GENUS »

DE  S. S. LÉON  XIII  (20 avril 1884)

Ce très important document est malheureusement trop long pour que nous puissions en reproduire autre chose que des extraits significatifs.

...A notre époque, les fauteurs du mal paraissent s'être coalisés dans un immense effort, sous l'impulsion et avec l'aide d'une, société répandue en un grand nombre de lieux et fortement organisée, la société des francs-maçons. Ceux-ci, en effet, ne prennent plus la peine de dissimuler leurs intentions et ils rivalisent d'audace entre eux contre l'auguste majesté de Dieu. C'est publiquement, à ciel ouvert, qu'ils entreprennent de ruiner la sainte Église afin d'arriver, si faire se pouvait, à dépouiller complètement les nations chrétiennes des bienfaits dont elles sont redevables à Jésus-Christ Sauveur..

...Dans leur vigilante sollicitude pour le salut du peuple chrétien, nos Prédécesseurs eurent bien vite reconnu cet ennemi capital au moment où, quittant les ténèbres d'une conspiration occulte, il s'élançait à l'assaut en plein jour. Sachant ce qu'il était, ce qu'il voulait et lisant pour ainsi dire dans l'avenir, ils donnèrent aux princes et aux peuples le signal d'alarme et les mirent en garde contre les embûches et les artifices préparés pour les surprendre.

Le péril fut dénoncé pour la première lois par Clément XII (1) en 1738, et la Constitution promulguée par ce Pape fut renouvelée et confirmée par Benoît XIV (2.). Pie VII (3) marche sur les traces de ces deux Pontifes,- et Léon XII, renfermant dans sa Constitution apostolique Quo gravioria (4) tous les actes et décrets des précédents Papes sur cette matière, les ratifia et les confirma pour toujours. Pie VIII (5), Grégoire. XVI (6) et à divers reprises Pie IX (7) ont parlé dans le même sens. Le but fondamental et l'esprit de la secte maçonnique avaient été mis en pleine lumière par la manifestation patente de ses agissements, la connaissance de ses principes, l'exposition de ses règles, de ses rites, et de leurs commentaires, auxquels plus d'une fois s'étaient ajoutés les témoignages de ses propres adeptes. En présence de ces faits, il était tout simple que ce Siège Apostolique dénonçât publiquement la secte des francs-maçons comme une association criminelle, non moins pernicieuse aux intérêts du christianisme qu'à ceux de la société civile. Il édicta donc contre elle les peines les plus graves dont l'Église a coutume de frapper les coupables et interdit de s'y affilier...

... La Plupart du temps, ceux qui sollicitent l'initiation doivent promettre, bien plus, ils doivent faire le, serment solennel de ne jamais révéler à personne, à aucun moment, d'aucune manière, les noms des associés, les notes caractéristiques et les doctrines de la société.  C'est ainsi que, sous des apparences mensongères et en faisant de la dissimulation une règle constante de conduite, comme autrefois les Manichéens, les francs-maçons, n'épargnent aucun effort pour se cacher et n'avoir d'autres témoins que leurs complices...

…Il est impossible qu'une cause, quelle qu'elle soit, ne se trahisse pas par ses effets : un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits, et un mauvais arbre n'en peut pas porter de bons (8).

Or, le fruits portés par la secte maçonnique sont pernicieux et des plus amers. Voici en effet ce qui résulte de ce que Nous avons précédemment indiqué et cette conclusion nous livre le dernier mot de ses desseins. Il s'agit pour les francs-maçons - et tous leurs efforts tendent à ce but - il s'agit de détruire de fond en comble toute la discipline religieuse et tout ce que Nous venons ou ce que Nous Nous proposons de dire doit être entendu de la secte maçonnique envisagée dans son ensemble et en tant qu'elle embrasse d'autres sociétés qui sont pour elle des sœurs et des alliées. Nous ne prétendons pas appliquer toutes ces réflexions à chacun de leurs membres pris individuellement. Parmi eux, en effet, il s'en peut trouver et même en bon nombre, qui, bien que non exempts de faute pour s'être affiliés à de semblables sociétés, ne trempent cependant pas dans leurs actes criminels et ignorent le but final que ces sociétés s'efforcent d'atteindre. De même encore, il peut se faire que quelques-uns des groupes n'approuvent pas les conclusions extrêmes auxquelles la logique devrait les contraindre d'adhérer, puisqu'elles découlent nécessairement des principes communs à toute l'association. Mais le mal Porte avec lui une turpitude qui d'elle-même repousse et effraie..

... Or, le premier principe des Naturalistes c'est qu'en toutes choses la nature ou la raison humaine doit être maîtresse et souveraine. Cela posé, s'il s'agit des devoirs envers Dieu, ou bien ils en font peu de cas, altèrent l'essence par des opinions vagues et des sentiments erronés. Ils nient que Dieu soit l'auteur d'aucune révélation-. Pour eux, en dehors de ce que peut comprendre la raison humaine, il n'y a ni dogme religieux, ni vérité, ni maître en la parole de qui, au nom de son mandat officiel d'enseignement, o, doive avoir foi. Or comme la mission tout à fait propre et spéciale de l'Eglise, catholique consiste à recevoir dans leur plénitude et à garder dans une pureté incorruptible les doctrines révélées de Dieu aussi bien que l'autorité établie pour les enseigner avec les autres secours donnés du ciel en vue de sauver les hommes, c'est contre elle que les adversaires déploient le plus d'acharnement et dirigent leurs plus violentes attaques... Ainsi, dût-il lui en coûter un long et opiniâtre labeur, (la secte) se propose de réduire à rien au sein de la société civile le magistère et l'autorité de l'Église... Bien qu'en effet, prise dans son ensemble, la secte fasse profession de croire à l'existence de Dieu, le témoignage de ses propres membres établit que cette croyance n'est pas pour chacun d'eux individuellement l'objet d'un -assentiment ferme et d'une inébranlable certitude...

... Quant à la morale, la seule chose qui ait trouvé grâce devant les membres de la secte maçonnique et dans laquelle -ils veulent que la jeunesse soit instruite avec soin, C'est celle qu'ils appellent « morale civique - morale indépendante - morale libre » en d'autres termes; morale quel ne fait aucune place aux idées religieuses.

... Nous vous dirons :

En Premier lieu, arrachez à la Franc-Maçonnerie le masque dont elle se couvre, et faites-la voir telle qu'elle est.

Secondement, par vos discours et par des Lettres Pastorales spécialement consacrées à cette question, instruisez vos peuples... Rappelez-leur qu'en vertu des sentences plusieurs fois portées par Nos Prédécesseurs, aucun catholique, s'il veut rester digne, de ce nom et avoir de son salut le souci qu'il mérite, ne peut, sous aucun prétexte, s'affilier à la-secte des francs-maçons…Le Principe fondamental qui est comme:l'âme de la secte étant condamné par la morale, il ne saurait être permis de se joindre à elle, ni de lui venir en aide d'aucune façon...

                                                                                                             Rome, le 20 avril 1884,

                                                                                                                    LEO PP. XIII

Renvois

(1)  Constitution In eminenti, du 24 avril I738.

(2)  Constitution Providas, du 18 mai 175I.

(3)  Constitution Ecclesiam in Jesu Christo, du I3 septembre 1821.

(4)  Constitution du 13 mars I825.

(5)  Encyclique Traditi, (du 21 mai 1829).

(6)  Encyclique Mirari, du 15 août I832.

(7)  Allocution Multiplices inter, du 25 septembre 1865; Encyclique Qui pluribus, du 9 novembre 1846, etc.

(8)  Matthieu, VII, 18.

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